DENIAUD Jo [Joseph, Marie, Jean, Auguste dit]

Par Bernard Geay

Né le 24 mars 1948 à Montbert (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; ouvrier ajusteur-mécanicien ; militant CFDT à la SMPA à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), secrétaire du syndicat CFDT de la métallurgie nazairienne (1979-1984) , secrétaire-général de l’Union départementale CFDT de Loire-Atlantique (1984-1994) ; militant mutualiste , président d’organismes mutualistes à partir de 2000.

Jo Deniaud en 1988
Jo Deniaud en 1988

Les parents de Joseph Deniaud, Auguste Deniaud (1909-2006) et Maria Airiau (1907-1996), agriculteurs à la ferme de la Loirière à Montbert, eurent six enfants (une fille et cinq garçons), Joseph étant le benjamin. La famille était catholique pratiquante et sans activité militante, même si Auguste, affilié à la Fédération départementale du syndicat des exploitants agricoles (FDSEA), était soucieux des évolutions du monde agricole alors en pleine transformation. Deux des frères de Joseph prirent la succession de leur père sur la ferme et vécurent la phase de modernisation de l’agriculture. Ils militèrent à la Jeunesse agricole chrétienne (JAC) et furent engagés dans le syndicalisme agricole et la coopération.
Joseph Deniaud fréquenta l’école primaire privée et, dès l’âge de onze ans, il fit ses études secondaires au séminaire de Legé, puis à celui des Couëts à Bouguenais, près de Nantes (Loire-Atlantique). Il y passa le BEPC mais ne présenta pas au baccalauréat. Il put cependant poursuivre au séminaire ses études en sciences humaines et théologie jusqu’à l’âge de vingt-et-un ans. Durant cette période, il participa aux activités du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC) et à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Au séminaire, bien qu’interne, il bénéficiait d’une grande liberté de mouvement et pouvait circuler facilement. En 1968, il fut attentif au mouvement de mai-juin dont son frère Bernard, leader syndical agricole, fut l’un des acteurs. Il fut ainsi témoin des affrontements devant la préfecture qui suivirent la grande manifestation du 13 mai 1968 à Nantes.
Joseph Deniaud pratiqua le football dans l’équipe de Montbert. Il présida aussi l’association « Loisirs et culture » des jeunes montbertains, dont la trésorière, Colette Lomelet, deviendra plus tard son épouse. En septembre 1969, Joseph Deniaud partit au service militaire, effectué dans un régiment de chars à Tübingen (Allemagne). À son retour en octobre 1970, il décida d’apprendre un métier. Il fit alors un stage en formation professionnelle des adultes (FPA) d’ajusteur-mécanicien effectué en 1971 à La Roche sur Yon (Vendée) et passa son Certificat d’aptitude professionnelle (CAP). À la sortie de son stage, il fut embauché comme ajusteur-mécanicien chez Tréfimétaux à Couëron (Loire-Atlantique) où il resta un an. Il s’y syndiqua à la CGT, seul syndicat présent dans l’entreprise et, comme beaucoup de jeunes ouvriers, sympathisa avec les militants maoïstes établis dans l’usine.
En 1972, n’ayant pas trouvé un autre emploi sur la région nantaise, Joseph Deniaud décida de partir à Saint-Nazaire. Après avoir travaillé dans diverses entreprises de la métallurgie nazairienne, il fut embauché en 1974 à la Société de mécanique de précision de l’Atlantique (SMPA), alors branche mécanique des Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire. Adhérent à la CFDT depuis 1972, Il y fut élu délégué du personnel dès 1975 et devint, en 1978, le secrétaire de la section syndicale CFDT. C’était l’époque du « Plan Barre » et de la remise en cause de la libre négociation des accords salariaux. Il vécut en première ligne les conflits sociaux aux Chantiers, dont l’occupation pendant deux semaines d’un super-pétrolier en construction, le « Bellamya ».
En 1979, Joseph Deniaud fut sollicité pour être secrétaire du syndicat CFDT de la métallurgie nazairienne, en remplacement d’André Daniel, lui-même devenu secrétaire de l’Union locale CFDT de Saint-Nazaire. En plus de la métallurgie et en soutien à l’Union locale, il suivit aussi les autres secteurs professionnels, et plus particulièrement le secteur du commerce et des services. Il siégea également au conseil de la Fédération CFDT de la Métallurgie et au Bureau de l’Union départementale CFDT de Loire-Atlantique. Ce fut une période fortement conflictuelle et les permanents syndicaux furent souvent mobilisés. Ainsi, au cours des premiers mois de son mandat de permanent nazairien, il accompagna quatre conflits sociaux sous forme de grève longue, aux Chantiers de l’Atlantique, à l’Aérospatiale, chez Pouyet à Pontchâteau et chez Ugéco à Guérande, usine de confection qui se battait pour sa survie.
Parmi les autres moments forts, il y eut la grève des chantiers navals de Gdansk en Pologne et la naissance du syndicat Solidarnosc qui marqua les prémices de la fin du système soviétique et l’espoir d’un socialisme démocratique. Autre moment fort, 1981 : la victoire de François Mitterrand et l’arrivée de la gauche au pouvoir soulevèrent également des espérances et furent marquées par de réelles avancées sociales.
Dès la fin des années 1970, les restructurations industrielles et la montée du chômage se traduisirent par une baisse sensible de la syndicalisation. Cela s’accentua dans les années 1980. Entre 1979 et 1984, le syndicat CFDT de la métallurgie nazairienne ne fit pas exception et perdit plus de la moitié de ses cotisants. La confédération CFDT décida alors de réagir et impulsa le Groupe d’action pour la syndicalisation (GAPS), animé par Hugues Blassel.
L’Union départementale CFDT de Loire-Atlantique, dont Joseph Deniaud, devint le secrétaire général en 1984, succédant à Bernard Henry, désormais secrétaire de l’Union régionale interprofessionnelle CFDT des Pays de la Loire, s’inscrivit dans cette démarche de syndicalisation. Elle mit en place l’opération Cap Développement animée par Alain Plaud et Yves Bonin. Une visite des syndicats professionnels et des sections syndicales fut organisée à partir de 1987 pour sensibiliser sur l’importance de l’adhésion et du renouvellement des équipes. Cela porta ses fruits dès 1989 avec une remontée du nombre des adhérents CFDT, en Loire-Atlantique comme au niveau national.
Porteuse de la culture ouvrière combative de la Basse-Loire, la CFDT de Loire-Atlantique fut en pointe dans les débats internes de la Confédération, souvent sur une ligne critique par rapport à celle-ci, en particulier concernant l’articulation entre action et négociation ainsi que sur l’appréciation du niveau de compromis. De fait, les prises de parole de la Loire-Atlantique ne passaient pas inaperçues dans les congrès confédéraux. Joseph Deniaud y participa à partir du congrès de Metz (1982) et intervint à plusieurs reprises sur le rapport d’activité, notamment au congrès de Bordeaux (1985) et à celui de Strasbourg (1988). En octobre 1992, quelques mois après le congrès confédéral de Paris, l’épisode du remplacement inattendu de Jean Kaspar par Nicole Notat fut généralement mal vécu en Loire-Atlantique.
Doté d’un fort charisme, bon orateur et d’un contact facile, Joseph Deniaud était très apprécié des militants, qui l’appelaient Jo tout court. Au titre de son mandat départemental, il siégea au Bureau de l’Union régionale interprofessionnelle CFDT des Pays de la Loire et au Conseil national confédéral (CNC). Il quitta sa fonction de secrétaire d’UD en 1994 et fut remplacé par Jean-Pierre Chéné. Il fut alors recruté comme contractuel par la ville de Rezé (Loire-Atlantique) pour mettre en place un Plan d’insertion par l’emploi (PLIE) dans le sud de l’agglomération nantaise, puis en 2000 par Nantes Métropole pour mettre en place une Direction Emploi/Insertion professionnelle au sein de cette collectivité nouvellement créée, rayonnant sur toute l’agglomération. Il partit en retraite en 2006 et poursuivit son adhésion chez les Retraités CFDT.
Après ses mandats syndicaux, Joseph Deniaud s’investit dans le mouvement mutualiste où il prit rapidement d’importantes responsabilités : administrateur dès 1994 puis président de Loire-Atlantique Mutualité de 2000 à 2003, président des Mutuelles de Loire-Atlantique de 2003 à 2008, président d’Harmonie Mutualité de 2008 à 2012 puis d’Harmonie Mutuelle de 2012 à 2017 et enfin président préfigurateur de 2017 à 2019 du Groupe mutualiste VYV qui regroupe Harmonie et MGEN et compte 45 000 salariés. Il fut membre du Bureau de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) de 2003 à 2016. Depuis 2003, il est administrateur de la société HLM Harmonie Habitat et depuis 2016 président du groupe hospitalier mutualiste HGO.
Joseph Deniaud fit une seule incursion sur le terrain politique en se présentant aux élections municipales de 1995 à Saint-Sébastien-sur-Loire (Loire-Atlantique) sur la liste de gauche à majorité socialiste, mais comme candidat non encarté. La liste fut battue et il ne fut donc pas élu.
Joseph Deniaud se maria le 14 septembre 1974, avec Colette Lomelet née également à Montbert le 30 juin 1950 dans une famille d’agriculteurs comptant huit enfants. Après le certificat d’études obtenu à l’âge de quatorze ans, elle commença à travailler. Aidée par un conseiller de la Chambre d’agriculture, par la voie exigeante de la promotion sociale, elle réussit à reprendre des études dans un Institut de formation rural (IFR) et à obtenir le niveau baccalauréat. Elle put ainsi passer le concours d’éducatrice de jeunes enfants, métier qu’elle exerça de 1972 à 1993. Elle implanta la CFDT dans le secteur « Petite enfance » de la mairie de Saint-Nazaire. Elle devint ensuite conseillère sociale au Centre communal d’action sociale (CCAS) de Saint-Herblain (Loire-Atlantique) de 1994 à 2006, en charge du revenu minimum d’insertion. Elle participa activement aux conseils de parents d’élèves FCPE et fut administratrice d’un centre socio-culturel de sa commune. De ce mariage naquirent trois enfants : Olivier né en 1976, Nicolas en 1979 et Anne-Claire en 1986 et quatre petits-enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article239520, notice DENIAUD Jo [Joseph, Marie, Jean, Auguste dit] par Bernard Geay, version mise en ligne le 7 avril 2021, dernière modification le 27 mars 2021.

Par Bernard Geay

Jo Deniaud en 1988
Jo Deniaud en 1988

Sources : Arch. Centre d’histoire du travail de Nantes : fonds de l’Union départementale CFDT de Loire-Atlantique. — Entretiens avec Joseph et Colette Deniaud en octobre et novembre 2020.

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