VIGNERON René, Adrien

Par Bernard Thiéry

Né le 11 août 1921 à Hérimoncourt (arr. de Montbéliard, Doubs), mort le 31 juillet 2005 ; conseiller municipal d’opposition, maire PS de Verdun (Meuse) de 1977 à 1983, conseiller général de 1973 à 1982, dirigeant fédéral du PS de la Meuse de 1971 à 1977 ; animateur culturel, militant des droits de l’Homme, fondateur de l’Union mondiale des villes pour la paix, militant de la paix et du désarmement, romancier, poète.

René Vigneron n’avait que six mois lorsque sa famille s’installa à Haudiomont (arr. de Verdun, Meuse). Son père mourut des conséquences de la Première Guerre mondiale alors qu’il avait douze ans. Sa mère tenait l’épicerie du village. Il était l’ainé d’une fratrie de deux garçons. Son frère Adrien né en 1929 mourut en 2010. Le 25 avril 1945, il se maria à Marguerite Legand (1925-2016). Ils eurent cinq enfants (Gabrielle, Marie-Françoise, Marie-Christine, Martine et François), huit petits-enfants et quatre arrière-petits-enfants. Le père de Marguerite était un paysan né à Exermont (arr. de Vouziers, Ardennes). Sa mère était elle-aussi issue d’une famille de paysans de Wiseppe (arr. de Verdun). Marguerite était une militante du PS très engagée qui ne ménageait pas ses efforts, notamment dans les campagnes électorales. Très discrète, elle ne recherchait ni honneurs ni pouvoir ; elle était catholique pratiquante.
René Vigneron a fréquenté l’école primaire du village puis, pour ses études secondaires, le collège-lycée Buvignier à Verdun. Cet établissement fut dirigé par Antoine Gouze, militant SFIO, père de Danielle Gouze-Mitterrand, née à Verdun le 29 octobre 1924, morte en 2011. En 1940, soit deux ans après que René Vigneron avait quitté cet établissement, Antoine Gouze fut révoqué par le gouvernement de Vichy pour avoir refusé de recenser les élèves et enseignants juifs. C’est en cette année 1940 que René Vigneron, après des études supérieures de lettres et d’anglais à Nancy (Meurthe-et-Moselle), devint instituteur à l’école de Wiseppe. Il poursuivit sa carrière d’instituteur dans les trois villages proches de Verdun que sont Montblainville, Les Éparges et Cléry-le-Grand. C’est pour la conquête de la butte toute proche de ce deuxième village que, de février à avril 1915, dans des conditions extrêmes, s’étaient déroulés des combats parmi les plus meurtriers de la Première Guerre mondiale. Il enseigna ensuite à l’école primaire Galland à Verdun puis devint conseiller pédagogique, fonction qu’il exerça jusqu’à sa retraite en 1976.

Il adhéra à la SFIO en 1967. Après le congrès de fondation du Parti socialiste (PS) à Épinay en 1971, il œuvra à l’implantation du PS dans le département de la Meuse dont il fut le secrétaire fédéral de 1971 à 1977. Il appartenait au Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste (CERES), aile gauche du PS. Il avait été fondé en 1966 par Jean-Pierre Chevènement, Alain Gomez (1938-), Didier Motchane et Pierre Guidoni. Le CERES devenu « Socialisme et République » en 1986 quitta le PS en 1991 pour créer le Mouvement des citoyens (MDC) qui devint le Mouvement républicain et citoyen (MRC). Ce courant puissant joua un rôle important dans le PS dès le congrès d’Épinay et ensuite, pour engager la politique d’union de la gauche, dans l’élaboration du Programme commun de gouvernement et pour la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle du 10 mai 1981.
René Vigneron fut candidat aux élections législatives anticipées du 23 juin 1968 remportées très aisément par André Beauguitte (1901-1986), appartenant à la Fédération nationale de républicains indépendants (FNRI). En revanche, au deuxième tour de celles de 1973, associé à Pierre Méchin, il talonna André Beauguitte avec 46,42 % de voix contre 53,57 %.
De 1971 à 1977, René Vigneron fut le seul conseiller municipal d’opposition sous la mandature d’André Beauguitte, conseiller général, député, et maire de Verdun de 1965 à 1977. Le 10 juillet 1940, il avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain et pour cette raison fut inéligible jusqu’en 1953. René Vigneron fut conseiller général du canton Verdun-est de 1973 à 1982. De mars 1977 à mars 1983, pendant « la vague rose », il devint maire de la commune. Il fut candidat aux élections cantonales de 1988 sur le canton de Fresnes-en-Woëvre (arr. de Verdun). Puis, jusqu’en mars 1989, il siégea au conseil municipal dans l’opposition à la Municipalité de Jacques Barat-Dupont qui se définissait comme apolitique. Il devint ensuite le premier adjoint de Jean-Louis Dumont, maire socialiste. Élu communal depuis vingt-quatre années, il n’ira pas au terme de ce quatrième mandat « par honnêteté intellectuelle » déclara-t-il. Quand s’est posée la question de conscience entre amitié et principes, il choisit ses principes. Avec Jean-Louis Dumont, il fit le constat de divergences « sur plusieurs dossiers importants et principalement sur les choix budgétaires ». Très affable mais aucunement adepte de la langue de bois, il avait conseillé au maire de changer de cap « sinon, l’équipe en place court à sa perte » avait-il averti. Cette municipalité fut, effectivement, battue au scrutin de 1995.

A ce scrutin, René Vigneron figurait sur la liste « A Gauche Clairement » conduite par Jean-Pierre Boulier et le dirigeant départemental du PC, Nello Lanini et de nombreuses et nombreux militants syndicaux et associatifs ; cette liste n’obtint que deux sièges.

Pendant cette période, les amis et militants du PS qui comptèrent le plus pour lui furent Roger Collin (1913-2000), Lucette Lamousse, son adjointe aux affaires sociales, militante de l’aide aux immigrés, dirigeante de l’Association meusienne d’accompagnement des trajets de vie des migrants (Amatrami) et Pierre Méchin (1934-1999) militant de la CGT qui fut son premier adjoint.

Homme à la fois de conviction et de dialogue, défenseur de la laïcité, il était proche de la population et ouvert aux différents courants de pensée. Il avait été fortement impliqué dans la vie associative de Verdun, notamment à Amnesty international, à la Ligue des droits de l’homme (LDH), au Centre socio-culturel du quartier d’habitat social des Planchettes, au centre de loisirs qu’il codirigea, à la Société Philomatique et au ciné-club de la ville. Au cours de ses mandats, il développa et défendit la vie associative et les services publics. Parmi les réalisations qui lui tenaient particulièrement à cœur, il y eut les sept Centres d’accueil et d’animation enfance (Caape) de quartiers, la mise en place d’un service de transports urbains, les foyers-logements pour personnes âgées et la création de la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Belleville-Verdun avec Yves Peltier, maire de Belleville-sur-Meuse de 1977 à 2020. Le 19 juin 1978, René Vigneron convoqua un conseil municipal exceptionnel sur la place de la gare pour la préservation de ce service public et le maintien de l’emploi des cheminots. Militant déterminé pour la paix, il engagea les enfants des écoles de la commune à exprimer la paix et la tolérance par une vaste peinture murale apposée sur la palissade du Parc de Londres, équipement sportif communal majeur ; cette réalisation fut inaugurée en 1981. « Construire la paix avec nos mains d’hommes de bonne volonté, tel est notre but, notre seul but ! Avec vous si vous le désirez. » C’est par cette invite qu’il fonda l’« Union des villes martyres » devenue plus tard l’ « Union mondiale des villes de la Paix » dont il fut le Président d’honneur. Elle militait notamment pour « l’arrêt de la course aux armements », « une véritable politique du tiers-monde », « le respect des droits humains », contre le racisme et le fascisme. En 1982, René Vigneron organisa à Verdun, les Assises mondiales de la Paix. C’est dans la continuité de cette action que fut fondé, à Verdun, le « Centre mondial de la paix et des droits de l’homme ».

N’ayant jamais oublié ses origines ouvrières, ses grands-parents et grands oncles ayant été employés à l’usine Peugeot de Montbéliard, il avait aussi la tête dans les étoiles. « Ainsi, les dernières pages d’un livre sont déjà dans les premières… » telle est la dédicace d’Albert Camus que René Vigneron fit figurer en ouverture de l’une de ses œuvres. Passionné de littérature, appréciant particulièrement ce philosophe-romancier et Saint-John Perse, il était l’auteur d’une quinzaine de romans, contes et nouvelles dont six furent publiés. Il ne briguait pas les honneurs officiels. Cependant, en 1959, avant de devenir membre de son jury, il reçut le prix Erckmann-Chatrian dit «  le Goncourt Lorrain » pour « Aubes », roman qui conte l’histoire d’une famille paysanne de la Meuse pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour cette œuvre, il reçu aussi en 1961 le prix Marcelin-Guérin de l’Académie française. Il décéda le 31 juillet 2005 à son domicile, entouré des siens. Une foule de plusieurs centaines de personnes vint le 4 août saluer sa mémoire au Centre mondial de la paix, des libertés et des droits de l’homme. Son amie et militante Micheline Boulier, épouse de Jean-Pierre Boulier, lut à l’ouverture de l’hommage rendu à cet infatigable homme de combat, l’un de ses poèmes qui se conclut par cette exhortation : « Regarde le chemin où s’avance l’espoir ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article238517, notice VIGNERON René, Adrien par Bernard Thiéry, version mise en ligne le 17 février 2021, dernière modification le 26 février 2021.

Par Bernard Thiéry

ŒUVRE : Nombreux poèmes, une dizaine de romans dont Aubes, édit. Alternance,1958 ; Catherine Barseau , édit. Marcham Verdun, coll. Erckmann,1963 ; S’il fleurit je serai reine, édit. Marchal Verdun, 1967.

SOURCES : Documents fournis par la famille Vigneron et Micheline Boulier. — Jacques Kergoat, Histoire du parti socialiste, La Découverte, 1998. — Est républicain, 2 août 2005, 3 août 2005, 4 août 2005, 5 août 2005, 9 août 2005.

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