FABRE Marius, Pierre

Par André Balent

Né le 2 mars 1907 à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), mort le 24 avril 1990 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; carrière professionnelle aux PTT ; militant des Jeunesses socialistes, du Parti socialiste SFIO (1926-1936), puis du Parti communiste (1936-1938) ; syndicaliste CGTU puis CGT, secrétaire de la Fédération postale (CGT) de l’Aude ; avant 1939, il milita à Paris, dans les Pyrénées-Orientales et l’Aude ; résistant et déporté.

Marius Fabre naquit à Salon-de-Provence où ses parents, originaires de Prades (Pyrénées-Orientales), s’étaient installés en 1900. Son père, François Fabre, était bottier de profession ; au plan politique, il sympathisait avec les idées radicales-socialistes. Sa mère, Rose née Moy, n’exerçait pas de profession. Le grand-père paternel de Marius Fabre sympathisa avec la Commune de Paris. Marius Fabre avait un frère, de sept ans son aîné.

En 1909, la famille Fabre quitta Salon-de-Provence. En effet le logement qu’elle occupait fut détruit par le tremblement de terre qui frappa une partie de la Provence en juin 1909.

De 1909 à 1926, Marius Fabre résida à Prades. Sa scolarité s’y déroula, d’abord à l’école primaire puis à l’école primaire supérieure (où il eut Alfred Clos* comme professeur). Il fut reçu d’abord au brevet élémentaire puis au brevet supérieur.

En mai 1926, Marius Fabre fut nommé surnuméraire des PTT à Paris. Il adhéra aussitôt au syndicat CGT des agents des PTT où il fut chargé de représenter les agents débutants. Quelque temps après, il adhéra, dans le VIIe arrondissement de Paris, aux Jeunesses socialistes SFIO. Il collabora au journal L’Étincelle socialiste de Maurice Maurin* pour lequel il écrivit quelques articles. Il fit à ce moment-là la connaissance de Pierre Brossolette qui lui aussi collaborait occasionnellement à ce journal. En 1926, il participa à la grève de « Paris Central » dirigée notamment contre le ministre des Finances, Joseph Caillaux. À la suite de ce mouvement, il fut déplacé, par mesure disciplinaire, au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime).

Ses activités politiques et syndicales furent interrompues par son service militaire qu’il effectua, de mai 1927 à novembre 1928, au 8e régiment du génie à Toulouse (Haute-Garonne), Nice (Alpes-Maritimes) et Paris.

À son retour à la vie civile, il travailla pendant peu de temps à Marseille (Bouches-du-Rhône) puis à Lyon (Rhône). Il reprit contact avec le mouvement syndical (CGT.)

Le 1er juin 1929, Marius Fabre se maria à Narbonne avec une employée des PTT, Germaine Bousquet, née à Prades. Le couple eut deux enfants : un garçon et une fille. Il rejoignit son épouse à Narbonne (Aude) à la fin de 1929. Il adhéra à ce moment-là à la section socialiste SFIO de Prades, localité où il était électeur. Pendant les années 1930, Marius Fabre mena de pair des activités politiques à Prades (Pyrénées-Orientales) et syndicales à Narbonne (Aude).

Marius Fabre fut, avec Michel Boix* et Jean Font*, l’un des artisans de l’« Avant-Garde ». Celle-ci fut d’abord une amicale politique pradéenne. Un « cercle d’Avant-Garde » fut ensuite créé à Prades. Bientôt cette organisation se dota d’un organe de presse (L’Avant-Garde). Des « cercles d’Avant-Garde » furent ensuite créés dans diverses localités de la circonscription de Prades. Ces cercles, qui visaient avant tout à la réalisation du front unique des organisations ouvrières, réussirent à regrouper plusieurs centaines de personnes à Prades et dans les communes voisines. Parmi les premiers militants de « l’Avant-Garde » figuraient entre autres : le futur député socialiste SFIO de la circonscription, Joseph Rous*, son neveu Jean Rous*, futur militant trotskiste, et Léopold Figuères*, futur dirigeant national de la Jeunesse communiste.

Si Marius Fabre prit une part active à la mise en route du journal L’Avant-Garde (qui fut, d’abord, imprimé à Narbonne), son ami le boulanger Michel Boix* se chargea de l’organisation du cercle pradéen « d’Avant-Garde ». Michel Boix avait milité au Parti communiste à Villefranche-de-Conflent (Pyrénées-Orientales). Partisan de l’unité d’action des organisations ouvrières, il adhéra, après s’être installé à Prades, au Parti socialiste SFIO. Si Michel Boix fut, avec Marius Fabre et Jean Font, un des artisans de « l’Avant-Garde » c’était parce qu’il avait la conviction qu’il fallait, même au niveau local, une organisation ouverte qui serait l’instrument de la réalisation concrète du Front unique. Ainsi « l’Avant-Garde » permit d’intégrer à la vie politique nombre de « sans-parti », quelquefois militants syndicalistes, autour d’un noyau composé, au début, d’anciens militants du Parti communiste qui désapprouvaient la politique de ce parti au moment de la « troisième période » et de militants du Parti socialiste SFIO. Les cercles d’« Avant-Garde » contribuèrent à empêcher la réélection de René-Victor Manaut, député sortant de Prades, et assurèrent de ce fait l’élection de Joseph Rous* (SFIO)

Marius Fabre quitta « l’Avant-Garde » à la fin de 1933 à la suite du différend qui opposa Joseph Rous* à Michel Boix*. D’après Marius Fabre, la section socialiste SFIO de Prades avait posé une condition à Joseph Rous avant d’approuver sa candidature à la députation : que Michel Boix assurât une partie du secrétariat politique du futur député de Prades. Ainsi, toujours selon le témoignage de Marius Fabre, un des fondateurs de « l’Avant-Garde », militant ouvrier chevronné et désintéressé, Michel Boix aurait pu « contrôler » au nom de ses camarades, l’activité politique du futur député. Mais après l’élection de Joseph Rous, ce dernier refusa d’intégrer Michel Boix dans son secrétariat. Marius Fabre affirma que Joseph Rous aurait agi de la sorte car sa famille, influente à Prades, se serait opposée à ce que Michel Boix fût chargé du secrétariat du député SFIO. Tout ceci contribua à l’éclatement de « l’Avant-Garde » pradéenne. Marius Fabre tenta de l’empêcher en proposant la création d’un « comité de conciliation » qui eût permis de résoudre le différend entre Joseph Rous et Michel Boix. Le député socialiste refusa. Ce fut en présence de Marius Fabre que Michel Boix donna un coup de pied à Joseph Rous devant la préfecture à Perpignan. Un procès (« amusant », selon Marius Fabre) suivit. Marius Fabre prit fait et cause pour son ami Michel Boix.

En 1935, à l’occasion des élections sénatoriales d’octobre, Marius Fabre créa avec Michel Boix un journal, L’Assommoir, qu’ils financèrent eux-mêmes sans l’aide de personne. Imprimé à Narbonne (où résidait Marius Fabre), L’Assommoir eut Marius Fabre pour rédacteur en chef. Cette feuille, purement conjoncturelle, soutint la candidature de Jean Payra*, le chef de file de la SFIO catalane, à l’élection sénatoriale. Mais le député de Prades, Joseph Rous, briguait lui aussi le siège de sénateur. L’Assommoir prit publiquement à partie ce dernier qui porta plainte contre Marius Fabre, lequel fut menacé d’être déplacé d’office à Tourcoing (Nord) : Jean Payra intervint en faveur de Marius Fabre auprès de Mandel qui empêcha l’exécution de cette sanction administrative. L’Assommoir parut jusqu’aux élections législatives de 1936.

À la fin de 1936, Marius Fabre quitta la SFIO « en raison de l’attitude hypocrite et malhonnête des principaux dirigeants du parti dans l’affaire Sabatier » (témoignage de Marius Fabre). Sabatier*, employé des PTT, militant de la SFIO et de la CGT eut des « ennuis » avec Paul Faure* après avoir été reçu au concours des rédacteurs au ministère de la Marine. Léon Blum* étant entré en conflit avec Sabatier, celui-ci vint se présenter comme socialiste indépendant contre Léon Blum* à Narbonne. Sabatier vint trouver Marius Fabre qu’il avait connu aux PTT pour qu’il l’aide dans sa campagne. Marius Fabre y participa activement. Il quitta la SFIO pour adhérer presque aussitôt (à la fin de 1936) au Parti communiste. Il convient de signaler ici que, avant l’unité syndicale, Marius Fabre, militant de la SFIO, avait quitté la CGT et avait adhéré à la CGTU. Peut-être ce passé de militant « unitaire » favorisa-t-il son adhésion au Parti communiste ?

Militant du Parti communiste, il favorisa un recrutement appréciable parmi les agents des PTT de Narbonne. Mais il fut vite « déçu par le fonctionnement et le centralisme abusif de ce parti [le PC] » qu’il quitta pour un motif qui rappelait à maints égards celui qui l’avait amené à démissionner de la SFIO. En 1938, le Parti communiste narbonnais fut secoué par l’« affaire Carrière ». Élie Carrière, militant communiste et syndicaliste, était influent parmi les cheminots narbonnais. Son parti lui reprocha (1938) d’avoir fait faire la première communion à sa fille. D’après Marius Fabre, ceci n’était qu’un « prétexte » pour exclure Élie Carrière. Un « comité d’honneur » fut créé par le parti pour résoudre le « cas » Carrière. Marius Fabre, désigné par la direction du Parti communiste, le présida. Mais un membre du comité central vint à Narbonne pour voir Marius Fabre à qui il aurait dit : « Il faut que Carrière soit exclu. » Marius Fabre refusa que la direction lui dictât sa conduite. Il quitta donc le Parti communiste (1938).

Marius Fabre fut un actif militant de la CGTU narbonnaise, [ce qui était « très mal vu » lorsqu’il adhéra à la SFIO], puis de la CGT réunifiée. De 1937 (ou 1938 ?) à 1939 il fut secrétaire de la Fédération postale de l’Aude. Il assista à plusieurs congrès de la Fédération postale et confédéraux de la CGT. Du fait de son activité syndicale, il fut à plusieurs reprises sanctionné par des suspensions de fonction, de durées variables.

Marius Fabre venait de quitter le PC lorsqu’éclata la « crise » de Munich. Il fut, ainsi que son grand ami pradéen Michel Boix*, un « antimunichois » résolu. Il réprouva, moins d’un an plus tard, la signature du Pacte germano-soviétique. Il fut conforté dans son attitude par les propos que, selon son témoignage, Gabriel Péri* lui aurait tenus (ainsi qu’à Jean Font et à Michel Boix) le 3 septembre 1939. Gabriel Péri résidait à ce moment au Grand Hôtel de Prades. S’adressant aux trois militants pradéens, il aurait dit : « Je ne comprends pas le Pacte germano-soviétique. » Gabriel Péri* laissa à Marius Fabre l’impression d’avoir été, à ce moment-là, un « homme désorienté ». Plus tard Marius Fabre eut l’occasion de relater ce fait en public : Mathilde Péri* – qui n’assistait pas à la conversation du 3 septembre 1939 à Prades – démentit.

Marius Fabre fut mobilisé le 5 septembre au Génie et transmissions à Brignoles (Var). Il fut affecté à l’état-major de la 66e Division d’infanterie près de Nice (Alpes-Maritimes). En juin 1940 il assista aux combats contre les forces italiennes qui lancèrent une offensive dans le secteur. Démobilisé en juin 1940, il revint à Narbonne.

Peu après sa démobilisation, il fut convoqué par le commissaire spécial de Narbonne qui lui fit signer une déclaration où il s’engageait à ne rien faire qui eût pu nuire au gouvernement du Maréchal Pétain. Marius Fabre s’exécuta pour ne pas être arrêté. En effet, du fait de ses activités communistes d’avant 1939, il était menacé d’internement.

Très rapidement, cependant, Marius Fabre devint un résistant actif. Contacté individuellement, il adhéra au mouvement Combat à Narbonne en octobre 1941.

Reçu à un concours administratif des PTT, Marius Fabre fut nommé en 1942 rédacteur à la direction du service télégraphique à Toulouse (Haute-Garonne). Si à Narbonne il ne fut pas très actif (il se contenta d’adhérer à Combat), il occupa à Toulouse des postes de premier plan dans la Résistance. En juillet 1943, il devint l’adjoint de Maurice Dides, chef régional du NAP, de Combat puis des MUR à partir de mai 1943. Après l’arrestation de Maurice Dides, Marius Fabre devint chef du NAP (noyautage des administrations publiques) de la R4 des MUR.

Parallèlement, il participa à l’action de deux réseaux de renseignements de l’OSS (service de renseignement de l’US Army) : le réseau « Akak » et réseau « Mission Jean ». Le réseau « Akak » fournissait directement des renseignements à l’OSS : il avait beaucoup d’agents dans les Pyrénées-Orientales et plus particulièrement en Cerdagne, à Osséja (Marius Fabre était en contact avec eux). Quant au réseau « Mission Jean », il avait pour tâche de vérifier les renseignements qui avaient été fournis à l’OSS par d’autres résistants : Marius Fabre participa à sa direction.

Ce fut en sa qualité de membre du réseau « Mission Jean » qu’il fut arrêté à Toulouse par la Gestapo le 31 mars 1944. Il resta pendant quarante jours à Toulouse entre les mains de la Gestapo. D’après son témoignage, Marius Fabre, torturé, ne parla pas. D’ailleurs, personne parmi ses collaborateurs ne fut arrêté après lui. De Toulouse, Marius Fabre fut transféré à Compiègne où il fut interné pendant une quinzaine de jours. Il quitta Compiègne le 4 juin 1944. Son convoi mit sept jours pour gagner le camp de concentration de Neuengamme. Il resta un mois à Neuengamme (du 11 juin 1944 au 11 juillet 1944 : dates données de mémoire par Marius Fabre). À compter du 11 juillet 1944 il fut interné à Sachsenhausen-Oranienburg. À Sachsenhausen, il tira un rouleau pour la construction d’une route, déchargea des sacs de ciment et travailla dans une briqueterie. Il n’y resta que trois jours et fut transféré au commando de « Falkensee » (usines d’armements situées à 30 kilomètres au nord-est de Berlin). Ayant réussi à se faire passer pour ingénieur, il contrôlait les presses et les fours électriques (notamment à l’usine de Maach où l’on fabriquait des tanks, des obus et des éléments de V2). Au commando « Falkensee », il y avait essentiellement des « politiques » en provenance de toute l’Europe, mais aussi des Géorgiens et même deux Américains. Parmi les détenus de nationalité espagnole figuraient quelques Catalans. Les Catalans de France y étaient relativement nombreux : outre Marius Fabre, furent détenus au commando « Falkensee » : Parayre, instituteur, Mitja qui fut instituteur à Rosiguères, Marcel Quintane de Coustouges, Raynaud d’Estagel, Thouron de Rigarda, Fondeville de Prades (liste de noms communiquée par Marius Fabre). Les détenus du commando « Falkensee » furent libérés par l’Armée rouge le 26 avril 1945 : trois jours plus tôt les geôliers SS étaient partis. Les conditions de vie des déportés avaient changé en février-mars 1945 lorsqu’un « territorial » (un « brave type » selon le témoignage de Marius Fabre) prit le commandement du camp et tempéra le zèle des SS.

Du 26 avril au 1er juin 1945, Marius Fabre et quelques « ex-déportés » « vivotèrent » tant bien que mal dans la banlieue de Berlin. D’après son témoignage, les Soviétiques ne s’occupèrent pas des déportés qu’ils avaient libérés. Marius Fabre quitta Berlin le 1er juin 1945. Après un voyage d’une semaine en train, il put enfin rejoindre son domicile toulousain le 7 juin 1945.

Marius Fabre reprit ses activités professionnelles à Toulouse en 1946 en qualité de rédacteur aux PTT. De 1949 à 1962, il fut inspecteur principal des télécommunications à Lyon (Rhône). Jusqu’à sa retraite en 1972, il fut adjoint au directeur régional des Bâtiments des PTT à Perpignan où il vivait toujours en 1984.

Marius Fabre adhéra à nouveau à la CGT en 1946. Après la scission de FO, il demeura à la CGT – organisation à laquelle il cotisa jusqu’à son départ à la retraite en 1972 – et présida à Toulouse une réunion syndicale en faveur de celle-ci. Après la Seconde Guerre mondiale, il n’eut plus de fonction dirigeante dans le mouvement syndical.

Après 1945, Marius Fabre n’eut plus d’activités politiques. D’après son témoignage (août 1983), il restait un « homme de gauche » mais ne croyait plus à la dictature du prolétariat.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23872, notice FABRE Marius, Pierre par André Balent, version mise en ligne le 9 décembre 2008, dernière modification le 29 septembre 2017.

Par André Balent

SOURCES : AC, Salon-de-Provence, état civil. —L’Avant-Garde (Prades), 1932-1933 et n° 49, juin 1935. — Entretiens avec Marius Fabre (Font-Romeu, 23 et 30 août 1983). — Témoignage écrit de Marius Fabre remis à André Balent (août 1983). — Interview de Jean Font (Prades, 21 août 1974).

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