MONTAGNON Fernand, Jean-Baptiste

Par Jean-Michel Steiner

Né le 6 janvier 1924 à Saint-Étienne (Loire), mort le 5 juillet 2008 à Firminy (Loire) ; ouvrier métallurgiste ; militant CGT de la Manufacture d’armes de Saint-Étienne ; militant communiste, membre du comité de la Fédération PCF de la Loire ; maire de La Ricamarie, conseiller général.

Le conseil municipal élu en 1965
Le conseil municipal élu en 1965
Au centre, en veste sombre, Fernand Montagnon, à sa droite, Théo Vial Massat. Dans le médaillon, Fernand Montagnon remettant l’écharpe de maire à Marc Faure en 1990.

Frère de Séverin Modeste, Fernand Jean-Baptiste Montagnon était le deuxième jumeau de Jean François Marie Antoine Dominique Jules et de Marie Ernestine Barberet. Son père, né le 31 août 1888, originaire d’Espaly Saint-Marcel (Haute Loire) était employé de bureau dans le service de comptabilité de la MAS. Sa mère, née à Beaune (Côte d’Or) le 7 novembre 1902, fille d’un tonnelier, était employée de commerce.

Fernand Montagnon passa toute sa jeunesse à Saint-Étienne, où sa famille, de tradition catholique, habita rue Claude Delaroa, dans le quartier de Tardy, mais aussi rue de Lyon puis à Solaure. Il travailla à la Manufacture nationale d’armes, à la confection de crosses, car, disait-il, il aimait travailler le bois. Fernand Montagnon, qui avait seize ans en 1940, s’engagea dans l’Armée secrète en février 1944. Il rejoignit le GMO Bir Hakeim. C’est à la Libération qu’il adhéra au Parti communiste.

Le 28 juillet 1945, il épousa à Saint-Étienne Antoinette Juliette Porte, originaire de La Ricamarie, fille et petite fille de mineurs communistes. Élu secrétaire adjoint puis secrétaire du syndicat des travailleurs de la MAS, Fernand Montagnon fut révoqué à la suite de la grève de 1952. Il retrouva du travail à la Compagnie des Ateliers et Forges de Loire, récemment créée dans la région stéphanoise par la fusion de plusieurs aciéries. Membre du Comité d’entreprise il fut aussi membre du Comité central d’entreprise.

Militant reconnu et apprécié, il figura très tôt sur les listes présentées par le PCF aux élections municipales à La Ricamarie. Élu d’abord avec Germain Civet dans l’opposition à la coalition formée par la SFIO et la droite locale (1953), il fut placé en première position en 1959 et l’emporta lors du scrutin de 1965, à la tête d’une liste d’Union PCF-PSU. Ce parti était notamment représenté par Pierre Garde qui devint son premier adjoint. En 2008, Fernand Montagnon expliqua à Renaud Gay qu’au moment de la guerre d’Algérie, la lutte anticoloniale avait rapproché les deux formations. La liste comportait aussi des personnalités laïques ou républicaines comme Madame Lavial ou René Varennes.

Fernand Montagnon fut réélu – souvent largement – comme maire de La Ricamarie en 1971, 1977, 1983 et 1989. Il fut choisi comme suppléant par Théo Vial Massat quand celui-ci fut élu député de l’Ondaine (1962-1967). En 1970, le PCF décida de le présenter dans le canton du Chambon-Feugerolles où il fut élu. Il siégea au Conseil général jusqu’en 1994. Il y mena notamment dans les années 1970, une lutte pour conserver l’exploitation minière et plus généralement dénonça les fermetures d’entreprises qui se multipliaient dans le bassin stéphanois.

La longue magistrature exercée par Fernand Montagnon à La Ricamarie lui permit une action en profondeur à un moment où l’existence même de la commune était bouleversée. Créée en 1843 par regroupement de parties de trois communes limitrophes, obtenu par la volonté des compagnies minières, la commune vivait depuis ses origines par et pour l’exploitation du charbon. Celle-ci marqua en profondeur la structure urbaine. Au temps de la Compagnie de Montrambert les dirigeants pesaient de tout leur poids dans les décisions municipales. Après la nationalisation, les ingénieurs conservaient une forte influence. Fernand Montagnon arriva alors que cette puissance déclinait. L’exploitation du puits Pigeot, dernier puits des Houillères du bassin de la Loire (HBL) encore en activité, cessa en 1983. L’abandon de l’activité laissa de vastes zones en friches, défigurées, polluées. Il fallut prendre à bras le corps les problèmes : l’urbanisme, le logement, la culture, l’éducation.

Dans le domaine de l’urbanisme il s’agissait de rassembler un territoire éclaté entre de nombreux écarts, notamment en les reliant par un réseau routier digne de ce nom. Le problème du logement, souvent de médiocre qualité, avait été aggravé par le bombardement du printemps 1944. La municipalité Montagnon reprit l’action entreprise depuis la Libération en l’accentuant par la réalisation d’opérations comme celle du quartier du Montcel dans les années 1970. Elle chercha aussi à diversifier l’offre de logement par la réalisation des premiers lotissements.

Les friches libérées par l’abandon de l’activité minière représentèrent des surfaces importantes du territoire municipal, offrant l’opportunité de créer des espaces pour de nouvelles activités : grandes surfaces commerciales sur le plâtre des anciens puits de la Béraudière où s’implanta l’enseigne “Rallye” en 1975, zone d’activité artisanale sur celui de l’ancien puits Pigeot.

La plus profonde originalité de la municipalité résida sans doute dans un travail en direction de la culture, un effort nouveau sur le territoire. Fernand Montagnon expliqua à Renaud Gay la lutte qu’il dut entreprendre dans le Parti communiste pour imposer la présence dans sa première liste d’intellectuels - professeurs, techniciens, ingénieurs - dont beaucoup de militants se méfiaient : « Avec les camarades mineurs quand tu disais, “celui-là il est professeur, il est ingénieur” ils disaient : “nous en en veut pas ! On n’en veut pas ! C’est des vendus !” ». Sans doute une réminiscence des fractures créées au moment de la grève des mineurs de 1948.

La municipalité Montagnon engagea dès le début une action approfondie dans le domaine de l’enseignement dont la délégation avait été confiée à Daniel Mourier, professeur de philosophie. En 1967, elle amorça la mise en place du tiers temps pédagogique, généralisée à la rentrée 1968 : classes de mer, classes vertes, stages d’escalade ou de canoë, autant de découvertes pour les nombreux enfants de mineurs des classes primaires de l’enseignement public. Pour répondre à l’expansion des effectifs de l’enseignement secondaire, le maire et la nouvelle municipalité s’engagèrent bientôt dans une lutte, qui dura une décennie, pour obtenir la création d’un collège sur son territoire. Daniel Mourier soutint un projet d’établissement expérimental porté par l’Office central de coopération à l’École (OCCE) : « une utopie généreuse de l’école ouverte à toutes les générations, autogérée, coopérative ». Il s’agissait de bâtir un Centre Éducatif et Coopératif – CEC – intégrant un collège, une médiathèque, un centre culturel, des ateliers de formation continue, une cafeteria, une halle des sports. Pendant près de six ans, Daniel Mourier travailla avec l’architecte Mario Ferraz pour imaginer une architecture adaptée au projet. L’expérience, qui aboutit finalement à l’ouverture en 1978 du CEC Jules Vallès, dura une décennie et permit à des centaines d’enfants d’ouvriers ricamandois d’accéder à l’enseignement supérieur et à des formations de haut niveau.

En 1990, Fernand Montagnon transmit le fauteuil de premier magistrat à Marc Faure. Le préfet lui accorda le titre de maire honoraire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article238265, notice MONTAGNON Fernand, Jean-Baptiste par Jean-Michel Steiner, version mise en ligne le 12 février 2021, dernière modification le 19 février 2021.

Par Jean-Michel Steiner

Le conseil municipal élu en 1965
Le conseil municipal élu en 1965
Au centre, en veste sombre, Fernand Montagnon, à sa droite, Théo Vial Massat. Dans le médaillon, Fernand Montagnon remettant l’écharpe de maire à Marc Faure en 1990.
Le chantier du Montcel en 1976
Le chantier du Montcel en 1976
Manifestation pour la réalisation du CEC en 1977.
Manifestation pour la réalisation du CEC en 1977.

SOURCES : Arch. Mun. Saint-Étienne : 2 E 177, naissances, janvier-juin 1924 - 7C 11 568. — La Tribune Le Progrès, juillet 2008.
BIBLIOGRAPHIE : Sophie Royet, Le parti communiste dans la vallée de l’Ondaine de 1944 à 1953. Le Chambon-Feugerolles, Fiminy, Fraisses, La Ricamarie, Unieux, mémoire de maitrise, UJM Jean Monnet, 2006, 153 p. — Renaud Gay, La mine, la cellule, la mairie. Généalogie d’un communisme identitaire dans une cité minière. La Ricamarie, 2007, mémoire de sciences politiques, Grenoble, Université Pierre Mendès France. — Cherrier Claude, La Ricamarie. Une ville, des hommes, Éd. Ville de la Ricamarie, 1993, 119 p + 32. — Cedmo 42, Annuaire photographique et historique de militants communistes ligériens, 1940 – 2000, 2020, sp.

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