RATTI Henriette, Louise, Suzanne

Par Daniel Grason

Née le 23 octobre 1907 à Paris, morte le 31 décembre 1982 à Fleury-Mérogis (Yvelines) ; déportée à Ravensbrück (Allemagne) ; résistante.

Fille d’Henri et de P. Lecerf, Henriette Ratti divorcée Fages vivait 4 rue Charcot à Neuilly-sur-Seine (Seine, Hauts-de-Seine), membre de l’organisation clandestine du parti communiste, elle dactylographiait les tracts.
À la suite des arrestations d’Eugène Sauciat et de Marcel Le Pen, des inspecteurs de police surveillèrent le 52 rue de Bitche à Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine). Henriette Ratti s’y présenta, le 14 septembre 1942 à 16 heures, elle fut appréhendée par quatre inspecteurs de la BS1. Elle était inconnue de la Direction générale des Renseignements généraux, ainsi qu’aux Sommiers Judiciaires.
Elle a été emmenée dans les locaux du commissariat des Quinze-Vingt dans le XIIe arrondissement. Interrogée, elle affirma d’emblée : « Je n’ai jamais fait partie du parti communiste avant la guerre, je n’en fais pas partie. J’avais un ami avec qui je vivais Marcel Gitton actuellement prisonnier de guerre au stalag XII D. Trier N° 2534. » À la suite d’une mésentente, elle le quitta et entretint des relations avec Raymond Clerget qui vivait à Bezons.
Selon ses déclarations, à la fin juin 1940, alors qu’elle faisait la queue dans un Félix Potin de Neuilly, elle serait entrée fortuitement en contact avec un militant. Celui-ci lui proposa un travail de dactylo d’un comité de secours aux prisonniers. Un rendez-vous fut fixé pour une dizaine de jours plus tard à 14 heures devant l’église de Neuilly-sur-Seine. L’inconnu était accompagné d’Eugène Sauciat, ce dernier serait désormais son responsable, il lui donna à titre d’information la « Lettre ouverte d’un prisonnier à sa mère » et un autre tract. Désormais elle travaillerait sous la responsabilité d’Eugène Sauciat. Elle devait être rétribuée entre mille et mille cinq cents francs par mois.
Début juillet Eugène Sauciat lui apporta une machine à écrire et des stencils, elle devint opérationnelle. Des rendez-vous hebdomadaires furent fixés deux fois à des jours irréguliers deux fois par semaine à 14 heures. Elle dactylographiait des numéros de L’Humanité clandestine, parfois des textes manuscrits. Elle précisa qu’elle n’était allée que deux fois rue de Bitche « pour des raisons d’alimentation. Je portais des légumes à Sauciat qui me donnait de la viande quand il pouvait. » Elle précisa aux inspecteurs que son ami ignorait son activité.
Une perquisition domiciliaire eut lieu le 15 septembre 1942 à 22 heures dans son logement du 4 rue Charcot au troisième étage, il se composait de deux pièces mansardées. Son ami Raymond Clerget était là, fouillé, il ne portait aucun objet suspect.
Les inspecteurs saisissaient : des stencils neufs et d’autres avec en-tête, soit de L’Humanité, soit de la Vie Ouvrière, des stencils de la Voix des Cheminots, pour la Folie la Garenne, des tracts intitulés « Ouvriers Français préparez-vous, l’heure du combat est proche », un exemplaire de l’Humanité du 11 septembre 1942, un tract sur Gabriel Péri et une lettre pour le Front National de Lutte, une machine à écrire marque MAP n° 10136.
Incarcérée, Henriette Ratti a été interrogée une seconde fois le 21 septembre. D’emblée elle affirma : « Je n’ai rien à ajouter à mes précédentes déclarations ». Elle disculpa son ami Raymond Clerget « qui est parfaitement en dehors de cette affaire ». Quant à Auguste Célerier elle le connaissait « avant-guerre au salon Jaurès coiffure à Puteaux ». Il était « le camarade de mon ami Marcel Gitton. » Elle ne connaissait « pas Célerier en qualité de membre de l’organisation communiste clandestine. Je n’ai jamais eu à le rencontrer au cours ou à l’occasion de mon travail. »
Henriette Ratti a été inculpée d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. Incarcérée, elle comparut le 5 juin 1943 devant la Section spéciale de la Cour d’appel de Paris. Elle a été condamnée à quinze mois de prison et 1.200 francs d’amende.
Henriette Ratti a été déportée sous son nom de femme Fages, elle était le 18 avril 1944 dans le convoi de 416 femmes qui partit de la gare de l’Est à destination de Ravensbrück en Allemagne. Elles arrivèrent le 22 avril au camp de concentration, son parcours concentrationnaire ne figure pas sur le site de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Trois cents trente-quatre femmes survécurent dont Henriette Ratti (Fages).
Elle épousa son ami Marcel Gitton, fut homologuée au titre de la Résistance intérieure française (RIF) et Déportée internée résistante (DIR).
Elle mourut le 31 décembre 1982 à Fleury-Mérogis (Yvelines).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article238515, notice RATTI Henriette, Louise, Suzanne par Daniel Grason, version mise en ligne le 17 février 2021, dernière modification le 17 février 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. 77 W 1778-112614 (dossier Faterman), BA 1928, BA 2056. – Bureau Résistance GR 16 P 500480.

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