GABORIT Roger, Omer

Par Alain Dalançon

Né le 12 décembre 1903 à Luçon (Vendée), mort le 20 mai 1996 à Rochefort (Charente-Maritime) ; professeur puis censeur ; résistant ; militant radical-socialiste, maire de Rochefort (1944-1951), conseiller général (1945- 1951), député de la Charente-Maritime (1946-1958), maire de la Gripperie-Saint-Symphorien (Charente-Maritime) (1959-1977).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956]

Son père, Jean, Maximin Gaborit, était vétérinaire et sa mère, Maïda, Eudoxie Emerit, était sans profession. Roger Gaborit fréquenta le collège de Luçon puis le lycée Henri IV de Poitiers (Vienne). Titulaire du baccalauréat en 1924, il effectua ses études supérieures à la Faculté des Lettres de Poitiers. Tout en étant maître d’internat au lycée de La Roche-sur-Yon (1926), puis répétiteur aux lycées Fromentin de La Rochelle (1927) et Fontanes de Niort (1929-1934), il passa différents certificats (études pratiques allemandes (1927), philologie allemande (1932), études littéraires et classiques (1932)) pour devenir licencié ès lettres en 1934. Il avait accompli entre-temps son service militaire en 1928-1929, et avait épousé, en décembre 1929 à La Roche-sur-Yon (Vendée), Jeanne, Marie Moinard, avec laquelle il eut une fille, Colette, et un fils.

Après son acquisition de la licence, il fut nommé professeur délégué d’Allemand aux lycées de garçons de Bayonne (Basses-Pyrénées/Pyrénées Atlantiques) en 1935-1936, puis Pierre Loti de Rochefort à la rentrée 1936.

Roger Gaborit chercha tout de suite à entamer une carrière politique à Rochefort sous l’étiquette radical-socialiste pendant la période du Front populaire. Son parti, divisé, avait considérablement décliné dans l’ancienne ville-arsenal après la guerre. Délégué à la propagande en 1937, il fit venir Jacques Kayser et prononça plusieurs conférences pour justifier la politique de défense nationale d’Édouard Daladier face aux menaces de l’hitlérisme qu’il identifiait à un « pangermanisme rajeuni ». Il se présenta en doublette (avec Firmin Peroche) aux élections d’arrondissement en octobre 1937 dans le canton de Rochefort-sud contre la doublette socialiste Boudard-Georges Mesplède, ce dernier étant son collègue à l’école primaire supérieure annexée au lycée Pierre Loti ; éliminée au premier tour, la doublette radical-socialiste se désista au second tour en faveur de sa concurrente socialiste qui l’emporta.

Mobilisé en septembre 1939 à l’état-major du 11e régiment du train des équipages, comme secrétaire-interprète, il fut affecté à une section d’écoute, entre les lignes Maginot et Siegfried dans le Bas-Rhin, et fit prisonnier une patrouille allemande, ce qui lui valut la croix de guerre. Démobilisé en juillet 1940, il reprit son poste au lycée Loti et fut titularisé professeur en 1943. Sa demande pour une nomination de censeur fut refusée en novembre 1942 par l’inspecteur d’académie Maurice Emanuély pour deux raisons : « ne présente pas les garanties d’ordre national », « a fait de la politique militante à Rochefort ».

À partir de septembre 1942, il commença à mettre sur pied un réseau local de résistance avec son collègue Mesplède, l’intendant du lycée, Doat, un instituteur, René Charivet, un inspecteur de police, Fouix, un policier, Porte, un gendarme, Mallet, et un ancien élève, Mencière. En septembre 1943 il devint agent du réseau Navarre. Nommé chef de groupe n°6, en remplacement de Lacroix, il assura des liaisons avec le maquis d’Aulnay (Groupe Jean-Bernard), organisa au printemps ou été 1944 deux coups de main dont l’un réussit, se soldant par la capture de trois soldats allemands et d’un fusil-mitrailleur.

Le comité de libération de Rochefort, formé au début du mois d’août 1944, se transforma en conseil municipal le jour de la libération de la ville, le 18 septembre : le maire était un ardent gaulliste, l’avocat Albert Bignon. Après la démission collective contrainte de ce conseil, le 13 novembre, car il ne respectait pas les directives parues au J.O. du 25 septembre, suivant lesquelles les anciens élus en 1939, non poursuivis, devaient faire partie du conseil, une délégation spéciale fut mise en place par le préfet Verneuil. Albert Bignon refusa d’en assurer la présidence pour des raisons personnelles et proposa la nomination de Roger Gaborit au préfet qui avait fait nommer ce dernier principal au collège René Caillié de Saintes. Gaborit n’avait été membre ni de l’ancienne municipalité en 1939, ni de la nouvelle mise en place à la Libération ; il fut cependant nommé président de la délégation spéciale, le 21 novembre 1944. Son détachement de l’Éducation nationale fut accordé par le recteur qui remarquait que les Allemands qui tenaient toujours la « poche » de la Rochelle-La Pallice, venaient souvent à Rochefort pour se ravitailler, ce qui amenait, selon lui, une « situation difficile » dans la ville.

Aux premières élections municipales d’après-guerre, en avril-mai 1945, Roger Gaborit, nommé censeur au lycée Loti, fut élu conseiller municipal et maire d’une municipalité ne comptant qu’une femme, de tendance très majoritairement radicale (sur 27 membres, il y avait seulement 2 représentants de la mouvance communiste et 2 socialistes).

Quelques mois plus tard, en septembre 1945, il fut élu conseiller général de Rochefort-Nord. Enfin, le 10 novembre 1946, il fut élu député de la Charente-Maritime à la tête de la liste du « Rassemblement des gauches républicaines » qui n’obtint qu’un seul siège sur les six à pourvoir dans le département.
En 1946, la fédération socialiste SFIO et la section socialiste de Rochefort firent une démarche commune auprès du ministre socialiste de l’Éducation nationale, Marcel-Edmond Naegelen, pour lui demander de le renommer principal à Saintes car, selon elles, il menait à Rochefort une « action antigouvernementale ». Il s’agissait d’un nouvel épisode de règlements de comptes anciens et récents. La SFIO qui disposait avant-guerre de tous les mandats locaux (maire, conseillers d’arrondissement, conseillers généraux et député), les avaient tous perdus. Roger Gaborit les cumulait maintenant, en louvoyant habilement.

Aux élections municipales de 1947, sa liste n’arriva qu’en troisième position après celle du RPF et celle des communistes. Mais il réussit à conserver son poste de maire grâce à une entente avec le RPF excluant les élus communistes des postes d’adjoints.

L’année 1951 fut marquée par un creux dans sa carrière politique locale. Il fut battu lors du renouvellement du conseil général, le 15 octobre 1951, par le candidat du RPF, Ernest Guépin. Aux élections municipales du même mois, il perdit son poste de maire gagné difficilement au 3e tour de scrutin par Ernest Guépin, et ne fut plus que simple conseiller municipal. Il assista ensuite irrégulièrement aux séances du conseil, où il fut cependant réélu en 1953. En revanche, grâce à la nouvelle loi électorale qu’il avait votée, instituant le scrutin de liste départemental avec apparentements, il avait pu être réélu aux élections législatives du 17 juin 1951 sur la liste RGR apparentée aux listes SFIO, MRP et Indépendants paysans.

Durant toute cette période d’après-guerre, il illustra bien les louvoiements des élus radicaux-socialistes sous la IVe République, en participant à leurs disputes internes et leurs ruptures. Notamment à l’Assemblée nationale, en étant membre de nombreuses commissions (Reconstruction et dommages de guerre (1946-1948), Education nationale (1951), Affaires étrangères (1948-1951), Famille (1955), Boissons (1955) et surtout Marine marchande et pêches, qu’il présida en 1950, ce qui lui permit d’être nommé membre de la commission supérieure du Crédit maritime mutuel.

Soutien aux gouvernements de « troisième force » entre 1947 et 1951, il était adversaire du RPF et vota contre les lois Marie et Barangé (septembre 1951). Résolument anti-cégétiste et anticommuniste, il s’opposa à l’échelle mobile des salaires (19 février 1952) au motif qu’elle développerait l’inflation qui « sera la ruine des artisans, des rentiers, des petites et moyennes entreprises » dont il était le défenseur permanent suivant la tradition radicale, et qu’elle constituerait « le cheval de Troie du communisme à l’intérieur de la forteresse républicaine ». Il défendait au contraire l’austérité budgétaire de l’État qui devait « donner l’exemple », austérité sans laquelle il ne pourrait y avoir de réarmement.

Atlantiste, il vota en faveur de la ratification du Plan Marshall et du Pacte atlantique. Partisan de la construction de l’Europe, il intervint longuement le 14 novembre 1953 pour défendre l’idée de l’Europe des Six qui, selon lui, devait rendre plus difficile l’hégémonie allemande et vota pour la ratification du traité instituant la CECA (13 décembre). Rapporteur du projet de ratification de la Communauté européenne de défense en 1955, il vota contre la question préalable qui, approuvée, amena l’abandon du projet. Il se prononça pour la ratification des traités instituant la Communauté économique européenne et l’Euratom (9 juillet 1956).

Il soutint toujours les politiques coloniales de la France. Il accorda ainsi la confiance aux gouvernements de Joseph Laniel y compris après Diên-Biên-Phû (13 mai et 12 juin 1954). S’il approuva les accords de Genève mettant fin aux hostilités en Indochine (23 juillet 1954), il refusa la confiance au gouvernement Mendès France sur l’Afrique du Nord en février 1955. Il l’accorda en revanche à son successeur, Edgar Faure (23 février1955) qu’il soutint lors de la chute du Gouvernement sur la date des élections et le mode de scrutin (29 novembre 1955), ce qui entraîna la dissolution de l’Assemblée nationale.

Tête de la liste radicale dans le département, qui ne réunit plus que 12,5 % des voix, Roger Gaborit fut tout de même réélu député le 2 janvier 1956. Il fut reconduit dans les Commissions de la famille et de la marine marchande et nommé représentant titulaire de la France à l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe. Réélu questeur le 25 janvier 1956, poste qu’il occupait depuis octobre 1955, il fut cependant remplacé, le 3 octobre suivant, par le mendésiste Pierre Mailhé. Si bien qu’à la suite du congrès du parti radical à Lyon, le même mois, Roger Gaborit quitta le groupe parlementaire radical pour adhérer au nouveau groupe radical-socialiste.

Au cours de la dernière législature de la IVe République, il déposa quatre propositions de loi relatives aux entreprises nationales de gaz et d’électricité, à la réglementation des marais-salants et aux pensions civiles et militaires. Il vota l’investiture au gouvernement de Guy Mollet (31 janvier 1956) auquel il accorda sa confiance sur l’Algérie (mars-octobre 1956). Favorable aux investitures des gouvernements de Maurice Bourgès-Maunoury et de Félix Gaillard (12 juin et 5 novembre 1957),)) et aux projets relatifs aux institutions de l’Algérie (28 et 31 janvier 1958), il vota pourtant contre le gouvernement de Félix Gaillard, lors de sa chute sur la mission dite des « bons offices » entre la France et la Tunisie (15 avril 1958). Il s’opposa à l’investiture de Pierre Pflimlin (13 mai 1958) mais vota pour l’instauration de l’état d’urgence en métropole (16 mai), tout en refusant la révision de certains articles de la Constitution (27 mai), avant de voter l’investiture du Général de Gaulle, les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle (1er et 2 juin).

Il ne se représenta pas aux élections législatives suivantes. Il ne reprit pas son poste de censeur et fut mis à la retraite dans le dernier trimestre 1958. Il cessa d’être conseiller municipal à Rochefort en 1959 et se retira à la Gripperie-Saint-Symphorien (Charente-Maritime) où il avait acquis en 1957 le magnifique domaine de la Massonne. Les habitants du village le portèrent en 1959 au poste de maire, qu’il conserva jusqu’en 1977.

Vers la fin de sa vie, il s’installa à Chatelaillon (Charente-Maritime) et mourut à Rochefort à 93 ans.

Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en décembre 1948 pour son activité dans la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23910, notice GABORIT Roger, Omer par Alain Dalançon, version mise en ligne le 14 décembre 2008, dernière modification le 31 janvier 2020.

Par Alain Dalançon

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956]

SOURCES : Arch. Nat., F/17 26992. — Arch. SHD, liste des résistants, GP 16 P 237604. — JO, lois et décrets, 30 décembre 1948. — Arch. Dép. Charente-Maritime, nombreuses cotes série M avant 1940, et surtout série W après 1940. — Arch. mun. Rochefort (dont délibérations du conseil municipal en ligne et un dossier [1 C 173] contenant notamment un récit de l’intéressé sur la période 1943-1945). — Presse locale (Les Tablettes des Deux Charentes, La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, Sud-Ouest). — Biographie dans Dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La Documentation française). — Notes de Jacques Girault

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