ROY i TOMÀS Prosperitat

Par André Balent

Née le 1er octobre 1937 à Manresa (province de Barcelone, Catalogne, Espagne), massacrée le 15 juillet 1944 à Castelnau-Durban (Ariège) ; victime civile d’une vengeance de maquisards de l’Agrupación, de guerrilleros españoles (AGE) qui visait son père

Prosperitat [prénom enregistré en catalan sur l’acte de naissance : « Prosperidad » en castillan] Roy était la fille de Ricardo Roy Escribano, militaire né le 9 février 1902 à Borobia (province de Soria, Espagne) et de Palmira Tomàs i Pérez née 17 avril 1916 à Manresa.

À l’automne 1937, son père était officier de l’Armée populaire de la République espagnole. Étant en permission, il dut regagner le front après le 11 octobre 1937, date de son mariage avec Palmira Tomàs qui légitimait la naissance de Prosperitat.

Elle rentra en France avec sa famille en février 1939, au moment de la Retirada. En 1940, elle était internée avec sa fille au camp de Bram (Aude) : ce camp abritait plus particulièrement des personnes âgées et des mères avec de jeunes enfants. Le 24 novembre 1940, elles avaient été transférées au camp d’Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). Toutes trois (sa grand-mère se trouvait probablement à Bram. Il est sûr qu’elle était à Argelès-sur-Mer) furent autorisées à quitter ce camp le 16 décembre 1940 pour Sentein (Ariège) un village pyrénéen de la vallée de Biros, en Couserans. Son père, Ricardo Roy Escribano, y était employé par la Société d’entreprises électriques et de travaux publics. Le maire de Sentein avait donné un "avis très favorable" à la venue de cette famille auprès d’un homme apparemment apprécié. Le sous-préfet de Saint-Girons. Le 2 décembre 1940, le sous-préfet, faisait savoir à ce maire que "le préfet [de l’Ariège] ne voyait aucun inconvénient à ce que satisfaction soit donnée à l’intéressé [Ricardo Roy Escribano]". Le 16 décembre 1944, le commissaire divisionnaire du camp d’Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) informait le préfet du département que les deux femmes et la petite fille avaient été "aujourd’hui autorisées à quitter le camp d’Argelès où elles sont internées depuis le 24 novembre 1940".

En 1943, elle habitait à Castelnau-Durban avec sa fille, son beau-fils et sa petite-fille. Ils résidaient dans une maison du hameau de la Casace (la maison Estaque) au sud du village de Castelnau-Durban, sur les contreforts septentrionaux du massif pré-pyrénéen de l’Arize. Son nom figurait un « état nominatif des étrangers », nombreux dans la commune de Castelnau-Durban, du 10 décembre 1943.

Nous savons par un « état nominatif des étrangers » de la commune de Castelnau-Durban en date du 10 décembre 1943 que la famille avait fini par s’y fixer. Elle résidait dans une maison — la maison Estrade — du hameau de la Casace, à environ deux kilomètres au sud du village. Ricardo Roy était déclaré comme exerçant la profession de manœuvre. Comme les nombreux étrangers présents en Couserans, en premier lieu les Espagnols, surtout des réfugiés de 1939, il pouvait trouver des emplois dans les entreprises forestières, les mines et les carrières nombreuses en Couserans. Prosperitat avait fréquenté l’école primaire de Castelnau-Durban au moins le cours préparatoire, peut-être le cours élémentaire première année.

Le 15 juillet 1944 une fête était organisée pour célébrer la naissance, le 8 juillet, de sa petite sœur Isabelle dans la maison de ses parents. Sa mère, sa grand-mère maternelle et des amis de la famille étaient présents. Son père, s’étant sans doute attardé au travail, n’était pas encore rentré lorsque fut perpétré le massacre au cours duquel périt Prosperitat.

En début de soirée des communistes espagnols armés demandèrent à entrer dans la maison. Ils furent invités à participer aux réjouissances. Ils purent certes constater l’absence de Ricardo Roy qu’ils venaient « liquider » car considéré comme un « traitre » pour son refus d’intégrer les organisations de résistance de la mouvance communiste. Pourquoi décidèrent-ils d’exercer leur vengeance sur la famille et les amis de Ricardo Roy ? Vers 22 heures et demie, après avoir éteint brusquement la lumière, ils tirèrent à l’aveuglette dans la pièce des rafales d’armes automatiques. Ils mirent ensuite le feu à la maison.

La réalité du massacre est établie par divers témoignages, dont celui d’une voisine, recueilli dans les années 2010 par Ángel Carballeira. Les décès des victimes de la tuerie, dont Prosperitat Roy, ne furent pas consignés sur le registre de l’état civil de Castelnau-Durban.

Voir Castelnau-Durban (Ariège), La Casace [Casasse], massacre d’Espagnols adultes de la mouvance anarchiste et d’enfants par des « guérilleros » (15 juillet 1944)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article237849, notice ROY i TOMÀS Prosperitat par André Balent, version mise en ligne le 31 janvier 2021, dernière modification le 21 juin 2021.

Par André Balent

SOURCE : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 109 W 325, dossiers d’internés au camp d’Argelès-sur-Mer, dossier de Rosario Pérez Rodríguez (échanges de courriers entre les préfets de l’Ariège, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, le sous-préfet de Saint-Girons, le commissaire divisionnaire d’Argelès-sur-Mer, le maire de Sentein, novembre-décembre 1940) .— Ángel Carballeira, « La tuerie de Lacazace en juillet 1944 », Les cahiers du CTDEE, Centre toulousain de documentation sur l’exil espagnol, 14, décembre 2020, p. 25-39, avec la reproduction de l’acte de naissance de Prosperitat Roy et l’acte de mariage de ses parents (les deux, rédigés en catalan, dans les registres de l’état civil de Manresa).

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