MARAIS Georgette, née PAPAYOANOU, Yeoryia

Par André Delestre

Née le 6 août 1927 à Paris (XXe arr.), morte le 17 mars 2021 à Marseille (Bouches du Rhône) ; sténodactylo et rédactrice ; militante du Mouvement de la Paix ; syndicaliste CGT ; communiste ; féministe ; UFF ; militante des arts et de la culture ; FCPE ; SPF.

Son père, Paul Papayoanou naquit le 6 juillet 1898 (fils de Constantin, pope orthodoxe, et de Maloma Arapos). Sa mère, Marie Philippides, naquit le 16 octobre 1908 à Constantinople en Turquie (fille de Georges Philippides et d’Emilia Kanaleis, boulangers).
En 1917, la Grèce entra en guerre et triompha sur les Ottomans. Le traité de Sèvres signé en 1920 permit aux grecs des gains importants de territoires au détriment de la Turquie et de la Bulgarie. Arrivée au pouvoir, Mustafa Kemal dit Atatürk, désavoua le traité. La guerre gréco-turque (1922-23) qui suivit, se termina par la perte de la Smyrne et La Trace orientale avec un échange de populations et un afflux de réfugiés. En 1922, les parents helléniques de Georgette arrivèrent par bateau et gagnèrent Paris. Sa mère fut couturière et giletière. Le père fut tailleur. Ils habitaient rue des Solitaires à Paris.
Le 6 août 1927, Georgette Papayoanou naquit au 4 rue de la Chine, à Paris, XXe arr. Le 10 janvier 1940 ,elle fut déclarée de nationalité française. En juin 1941, elle obtint le Certificat d’études primaires sur le canton de Nogent-sur-Marne (Seine). Du 6 août 1943 au 11 février 1944, elle suivit des cours de dactylographie et sténographie à Champigny- sur-Marne et réussit les épreuves de vitesse (100 mots à la minute en 3 minutes). Durant cette période, à dix-sept ans, elle rencontra dans le train pour Champigny deux jeunes hommes dont l’un prénommé Roland, probablement Roland Gaudin. Ils se lièrent d’une amitié un peu amoureuse. Une phrase de lui la marqua : « Le communisme c’est l’espoir. Tant que les blés pousseront il y a de l’espoir. Quand tu verras les blés, tu penseras à moi. » Bien plus tard, par la sœur de Roland, elle apprit qu’engagés dans la Résistance communiste parisienne, arrêtés, ils furent fusillés au fort de Romainville. Amoureux de Georgette, lors de sa mort, Roland eut sa photo sur sa poitrine criblée de balles. Elle témoigna que « c’est lui qui m’a ouvert les yeux sur la résistance, qui m’a expliqué le communisme et qui a fait que j’ai amorcé ma conscience politique ». Jeune fille, elle fit partie de l’Union des Sauveteurs de la Marne à Nogent-le-Perreux. À Paris, elle fit les 400 coups avec sa camarade Simone. Elle y rencontra les acteurs Yvonne Printemps et Sacha Guitry.
De février à décembre 1944, elle fut employée chez Desclers, entreprise générale de sépultures dans Paris XVIIIe arr. Le patron de l’entreprise lui présenta un professeur spécialiste de l’Hôpital Laennec à Paris car sa mère, Marie Philippides, souffrait de tuberculose. Elle mourut le 6 août 1945 au château-sanatorium de Brévannes (Seine-et-Oise, Val-de-Marne).
Du 9 décembre 1944 au 20 juin 1945, Georgette s’occupa de jeunes enfants dans un préventorium dans le Jura. Pendant l’hiver 19451946, réquisitionnés durant la guerre, peu de logements furent accessibles. Elle trouva à se loger, par des amis, à Champigny. De 1945 à décembre 1953, se superposèrent et se succédèrent, sans interruption, une dizaine d’employeurs sur Paris et sa région et à Mondeville (Calvados) où elle fut employée de bureau, sténodactylo, secrétaire, employée de maison.
En septembre 1950, elle rencontra Jean-Pierre Marais à Caen (Calvados). Séminariste à Lisieux, il appartint à une équipe de prêtres ouvriers de la Mission de France. En 1952, « fille de la guerre » comme elle se définit, elle adhéra au Mouvement de la Paix et pour le désarmement. Elle y entraina Jean-Pierre. Elle y milita de façon engagée à Caen puis au Havre.
Le 31 décembre 1953, eut lieu le mariage civil avec Jean-Pierre en la mairie du Havre (Seine-inférieure, Seine-Maritime) et le 2 janvier 1954, le mariage religieux en l’église Saint-Joseph du Havre où le couple décida de résider. Marie-Pierre naquit en avril 1955 et fut baptisée ; puis Pascale vit le jour en mai 1957. En 1953, elle adhéra au Parti communiste français et fut très active contre la guerre d’Algérie (distribution de tracts, blocage des trains des conscrits, réunions publiques, etc.). De janvier 1954 à janvier 1965, Georgette se consacra à l’éducation des deux filles et poursuivit ses activités militantes. En juin 1957, la famille déménagea dans un HLM de Tourneville, quartier du Havre.
Dès 1957, chaque été, les vacances sous tente furent sacrées comme temps familial et comme découverte des régions de France.
Dans ces moments communs de combat politique, des amitiés partagées se sont nouées avec Roland Leroy, René Cance, André Duroméa, Bernard Isaac, parrain de Marie-Pierre, Albert Perrot dit Bébert, Jeanne et Daniel Colliard et bien d’autres. En 1958, elle rejoignit une section de parents d’élèves de l’école maternelle de Tourneville, le quartier ou la famille résidait.
En mars 1960, sa tante vivant à Istanbul, désira la faire venir avec sa famille auprès d’elle pour un court séjour. Considérée comme étrangère, Georgette ne put s’y rendre, ce qui l’affecta. Le 19 janvier 1961, son père, Paul Papayoanou mourut à l’hôpital de la Pitié à Paris XIIIe arr..
Le 31 décembre 1962, suite aux nouvelles responsabilités politiques du mari, la famille déménagea pour Petit-Quevilly (Seine-Maritime). Lucette et Jean Malvasio hébergea les filles, le couple dormit au siège de la fédération du PCF de Rouen, avant d’intégrer un logement, rue Martial Spinneweber, dans la cité Maurice Thorez de Petit-Quevilly. Du 1er mars au 4 avril 1963, lors de la grande grève des mineurs français des bassins charbonniers, la solidarité les fit accueillir un enfant de grévistes.
En 1963, Georgette Marais adhéra à l’Union des Femmes Françaises puis lutta notamment pour la mise en place du droit à l’avortement. Avec sa camarade Lucette Malvasio, secrétaire fédérale de l’Union des Jeunes Filles de France, elle organisa au siège de la fédération rouennaise du PCF, des réunions, débats, sorties, manifestations, collectes.
Femme de convictions, militante syndicale CGT et communiste active, sans relâche organisant l’activité politique, elle fut de tous les combats pour la justice sociale et la Paix. Elle participa aux manifestations et rassemblements en 1968, organisa la solidarité aux salarié.e.s qui luttait contre la fermeture de l’entreprise quevillaise des Fermetures Éclairs, elle s’insurgea contre les répressions patronales et mesures antisociales scandant dans les rues avec ses filles et ami.e.s « Des sous Charlot » ; lutta contre l’oppression que subit Angela Davis injustement emprisonnée et contre l’impérialisme américain, la guerre au Vietnam.
Elle s’investit pleinement dans la vie municipale, participa aux actions de la section de Petit-Quevilly du PCF et à l’organisation des fêtes de l’Humanité au Parc Les Chartreux où elle savoura les textes chantés de Jean Ferrat et d’Allain Leprest. Elle assura la distribution des tracts politiques dans les boîtes aux lettres du quartier. Elle vendit L’Humanité Dimanche et Pif le chien sur le marché public ainsi que des brins de muguet au 1er mai de chaque année avec ses deux filles. Elle fut membre du Secours populaire français.
Le 12 juillet 1964, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, mourut sur le paquebot Litva qui l’emmenait en vacances sur les bords de la mer Noire. Ce fut un grand choc ; alors que la famille et des camarades campaient à la Seyne (Var), tous les hommes montèrent sur Paris pour accompagner la dépouille de Thorez. Les femmes restèrent au camp avec les enfants et rendirent hommage à l’homme disparu à la salle des fêtes de l’hôtel de Ville de la Seyne.
De janvier 65 au 31 août 1966, elle fut embauchée comme rédactrice principale au cabinet de Martial Spinneweber, maire de Petit-Quevilly.
Du 1er septembre 1966 au 31 janvier 1967, elle connut une période de chômage. De 1967 à 1973, elle fut très engagée comme déléguée des parents d’élèves (FCPE) du lycée Les Bruyères à Sotteville-Lès-Rouen, et de 1968 à 1972, à titre de représentante des parents d’élèves du Collège Diderot de Petit-Quevilly, où elle porta la défense des élèves en difficulté à de nombreux conseils de classe.
Du 1er février 1967 au 31 août 1987, elle fut employée de la collectivité territoriale de la mairie de Petit-Quevilly, titularisée en 1968 en qualité de sténodactylo, comme secrétaire à la maison des jeunes, à partir de 1974 au service des affaires générales, au service des achats en 1980 où elle resta jusqu’à sa retraite.
En février 1968, le paquebot soviétique « Académicien-Krilov » fut affrété et chargé des marchandises récoltées dans le cadre de l’opération « Un bateau pour le Vietnam ». Un rassemblement de solidarité eut lieu auquel participa la famille. Du 17 mai au 10 juin 1968, elle participa activement aux grèves et occupations des nombreux chantiers, usines, entreprises, industries, administrations, services publics, établissements de l’agglomération Rouennaise.
En 1969, elle prit part à l’inauguration du théâtre municipal Maxime Gorki créé suite aux efforts déployés par Henri Levillain, Robert Pagès et Jean-Pierre Marais, pour inscrire dans la ville un lieu culturel de création, diffusion et pluridisciplinaire accessible au plus grand nombre.
Le 4 novembre 1973, Georgette fut invitée par l’Union des femmes françaises de Seine-Maritime, Germaine Pican en étant la présidente et Yvette Leveillard la secrétaire, au Gala Heures Claires, pour une matinée récréative à la salle Paul Éluard à Dieppe.
Lors de cet itinéraire de vie, des rencontres jalonnent son parcours : le 25 juin 1965, Youri Gagarine, le 1er cosmonaute à voyager dans l’espace, de passage à Rouen, en 1970 Louis Aragon accueilli au domicile familial, le 8 juin 1975, Valentina Terechkova, première femme à effectuer un vol dans l’espace, invitée à la fête de l’Humanité du parc des Chartreux et bien d’autres moins célèbres. Des photos prises par Jean-Pierre immortalisent ces moments heureux. En juin 1979, ils déménageaient dans un pavillon HLM de l’OPAC, avec jardin, rue Paul Langevin à Petit-Quevilly. Le jardin devint un petit paradis de la bio diversité.
Le 1er septembre 1987, lors de son départ à la retraite, elle reçut des mains des maires, Robert Pagès et Henri Levillain, la médaille d’honneur de la ville « un petit bout de grande bonne femme, au tempérament généreux, mais scrupuleux dans ses activités professionnelles, a donc pu exprimer son bouillant caractère dans divers services. À sa joie d’ailleurs, car elle fut ainsi au contact des autres et des différents problèmes de la vie municipale. »
Toujours active comme militante, elle se consacra à la peinture, s’inspirant de sujets privés, politiques et contemporains, faisant une place particulière à la liberté des femmes. En 1988, elle exposa des peintures (la femme au banjo et l’homme musicien, 1987) à l’événement Gros plan sur les talents des locataires de l’Opac 76. De 1997 à 2018, Georgette fut une fervente adepte, avec Jean-Pierre jusqu’en 2012, du Rive Gauche, centre culturel de Saint-Étienne du Rouvray. En décembre 2003, fut crée « Place Publique », association de résistance citoyenne, au Rive Gauche, scène conventionnée de Saint-Étienne du Rouvray. L’objectif fut l’échange et le dialogue entre artistes et citoyens, la solidarité envers les personnes en situation précaire, la réaffirmation de l’art dans la société, le mélange et le partage des cultures, la défense des libertés individuelles, la liberté d’expression et la libre circulation des personnes. Georgette Marais rejoignit cet espace de paroles pour tous pour s’informer, échanger, débattre qui se réunit chaque samedi matin. Elle devint la « marraine de la révolte, la Passionaria du Rive Gauche, l’empêcheuse de tourner en rond, celle qui remet toujours le bon sujet au bon endroit c’est à dire près des gens. Toi tu vois qu’il y a de la souffrance et de l’injustice alors tu fonces ! C’est tout ! Tu gueules, tu manifestes, tu parles à tes voisins, au maire de Petit-Quevilly, tu nous en parles, tu bagarres, tu défends tes idées, tu milites, quoi », témoigna Robert Labaye, directeur du centre culturel et ami.
Marie-Pierre, ayant migré au Québec en 1984, le couple y voyagea à plusieurs reprises. Ils multiplièrent les séjours à Venise, à Cuba, en Grèce le pays de sa langue maternelle, en Corse, où elle rencontra à Campomoro, la femme de lettre qu’elle admire et écoute sur les ondes de France 2, Françoise Xennakis et en France, particulièrement les Cévennes.
Le 23 novembre 2012, son compagnon de vie, Jean-Pierre Marais mourut à l’hôpital Saint-Julien de Petit-Quevilly.
Le 23 septembre 2013, elle participe, avec le maire de Petit-Quevilly, Frédéric Sanchez, à l’inauguration du Jardin du Cloître, vestiges de l’ancienne Chartreuse Saint-Julien restaurés et ornés de plantes médicinales et condimentaires. Des cartels cuivrés retracent l’histoire des lieux et des confréries religieuses. Jean-Pierre Marais avait contribué ardemment à sa restauration en tant qu’adjoint à l’urbanisme. Une plaque commémorative à son nom fut apposée dans le jardin le 29 juin de l’année suivante.
Le 21 février 2016, l’ami Jean Joulin, cheminot, comédien, co-directeur du Théâtre Maxime Gorki, à Petit-Quevilly mourut. Elle en fut très affectée. Lors du décès de Gisèle Halimi, elle pleura cette avocate militante et féministe qui a contribué à dépénaliser l’avortement et dont elle admirait son engagement pour la cause des femmes.
Autour de son cercle d’ami-e-s et de ses voisins de quartier, Georgette soigna les liens autour d’un verre et d’une bonne table. Elle resta active au sein du syndicat des retraité.e.s CGT des territoriaux et de la cellule quevillaise du PCF.
En juillet 2020, dans son itinéraire de vie, elle se rapprocha de sa fille Pascale résidant à Marseille (Bouches-du-Rhône) où sa fille Marie, sa petite fille Yoenne, ses arrières petits-enfants, Louwen et Timéo, son gendre Bernard et ses ami.e.s lui rendent visite… pour refaire le monde !

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article239060, notice MARAIS Georgette, née PAPAYOANOU, Yeoryia par André Delestre, version mise en ligne le 1er mars 2021, dernière modification le 29 mars 2021.

Par André Delestre

SOURCES : Notes et témoignages recueillis en février 2021 de Marie et Pascale Marais ; archives familiales composées des certificats d’états civils, certificats de travail, registre du consulat de Grèce, de la préfecture de police ; fond privé déposé aux archives municipales de Petit-Quevilly et départementale de Seine-Maritime ; archives municipales de Petit-Quevilly.

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