FAURE Benoît

Par Jean-Michel Steiner

Né le 1er juin 1862 à Saint-Étienne (Loire), mort à Saint-Étienne le 2 mai 1937 ; ouvrier mineur ; délégué mineur, syndicaliste CGT puis CGTU, membre du PCF.

Son père, Jean, âgé de 32 ans, était un veloutier du quartier de Bérard, dans l’ancienne commune d’Outrefurens tout juste annexée à Saint-Étienne. Sa mère, Françoise Thomas, âgée de 26 ans, était passementière. Son oncle, Jean Baptiste Thomas, veloutier de 34 ans, signa l’acte de naissance aux côtés de Jean Dumas, un poseur de voie de 22 ans, du quartier du Treuil. C’est dans ce quartier de l’Est stéphanois que Benoît Faure a grandi. Il passa tout le reste de sa vie, à l’ouest, près du puits Montmartre.

Le 6 décembre 1883, Benoît Faure rejoignit le 92e Régiment d’infanterie pour accomplir ses obligations militaires. Le 21 mai 1885, il fut affecté au 123° RI et à partir du 7 septembre de la même année au 92e de ligne. Renvoyé en congé le 20 septembre 1887, il reprit son travail d’ouvrier mineur tout en recevant des autorités militaires une affection spéciale comme employé à la Manufacture d’Armes du 13 novembre 1888 au 22 août 1890.

Le 5 novembre 1887, il épousa Marie Michelle Chomarat, néé le 28 octobre 1866, fille de Joseph, houilleur, et d’Antoinette Foraison, ménagère. Le 20 septembre 1888, naquit leur fille Antoinette. Ils habitaient alors 4 rue Polignais. En 1901, ils logaient dans l’impasse de la Franche Amitié et Benoît Faure travaillait à la Compagnie des Houillères de la Loire.

Le 5 avril 1903, Benoît Faure fut candidat délégué mineur titulaire, au titre de la CGT, pour le puits Montmartre à Saint-Etienne. Élu avec 225 voix il adressa ses remerciements aux mineurs de la circonscription en ajoutant : « 444 [d’entre vous] ont manqué à leur devoir civique en ne venant pas voter pour défendre leurs droits. Leur négligence n’empêchera pas votre délégué mineur de veiller à la sécurité de ses camarades avec le plus entier dévouement. Que MM les ingénieurs prennent les rapports du délégué en considération, cela leur évitera des accidents ». La Tribune Républicaine qui publia ce texte, publia également son premier rapport de visite du 10 avril : « Je descends par la fendue Camille pour faire une visite en troisième couche. Le parcours est très bas, très étroit. Il n’y a pas des copeaux en escalier qui empêcheraient les ouvriers de tomber. On attend qu’un ouvrier se soit cassé une jambe ou bien un bras pour faire la réparation : il ne sera plus temps d’y porter remède quand l’accident se sera produit. Ce sera le malheureux laborieux qui en paiera les conséquences. »

Il fut constamment réélu délégué mineur comme représentant de la CGT puis après 1922, au titre de la CGTU, au sein de la circonscription de Montmartre, secteur ouest de Saint-Étienne, de la Compagnie des mines de la Loire. Ses rapports de visites de chantiers, régulièrement retranscrits dans La Tribune Républicaine ou Le Peuple de la Loire ne cessèrent de dénoncer les manquements à la sécurité. « Je descends par le puits Rochefort pour faire une visite en 12è couche Devey sud » - écrivait-il lors d’une visite le 5 janvier 1924 - « À la cote 282, au chemin de traverse, on peut voir le boisage plus bas, étroit, cassé ; c’est une guillotine pour la sécurité des ouvriers. L’agent et moi on a crainte pour passer, ça met entrave au travail. (…) Les ouvriers, nus, ruisselants de sueur à cause de la chaleur, manquent d’air parce que la Compagnie et le Corps des Mines ne font pas tirer la cheminée. » (Le Peuple de la Loire du 13 janvier 1924).

Après la Grande guerre il mena un combat constant pour le respect des 8 heures accordées aux ouvriers mineurs. Ainsi, le 10 février 1924, Le Peuple de la Loire publia-t-il une lettre ouverte au sénateur maire de Saint-Étienne, Louis Soulié, dans laquelle Benoît Faure dénonçait "la manœuvre de la Compagnie" qui « donnait la lanterne » avec 10mn d’avance lors du poste du soir : « le délégué avec ses camarades mineurs vous demande si vous vouliez intervenir auprès de M l’Ingénieur des Mines ou de M le Ministre des travaux pour que le poste de 22 heures ne soit pas leurré … esprit de la loi des 8 heures ».
En 1925, il figurait en 5e position sur la liste communiste aux élections municipales à Saint-Étienne.

Selon les recensements de 1925, 1931 et 1936, Benoît Faure habitait 13 rue Paillon … seul. Il semble qu’il s’était séparé de sa femme, et que celle-ci vivait auprès de leur fille, mariée depuis 1913. Lors du recensement de 1936, Benoit Faure apparaît comme retraité mineur.

Le 3 mai 1937, La Tribune républicaine signala la mort, 13 rue Paillon, « d’un vieux mineur, hier, vers 20h30. B… F…, 75 ans, a mis fin à ses jours à l’aide du gaz d’éclairage. M le commissaire de permanence, accompagné de M le docteur Favre a procédé aux constatations d’usage ». Dans l’édition du lendemain le quotidien précisait : « Nous avions tu son nom qui a depuis été publié. Il s’agissait du citoyen Benoît Faure, ancien délégué du puits Montmartre. Benoît Faure, qui disparaît à 75 ans, avait longtemps compté parmi les plus actifs militants du Syndicat des mineurs de Saint-Étienne. Sa blouse bleue et ses sabots, son éloquence faite d’une verve qui s’exprimait de la plus truculente manière, avaient rendu populaire Benoît Faure. Hélas ! L’âge avait apporté à ce défenseur de la cause syndicale des infirmités contre lesquelles il avait lutté. La souffrance finit par avoir raison de son courage. »

Les funérailles eurent lieu le mercredi 5 mai 1937, avec un cortège qui l’accompagna de la rue Paillon au cimetière Montmartre, tout près du puits auquel il avait consacré une grande partie de sa vie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article238683, notice FAURE Benoît par Jean-Michel Steiner, version mise en ligne le 21 février 2021, dernière modification le 21 février 2021.

Par Jean-Michel Steiner

SOURCES : Arch. Dép. Loire, 93 M 25. — Arch. Dép. Loire : 1 R 1172, circ. Saint-Étienne, classe 1882, M no 771 ; 6 M 700, recensement Saint-Étienne sud-ouest (1936). — Arch. Mun. Saint-Étienne : Listes électorales, 1 K 5 (1895) ; 1 K 7 (A à G, 1905) ; 1 K 9 (A à G, 1919) ; 1 K 11 (1925) ; Recensements Saint-Étienne sud ouest : 1 F 28 (1901) ; État-civil, naissances : 2 E 70 (1862), 2 E 74 (1866) ; 2 E 106 (1888) ; mariages : 3 E 94, (1887), 3 E 135 mariages (1913, 1er janvier-10 mai) ; décès 4 E 148, (1937). – Le Peuple de Lyon puis Le Peuple de Lyon, du Rhône et de la Loire, journal socialiste de défense ouvrière, 5 avril 1903 (Bibliothèque municipale de Lyon). – La Tribune Républicaine, 2 & 3 mai 1922. — La Provence ouvrière et paysanne, organe régional du Parti communiste, 11 avril 1926 (BNF Gallica). — Tribune Républicaine, 3 & 4 mai 1937. — Le Cri du Peuple, avril 1926. — État-civil Ville de Saint-Étienne : acte de décès no 002175/1951. — Notes de Louis Botella. — —

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