LAURENT François, Marcel, Ernest

Par Michel Carvou

Né le 20 juillet 1943 à Hérimoncourt (Doubs) ; technicien ; militant syndicaliste CFDT chez Peugeot à La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine), délégué syndical, délégué du personnel, représentant syndical au Comité d’établissement, secrétaire de section (1979-2001), secrétaire adjoint du syndicat CFDT-STM-92 centre (1980-1994), secrétaire adjoint du syndicat CFDT-SMNS (1994-2001) ; administrateur URRPIMMEC du groupe de prévoyance Malakoff (1989-1995).

François Laurent en 1975
François Laurent en 1975

Fils de Marcel Laurent, instituteur, originaire du Doubs, et de Lucie Vinay, mère au foyer puis employée de bureau chez Peugeot à Hérimoncourt, François Laurent était le second d’une fratrie de deux garçons. Son grand-père paternel avait été tué à la guerre de 1914-1918, son père trouva la mort à celle de 1939-1945. Militant pour la paix avant la Seconde Guerre mondiale, Marcel Laurent était entré dans le mouvement de résistance OCM (Organisation civile et militaire) après sa démobilisation fin 1940. Après avoir rejoint l’Armée de Lattre, il fut tué en novembre 1944 à Longevelles (Doubs) dès les premières heures de l’offensive du Doubs.

La famille de François Laurent était catholique pratiquante. Il fit ses études primaires à l’école publique d’Hérimoncourt, suivit le cours complémentaire au collège d’Hérimoncourt (1954-1957) puis entreprit des études techniques à l’institution Saint-Joseph de Besançon (Doubs) où il obtint un CAP d’ajusteur mécanicien (1960) et un Brevet d’enseignement industriel (BEI) de mécanique (1962). Il prépara ensuite au lycée technique de Besançon un Brevet de technicien supérieur (BTS) d’électromécanique qu’il obtint en 1965.

Son père étant « Mort pour la France », François Laurent fut dispensé du service militaire. Il s’installa dans la région parisienne après avoir trouvé, en septembre 1965, un emploi de technicien à la Société française d’équipements pour la navigation aérienne (SFENA) à Colombes (Seine, Hauts-de-Seine). Il y resta moins d’un an et entra à Sud-Aviation à Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) d’août 1966 à août 1968, qu’il quitta pour le centre d’études d’Automobiles Peugeot à La Garenne-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine). Il y resta jusqu’à son départ à la retraite en novembre 2001.

L’implication de François Laurent dans l’action syndicale commença en mai 1968. Bien que non syndiqué, il participa à l’occupation de son usine, Sud-Aviation, et aux assemblées générales où se décidait la conduite de l’action. Il adhéra à la CFDT en 1969, quelques mois après son embauche chez Peugeot, et fit rapidement partie de l’équipe d’animation de la section syndicale où il retrouva Christian Hazard ancien militant issu de la CFTC, Michel Carvou, Gérard Vinay, et Claude Chapuis, jeunes militants ayant adhéré en mai 1968. Il se présenta immédiatement aux élections des délégués du personnel, mandat qu’il occupa jusqu’à son départ en retraite. Membre actif de sa section syndicale, il occupa les différents mandats de délégué syndical, de représentant syndical au comité d’établissement pour la durée d’un mandat). Après le départ du secrétaire de la section, Michel Carvou, qui quitta l’entreprise pour devenir permanent à l’Union parisienne de syndicats de la métallurgie (UPSM-CFDT) en 1979, il devint secrétaire de la section et le resta jusqu’en 2001.

Son engagement syndical chez Peugeot fut déterminé par le climat qui régnait dans l’entreprise au lendemain de mai 1968 et les injustices dont il était témoin. En effet, la direction générale de Peugeot avait mis en place une politique d’intimidation contre les organisations syndicales ouvrières. Elle s’appuyait sur des méthodes « fascisantes » avec recours à des hommes de main et des milices d’extrême droite sur l’ensemble des usines et des établissements du groupe, dont le centre de La Garenne-Colombes. Elle multiplia les pressions et les discriminations envers les salariés considérés comme sympathisants de la CFDT et de la CGT, chercha à peser sur les résultats des élections professionnelles et tenta d’implanter un syndicat maison membre de la Confédération française du travail (CFT). Lorsque cette stratégie se révéla improductive et commença à rebuter un milieu de techniciens et de cadres choqués pas ces méthodes « musclées », la direction choisit une stratégie moins frontale, visant à favoriser des organisations syndicales sur lesquelles elle avait établi son emprise dans l’entreprise : la CGC, FO et la CFTC.

Au cours des années soixante-dix, François Laurent inscrivit son action dans le prolongement des acquis de Mai 68 pour la métallurgie : réduction du temps de travail à 39 h 30, mise en place de nouvelles classifications (1975), ainsi que sur des objectifs propres à l’établissement (enquêtes salaires, aménagement du temps de travail). Les années quatre-vingt changèrent la donne lorsque le Centre Peugeot de La Garenne-Colombes fit l’objet de la restructuration du service des études. Devenu secrétaire de section, François Laurent mena la lutte pour le respect des droits à l’information et à la consultation des instances représentatives du personnel face aux restructurations et aux mouvements du personnel qui y étaient liés. Il chercha aussi à préserver la section CFDT afin que les militants ne soient pas dispersés pour des raisons discriminatoires à l’occasion des bouleversements de services. Ainsi, en 1981 la CFDT gagna un procès, plaidé par l’avocat du droit du travail, Tiennot Grumbach, pour non-consultation du Comité d’établissement lors de l’externalisation du centre de livraison de Nanterre qui jusque-là dépendait du centre Peugeot de La Garenne-Colombes. En 1998, lors de la création de Peugeot Citroën Automobile (PCA), les études furent redistribuées entre Citroën à Vélizy (Yvelines) et Peugeot à La Garenne-Colombes. Un millier de salariés de La Garenne-Colombes furent informés du jour au lendemain de leur transfert à Vélizy. Après une action en justice, la CFDT obtint la mise en place d’un plan concernant la réorganisation du Centre de La Garenne-Colombes qui fut ensuite étendu à Vélizy.

Au cours de ses trente-trois années chez Peugeot, François Laurent garda comme objectifs constants la lutte contre une conception discrétionnaire du pouvoir de l’employeur, et le maintien et le développement d’une CFDT forte dans l’établissement. Devenue première organisation du Centre de La Garenne-Colombes au milieu des années soixante-dix, la CFDT s’allia avec la CGT pour la gestion du Comité d’établissement en présentant, aux élections, des listes communes avec cette organisation. Suite aux restructurations des années quatre-vingt, la coalition CFDT-CGT perdit le CE en 1983 au profit d’une alliance CGC-FO mise en place par {} l’employeur. Redevenue majoritaire en voix en 1997, la CFDT ne put présenter assez de candidats pour reconquérir le Comité d’établissement. Si François Laurent n’eut pas la satisfaction de voir un secrétaire du Comité d’établissement CFDT au cours de sa carrière chez Peugeot, cela se réalisa en 2008, sept ans après son départ à la retraite, avec une équipe syndicale renouvelée qu’il avait contribué à constituer et avec laquelle il gardait des contacts.

Initialement membre du syndicat CFDT des travailleurs de l’automobile (SGTA), François Laurent participa en 1978, dans le cadre de la réorganisation de l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie (UPSM-CFDT), au congrès constitutif du Syndicat des travailleurs de la métallurgie des Hauts-de-Seine centre (STM 92 centre) qui se tint à Puteaux (Hauts-de-Seine). En 1980, il devint membre de la Commission exécutive de ce syndicat et en fut le secrétaire général adjoint aux côtés du secrétaire François Carré, militant de Renault Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), jusqu’à sa dissolution en 1994. Il rejoignit alors le Syndicat de la métallurgie des Nords-de-Seine (SMNS-CFDT) et fit partie de sa Commission exécutive comme secrétaire adjoint jusqu’en 2001.

Sensibilisé aux questions de protection sociale, il siégea de 1989 à 1995 au Conseil d’administration de la Caisse de prévoyance URRPIMMEC du groupe Malakoff, auquel avait adhéré Peugeot, et continua à siéger aux Assemblées générales de cette caisse jusqu’en 2012. Il participa également, de 1990 à 2012, sur mandat de l’Union confédérale des ingénieurs et cadres CFDT (UCC), aux Assemblées générales de la caisse de retraite AGIRC-CAPIMMEC du même groupe.

Domicilié à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) à partir de 1966, François Laurent s’était marié en 1966 avec Anne-Marie Bufferan, professeur de collège. Ils eurent deux enfants : Florence, née en juillet 1968 et Bénédicte née en novembre 1970.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article238593, notice LAURENT François, Marcel, Ernest par Michel Carvou, version mise en ligne le 20 février 2021, dernière modification le 20 février 2021.

Par Michel Carvou

François Laurent en 1975
François Laurent en 1975

SOURCES : Arch. UPSM. — Claude Angéli, Nicolas Brimo avec la collaboration de Marc-Rémy Donnatin, Une milice patronale : Peugeot, Cahiers libres 303, Maspero, 1975. — Entretiens avec François Laurent (janvier 2012-octobre 2018).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément