EL AYARI Mokhtar

Par Mariem Dabbab

Né en 1887 à Tunis , mort en 1963 à Tunis ; militant au syndicat des Traminots, membre du PCT (SFIC), l’un des cofondateurs et dirigeants de la première CGTT.

Engagé volontaire durant la Première Guerre mondiale, Mokhtar El Ayari fut décoré de la Croix de Guerre. Il devint traminot à la Compagnie des Tramways de Tunis (CTT) et milita au syndicat des Traminots de l’UD- CGT en 1920. La CTT le renvoya en 1921 pour avoir dirigé une longue grève des ouvriers de la compagnie. Il fut employé par la centrale comme secrétaire administratif de son syndicat à partir de 1921.
Membre du Parti Communiste Tunisien depuis 1922, Mokhtar El Ayari fut le gérant de plusieurs journaux communistes dont Habib El Oumma (l’Ami du peuple), le premier journal communiste en langue Arabe. En avril 1922, il fut placé sous mandat d’arrêt sous l’inculpation du complot contre la sûreté de l’État, mais l’affaire fut suspendue faute de preuves suffisantes.
Il prenait la parole dans presque toutes les réunions corporatives tenues à la Bourse du Travail et lors des meetings communistes. Il agrémentait ses discours par des anecdotes : « … En rentrant chez moi, j’ai rencontré un vieillard indigène, assez bien vêtu mais qui paraissait fort émotionné. Lui ayant demandé le motif de son trouble, il m’a répondu qu’Hassen venait d’être battu par son adversaire italien, ajoutant que tous nos coreligionnaires se trouvaient ainsi rabaissés à un point d’où il leur serait difficile de se relever. J’ai passé outre, en faisant remarquer au vieillard que ce sont les capitalistes qui font battre deux hommes de race et de religion différentes, dans le but de diviser le prolétariat international. Qu’il soit Italien, Juif, Français ou Arabe, l’homme est un être humain qui a besoin de son prochain, ce qui fait que nous sommes tous des frères. » (Mustapha Kraiem, op. cit.)
Dès le troisième jour de la grève des dockers, déclenchée le 13 août 1924, Mokhtar El Ayari fut choisi parmi les membres du Comité d’action chargé de contrôler le mouvement et de conseiller les dockers afin d’éviter les débordements.
Lorsque la décision de constituer une C.G.T. tunisienne fut prise le 3 septembre 1924, Mokhtar El Ayari a refusé la création d’une centrale syndicale autonome.
Au début, Il prêchait pour l’Union des Syndicats. Ainsi dans ses discours prononcés pendant les réunions organisées par les dockers de Tunis en grève à la Bourse du Travail, Mokhtar El Ayari critiquait le projet de création de la CGTT : « Votre séparatisme de l’Union des Syndicats vous prive du soutien de 25 millions d’ouvriers.
En revanche, votre organisation en syndicat doit vous inciter à adhérer à l’Union Syndicale. Les principes des ouvriers sont internationalistes et il n’est pas possible de vous isoler dans l’action… Je vois que ceux qui vous appellent à constituer un syndicat non affilié à la CGT ne vous appellent qu’à la division qui détruit la force des ouvriers et les éloigne du succès dans leur lutte contre la bourgeoisie unie pour s’opposer au prolétariat… » (Mustapha Kraiem, op. cit.)
Il revint par la suite sur sa position et adhéra au nouveau projet. Mokhtar El Ayari fut l’un des cofondateurs et dirigeants de la première CGTT et membre chargé de la propagande avec Mahmoud El Kabadi, Mohammed El Ghannouchi, Tahar El Haddad et Béchir El Falah au sein de la commission exécutive (CA) provisoire, élue le 3 décembre 1924.
Le 5 février 1925, Mokhtar El Ayari fut arrêté et emprisonné avec Mohamed Ali El Hammi et Jean-Paul Finidori. Il fut condamné pour complot contre la sûreté de l’État à une peine de 10 ans de bannissement. Expulsé vers l’Italie, puis de là vers Istanbul, il s’installa en Égypte et travailla comme traminot.
Il décèda à Tunis en 1963.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article238051, notice EL AYARI Mokhtar par Mariem Dabbab, version mise en ligne le 5 février 2021, dernière modification le 8 février 2021.

Par Mariem Dabbab

SOURCES : Juliette Bessis, Les Fondateurs, Index Biographique des cadres syndicalistes de la Tunisie coloniale 1920-1956, Paris, 1985, p. 68. — Mustapha Kraiem, Nationalisme et Syndicalisme en Tunisie 1918-1929, Union Générale Tunisienne du Travail, Tunis ,1976 ; p. 358,369,558, 561,595. — Mustapha Kraiem, Le Parti Communiste Tunisien pendant la période coloniale, Institut Supérieur du Mouvement National, Université de Tunis I, 1997, p. 75.

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