MATEO [Cazavet, Ariège]

Par André Balent

Maquisard de l’Agrupación de guerrilleros españoles (AGE), maquis de la Crouzette, commune d’Esplas-de-Sérou (Ariège) ; disparu le 7 août 1944 après une entrevue avec des maquisards espagnols du maquis « Bidon 5 » de l’Armée secrète

Cette disparition est signalée par Claude Delpla dans son livre posthume (op. cit., 2019, p. 168). Elle fit suite à l’exécution de son camarade Sánchez de l’AGE à l’issue d’une entrevue peu amicale avec d’autres Espagnols, des libertaires ralliés à un maquis de l’AS. Marie-Christine Dargein (op. cit., 1989) a eu connaissance de l’exécution et de la disparition des deux Espagnols venus discuter avec les maquisards de Cazavet. Toutefois, pour elle, il s’agissait de deux victimes anonymes. Dans le cadre de son travail universitaire, elle s’est rendue à Cazavet, le 11 février 1989, afin d’enquêter sur le sort de ces deux Espagnols. Des personnes âgées du village lui ont parlé "d’un Espagnol enterré quelque part dans la montagne". Il ne peut donc s’agir que de Mateo dont nous connaissons le nom par Delpla.

L’AGE était le bras armé de l’UNE (Unión nacional española). Ces deux organisations résistantes dépendaient du PCE (Parti communiste d’Espagne). Elles prétendaient représenter l’ensemble de la Résistance républicaine espagnole en France. Mais, hormis l’adhésion à titre purement individuel d’anarchistes, de socialistes, de nationalistes catalans ou basques, la seule organisation politique qui en faisait partie et les dirigeaient était le PCE (et le PSUC, Parti socialiste unifié de Catalogne, communiste, parti « frère » du PCE, en voie de satellisation).

De fait, les autres partis républicains espagnols s’étaient regroupés dans la JEL (Junta española de liberación ). Ceux qui participaient à la résistance en France le faisaient, sauf exceptions, dans le cadre des réseaux et des organisations françaises). Ainsi, en Couserans (partie occidentale de l’Ariège autour de Saint-Girons, la ville principale ; vallée du Salat et de ses affluents), la fédération locale clandestine de Saint-Girons de la CNT (Confédération nationale du Travail, espagnole, anarcho-syndicaliste) préconisa l’incorporation à un maquis de l’AS, formé dans le Comminges (Haute-Garonne) voisin et centré sur sa partie pyrénéenne, limitrophe du Couserans autour du village d’Arbas. Ce maquis « débordait » en Ariège, à Cazavet, commune limitrophe d’Arbas. Ce maquis nommé « Bidon 5 » avait été formé par socialistes en bonne partie issus de l’industrie d’extraction du pétrole dans la Bas Comminges. Les Espagnols anarchistes, mais aussi des libertaires d’autres nationalités, présents en Couserans comme Marzocchi Umberto, formèrent, au sein de Bidon 5, un « bataillon » dont le chef, était Eduardo Vizcaya, alias commandant « Del Rio ». On parla donc à leur sujet, de « bataillon del Rio ». Ce bataillon était, au début d’août cantonné à proximité du village ariégeois de Cazavet.

Fidèles à leur conception de l’unité des républicains espagnols, les maquisards de l’AGE discutèrent dès juillet 1944 avec les libertaires de Bidon 5. Deux maquisards de l’AGE, Sanchez et Mateo vinrent à nouveau à Cazavet, le 7 août 1944, afin de convaincre Vizcaya et ses hommes de les rejoindre. Mais, entre-temps, des guerrilleros de l’AGE avaient massacré, le 15 juillet au soir, des libertaires à La Casace (commune de Castelnau-Durban), et, parmi eux deux petites filles. Ils voulaient en fait « liquider » un anarchiste Ricardo Roy Escribano considéré par eux comme « traître » parce qu’ayant refusé d’intégrer leurs rangs. La discussion ne fut sans doute guère cordiale du fait des assassinats du 15 juillet. Sanchez quitta le lieu de réunion et fut abattu au hameau de Cazaux, en amont de Cazavet. Pour sa part, Mateo, apparemment demeuré à Cazavet disparut. On ne retrouva pas son cadavre. On peut supputer qu’il subit le sort de Sánchez, ce que suggère l’enquête de Marie-Christine Dargein mentionnée plus haut.

Dans ses notes manuscrites, Claude Delpla a noté initialement qu’il s’agissait d’un « inconnu » qui avait initialement disparu à Cazavet. Plus tard, il retrouva son nom et a su qu’il était membre de l’AGE.

Marie-Christne Dargein interrogea aussi, le 17 février 1989, Eduardo Vizcaya, chef du maquis de Cazavet qui lui déclara, après avoir tergiversé, se souvenir de ces deux morts mais prétendit, réfutant une exécution pour des motifs politiques, qu’il s’agissait de "faux maquisards à la solde des Allemands" qu’il fallait éliminer. Tout comme les guérilléros de l’AGE qu’elle interrogea en 1989, Eduardo Vizcaya niait alors qu’il y ait eu, en 1944, la moindre divergence entre les résistants espagnols de tendances politiques différentes, ce que démentent des épisodes sanglants comme celui de la Casace. On essayait donc parfois, des deux côtés, de présenter une vision de rapports harmonieux au sein d’une résistance espagnole unie dans la lutte contre les nazis et les collaborationnistes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article238523, notice MATEO [Cazavet, Ariège] par André Balent, version mise en ligne le 17 février 2021, dernière modification le 21 septembre 2021.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Ariège, 64 J 206, fonds Claude Delpla, notes manuscrites concernant les maquis de Cazavet (AS) et de Betchat (FTPF). — Marie-Christine Dargein, La Résistance en Ariège, histoire et mémoire, maîtrise dactylographiée, (dir. Pierre Laborie), Toulouse, Université de Toulouse – Le Mirail, 1989, 134 p. [p. 76]. — Claude Delpla, La libération de l’Ariège, Toulouse, Le Pas d’Oiseau, 514 p. [p. 168].

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