ADAM Hélène [Hélène BOSTYN, épouse Adam] dite Maroussia

Par Bernard Thiéry

Née le 20 janvier 1953 à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine) ; lycéenne, étudiante, ouvrière « établie », institutrice  ; militante de la Gauche prolétarienne, de Révolution !, de l’OCT puis de la LCR, du NPA et d’Ensemble  ; permanente de la LCR  ; technicienne aux PTT, à France-télécom, à Orange ; nombreux postes de responsabilités syndicales à SUD PTT (CHSCT national, Comité de groupe Europe puis monde, responsabilités internationales, Conseil d’administration), conseillère au CESE pour l’Union syndicale Solidaires.

Hélène Adam est née à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine) de Jean Bostyn et d’Andrée Desforge. Elle est la deuxième d’une fratrie de cinq enfants. Ses premières références politiques ont été celles de la guerre d’Algérie et du mouvement de solidarité active avec la révolution algérienne Y participaient très directement deux de ses oncles et sa tante qui furent « pieds rouges » après l’indépendance. Son père, proche du PSU, parti très actif à Sceaux (Hauts-de-Seine), affichait sa sympathie pour ce combat dans le cadre de références socialisantes.
À Sceaux, Hélène Adam fréquenta l’école élémentaire publique de la commune, puis le lycée Marie-Curie. Elle obtint le baccalauréat C en 1970. L’ambiance qui entourait la jeunesse d’alors était celle d’une soif de découvertes, une passion pour les grandes causes qui pouvaient aller de la campagne contre la Bombe à celle de la faim dans le monde en passant par le combat du FNL Vietnamien, le soutien à la révolution cubaine et l’enthousiasme pour les figures romantiques révolutionnaires de Fidel Castro et du Che. Dès la classe de seconde, en 1968, année de ses quinze ans, elle a été plongée dans l’un des plus grands mouvements de masse de la jeunesse et la plus grande grève générale ouvrière, comptant jusqu’à dix millions de grévistes et la manifestation du 13 mai qui rassembla environ cinq-cent-mille lycéens, étudiants et salariés. Le lycée d’Hélène Adam était parti en grève dès le 6 mai, au tout début du mouvement de la jeunesse. Ce furent un mois et demi d’assemblées générales quotidiennes, d’occupations, de manifestations, d’interminables discussions. C’était pour elle la découverte de la puissance d’un mouvement de masse, de l’auto-organisation et de l’inventivité de telles démonstrations de force.
Le lycée Marie-Curie était un lycée de filles ; les élèves du lycée Lakanal de garçons tout proche, entrèrent massivement le 6 mai à Marie-Curie pour faire une assemblée générale (AG) commune et fraterniser. Il fut convenu, notamment à la demande des filles, que chacun gérerait sa grève de façon autonome, tout en ménageant des coordinations régulières et des départs communs en manifestation. Bien que n’ayant que quinze ans, Hélène Adam se retrouvait très bien dans ce mouvement, son auto-organisation, sa détermination à écrire son histoire, son ambition de vouloir construire un monde plus libre, plus juste, plus égalitaire. Personne ne devait se substituer à elles, ni les garçons de Lakanal, ni les professeurs. Surpris par leur maturité, les enseignants les observaient du fond des AG, se gardant de trop intervenir. Le lycée était très rigide, très hiérarchisé, avec ses règles de grande distance entre les professeurs et les élèves, et ses obligations strictes notamment vestimentaires. L’une des premières manifestations dans les lycées de filles en mai et juin, fut de venir en « jean » et cheveux libres, interdictions absolues et passibles de sanctions. Le lycée, occupé en permanence, devint méconnaissable. Les élèves étaient installées en permanence sur les marches de l’entrée principale bien que ceci fut interdit. Elles devaient emprunter une autre entrée donnant sur les vestiaires afin de revêtir les blouses obligatoires, une semaine bleue, une semaine « bis » (beige clair). Elles avaient constitué des commissions de travail qui passaient des films, de la musique, et discutaient longuement de thèmes alors en vogue mais interdits au lycée tels que la situation du tiers monde, la guerre de libération au Vietnam, l’histoire du Front populaire et de la Révolution russe.
Les AG permettaient de prendre les décisions pour « l’après » qui ne pouvait pas être comme « avant ». L’après, c’était les cours que les élèves assureraient eux-mêmes pour ne pas laisser tout le pouvoir aux professeurs ; c’était l’autogestion d’un foyer des élèves, la suppression des blouses, des contraintes, des classements, des notes, de la remise des prix. Hélène Adam écoutait surtout, et les premières fois qu’elle osa prendre la parole en AG, elle parla de l’abolition du système des prix. L’assemblée fut médusée que cette proposition vienne de l’une de celles qui depuis la sixième, en raflait le plus. « Là j’ai compris qu’il se passait un événement considérable », lui confia plus tard son professeur de russe.
Le soir, elle avait de longs échanges avec son père qui occupait l’usine de Thomson CSF à Malakoff (Hauts-de-Seine) où il travaillait ; ces échanges portaient notamment sur la révolution. Est-elle possible dans un pays développé ? Est-elle souhaitable au regard des dérives staliniennes ?

Pour Hélène Adam, comme pour beaucoup de jeunes de sa génération, cet évènement fondateur a déterminé et orienté les années qui suivirent. Elle, comme ses camarades, refusait l’horreur laissée en héritage, des camps de la mort aux bombardements d’Hiroshima. Une chose était sûre pour Hélène Adam, il était hors de question après 68 de continuer comme avant. Il fallait s’engager et en choisir une parmi les nombreuses organisations. Le PC était hors-jeu pour Hélène Adam. Les militantes des JC avaient sans cesse prôné une certaine modération pendant la grève et leurs propositions pour l’après 68, semblaient beaucoup trop timorées pour ce qui était alors ressenti comme une urgence révolutionnaire, une occasion exceptionnelle. Beaucoup d’organisations différentes, aux références théoriques diverses, se disputaient l’hégémonie sur cette jeunesse avide d’engagements. L’unité d’action dans ces combats n’était pas toujours au rendez-vous. Ainsi par exemple, les maoïstes organisaient leurs actions contre l’intervention américaine au Viêt Nam dans les Comités Vietnam de base (CVB). Ceux-ci apportaient un soutien inconditionnel à la direction du PC vietnamien alors que la JCR aux côtés d’intellectuels de renom, participait au Comité Viêt Nam national (CVN) qui refusait une telle inconditionnalité. Les manifestations furent nombreuses de 1969 à 1973. Deux d’entre-elles, auxquelles participa Hélène Adam, celle du 14 novembre 1969 et celle du 22 avril 1972 à Paris, eurent lieu en deux roues motorisés, inventivité qui contrastait avec les manifestations organisées par la gauche traditionnelle qualifiées de « traine-savates » par l’extrême-gauche.
Le choix Hélène Adam se porta sur les maoïstes rencontrés sur les bancs du grand amphithéâtre de la faculté d’Assas Paris 1, qu’elle fréquenta de 1970 à 1972. Durant les cours d’économie qu’elle suivait, les étudiants passaient beaucoup de temps à discuter politique. Les « maos », étaient très activistes et proposaient toutes sortes d’initiatives passionnantes. Hélène Adam fut donc de 1970 à 1973 membre de la Gauche prolétarienne (GP), organisation maoïste « spontanéiste », de la Cause du peuple et du Secours rouge. Pour Hélène Adam, l’activisme de la GP correspondait à l’attente impatiente de la révolution et elle se plaisait à participer à l’ensemble de ses actions, dénonçant les conditions de vie des travailleurs immigrés dans les foyers, celle des prisonniers, le scandale des accidents du travail mortels dans les mines, soutenant les paysans du Larzac en lutte contre l’extension du camp militaire, celle des Lip avec la grande marche sur Besançon. Cette époque était, pour Hélène Adam, celle d’une très grande mobilité et d’une très grande activité avec la découverte de beaucoup de jeunes issus d’autres milieux, d’autres histoires qu’elle croisait dans son périple : « longues marches » paysannes, quand elle alla travailler l’été en Bretagne puis au Larzac, décision de « s’établir », ventes interdites de la Cause du Peuple, journal de la GP. La GP fut éphémère mais marqua l’histoire de l’extrême gauche à ses débuts post-soixante-huitards. Hélène Adam y croisa des personnalités qui l’ont marquée telles que Sorj Chalandon qui évoque ces années-là dans plusieurs de ses ouvrages. Le Secours Rouge, creuset de mobilisations unitaires de l’extrême gauche, fonctionnait en comités de base. Hélène Adam militait dans celui du XIVe arr. de Paris. Il tenait des AG régulières au siège du PSU, rue Mademoiselle (XVe arr.), avec des formes démocratiques et auto-organisées très efficaces. Il fut notamment à l’initiative des grandes manifestations pour sauver des militants basques condamnés à mort, mobilisations victorieuses. Creuset de la rencontre entre militants de différents courants, le Secours Rouge disparut progressivement mais son rôle fut important dans l’engagement d’Hélène Adam et de nombreux autres lycéens et étudiants. En ce début des années 1970, pour elle, le mouvement lycéen, qui avait représenté une nouveauté en 68, était le prolongement logique de la radicalisation de sa génération des moins de dix-huit ans, alors que le droit de vote et la majorité n’étaient qu’à vingt-et-un an. Il connut un épisode particulièrement important lorsqu’en février 1971, Gilles Guiot, élève du lycée Chaptal de Paris, fut arbitrairement arrêté lors de la manifestation organisée le 9 février place Clichy (XVIIIe arr. Paris) par le Secours rouge. Sa condamnation, en flagrant délit à six mois de prison dont trois fermes, déclencha le premier mouvement de masse de la jeunesse lycéenne depuis Mai 68. Il fut libéré dix jours plus tard à l’issue de deux manifestions et d’un sit-in près de la fontaine Saint-Michel.
Hélène Adam s’engagea d’autant plus facilement dans ce mouvement qu’elle en appréciait son caractère très spontané, les expériences d’auto-organisation, la politisation, les débats enflammés dans les Comités d’action lycéens (CAL), y compris sur les grandes causes internationales. De 1970 à 1972, elle étudia les sciences économiques à la faculté de Paris 1où elle obtint le Diplôme d’études en économie-gestion (DEEG). Cette faculté cohabitait alors difficilement avec l’université de Paris 2 - Assas. Elle était dominée par le groupuscule d’extrême-droite fasciste du GUD fondé dans cette faculté en décembre 1968 par Patrick Devedjian, Gérard Longuet et Alain Madelin, anciens dirigeants d’Occident, dissout en octobre 68. Hélène Adam anima très rapidement le « comité de lutte d’Assas » qui se distinguait par sa composition très unitaire et par un grand activisme en direction des étudiants. Elle participait à toutes les mobilisations, aux actions antifascistes héritières de celles des années 1960 au quartier latin, menées notamment dans le cadre du Front Universitaire Antifasciste (FUA) créé en 1961 par Alain Krivine avec le soutien d’intellectuels de renom. La faculté était alternativement occupée par les bataillons fascistes en rangs serrés qui interdisaient l’entrée aux militants d’extrême-gauche, puis par les services d’ordre (SO) notamment celui de la Ligue Communiste (LC), qui occupaient à leur tour les lieux. Le Comité de lutte d’Assas, tentait de construire une base large de dénonciation des fascistes à la faculté dans une ambiance générale où la jeunesse prenait très au sérieux cette menace et n’hésitait pas à se mobiliser massivement contre ses manifestations. Le comité de lutte d’Assas avait notamment organisé avec la participation de nombreuses personnalités, un très grand meeting unitaire en mars 1971 dans le grand amphithéâtre de la faculté qui fut présidé et animé par Hélène Adam. Elle et ses camarades étudiants participèrent aux immenses manifestations contre les meetings d’Ordre Nouveau au Palais des Sports en 1971 et à la Mutualité le 21 juin 1973 où eurent lieu de violents affrontements qui, quelques jours plus tard, conduisirent à la dissolution de la LC très impliquée.

En août 1972, après les mobilisations des paysans du Larzac de l’été, Hélène Adam interrompit ses études et s’installa à Millau (Aveyron). Elle avait participé dès l’été 1971 aux « longues marches », rencontres estivales entre jeunes et paysans dans toute la France ; elles faisaient référence à la Longue Marche de Mao Tse Toung, pour qui la rencontre ville-campagne fut un élément stratégique décisif de la Révolution Chinoise. Elles étaient organisées par la GP ; des groupes de jeunes urbains allaient travailler sur les exploitations agricoles de « paysans-travailleurs » pour nouer un dialogue fructueux le plus souvent entre militants, certes de milieux sociaux différents, mais animés des mêmes objectifs. Ils furent organisés d’abord en Bretagne dans la région de Jean-Pierre Le Dantec, autour de Guingamp. Ils eurent lieu ensuite aux alentours de Rodez en 1972, juste avant la grande manifestation qui rassembla vingt-mille personnes contre le projet d’extension du camp militaire du Larzac par l’expropriation de nombreux paysans. Hélène Adam y retourna les 25 et 26 août 1973 avec plus de soixante-mille manifestants et encore les 17 et 18 août 1974 où ils furent aussi nombreux. C’était devenu une sorte de rendez-vous qui s’était doublé de nombreuses rencontres au lieu-dit la Cavalerie avec les animateurs les plus engagés des paysans du Larzac. Décision fut alors prise avec la GP qu’elle s’installe à Millau pour s’y « établir », c’est-à-dire se faire embaucher dans une usine choisie par son organisation. Hélène Adam entra alors dans l’usine de confection de blousons de cuir de Millau, comme « mécanicienne » débutante, chargée de coudre les doublures des blousons. Son travail monotone s’effectuait dans le bruit incessant des « marteaux » aplatissant le cuir, de celui des machines à coudre industrielles, et au milieu des odeurs des teintures de traitement du cuir. Hélène Adam, était toujours militante de la GP dans une « unité » très radicale, divisée entre « officials » et « provisionnals » à l’instar de l’IRA irlandaise d’alors. Son militantisme dans cette usine, à la main d’œuvre locale et, comme elle très jeune, fut une source de découverte concrète des ressorts de l’exploitation, de l’aliénation, de l’oppression spécifique des femmes. Était organisé un jeu subtil de la division sexuée du travail ; ainsi par exemple, les hommes traitaient le cuir tandis que les femmes le cousaient. En découlaient des différences de rémunérations ; même à Hélène, la notion de « salaire d’appoint » paraissait alors évidente. Comme les autres femmes, elle touchait le SMIC d’alors, soit moins de 600 francs mensuels. La GP mena, à cette époque, une campagne importante sur le thème « Peut-on vivre avec moins de mille francs ? ». Hélène parvint à construire un comité de lutte avec quelques ouvriers-ouvrières de son usine et l’entreprise de Millau fut représentée à la réunion nationale des Comités de lutte d’Ateliers, organisée par la GP à Paris fin 1972. Elle participa également à un mouvement de grève « sur le tas », résultat de l’indignation des ouvriers et ouvrières face à une injustice et du refus de l’autoritarisme et de l’intimidation de la direction. Pour Hélène Adam, ce genre de mouvement très typique de l’époque, répondait parfaitement au mot d’ordre de la GP « On a raison de se révolter ». Un débrayage massif et immédiat répondit au licenciement prétendument pour faute d’un ouvrier, et obtint rapidement sa réintégration. Mais l’usine licencia une partie de son personnel courant 1973, dont les derniers embauchés, si bien qu’Hélène Adam rentra à Paris.
En France, outre le combat contre l’extrême-droite, les meurtres à caractère raciste ont été à l’origine de plusieurs mobilisations notamment dans la jeunesse. Avec la GP et le Secours Rouge, Hélène Adam y était très impliquée. Suite au meurtre d’un jeune algérien dans le quartier de La Goutte d’Or (XVIIIe arr.) à Paris, le 27 octobre 1971, elle contribua à l’organisation d’une manifestation appelée par le Secours rouge et la Mouvement des travailleurs arabes (MTA) créé par la GP un an plus tôt qui rassembla environ mille personnes. Les actions menées avec les organisations de travailleurs immigrés étaient alors presque quotidiennes. Elle contribua aussi au mouvement des femmes naissant, notamment au travers de la grande bataille du Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception (MLAC) créé en 1973 pour obtenir la légalisation de l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) en France et qui s’est très rapidement développé en structures de base. Cet engagement fut fondateur et décisif pour Hélène Adam ; il fut à l’origine de sa prise de conscience de l’oppression des femmes et de son caractère fondamental et transverse. Hélène Adam avait adhéré au MLAC dès sa création et y milita jusqu’à son autodissolution en février 1975, un mois après l’adoption de la loi Veil. Hélène Adam participa à de nombreuses réunions des « groupes femmes » du XIVe arr. de Paris où elle habitait.
Et l’époque, la GP eut aussi ses heures tragiques lorsqu’un des camarades d’Hélène, Pierre Overney dit Pierrot, 24 ans, figure célèbre des « maos », fut abattu le 25 février 1972 par un vigile de l’usine Renault de Billancourt dont il avait été licencié quelques mois avant. Il y distribuait des tracts pour appeler à une manifestation de commémoration des neuf militants assassinés au métro Charonne, en février 1962, par une très violente charge de la police sous les ordres de Maurice Papon. Hélène Adam était en réunion avec son groupe à l’école d’Architecture du boulevard Raspail quand la nouvelle tomba « Pierrot a été tué ce midi à Billancourt ». Choc terrible, la mort devint brusquement réelle en France. Une gigantesque manifestation unitaire accompagna Pierrot à sa dernière demeure.

La GP s’est auto-dissoute en novembre 1973. son retour de Millau, profitant d’un recrutement massif de l’Éducation nationale, Hélène Adam devint institutrice à la rentrée de septembre 1973 à Malakoff (Hauts-de-Seine) et y resta jusqu’en 1976. Elle passa un simple examen et fut nommée remplaçante, sur un contrat précaire, sans qualification autre que sa culture générale, et avec quelques cours pédagogiques dispensés le mercredi.
Elle commença, en 1973, à découvrir le Syndicat national des instituteurs (SNI-FEN), ses tendances dont l’École Émancipée proche de l’extrême gauche. Elle reprit des études d’histoire, en licence à la Sorbonne, tout en poursuivant son travail d’institutrice.

C’était l’époque des grandes mobilisations internationalistes de la jeunesse contre les dictatures qui se sont déroulées en continu entre 1970 et 1976. Hélène s’engagea notamment dans le soutien aux révolutionnaires grecs exilés à Paris, suite au coup d’État des colonels grecs du 21 avril 1967 instaurant un régime dictatorial. Elle les aida à fabriquer de faux passeports pour faire passer des combattants sur le territoire français. Une rencontre avec Mikis Théodorakis à Paris en 1975 grâce à une amie commune Laokratia Lakka, l’a profondément marquée et lui a permis de percevoir concrètement ce que signifiait militer sous une dictature. Ont été également organisées des actions contre la répression sous la dictature du général Franco et les assassinats des indépendantistes basques par les milices phalangistes, les exécutions telles que celle de l’anarchiste catalan Salvador Puig i Antich. Les immenses manifestations internationales pour la libération des six Basques, « Izko et ses camarades », condamnés à mort, lui parurent l’un des symboles forts de cette époque ; la jeunesse défendant une cause concrète était capable d’emporter une victoire. L’expérience douloureuse et dramatique du Chili de Pinochet fut pour Hélène Adam un vrai tournant vers la maturité politique avec la prise de conscience des impasses dramatiques de certains choix, malgré les intentions généreuses affirmées. Elle s’engagea dans les nombreuses initiatives contre le sabotage de l’économie du Chili par la bourgeoisie chilienne aidée par la CIA et contre le coup d’État du 11 septembre 1973 du général Pinochet. Les Comités de soutien à la lutte révolutionnaire du peuple chilien (CSLRPC), appelés le plus souvent « comités Chili » à l’origine desquels se trouvaient Révolution ! la GOP et le PSU et où se retrouvait la LC se sont alors développés massivement. Hélène Adam accorda beaucoup d’importance à la cause palestinienne et à la cause irlandaise. Elle s’engagea aussi dans la défense de la Révolution portugaise des œillets du 25 avril 1974. Elle était de tous les combats et courait d’une manifestation à l’autre, d’un meeting à l’autre, d’une réunion à l’autre. En militant au Secours Rouge, elle croisa les militants des autres organisations engagées sur les mêmes combats, notamment ceux de la Ligue et de Révolution !

En 1976, elle s’impliqua dans le mouvement étudiant, contre la réforme du second cycle qui dura près de trois mois. Elle prit la tête des Assemblées générales organisées à la Sorbonne et fut élue à plusieurs reprises aux coordinations nationales étudiantes qui se tenaient à Paris, Amiens, Toulouse. Elle y croisa à nouveau de nombreux militants étudiants des autres organisations très actives dans le mouvement. Ce fut le cas notamment de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) créée en 1974 dans la continuité de la LC dissoute en 1973. Elle rejoignit alors Révolution ! organisation, très féministe et très « mouvementiste » qui lui paraissait correspondre le mieux à ses idées et à sa pratique. Elle avait cependant de longues discussions avec les dirigeants de la Ligue qu’elle connaissait depuis le début des années 70 comme François Sabbado.
Elle fut rapidement élue à la direction parisienne de Révolution !, puis au Comité central (CC) où elle noua des liens importants, qui restèrent, avec Isaac Joshua (dit Isy) et son frère Samuel (dit Samy) co-fondateurs de cette organisation. À son arrivée à Révolution !, Hélène dut se choisir un pseudonyme ; elle adopta alors « Maroussia », nom de l’héroïne d’un livre à laquelle, enfant, elle s’était identifiée. Elle conserva ce pseudonyme par lequel avec tendresse l’appellent parfois encore ses enfants. Après Révolution !, elle adhéra à l’OCT, créée en 1976 par fusion de Révolution !, de la GOP et d’un courant du PSU. Elle a été membre de la direction de la jeunesse, puis du CC et du bureau politique (BP), chargée de la jeunesse et de Paris. Elle avait effectué toutes sortes de petits boulots après son départ, en 1976, de l’Éducation nationale. Devant les difficultés à obtenir un poste fixe de titulaire, en 1977 elle fut élue permanente à l’OCT. La campagne des élections municipales « Pour le Socialisme, le Pouvoir aux travailleurs » de cette année vit l’OCT, la LCR et LO présenter ensemble des listes alternatives à l’Union de la Gauche alors triomphante. Ce fut là aussi une expérience passionnante en phase avec les interrogations stratégiques d’une période où cohabitaient les grandes espérances de changement avec l’arrivée des Gauches au pouvoir un peu partout en Europe, de grandes mobilisations syndicales unitaires et le début des effets catastrophiques de la crise économique. L’OCT, et surtout Révolution !, furent des creusets des plus importants mouvements de masse de l’époque et en particulier du mouvement féministe avec la construction de « Femmes travailleuses en lutte ». La Ligue animait « Femmes en lutte » et publia dès le 8 mars 1974 Les Pétroleuses, « journal de la tendance lutte de classes du mouvement de libération des femmes », puis la revue mensuelle Les Cahiers du féminisme, à partir de novembre 1977, qui devint de par sa durée et sa qualité une revue de référence. Débats passionnés, réunions « femmes » non mixtes, développements théoriques sur l’origine du patriarcat et de l’oppression des femmes, bataille de l’avortement avec la participation aux manifestations à Bobigny (Seine-Saint-Denis) en 1972 durant le procès de Marie-Claire, reconnaissance du viol comme crime quelques années plus tard, ce furent autant de combats où Hélène Adam s’investit. Elle le fit avec d’autant plus de conviction que nombre des questions qu’elle se posait sur la place des femmes dans les organisations, trouvaient alors des débuts de réponse. Ce fut la rencontre avec les figures fortes du féminisme comme Maya Surduts, membre de Révolution ! puis de la LCR, Josette et Jeannine Trat, principales animatrices des Cahiers du Féminisme, Monique Saliou-Gloux dite Frédérique Vinteul, figure du CC de la LCR et bien d’autres.
En 1979, Hélène Adam anima avec d’autres un départ groupé de quatre-cents militants de l’OCT du courant 4 vers la LCR. Dans le cadre de ce processus de rapprochement, elle participa aux négociations des textes de fond. Ces textes actaient une démarche originale et une maturité de l’extrême gauche devenue capable d’abandonner les traits les plus caricaturaux du sectarisme pour fusionner, en janvier 1980, malgré des désaccords stratégiques actés. L’extrême gauche avait évolué́, la situation également. Hélène Adam y rencontra à nouveau François Sabbado et aussi Antoine (Tony) Artous et Daniel Bensaid, figures centrales des discussions qui permirent à ce processus original d’aboutir. Elle fit également connaissance de François Coustal avec qui elle écrira plus tard « C’était la Ligue ». Le courant auquel elle appartenait tissa des liens avec la T3 de la LCR qui au congrès de janvier 1979 obtint l’interruption de l’alliance privilégiée avec la formation trotskiste lambertiste, l’OCI (qui devint MPPT, puis PT). Ce fut l’occasion de rencontres importantes avec Denis Berger, Michel Lequenne, Henri Weber. Le congrès d’entrée solennelle de ce courant de l’OCT se tint au moment précis où une tendance pro-OCI de la LCR constituée de quatre-cents militants la quitta et sortit de la salle du congrès en croisant les responsables du courant 4 de l’OCT qui entraient dont Hélène Adam et les frères Joshua.
Les convergences importantes entre ce courant et la LCR permettront une véritable insertion au sein de l’organisation alors que s’engageaient au début des années 1980, moment où la Gauche arrivait au pouvoir, de nombreux débats sur les questions stratégiques et d’orientation sur fond de divisions importantes du front politique et surtout du front syndical. Les désaccords concernaient l’analyse de l’URSS et des pays de l’Est, le courant 4 de l’OCT se refusant, contrairement à la majorité de la LCR, à caractériser ces États comme des États ouvriers ou États ouvriers dégénérés. Cette caractérisation pouvait avoir des conséquences pratiques importantes. Pour l’ex courant 4 de l’OCT, la position ambigüe de la LCR sur l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1980 était le résultat d’un « campisme » lié à une analyse erronée des pays dit « socialistes ».
Devenue permanente parisienne de la LCR suite à la fusion, Hélène Adam fut élue au CC et au BP lors du congrès de juin1980 et le resta jusqu’en 2005 avec une interruption entre 1989 et 1991. Permanente de la fédération de Paris, puis du BP, membre du secrétariat du BP, elle fut d’abord responsable de la Fédération de Paris et en charge des questions immigrées, et à ce titre, souvent rédactrice de l’hebdomadaire Rouge. Elle fut, en 1982, élue au « secrétariat CFDT » et à ce titre membre de la commission nationale ouvrière (CNO).
Cette CNO était un lieu d’analyse avec de fortes personnalités comme Jean Métais dit Joël et André Grimaldi dit Radot. S’y menaient de très fructueux échanges sur les luttes en cours, l’organisation du soutien et la popularisation d’actions souvent exemplaires telles que les luttes nombreuses et déterminées des Ouvriers spécialisés (OS) de l’industrie automobile qui se développaient dans les années 1970-1980 avec occupations d’usines et blocage des chaînes de production. Hélène Adam participa à l’organisation de manifestations à la porte des usines contre la répression pour défendre des revendications telles que « À travail égal, salaire égal ! » et par « Français, immigrés, même patron, même combat ! » comme ce fut le cas à Renault Billancourt ou à Citroën Aulnay et Levallois. Des victoires importantes furent obtenues dans certaines entreprises, popularisées dans Rouge, dans des tracts et par des motions de solidarité proposées à tous les syndicats par les militants de la LCR. Dans cette CNO comme au secrétariat CFDT, Hélène Adam apprit énormément du fonctionnement syndical. En 1982, les lois Auroux induisirent une évolution importante du droit du travail et des droits syndicaux dans les entreprises avec les obligations de négocier et la mise en place des CHSCT. Hélène Adam se spécialisa alors sur ces questions et intervint par des exposés, des études et des élaborations de textes pour tous les militants salariés de la LCR.
Lors d’un congrès de la LCR de juin 1980 fut adopté le « tournant vers l’industrie » qui divisa profondément les militants. Particulièrement expérimentée du fait de son « établissement » à Millau, Hélène Adam était hostile à cette orientation fondée sur une vision qu’elle pensait erronée de l’évolution en cours de la classe ouvrière, du salariat. Les luttes se développaient alors non pas principalement dans l’industrie, mais dans la santé, l’éducation, les banques où la jeunesse soixante-huitarde était embauchée massivement. Inefficace et idéologiquement dangereuse, cette orientation sera finalement abandonnée. Hélène Adam s’efforça de construire une orientation cohérente dans les secteurs qui s’avèreront décisifs pour le renouveau syndical des années 1980-1990. Porteuse des traditions de Révolution !, Hélène Adam animait aussi le « secrétariat immigré » qu’elle avait contribué à mettre en place à son arrivée dans la LCR. Elle avait des contacts anciens et solides avec les associations de travailleurs immigrés de l’époque, regroupés dans la Maison des Travailleurs Immigrés (MTI) et il lui était facile d’apporter l’aide et la logistique de la LCR au service de ces luttes souvent isolées. Ce furent les actions de la solidarité́ avec les travailleurs immigrés, telles que la grève de la faim des « sans-papiers » des entreprises textiles du quartier du Sentier à Paris (IIe arr.) en février et mars 1980 et en mars de la même année, la grève de nettoyeurs du métro parisien. Ce furent notamment les actions contre la loi Stoléru de 1978 la loi Bonnet de 1980 et celles contre la promesse non tenue par les socialistes du droit de vote des immigrés aux élections locales.
La « Marche pour l’égalité » dite « Marche des beurs » partie le 15 octobre 1983 de Marseille avec quarante jeunes issus de l’immigration, arriva à Paris le 3 décembre où l’attendaient cent-mille manifestants. Sous l’impulsion de son secrétariat immigré, la LCR soutint dès le début cette « Marche » et se mobilisa pour assurer une logistique d’accueil dans chacune des villes traversées. Le secrétariat immigré de la LCR s’attacha tout à la fois à créer des liens entre les mouvements de travailleurs immigrés « adultes » et cette initiative des beurs de la deuxième génération. Il s’efforça de garantir par une coordination interne permanente de la LCR et un jeu de circulaires presque quotidien, le suivi pas à pas de l’accueil de ces marcheurs. Pour Hélène ce fut un énorme travail, extrêmement gratifiant puisque le succès fut au rendez-vous et constitua une véritable avancée sur le front de l’antiracisme. La deuxième moitié des années 1980 fut marquée par une percée spectaculaire dans le paysage politique du Front National à la faveur des élections législatives, organisées à la proportionnelle pour la première fois, et où il emporta trente-trois sièges, soit seulement deux de moins que le PC. Le Front National et ses slogans racistes et fascistes trouvaient un écho en ces débuts de crise économique et de montée du chômage. Hélène Adam, depuis longtemps investie dans la lutte antiraciste, convergea avec les militants qui se spécialisèrent dans la lutte contre le FN qui connut alors un essor très important.
L’antiracisme, et notamment la bataille unitaire pour le droit de vote aux immigrés à toutes les élections, fut fortement présent dans la campagne des Présidentielles de 1988 avec nombre d’initiatives dans lesquelles Hélène s’investit tels que les appels unitaires avec le MRAP, la FASTI, et certaines organisations syndicales, gagnées à l’urgence de réaliser un front commun de défense des immigrés qui fasse reculer les idées du FN.

A la fin des années 1980, le PCF connut plusieurs crises successives et la création du courant des rénovateurs en 1985-1986 avec Pierre Juquin et Claude Llabrès. Pierre Juquin exclu du PC en 1987, qui avait été membre du CC et du BP, devint chef de file des « rénovateurs » qualifiés de « liquidateurs » par la direction Marchais. La période était propice aux idées de renouveau. Les grèves auto-organisées des cheminots, des infirmières pour des revendications fondamentales touchant à l’organisation et au sens de la société, à la défense des services publics, à la reconnaissance professionnelle, à la solidarité, reçurent un écho favorable parmi les travailleurs. Les Rénovateurs rencontrèrent les autres organisations politiques d’alors dont la LCR. Hélène Adam fut de toutes les rencontres, et de celles qui suivront avec le courant des reconstructeurs conduit par Marcel Rigout et Claude Poperen. Ce dégel rompait avec des années de relations houleuses et parfois violentes entre le courant de la LCR et celui du PCF. Aux élections présidentielles de 1988, la LCR vota majoritairement un engagement total pour le soutien à la candidature de Pierre Juquin. La campagne fut dynamique, les nombreux comités de campagne de quartier, d’entreprises, trouvèrent une réelle audience. Pourtant, l’échec fut cuisant avec 2,10 % des voix soit à peine plus qu’Arlette Laguiller (1,99 %), et loin derrière le PC (6,76 %).
Les désaccords qui intervinrent dès la décision de soutenir la candidature de Juquin s’accentuèrent alors dans la LCR. Ils portaient principalement sur la stratégie de construction du parti. Avec Christophe Aguiton, François Coustal, Jean-Michel Drevon et Olivier Martin, Hélène Adam fut l’auteure d’une contribution au débat qui remettait en question le « dogme » du parti révolutionnaire « d’avant-garde ». « Pour une nouvelle orientation de construction du Parti », défendait l’idée qu’en pratique, l’heure n’était plus à la construction d’un parti révolutionnaire au sens strict mais plutôt d’une force politique large et pluraliste. Cette contribution était assez proche de celle de Samy Joshua intitulée « Dix thèses sur le parti ». En désaccord avec la ligne majoritaire qu’elle jugea sectaire et tournant le dos aux recompositions en cours, Hélène Adam démissionna du BP et de son poste de permanente.
Au début de l’année 1989, elle passa deux concours des PTT et entra pour une courte période dans le service téléphonique du renseignement. Puis, suite à l’obtention du concours de conducteur de travaux des lignes, elle fut nommée au centre de construction des lignes d’Arcueil (CCL Arcueil, branche Télécoms des PTT) dans le Val-de-Marne et dans cet emploi fut spécialisée dans l’installation du réseau câblé de Paris. Elle occupa ce poste jusqu’en1998. Cette année 1989, fut celle de la création de la toute jeune fédération SUD-PTT, fondée par les syndicats exclus de la CFDT suite à des grèves non approuvées par la confédération alors en plein « recentrage ». Hélène Adam s’y investit immédiatement à tous les niveaux. Elle participa directement à la construction de ce syndicat, dans le secteur des télécommunications. Les militants de SUD partaient souvent de zéro mais proposaient un tout autre type de syndicalisme, très direct, favorisant l’auto-organisation et multipliant les réunions d’information et de mobilisation de tout le personnel. Elle s’engagea résolument dans les mobilisations contre les projets de privatisation de France Télécom dont l’un des ressorts essentiels était alors la défense du service public et des valeurs de solidarité fondamentales qui y étaient attachées et auquel le personnel adhérait fortement. Elle fut l’une des principales animatrices des grèves du centre d’Arcueil, qui regroupaient alors près de mille agents de la Poste et des télécommunications. Elles s’inscrivaient dans le mouvement social de 1995, avec sa grève reconductible. Ces grèves ont duré du 24 novembre au 15 décembre et furent d’une ampleur inégalée depuis mai 68 avec ses assemblées générales quotidiennes et ses immenses cortèges qui, sur l’ensemble de la France, ont rassemblé plus de cinq-cent-mille manifestants. Responsable de la section SUD du site d’Arcueil avec d’autres militants des Lignes du syndicat, elle avait depuis quelques années, acquis un statut d’organisatrice de réunions d’informations, de mobilisations, de rédaction et de distributions de tract, de construction du syndicat SUD qui devint majoritaire sur le centre juste avant la grève. Elle joua un rôle central dans le déclenchement puis l’organisation de la grève et des liens unitaires avec les autres syndicats engagés dans le mouvement, notamment, sur place, la CFDT, la CGT, FO. C’étaient l’organisation des piquets de grève quotidiens, des assemblées générales quotidiennes, des prises de parole, du vote de la poursuite de la grève et les départs collectifs à la manifestation à Paris. Chaque soir, c’était le point sur la situation dans toute la France aux PTT et ailleurs notamment dans la santé, chez les cheminots, les enseignants, tous fers de lance du combat de 1995. Hélène Adam vécut ces évènements comme une sorte de retour à 68.
Elle fut par la suite, détachée syndicale SUD au syndicat « Télécom Ile de France » puis à la Fédération SUD PTT. Les batailles contre la privatisation de France Télécom ont été une occupation incessante et centrale. Elle siégea au CHSCT national de France Télécom (CNHSCT) pour SUD de 1989 à 2000, où elle se battit pour faire respecter les règles de sécurité sur des questions-clé du métier telles que le travail en hauteur sur poteaux, dans les souterrains, les égouts, le danger du gaz et de l’amiante, la prise en charge de la sécurité des salariés de la sous-traitance. Son combat sur les conditions de travail s’est achevé dans les années 2000 avec la vague de suicides et la responsabilité engagée alors de la direction de l’entreprise.
C’est aussi dans les années 2000 qu’Hélène Adam s’occupa des questions internationales pour SUD PTT, d’abord dans l’entreprise France Télécom quand se mit en place un Comité de groupe européen, puis mondial ; elle participa pour SUD à l’ensemble de la construction complexe de ce projet. Pour la fédération, avec d’autres responsables, elle représenta SUD, au Forum Social Mondial de Porto Alegre de 2001, puis dans les forums sociaux européens et les coordinations qui les préparèrent. Hélène Adam était de la délégation des représentants de SUD avec d’autres camarades tels Annick Coupé et Christophe Aguiton. Elle participa aussi aux Forums sociaux européens de Florence en 2002, Paris en 2003, Londres en 2004, Athènes en 2006 et aux coordinations qui les préparaient. Plutôt spécialisée, de par son expérience, dans l’organisation des rencontres de syndicalistes du secteur des télécommunications, elle organisa des débats à Londres, Paris et Florence, sur la situation de ce secteur dans le monde, les phénomènes de délocalisations, la pratique des centres d’appel. Elle prit part à de nombreuses réunions de syndicalistes du monde entier, dans le cadre de la préparation de ces forums mais aussi dans le cadre des invitations régulières de la GUE, groupe parlementaire du Parlement Européen ; ce groupe auquel appartenait le PCF, réunissait tous les ans des syndicalistes de nombreux pays européens pour des débats d’actualité.
Elle contribua largement à développer le lien entre syndicats et mouvements associatifs divers dans ce cadre très privilégié ; s’y développaient des débats transverses qui permettaient de mettre à nu nombre de mécanismes internationaux mis en œuvre par les multinationales, quand le syndicalisme restait encore très centré sur le national.

Après la privatisation de France Télécom, Hélène Adam devint déléguée syndicale centrale à SUD, responsable des négociations de mise en place des nouvelles instances de représentation du personnel à France Télécom, membre du Comité de groupe Européen de France-Télécom puis du Comité de groupe Monde. Lors des grandes négociations d’entreprises, déléguée syndicale centrale, elle mobilisa sa lointaine expérience à la CNO de la Ligue et à son secrétariat CFDT, face à des rapports de force parfois très complexes. SUD et la CGT étant majoritaires ensemble, leurs fédérations dirigèrent de nombreuses mobilisations. Le front commun qu’elles opposèrent à la direction, permit de signer l’un des accords les plus avantageux de grandes entreprises sur le droit syndical. Ensuite de nombreuses négociations suivirent et revinrent chaque année, permettant là aussi à Hélène, d’acquérir une solide expérience de ce terrain : accords salarial, accord sur le travail handicapé, accord sur l’égalité professionnelle et d’autres.

Elle jugeait que son expérience syndicale au plus haut niveau était tout à fait compatible avec un engagement politique à condition de préserver l’indépendance totale de l’organisation syndicale. Elle fut membre du CC de la LCR de 1979 à 2005, et du BP durant la même période avec une interruption entre 1989 et 1993. En 1991, alors aux PTT, elle travailla le mercredi à la rédaction de Rouge, jour du bouclage où les responsables d’alors, Léonce Aguirre et Pierre Rousset, avaient besoin de renfort pour les brèves et l’éditorial. Avec la rédaction de Rouge, elle proposa alors la création d’une rubrique écologiste et d’une rubrique « glasnost » sur les évolutions de la situation en Russie.
À nouveau au BP en 1993, elle participa aux années de redéveloppement de l’organisation politique à la faveur des mouvements sociaux. Elle vit alors arriver d’autres générations à la LCR, celle du mouvement étudiant de novembre-décembre1986 contre le projet Devaquet, celle du vaste mouvement de grève de 1995, et des années suivantes. Elle vit surtout évoluer la composition des directions de l’organisation, sa féminisation. Elle était arrivée au BP en 1981, alors qu’une seule femme en était membre, Jeannette Habel, une importante figure dirigeante de la Ligue et de la IVe Internationale, avec qui elle entretient d’excellentes relations. Par la suite, cette dernière avait quitté ce poste pour d’autres responsabilités, notamment internationales, et jusqu’en 1988, date de sa démission, Hélène Adam a été presque toujours la seule femme. À partir de 1993, la question femme avait nettement progressé et de grands changements intervinrent avec l’arrivée d’autres militantes, issues du mouvement syndical, du mouvement féministe et des jeunes générations. Par respect pour son syndicat et son souci d’indépendance, Hélène n’a jamais figuré publiquement comme porte-parole de la LCR durant son mandat syndical. Sollicitée en 1999 pour être candidate LCR aux élections européennes en position éligible sur la liste LCR-LO, elle déclina la proposition.
Elle participa par la suite, en tant que responsable politique aux campagnes présidentielles de 2002 et, dans une moindre mesure, de 2007. En 2002, Olivier Besancenot fut désigné comme candidat de la LCR aux élections présidentielles, après une très courte discussion au BP, tant sa candidature paraissait idéale pour répondre aux nécessités d’un vrai renouveau de l’action politique. Il était issu, comme elle, des PTT et de SUD. Leurs courants politiques dans la LCR n’étaient pas les mêmes mais convergeaient sur l’importance des mobilisations et des recompositions syndicales en cours.
La campagne électorale fut un succès. Le 21 avril, au premier tour, la LCR obtint 4,25 % de suffrages exprimés, les salles des meetings débordaient de monde, tout particulière de jeunes, représentant un vrai renouvellement de génération. Hélène Adam avait participé très directement à cette campagne et vu les réelles évolutions du paysage politique qui s’en suivirent. En 2005, la campagne unitaire contre le Traité Constitutionnel européen, permit de poser les bases d’un mouvement politique contre le libéralisme alors incarné par Bruxelles. Sur cette base, nombre de dirigeants de la LCR, dont Hélène Adam, posèrent alors la question d’une candidature unitaire pour les présidentielles de 2007. Cette démarche échoua et Hélène soutint la candidature de Besancenot qui réalisa une excellente campagne avec le score 4,08 % avec près de 300 000 voix de plus qu’en 2002 soit près d’un million et demi de suffrages. Son électorat était beaucoup plus jeune que celui des autres candidats et les ouvriers et employés y étaient très bien représentés.
Dans la continuité de la dynamique de la campagne d’Olivier Besancenot, s’engagea un débat enthousiaste, dans lequel s’affirmait la volonté de profiter de ces circonstances exceptionnellement favorables pour construire un nouveau parti. Il s’agissait de le construire « par le bas » et non plus par les traditionnelles tentatives d’alliances au sommet qui dans le passé avaient été souvent vouées à l’échec. Ce fut le processus de construction du NPA ; il fut surtout le fait de cette nouvelle génération qui avait fait ses armes dès le milieu des années 1990 et voyait là de vrais bouleversements s’opérer. Ce renouvellement générationnel fut, selon Hélène Adam, franchement salutaire. Ses meilleurs souvenirs, outre 68 et ses lendemains immédiats, se situèrent dans ces deux décennies où son rôle de passeur, s’est peu à̀ peu substitué à son intervention directe, sans lâcher pour autant le militantisme. Elle quitta la direction de la LCR en 2006 pour laisser la place aux jeunes générations, avec la satisfaction d’avoir fait sa part de travail dans bien des domaines.

Hélène Adam, élue en 2005 sur la liste SUD au conseil d’Administration de la multinationale, dut pour rendre son mandat conforme à la loi, quitter le poste de délégué syndicale centrale de SUD et reprendre un poste dans l’entreprise. Elle devint alors technicienne Commutation-internationale à France-Télécom puis à Orange, de 2005 à sa retraite en 2019, au centre historique de la rue des Archives. Elle siégea au Conseil d’administration de France-Télécom, entre 2005 et 2009, années noires des suicides et de la souffrance au travail dans cette entreprise où le management brutal sévissait malgré les incessantes dénonciations des organisations syndicales. Hélène Adam participa au procès contre les dirigeants de France Télécom.
Membre du NPA à sa fondation en 2009, Hélène Adam n’y prit que peu de responsabilités, sauf au moment où une crise importante se développa autour des débats de la Présidentielles de 2012 et de la candidature Poutou. Le courant auquel elle participait alors s’opposa à cette candidature qu’elle considérait comme marginalisante après le succès du NPA et celui des candidatures précédentes d’Olivier Besancenot dans le cadre d’une LCR élargie et renouvelée. La féminisation n’était pas non plus au rendez-vous puisque fut rejetée la candidature de Myriam Martin, dirigeante de la LCR toulousaine, et importante figure de la LCR dont elle fut l’une des porte-parole très appréciée. Le courant, gauche anticapitaliste (GA) animé par Hélène Adam, Pierre-François Grond, Myriam Martin, François Coustal, Ingrid Hayes et beaucoup d’autres, se rallia finalement à la candidature de Jean-Luc Mélenchon en 2012 et sortit du NPA pour fonder plus tard le mouvement « Ensemble » avec d’autres courants issus de diverses ex-organisations d’extrême-gauche. Tout en étant membre de ce mouvement, Hélène Adam confirma son retrait des responsabilités politiques, très occupée qu’elle était par ses responsabilités syndicales. À l’issue de son mandat au Conseil d’administration d’Orange, elle fut sollicitée par les instances du syndicat pour siéger au Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) entre 2014 et 2021 en qualité de conseillère représentante de l’Union Syndicale Solidaires à laquelle appartient la fédération SUD PTT. Au CESE elle fut membre de la Commission travail et emploi et de la Délégation aux droits des femmes. Elle affirma qu’elle put vérifier à quel point il était facile de reconnaitre parmi les conseillers, les experts, les administrateurs ou les membres des cabinets gouvernementaux, celles et ceux qui étaient passés par la LCR. « L’ENA du militantisme », disait Henri Weber !

Hélène Adam a fait partie de ces militantes qui ont eu des enfants par choix et passion et qui a tenté, autant qu’elle le pouvait, de leur donner toute la place dont ils avaient besoin ; elle garde avec eux les meilleures relations.
En 1980, elle s’est mariée avec Louis Adam, né en 1949, qui a été à la direction de l’Union Nationale des Étudiants de France (UNEF), puis membre du Parti socialiste unifié (PSU). Il avait adhéré à Révolution ! en 1971 puis à l’OCT avant de la quitter en 1979. Il a été militant très actif du CEDETIM puis a adhéré au NPA à sa fondation pour le quitter quelques années plus tard et rejoindre le mouvement « Ensemble ». Il a été expert-comptable pour les Comités d’entreprise, adhérent CGT et en retraite à présent, il garde de nombreuses activités militantes.
Deux enfants sont nés de cette union : Gwenn, née en 1981, éducatrice dans un foyer de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) puis responsable des actions de prévention et de médiation comprenant l’équipe des médiateurs sociaux de la Ville d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), militante syndicale à la CGT, et Hoel né en 1986, ingénieur en bâtiment qui a été partie prenante au sein des JCR de la campagne anti-Le Pen en 2002 suite à la campagne Besancenot. Une petite-fille prénommée Romy est née en 2020, fille d’Hoel Adam et de Amandine Favier, sa femme.

Rares sont les militants qui n’ont qu’une passion. Hélène Adam en a, elle aussi, bien d’autres que le militantisme. Issue d’une famille de musiciens (son grand-père était violoncelliste professionnel dans un orchestre), elle ne cessera jamais de jouer du piano, d’aller au concert et à l’opéra et d’y rencontrer, bien souvent, des « camarades » tout aussi passionnés de musique. A partir de 2014, le temps laissé par le ralentissement du militantisme, lui permit même de se consacrer à des chroniques écrites à la suite de représentations d’opéra qui l’ont marquée, regroupées dans un blog qui a son lectorat et ses fidèles. Elle a réalisé également plusieurs interview d’artistes lyriques sur un site « Forum » d’opéra.
Et comme une passion artistique est rarement unique, Hélène est un peintre amateur qui prend beaucoup de plaisir à réaliser des tableaux de paysages. Et bien sûr la lecture de romans policiers notamment, occupe du temps pour cette retraitée toujours très active.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article238544, notice ADAM Hélène [Hélène BOSTYN, épouse Adam] dite Maroussia par Bernard Thiéry, version mise en ligne le 18 février 2021, dernière modification le 19 février 2021.

Par Bernard Thiéry

ŒUVRE : De nombreux articles dans Rouge, dans Critique Communiste (sous le nom d’Hélène Viken), dans la presse syndicale, notamment la rédaction de brochures diffusées massivement, « signature » de SUD PTT, qui publiait en vis-à-vis, le texte intégral des projets de loi et des propositions d’accord concernant les télécoms et les « commentaires » de SUD ;
- Hélène Adam et Louis-Marie Barnier, « Voyage à l’intérieur des CHSCT » in La santé n’a pas de prix (Préface de Serge Volkoff), Syllepse, Le Présent Avenir, 28 février 2013. — Interview de la Lettre du cadre : https://www.lettreducadre.fr/9609/voyage-au-coeur-des-chsct/) ;
- Hélène Adam, participation au colloque « l’État démantelé », Le Monde Diplomatique, 26 mai 2009 https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-05-26-Etat-demantele ; puis à l’ouvrage qui en est tiré, Laurent Bonelli, Willy Pelletier , L’État démantelé ; enquête sur une révolution silencieuse (coédition Le Monde Diplomatique) , La Découverte Cahiers Libres Sciences humaines & sociales , Article 20, Hélène Adam, « Privatisation réalisée et privatisation en cours : des télécommunications à La Poste, La concurrence détruit des emplois, L’enterrement du service public , Mécanismes de la privatisation de La Poste , 2 septembre 2010
- Hélène Adam, François Coustal, C’était la Ligue, Syllepse, Collection Utopie Critique, Janvier 2019.
Blog « Passion-opéra » : https://passionoperaheleneadam.blogspot.com ; - quelques interviews d’artistes lyriques réalisées se retrouvent sur le site ODB, https://www.odb-opera.com/joomfinal/index.php/les-dossiers/48-les-chanteurs
Vidéos :
François Coustal, Hélène Adam et Charles Michaloux, débat autour de C’était la Ligue, Société Louis Michel, Janvier 2020 , https://www.youtube.com/watch?v=1FRqgI8ZBJ8 ;
- Gérald Briant, avec Hélène Adam et François Coustal « C’était la Ligue, le Docu », Novembre 2018 , https://www.youtube.com/watch?v=McJNxKklR8c&feature=emb_logo ;
- Hélène Adam, Patrick Ackerman et Jean-Paul Tessonières, France Télécom, dix ans après les suicides, un procès hors norme ; Mediapart, Avril 2019
https://www.youtube.com/watch?v=acbmXxL7yXA

SOURCES : Documents fournis par Hélène Adam. — Jean-Paul Salles, La ligue communiste révolutionnaire 1968-1981 Instrument du Grand soir ou lieu d’apprentissage ?, Presses universitaires de Rennes, décembre 2005. — Hélène Adam et François Coustal, C’était la Ligue, Syllepse, novembre 2018. — François Coustal, L’incroyable histoire du Nouveau parti anticapitaliste, Demopolis, Janvier 2009. — Alain Krivine, Ça te passera avec l’âge, Flammarion, octobre 2006. — Daniel Bensaïd, Les Trotskysmes, PUF, février 2002. — Daniel Bensaïd, Interview le 17 avril 2009 dans Inprécor, n°569-570, janvier-février 2001. — « Mai 68 », Contre temps, n° 37 Syllepse, mai 2018. — Daniel Bensaïd et Henri Weber, Mai 68 : une répétition générale, Maspero 1968. — Michel Le Bris, Les fous du Larzac, Les presses d’aujourd’hui collection La France sauvage, 1975. — Monique Piton, C’est possible, une femme au cœur de la lutte de Lip, Édition de femmes, 1976. — Sorj Chalandon , Le Jour d’avant, Paris, Grasset, 2017. — Sorj Chalandon, Quatrième Mur, Paris, Grasset, 2013. — Robert Linhart, L’établi, Éditions de Minuit, 1978.

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