PÉREZ RODRÍGUEZ Rosario

Par André Balent

Née à Monforte de Lema (province de Lugo, Galice, Espagne) le 2 juillet 1894, massacrée le 15 juillet 1944 à Castelnau-Durban (Ariège) ; victime civile d’une vengeance de maquisards de l’Agrupación, de guerrilleros españoles (AGE) qui visait son beau-fils

Ses parents, des Galiciens, avaient émigré en Catalogne dans la partie basse du Berguedà, en Catalogne centrale, région industrielle. Elle s’était mariée à Súria, une bourgade industrielle de cette région, avec José Tomàs Casas, âgé de vingt-six ans en 1917. Celui-ci était le fils de José Tomàs Sirera natif de Súria et de Buenaventura Casas y Graells native de Valldarques dans la région pyrénéenne du haut Urgell. Cette même année, elle habitait avec son mari à Súria, au 3e étage du 72 route de Cardona. Elle vécut ensuite dans la ville Manresa dans le Bages, en Catalogne centrale.

En février 1939, après l’offensive des franquistes contre la Catalogne, elle se réfugia en France. Avec sa fille Palmira et sa petite-fille Prosperitat, elle était, en 1940, internée au camp d’Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). Toutes trois furent autorisées à quitter ce camp le 16 décembre 1940 pour Sentein (Ariège) un village pyrénéen de la vallée de Biros, en Couserans. Son beau-fils, Ricardo Roy Escribano, y était employé par la Société d’entreprises électriques et de travaux publics. Le maire de Sentein avait donné un "avis très favorable à la venue de cette famille auprès d’un homme apparemment apprécié. Le sous-préfet de Saint-Girons. Le 2 décembre 1940, le sous-préfet, faisait savoir à ce maire que "le préfet [de l’Ariège] ne voyait aucun inconvénient à ce que satisfaction soit donnée à l’intéressé Ricardo Roy Escribano". Le 16 décembre 1944, le commissaire divisionnaire du camp d’Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) informait le préfet du département que les deux femmes et la petite fille avaient été "aujourd’hui autorisées à quitter le camp d’Argelès où elles sont internées depuis le 24 novembre 1940".

La famille quitta ensuite Sentein. En1943, elle habitait à Castelnau-Durban avec sa fille, son beau-fils et sa petite-fille. Ils résidaient dans une maison du hameau de la Casace (la maison Estrade) au sud du village de Castelnau-Durban, sur les contreforts septentrionaux du massif pré-pyrénéen de l’Arize. Son nom figurait un « état nominatif des étrangers », nombreux dans la commune de Castelnau-Durban, du 10 décembre 1943.

Le 15 juillet 1944 une fête était organisée pour célébrer la naissance, le 8 juillet, de sa deuxième petite-fille, Isabelle. Sa fille, ses petites-filles, sa grand-mère et des amis de la famille étaient présents. Son beau-fils, s’étant sans doute attardé au travail, n’était pas encore rentré lorsque fut perpétré le massacre au cours duquel elle périt. Son nom ne fut pas initialement doné comme figurant parmi les victimes du massacre. Présente à la Casace à la fin de décembre 1943, elle y était forcément le 15 juillet 1944, n’étant pas décédée entre-temps. C’est ce qu’a conclu Ángel Carballeira (op. cit., 2020) dans l’enquête minutieuse qu’il fit dans les années 2010 sur le massacre de la Casace. En effet, Rosario était bien connue d’une voisine ariégeoise de la famille Roy/Tomàs à la Casace qu’il interrogea dans les années 2010. Cette personne gardait un bon souvenir de Rosario.

En début de soirée des communistes espagnols armés demandèrent à entrer dans la maison. Ils furent invités à participer aux réjouissances. Ils purent certes constater l’absence de Ricardo Roy qu’ils venaient « liquider » car considéré comme un « traitre » pour son refus d’intégrer les organisations de résistance de la mouvance communiste. Pourquoi décidèrent-ils d’exercer leur vengeance sur la famille et les amis de Ricardo Roy ? Vers 22 heures et demie, après avoir éteint brusquement la lumière, ils tirèrent à l’aveuglette dans la pièce des rafales d’armes automatiques. Ils mirent ensuite le feu à la maison.

La réalité du massacre est établie par divers témoignages, dont celui évoqué plus haut, d’une voisine, recueilli dans les années 2010 par Ángel Carballeira. Elle est confirmée dans l’attendu d’un jugement (9 septembre 1954) du tribunal civil de première instance de Foix (Ariège) concernant une autre victime de la tuerie de la Casace, Evaristo Soler Crivellé. Les décès des victimes de la tuerie, dont celui de Rosario Pérez Rodríguez, ne furent pas consignés sur le registre de l’état civil de Castelnau-Durban.

Voir Castelnau-Durban (Ariège), La Casace [Casasse], massacre d’Espagnols adultes de la mouvance anarchiste et d’enfants par des « guérilleros » (15 juillet 1944)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article237938, notice PÉREZ RODRÍGUEZ Rosario par André Balent, version mise en ligne le 2 février 2021, dernière modification le 24 avril 2021.

Par André Balent

SOURCE : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 109 W 325, dossiers d’internés au camp d’Argelès-sur-Mer, dossier de Rosario Pérez Rodríguez (échanges de courriers entre les préfets de l’Ariège, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, le sous-préfet de Saint-Girons, le commissaire divisionnaire d’Argelès-sur-Mer, le maire de Sentein). — Ángel Carballeira, « La tuerie de Lacazace en juillet 1944 », Les cahiers du CTDEE, Centre toulousain de documentation sur l’exil espagnol, 14, décembre 2020, p. 25-39, avec la reproduction de l’acte de son mariage et de celui de la naissance de sa fille Palmira

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