FATERMAN Maurice

Par Daniel Grason

Né le 31 juillet 1911 à Paris (XIIe arr.), mort le 29 décembre 1995 à Brou-sur-Chantereine (Seine-et-Marne) ; chaudronnier ; communiste ; résistant ; déporté à Dachau puis Buchenwald (Allemagne).

Fils de Sami Faterman, trente-deux ans, casquettier et de Berthe Salomonschky, trente-deux ans, le couple vivait rue Paul Bert à Paris (XIe arr.). Il a été reconnu par son père le 13 septembre 1916, et légitimé par le mariage de ses parents le 27 septembre 1916 à la mairie du Ve arrondissement de Paris. Il alla à l’école primaire.
Maurice Faterman épousa le 19 décembre 1931 en mairie de Dugny, Elise Henriette Le Chevallier originaire de Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis). Le couple eut deux enfants, Robert né en 1932 à Paris (XIVe arr.), et André né en 1940 à Paris (Xe arr.), la famille vivait 8 impasse Mathias à La Courneuve (Seine, Seine-Saint-Denis).
À la suite des grèves de juin 1936, il adhéra au Parti communiste dans l’élan du Front populaire. Mobilisé le 15 avril 1940, il a été affecté au dépôt de guerre à Châteaudun en Eure-et-Loir. Il a été réformé pour une lésion au poumon le 31 juillet 1940.
Rentré à Paris, il travailla à la Cipa pendant quelques semaines, puis aux bains douches de la gare de l’Est. Il quitta cet emploi parce qu’il était Juif. Au chômage, il a été contacté par F Léonard, ex. Conseiller général de La Courneuve pour travailler pour l’organisation clandestine, il était rétribué 800 francs par mois.
Il quitta le domicile conjugal le 16 septembre 1941, à la suite d’arrestations de militants communistes avec qui il aurait été en relation. Il vivait sous le nom d’André Lesage au 157 boulevard Victor-Hugo à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis).
Le 10 septembre 1942 à 17 heures 30 des policiers de la Police municipale interpellaient dans un couloir du métro de la gare de Lyon, deux hommes qui portaient chacun deux volumineux paquets. L’un perdu de vue dans la foule, Eugène Massé parvenait momentanément à échapper aux policiers, l’autre Maurice Faterman était rattrapé. Lors de sa conduite vers le car de police, il parvint à se dégager et à s’enfuir. Un policier tira en l’air… rejoignit Faterman. Il été emmené au commissariat des Quinze-Vingt, les quatre paquets contenaient dix mille tracts édités par le Parti communiste clandestin. Ils portaient en titre : « Aux métallurgistes communistes », « Un faux », « Un appel des militants syndicalistes à la classe ouvrière et au Peuple de France », « En avant vers le deuxième front », « 20 septembre 1942 – 180ème anniversaire de la bataille de Valmy » ; des brochures parmi lesquelles « Le Manifeste du Parti communiste de Karl Marx », « Ce que chaque paysan doit lire », toutes ces publications étaient déjà connues de la police. Fouillé, il portait sur lui plus de trois mille francs, somme qui a été placée sous scellés.
Lors de son interrogatoire dans les locaux du commissariat des Quinze Vingt à Paris (XIIe arr.), il déclara : « Je suis Juif non déclaré parce que lors du recensement j’ai eu peur de me déclarer étant un ancien communiste. J’ai eu peur d’être arrêté d’autant plus que la police était venue perquisitionner chez moi. » Il gérait un dépôt de tracts situé au 4ème étage du 11 rue des Récollets à Paris (Xe arr.).
Il déclara être rétribué 2 400 francs par mois, plus des frais. Il passait rarement à son domicile à La Courneuve, dormait dans un hôtel au 159 boulevard Victor-Hugo à Saint-Ouen sous le nom d’André Lesage. Il ignorait le nom et l’adresse du responsable, et de celui qui livrait le papier.
Dans le Dépôt de la rue des Récollets les policiers saisissaient : deux portefeuilles, une cravate, deux stylos, une montre et sa chaîne, un peigne et son étui, un briquet, un carnet, un porte-cigarettes vide, huit tickets de métro, un canif, douze cents cinquante grammes de tickets de pain, un étui à mines, neuf dixième de la loterie de la 14ème tranche, quinze tickets de savon, une carte d’identité au nom de Lesage, un moule à cigarettes, trente-trois photographies, un certificat de présence au corps à son nom, un mouchoir et un chapeau.
Les tracts et brochures qu’ils transportaient se décomposaient ainsi : Gabriel Péri (7), cours du communisme (40), Maladie du communisme (6), Manuel du Légionnaire (40), Histoire du Parti communiste (10), Engels (4), Marx, Salaires prix et profits (6), Marx, Manifeste communiste (16), Le Léninisme (7), L’État et la Révolution (7), et Le Vol de l’Aigle (Mémoire de Napoléon) présentée sous la forme d’une brochure qui en fait était un exemplaire des Cahiers du Bolchevisme (3), En avant pour le deuxième front (500), Aux paysans et Seine-et-Marne (1000), 20 septembre 1792 – 20 septembre 1942 (1 500), La Vie Ouvrière du 29 août 1942 (40), L’Humanité du 28 août 1942 (40), Un faux (250), Des générosités qui profitent (50), Debout métallos parisiens (350), Contre les tortionnaires de femmes (200), Jeunes paysans unissez-vous (500), La paysannerie française (500), Aux métallurgistes communistes (200), Un appel des militants syndicalistes (200), Die SS Unzer Seind (200), Ouvriers métallurgistes (250), Le 29 septembre 1942 : 150ème anniversaire de la Bataille de Valmy (500), Tout patriote digne de ce nom (1000), N’oubliez jamais (50), L’armée rouge vaincra (500), La situation politique Juillet 1942 (100), Laval et Pétain fossoyeurs de la famille française (100), Une protestation solennelle des Evêques de Belgique (50), Peuple de France, Union et action pour l’indépendance et la libération française (200), Pétain tel qu’il est (15), France d’abord (15) et Qui fait le marché noir (10).
Dans le logement de la rue des Récollets les policiers saisissaient sensiblement les mêmes tracts et brochures en quantité plus importante, et quelques titres supplémentaires : L’Humanité édition féminine de juillet (300), Cheminots de Vaires (500), L’Avant-garde de juillet 1942 n° 94 (300), Contre les tortionnaires de femmes et d’enfants (100), Tout patriote digne de ce nom (500), Un faux (1000) et Ouvriers métallurgistes de Seine-et-Marne (700), ainsi que 250 brochures portant différents titres. Enfin des stencils : Rue Daguerre, France d’abord d’août 1942, Alerte, Bravo la population de Montereau, Les terroristes ce sont les policiers, Français à Chelles le 20 septembre 1942, 20 septembre 1792 – 20 septembre 1942. Au total environ 500 000 tracts furent saisis.
Les inspecteurs l’interrogèrent de nouveau sur ses livraisons de tracts en Seine-et-Marne aux Ormes et à Fontainebleau, à Paris dans le Xe arrondissement au café Rouquet rue de Chabrol, devant le marché Saint-Quentin boulevard Magenta. Le 18 septembre nouvel interrogatoire sur son activité à Aubervilliers où il avait été en contact avec Raoul Gosset et Lucien Brun ex-secrétaire de Charles Tillon, député communiste. Les chutes de Brun et Gosset le coupa de l’organisation, un prénommé Alexandre avait repris contact avec lui.
Avant son interpellation, il était en contact avec Eugène Massé, responsable technique de Seine-et-Marne, Georges Munier qui s’occupait de la région Paris Ouest, Eugène Sauciat responsable technique de la même région, Marcel Le Pen cycliste de l’organisation, Auguste Célerier et Henri Picot. Aux termes de l’enquête policière sept dépôts de tracts furent découverts : un à Asnières au 2 rue Victor Hugo, trois à Saint-Denis : rue de Chabrol près du café Entracte, 29 rue de la Boulangerie, et rue du chemin du Cornillon ; deux à Saint-Ouen au 5 bis rue Paul Bert dans le quartier des Puces dans une baraque en fer ondulé, et 62 rue des Entrepôts, et à Puteaux au 33 rue Benoit Malon dans un box au fond de la cour 33 000 tracts furent saisis.
Le 17 septembre 1942, il a été mis à la disposition des Renseignements généraux en compagnie de : Maurice Villain, Georges Munier, Marcel Le Pen, ex. conseiller municipal de Romainville, Eugène Sauciat, Paul Hermet, Auguste Celerier, Eugène Massé, Henri Picot, Henriette Ratti et Raymond Clerget.
Emprisonné à la Santé intervint par courrier le 1er octobre pour que cette somme soit restituée à son épouse, expliquant que s’était « de l’argent personnel ».
Le commissaire principal répondit le 12 octobre à monsieur Pottier Juge d’Instruction : « Fatermann ayant reconnu ne se livrer à aucun travail depuis de longs mois et être appointé par l’organisation clandestine en rémunération du travail spécial de propagande dont il était chargé, il ne semble pas que cette somme puisse être restituée, en raison même de son origine. »
Maurice Fatermann était connu du commissaire d’Aubervilliers « comme communiste extrêmement actif, n’ayant jamais pu être pris sur le fait. » Soupçonné d’être en relation avec des membres d’une association terroriste une enquête a été menée.
Incarcéré, il comparut le 22 juillet 1943 devant la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris en compagnie de Narcisse Lemoine et Louis Zehner. Maurice Faterman a été condamné à quatre ans de prison et 1200 francs d’amende. Il a été transféré à la centrale d’Eysses dans le Lot-et-Garonne. Le 19 février 1944, 1200 résistants se révoltèrent, la sédition fut matée, douze mutins ont été condamnés à mort et exécutés. Le 30 mai, 1 121 prisonniers encadrés par des SS de la division Das Reich étaient conduits à la gare de Penne à destination du camp de Compiègne. Ceux de Eysses dont Maurice Fatermann étaient le 18 juin 1944 dans le convoi de 2143 déportés à destination de Dachau en Allemagne. Il a été transféré au camp de Buchenwald.
Le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Le Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu dans son ouvrage La zone grise ? La résistance française à Buchenwald.
Dans 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Maurice Fatermann était parmi les survivants, il a été homologué Déporté interné résistant (DIR). Son frère Jacob a été déporté le 25 mars 1943 au départ de Drancy au camp de Sobibor en Pologne, il était dans le même convoi que Gitla Frenkiel et Rose Berkowicz. Centres de mise à mort Sobibor, Treblinka et Belzec ne furent pas libérés. Les déportés (ées) femmes et hommes étaient assassinés (ées) dès l’arrivée au camp d’extermination.
Maurice Fatermann mourut le 29 décembre 1995 à Brou-sur-Chantereine en Seine-et-Marne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article238027, notice FATERMAN Maurice par Daniel Grason, version mise en ligne le 4 février 2021, dernière modification le 24 février 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. 1 W 666, 77 W 1778-112614, 77 W 5364, BA 2056. – Bureau Résistance GR 16 P 216828. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Corinne Jaladieu, La Prison politique sous Vichy : l’exemple des centrales d’Eysses et de Rennes, L’Harmattan, 2007, et avec Michel Lautissier, Centrale d’Eysses, Douze fusillés pour la République, Association pour la mémoire d’Eysses, 2004. – État civil numérisé Paris 12e 12N 248 acte n° 2835.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément