CLING Maurice

Par Roger Gauvrit, Jacques Girault

Né le 9 mai 1929 à Paris (IXe), mort le 23 novembre 2020 à Paris (VIIe) ; déporté ; professeur des universités ; militant communiste.

M. Cling  au revier d’Auschwitz en 2016. (Photo Daniel Cling)
M. Cling au revier d’Auschwitz en 2016. (Photo Daniel Cling)

Son père, Roumain d’origine, immigra en France au début du XXème siècle. Engagé dans la Légion étrangère pendant la Première Guerre mondiale, blessé, décoré, naturalisé en 1920 par reconnaissance de l’Etat, il se maria et le couple eut deux garçons. Selon l’état-civil en 1929, son père était tailleur pour dames rue Monge (Paris (Vème). Après l’exode de juin 1940, lors de l’exode, après un court séjour dans le Morvan, ils habitèrent à Salon (Bouches-du-Rhône) pendant six mois. Revenus à Paris, ils vécurent dans l’insécurité et sous les persécutions comme les autres familles juives. Son père, toujours tailleur-fourreur, rue Monge dans le Vème arrondissement de Paris, ancien partisan du Front populaire, membre du conseil d’administration de l’Association des médaillés militaires du Veme arrondissement, exposa dans sa vitrine ses décorations françaises obtenues pendant la guerre pour protester contre l’obligation d’inscrire sur sa devanture « Jüdisches Geschäft » (« entreprise juive »). Après la mise sous séquestre du magasin en mai 1942, la famille travailla dans son appartement à Paris.

Maurice Cling, qui suivait sérieusement les obligations d’une éducation juive « puritaine », élève du collège Lavoisier, fut arrêté, le 4 mai 1944, dans sa classe de quatrième, le jour de son quinzième anniversaire. Internée à Drancy (Seine/Seine-Saint-Denis), toute la famille fut déportée le 20 mai 1944 par le convoi n° 74 à Auschwitz. Ses parents étant gazés, il connut les dures conditions de détention (notamment le travail, — terrassement, récupération des effets des juifs gazés, latrines —, la brutalité des kapos, la faim, la soif). La présence de son frère aîné Willy l’aidait mais ce dernier fut « sélectionné » puis gazé en octobre. Épuisé, malade, il connut le « Revier », infirmerie, souvent antichambre de la mort, mais fut protégé par des déportés communistes, notamment André Faury. A la suite de l’évacuation du camp le 16 janvier 1945, il fut envoyé à Dachau qui fut lui aussi évacué, il dut marcher jusqu’à Mittenwald en Haute-Bavière, lieu de la libération par les Américains. Arrivé gare de l’Est à Paris le 18 mai 1945, il fut soigné à l’hôpital Bichat puis dans un sanatorium. En 1999, il publia un ouvrage relatant son expérience de la déportation, sur la base des notes rédigées dans les semaines suivant son retour en France.

Maurice Cling, recueilli par ses grands-parents, reprit sa scolarité et intégra l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud en 1948. Professeur agrégé d’anglais, il enseigna au lycée de Nîmes (Gard) où les nombreux enseignants communistes délaissaient le syndicalisme. Il y fut un des cinq communistes militant en 1959 dans le Syndicat national de l’enseignement secondaire et la Fédération de l’Éducation nationale. Il en résulta, selon les responsables fédéraux du PCF, une interprétation très libre de la tactique communiste vis-à-vis du syndicalisme enseignant. Il enseigna par la suite en Grande-Bretagne.

Maurice Cling se maria en avril 1954 à la mairie du XVIIe arrondissement de Paris. Le couple eut quatre fils puis divorça en 1980.

Spécialisé dans la linguistique comparée des langues françaises et anglaises, recruté à la Sorbonne dans le département d’anglais, il créa, comme chargé d’une maîtrise de conférences, le département d’anglais de la nouvelle université de Paris-Nord, Paris 13 au milieu des années 1970. Pendant plusieurs années et jusqu’à sa retraite en 1989, il organisa des colloques sur l’anglais oral.

Syndiqué au SNESup, il fut élu dans diverses instances universitaires locales et nationales.

Membre du Parti communiste français, Maurice Cling milita dans l’Amicale d’Auschwitz et à la Fédération nationale des déportés, internés, résistants, patriotes (FNDIRP) dont il devint le président-délégué Il fit partie du conseil d’administration de la Fondation pour la mémoire de la Déportation tout en témoignant sur la déportation à diverses occasions, notamment dans des rencontres avec des élèves, à l’Institut d’histoire sociale de la CGT, dans plusieurs documentaires et émissions de télévision et de radio.

Pensionnaire aux Invalides depuis 2018, il y décéda. Lors de ses obsèques au cimetière du Père Lachaise, une cérémonie officielle se déroula après son décès dans la cour d’honneur des Invalides le vendredi 27 novembre 2020, suivie de ses obsèques au cimetière du Père Lachaise. Le Président de la République lui avait rendu hommage le 25 novembre. Ce jour-là, l’Humanité annonçait son décès dans un article de Pierre Chaillan intitulé « Maurice Cling sera toujours “l’enfant d’Auschwitz“ ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article237518, notice CLING Maurice par Roger Gauvrit, Jacques Girault, version mise en ligne le 28 janvier 2021, dernière modification le 2 février 2021.

Par Roger Gauvrit, Jacques Girault

M. Cling au revier d'Auschwitz en 2016. (Photo Daniel Cling)
M. Cling au revier d’Auschwitz en 2016. (Photo Daniel Cling)
Assises de la Mémoire de la FNDIRP (octobre 2005), M. Cling avec [Jean Ferrat->50460] et [Louis Cortot->148976], compagnon de la Libération. (Photo R. Gauvrit)
Assises de la Mémoire de la FNDIRP (octobre 2005), M. Cling avec [Jean Ferrat->50460] et [Louis Cortot->148976], compagnon de la Libération. (Photo R. Gauvrit)
A l'initiative de la FNDIRP, inauguration de la place Marcel Paul (Paris XIVe) en octobre 2005. De gauche à droite, M. Cling, Marie-Josée Chombart de Lauwe (Présidente de la fondation pour la mémoire de la déportation) et [Robert Créange->21056] (Secrétaire général de la FNDIRP). (Photo R. Gauvrit)
A l’initiative de la FNDIRP, inauguration de la place Marcel Paul (Paris XIVe) en octobre 2005. De gauche à droite, M. Cling, Marie-Josée Chombart de Lauwe (Présidente de la fondation pour la mémoire de la déportation) et [Robert Créange->21056] (Secrétaire général de la FNDIRP). (Photo R. Gauvrit)
Jaquette du livre de M. Cling (éditions de l'Atelier, 2008)
Jaquette du livre de M. Cling (éditions de l’Atelier, 2008)

ŒUVRE : Le fichier de la BNF contenait en novembre 2020 14 références dont
les actes de six colloques. — Vous qui entrez ici : un enfant d’Auschwitz, Paris, Graphein/FNDIRP, 1999. Réédité en 2008 aux éditions de l’Atelier sous le titre, Un enfant à Auschwitz, 237 p.

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Renseignements fournis par la famille à Roger Gauvrit. — Presse nationale. — Divers sites Internet. — Documentaire « Heureux qui communiste » de son fils Daniel Cling (2005), — Interview dans le cadre des Amis de la Fondation pour la mémoire de la Déportation par G. Diamant-Berger (site « Lutetia.info »). — Legs au musée de la Résistance nationale. — Notes d’Alain Dalançon.

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