YOSHINO Sakuzō

Né le 29 janvier 1878 dans le département de Miyagi ; mort le 18 ars 1933. Professeur à l’université impériale de Tōkyō ; théoricien du mouvement pour la démocratie. Militant socialiste.

Fils aîné d’un commerçant moyen qui gérait un magasin de coton dans la localité de Furukawa, département de Miyagi, YOSHINO Sakuzō fit ses études à l’école supérieure Daini, puis à la Faculté de Droit de l’université impériale de Tōkyō dont il fut diplômé en 1904. Il se convertit au christianisme alors qu’il était lycéen et, devenu étudiant, appartint à l’église de Hongō dont EBINA Danjō avait la charge. Il s’intéressa également au socialisme et entra en relation avec KINOSHITA Naoe, mais il ne s’engagea pas véritablement. Il partit en Chine en 1906, pour devenir précepteur dans la famille YUAN Shekai pendant trois ans ; puis il fut professeur adjoint à l’Université impériale de Tōkyō pendant une année scolaire avant d’être envoyé comme boursier, de 1910 à 1913, en Europe où il fut confronté ·à la réalité du mouvement socialiste des pays capitalistes développés.
Devenu, en 1914, professeur titulaire à l’Université impériale de Tōkyō, YOSHINO Sakuzō déploya dans la revue Chūōkōron (Tribune centrale) un vaste mouvement de critique dont le moment principal fut « Kensei no hongiwo toite sono yūshū no biwo nasu no michiwo ronzué »(Thèse sur les principes fondamentaux de la politique constitutionnelle et sur les moyens de les réaliser), essai publié dans le numéro de janvier 1916. Véritable champion de la démocratie, il se livra à une critique sévère de la domination autocratique qu’exerçait le système impérial à l’intérieur comme dans les colonies et stigmatisa la politique extérieure expansionniste. Cette dénonciation argumentée eut une influence très vive sur la couche des intellectuels durant la Première guerre mondiale.
YOSHINO Sakuzō fut aussi conseiller de la Société fraternelle (Yūaikai) de 1914 à 1919, date à laquelle il démissionna. Le groupe avait été conçu par SUZUKI Bunji, qui était originaire de la même localité que YOSHINO Sakuzō, cependant plus âgé que lui, et surtout ils étaient tous deux fidèles de l’église de Hongō. A la fin de l’année 1918, YOSHINO Sakuzō participa à une série de débats contradictoires avec le Rōninkai, groupe de droite, pour dénoncer le terrorisme de celui-ci à l’égard de la liberté d’expression. C’est à cette occasion qu’il forma, avec FUKUDA Takuzō et quarante-deux autres professeurs des différentes universités, la Société de l’aube (Reimeikai) qui combattait de réaction sur le plan des idées. Durant une année, le cercle travailla à la vulgarisation des idées démocratiques, et déploya une vaste activité éducative. YOSHINO Sakuzō plaida la cause du Mouvement du 1er mars 1919 en Corée (pour l’indépendance), ainsi que celle du mouvement du 4 mai 1919 en Chine (organisée par les étudiants protestant contre l’acceptation des quatre demandes japonaises), il resserra particulièrement les liens avec les intellectuels chinois, comme LI Dazhao et finalement, en mai 1920, un groupe de professeurs et d’étudiants de l’Université de Pékin vint en visite au Japon.
A partir de 1920, avec la diffusion du socialisme dans la jeunesse, l’influence des idées de YOSHINO Sakuzō s’amenuisa, mais il resta toujours au premier rang du mouvement démocratique et se battit pour le suffrage universel, pour la réduction des armements, et pour l’abolition du Conseil privé (Sūmitsuin). En 1924, sollicité par l’Asahi shimbun (Journal Asahi), il abandonna son poste à l’Université impériale de Tōkyō, mais ses critiques contre le pouvoir bureaucratique étaient mal vues et, menacé d’être poursuivi en justice, il donna sa démission du journal au bout de trois mois ; à nouveau chargé de cours à l’Université il reprit son activité de critique dans Chūōkōron (Tribune centrale). YOSHINO Sakuzō déclara, dès 1920, qu’il adopterait un socialisme qui répondrait aux exigences sociales de la démocratie. Il se montra opposé au bolchevisme en tant que négation du parlementarisme, et lorsque se posa le problème des partis prolétariens durant les années 1920, il réfuta la thèse du Parti prolétarien unique de YAMAKAWA Hitoshi et déclara qu’il fallait construire un Front commun incluant toutes les tendances des partis prolétariens à l’exception des communistes.
En 1926, après la formation de l’Association indépendante des ouvriers (Dokuritsu rōdō kyōkai), il fut l’instigateur, avec ABE Isoo et HORIE Kiichi, du Parti social du peuple (Shakai minshūtō). Six ans plus tard, il participa à la formation du Parti socialiste populaire (Shakai taishūtō) où il assuma les fonctions de conseiller. Il fut toujours hostile aux guerres d’agression comme la campagne de Sibérie et celle du Shandong, et quand éclata l’Incident de Mandchourie en 1931, il protesta par une déclaration publique et dénonça violemment l’aile droite du Parti socialiste du peuple (Shakai minshūtō) qui approuvait la guerre, et dont son gendre AKAMATSU Katsumarô faisait partie. Ayant fondé, en 1924, le Groupe de recherches sur la culture de l’ère Meiji (Meiji bunka kenkyūkai), il effectua des recherches historiques sur la période allant de l’ère Meiji jusqu’au mouvement pour la liberté et les droits du peuple (Jiyū minken undō). Il a publié Meiji bunka zenshū (Œuvres complètes sur la culture de Meiji), en vingt-quatre volumes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article237777, notice YOSHINO Sakuzō, version mise en ligne le 29 juillet 2022, dernière modification le 11 juillet 2022.

ŒUVRE : Notamment : Hegeru no hōritsu tetsugaku no kiso (Les Fondements de la philosophie du droit de Hegel), 1905.— Gendai no seiji (Politique contemporaine), 1915. — Futsūsenkyo ron (Sur le suffrage universel), 1919. — Shakai kaizō undō ni okeru shinjin no shimei (La Mission des hommes nouveaux dans le mouvement de réforme sociale), 1920. — Musanseitō no tadorubeki michi (Le Chemin que doivent suivre les partis prolétariens), 1927. — Nihon masan seitō ron (Sur les partis prolétariens japonais). Ses essais les plus importants sont réunis dans : YOSHINO Sakuzō hakase minshushugi ronshū (Recueil des écrits sur la démocratie du docteur YOSHINO Sakuzō), en huit -volumes, 1948 et dans Chūgoku chōsen ron (Essais sur la Chine et la Corée) publié en 1970.

SOURCES : TANAKA Sogorō, YOSHINO Sakuzō, 1958.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable