MOALIC Pierre, François, Marie

Par Christian Bougeard

Né le 5 mai 1909 à Pouldavid (commune intégrée à Douarnenez en 1945, Finistère), mort le 11 décembre 1997 à Douarnenez ; instituteur ; militant communiste dans le Finistère et dans les Côtes-du-Nord ; membre du CDL des Côtes-du-Nord ; conseiller municipal de Douarnenez (Finistère)

[Coll. privée de la famille]

Fils d’un marin pêcheur et d’une ménagère, originaire de Pouldavid, commune proche de Douarnenez, Pierre Moalic entra à l’Ecole normale d’instituteurs de Quimper (Finistère) en 1926. En 1929, il fut l’un des responsables (3e année) de la grève des normaliens. Il adhéra à la section de la Fédération unitaire de l’enseignement et fut secrétaire départemental adjoint de 1930 à 1936. Après la fusion en novembre 1935, membre du conseil syndical du Syndicat de l’enseignement laïque du Finistère, il ne fut pas réélu à la fin de 1936.
Instituteur à Kérity-Penmarch, comme son épouse (Jeanne Jolivet, épousée en août 1937 à Pouldavid), Pierre Moalic fit la connaissance de l’instituteur communiste Alain Signor. Muté à Audierne en 1931, Pierre Moalic créa un comité du Secours Rouge International (huit adhérents) qui se transforma en cellule du PCF en 1933, dont il devint le secrétaire. En 1937, nommé à Poullan-sur-Mer, il devint secrétaire de la section communiste de Douarnenez, exsangue, qu’il s’agissait de reprendre en mains après le départ du maire communiste Daniel Le Flanchec. En 1939, P. Moalic fut troublé par la signature du Pacte germano-soviétique : « Je ne pouvais approuver ce pacte que je ne comprenais pas », mais il ne rompit pas pour autant avec le Parti communiste, participant à quelques réunions après sa dissolution. Au début 1940, il fut mobilisé dans l’infanterie jusqu’en août. Il reprit sa classe à Poullan-sur-Mer en septembre.
Vers octobre 1940, Pierre Moalic fut contacté par Alain Le Lay, du Sud-Finistère qui réorganisa le PC. Surveillé par la police de Vichy, P. Moalic devait être discret. Néanmoins, il participa à des distributions de tracts, apportés de Quimper par un jeune agent de liaison. Ces distributions de tracts communistes à Douarnenez, à la fin 1940 et au début 1941, sont attestées par les sources de police. Les autorités préfectorales menaçaient, par voie de presse, d’arrêter les militants communistes connus si cette propagande se poursuivait. Et Pierre Moalic fut effectivement arrêté dans sa classe le 7 mars 1941, sans que la police parvienne à trouver chez lui des documents compromettants ; Il n’en fut pas moins interné à Rennes, à Versailles puis au camp d’Aincourt (Seine-et-Oise) le 11 mars où se trouvaient déjà plusieurs centaines de communistes. Il participa à la reproduction manuscrite du journal du camp L’Interné d’Aincourt. Suite à l’intervention de l’inspecteur d’Académie du Finistère, Pierre Moalic fut libéré le 15 octobre 1941 et muté d’office dans les Côtes-du-Nord. Avec son épouse, il enseigna à Saint-Alban, près de Pléneuf-Val-André.

Dans les Côtes-du-Nord, il participa à la Résistance au Front national (FN) et fut responsable FTP-FFI de sa région en 1944. Il fut en liaison avec Théo Le Coz-Jean-Louis, un militant FTP de Quimper qui fut muté dans les Côtes-du-Nord et fut responsable politique du PCF à la Libération. Quand Le Coz qui siégeait pour le PCF au CDL, clandestin puis légal, rentra dans le Finistère à la mi-novembre 1944, Pierre Moalic lui succéda. Il fut membre de la sous-commission des arrestations et de celle de l’épuration des fonctionnaires. P. Moalic fut l’un des vingt-deux délégués des Côtes-du-Nord aux États Généraux de la Renaissance Française réunis à Paris le 14 juillet 1945. Au premier congrès départemental du Front national de janvier 1945, il fut élu au comité directeur et y participa jusqu’à la dissolution du mouvement par Jean Devienne, le 1er décembre 1945. Dès novembre 1944, Pierre Moalic signa des articles, notamment sur le CDL, dans L’Aube nouvelle, « l’organe régional du PCF » qui paraît en septembre ou octobre 1944. En février 1945, ses responsabilités dans un parti qui dépasse les 10 000 adhérents se traduisirent par sa participation comme orateur à une série de meetings mais surtout par le fait qu’il signa des éditoriaux importants comme celui du 3 février 1945 : « Unir. Combattre. Travailler » qui affirme la ligne thorézienne et « Un seul parti » le 10 mars. P. Moalic semblait alors assumer la fonction de secrétaire politique en remplacement de Théodore Le Coz, jusqu’au premier congrès de mars 1945. L’ouvrier menuisier de Lannion, Jean Paranthoën devint alors secrétaire politique jusqu’en 1947. En 1945, P. Moalic fut l’un des six communistes du comité d’entente qui dut négocier la réunification du PCF et de la SFIO. Il fut directeur et rédacteur régulier de L’Aube nouvelle et, en 1946, membre du bureau fédéral du PCF.

La fédération des Côtes-du-Nord, dirigée par Jean Le Jeune de 1947 à 1950, traversa des difficultés. Ainsi, en mars 1949, Jeannette Vermeersch intervint dans une conférence fédérale à Saint-Brieuc, qui se solda par la mise à l’écart de Pierre Moalic, toujours responsable de L’Aube nouvelle. Nous ignorons les raisons de cette mesure (divergences politiques ?). Mais à la suite de la crise du début 1950, les instances dirigeantes furent profondément remaniées.
En outre, il était le secrétaire général du comité d’action laïque depuis 1949.
Pierre Moalic revint à Douarnenez en 1951 à un moment où l’activité du PCF n’était guère dynamique dans le port de pêche finistérien. Avec Jos Pencalet, maire communiste de la Libération (1944-1945), élu au comité fédéral en 1949, il appartint en 1952 au bureau de la section et devient un peu plus tard secrétaire de la section dans une ville dont le maire est communiste de 1944 à 1953. Il contribua à redresser l’influence militante du PCF à un moment où le parti perd la municipalité. En décembre 1953, selon les renseignements généraux, P. Moalic appartint brièvement au comité fédéral du PCF du Finistère mais ensuite il ne figura plus dans les organigrammes de 1954 à 1968.
En mars 1953, P. Moalic entra au conseil municipal et en 1959, il resta le seul élu communiste. En février 1956, il fut le secrétaire du comité d’union des gauches qui s’était constitué à Douarnenez et fut secrétaire général du Comité d’action laïque du Finistère. En 1965, la liste d’union PCF-SFIO n’eut aucun élu mais en 1969, trois communistes revinrent à la mairie à l’occasion d’une élection complémentaire dont Pierre Moalic. Et en 1971, la liste d’union de la gauche enleva Douarnenez : Pierre Moalic fut réélu en 3e position et fut adjoint spécial de l’ancienne commune de Ploaré (intégrée en 1945) jusqu’en 1983. Dans une ville devenue à majorité socialiste, Michel Mazéas, communiste, fut maire de 1971 à 1995.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23935, notice MOALIC Pierre, François, Marie par Christian Bougeard, version mise en ligne le 1er janvier 2009, dernière modification le 8 août 2021.

Par Christian Bougeard

[Coll. privée de la famille]

SOURCES : Arch. Dép. Côtes d’Armor, 1 W 6. Rapports du préfet (1944-1945).- 1 W 12. R. des RG (1946-1950). — Arch. municipales de Quimper, 22 J 210. — Dossier fourni par les Archives municipales de Douarnenez (François Hascoët). — RGASPI, Moscou, 495 270 3287. — Arch. Mun. Quimper, fonds Alain Le Grand, 22 J 210. — Arch. comité national du PCF, organigrammes des comités fédéraux du Finistère (1953-1968). — Fonds CRHMSS-Paris. — L’Aube nouvelle, 1944-1946. — Ouest-France, 13-14 décembre 1997. — Presse syndicale enseignante. — Témoignage de Pierre Moalic recueilli par François Pencalet le 15 décembre 1988. — Françoise Pencalet, Le PCF à Douarnenez (1944-1953), maîtrise d’histoire, Université de Bretagne Occidentale-Brest, 1989. — Eugène Kerbaul, 1640 militants du Finistère (1918-1945). Dictionnaire biographique de militants ouvriers, chez l’auteur, Bagnolet, 1985-1988. Notice p. 215-218. — Christian Bougeard, Le choc de la guerre dans un département breton : les Côtes-du-Nord des années 1920 aux années 1950, thèse d’État, Rennes 2, 1986. — État civil. — Notes de Jacques Girault.

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