GAMPER Françoise

Par Nathalie Forissier, Bastien Gentes, Lucas Winiarski

Née le 2 août 1956 à Saint-Étienne (Loire), morte le 22 février 1996 à Saint-Priest-en-Jarez (Loire) ; employée ; militante communiste, secrétaire fédérale des Jeunesses Communistes de la Loire (1978-1987) et membre du Bureau national de la JC, membre du Comité fédéral PCF de la Loire (1982-1996), secrétaire de la fédération PCF de la Loire (1992-1996), membre du conseil national du PCF (1994-1996).

Françoise Gamper en 1995
Françoise Gamper en 1995

Françoise Gamper vécut toute sa vie à Saint-Étienne. Son père, René Gamper, né à Troyes (Aube) le 9 novembre 1926, fut professeur de physique-chimie en classes préparatoires au lycée Claude-Fauriel. Il milita au sein de la cellule PCF Henri Langevin de l’établissement avec Roger Bellet, Georges Maria, Jo Martynciow, Jean Tournassoud (normalien, professeur en math-spé), Robert de Carlo (professeur d’éducation physique), Myriam Pupier (professeur d’allemand) et François Bellon. La mère de René travailla aux pièces à l’usine toute sa vie, tout en élevant sept enfants. René Gamper déclarait que son engagement dans le Parti communiste venait de ce vécu, qu’il était très en colère quand sa mère, quelques jours après un accouchement, reprenait le travail sans même pouvoir obtenir une chaise pour s’asseoir. La mère de Françoise Gamper, Josette Gamper (née Josette Delosme) fut diplômée en biologie et certifiée en œnologie. Son père fut professeur de philosophie à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) et sa mère, femme au foyer, fut une des premières femmes à obtenir le permis de conduire en France. Josette Gamper fut chercheuse en biologie puis femme au foyer après la naissance de son premier enfant. Elle eut un engagement associatif foisonnant : comité de quartier, centre social.

Françoise Gamper, cadette d’une fratrie de cinq enfants, eut trois frères et une sœur : Alain, Pierre, Marie-Claire et Christian. Tous passèrent par les Jeunesses communistes au sein desquelles certains exercèrent des responsabilités, sous sa houlette.

Françoise Gamper grandit à Monthieu, quartier de l’Est de Saint-Étienne. Elle fit ses études au lycée Honoré d’Urfé où elle adhéra aux Jeunesses Communistes, influencée par l’engagement de son père qu’elle admirait énormément. Elle réussit son baccalauréat D (baccalauréat scientifique spécialisé en sciences naturelles avec option russe) en 1974. Parallèlement, elle fit de la danse, participa au groupe de parole de sa paroisse et pratiqua le piano durant toute sa vie. Après une première année à l’école d’architecture de Saint-Étienne, elle se consacra essentiellement à son engagement politique. Pendant cette année d’études, elle occupa un emploi étudiant à la Librairie de Paris, rue de la Résistance à Saint-Étienne.

Elle rencontra son conjoint, Lauris Gentes, en 1986. Lauris Gentes était adhérent du PCF en Haute-Loire et arriva dans la Loire pour son travail. Il adhéra alors à la JC et au PCF du département. Éducateur spécialisé, il travailla à l’Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique de Chavaniac-Lafayette, au Centre social de la Ricamarie, à la maison d’enfants du Mollard à Rive-de-Gier et enfin à la Sauvegarde de l’enfance à Saint-Étienne. Il ne prit pas de responsabilités politiques mais resta un militant communiste actif jusqu’au décès de Françoise. Ils eurent un enfant, Bastien Gentes, né le 25 septembre 1988. Bastien Gentes devint chef électricien et régisseur lumière dans le milieu du spectacle. Il eut un engagement politique et syndical contre la précarité. Après un passage par la Jeunesse communiste, il resta sympathisant du mouvement. À cette période, la famille habitait à la Métare puis la Cotonne.

Françoise Gamper fut employée communale à Rive-de-Gier. Elle occupa le poste de collaboratrice politique au cabinet du maire PCF (1977-1995), André Gery, où elle eut en charge les questions économiques. À cette occasion, elle rejoignit le syndicat CGT des Territoriaux de Rive-de-Gier qu’elle ne quitta jamais.

Après son adhésion aux Jeunesses communistes au lycée, elle continua de militer activement. Elle devint alors secrétaire fédérale des JC de la Loire (1978-1987). À 23 ans, elle fut élue au Conseil national du Mouvement des jeunes communistes de France (MJCF) au congrès de Vitry (le 3 février 1980). Le 11 mars 1984, au congrès de Pantin, elle fut élue par 1 400 délégués au Bureau national du MJCF. Malgré un contexte compliqué (tournant de la rigueur en 1983, éviction des communistes du gouvernement en 1984, crise interne du bloc de l’Est,...), la JC fut particulièrement dynamique et mena de grands combats politiques que Françoise Gamper coordonna et impulsa. Elle s’engagea notamment contre l’apartheid en Afrique du Sud et pour la libération de Nelson Mandela à travers l’organisation d’une manifestation avec Dulcie September, représentante de l’ANC en France, qu’elle rencontra à plusieurs reprises, la dernière fois juste avant son assassinat, ou encore la lutte pour la libération de Pierre-André Albertini prisonnier dans les geôles sud-africaines. Quatre militants des jeunesses communistes (Florent Roman, David Roman, Alain Leydier et Lauris Gentes) se virent intenter un procès, le 13 décembre 1986. Poursuivis pour des graffitis du portrait de Nelson Mandela et des inscriptions « Libérez Albertini », ils bénéficièrent d’un non lieu. Françoise Gamper participa également à la lutte contre la précarité de l’emploi réservé aux jeunes (contrat emploi solidarité et les travaux d’utilité collective) ; la campagne contre le projet de loi Devaquet en 1986.

Adhérente au PCF depuis 1976, elle quitta la JC en 1989, pour se consacrer essentiellement à son activité au sein du PCF. Sous l’impulsion d’Alain Bocquet en accord avec la volonté des militants de la fédération, elle devint la première femme secrétaire départementale du PCF de la Loire de 1992 à 1996 suite à la démission de Philippe Rambaud, le 26 mai 1992, alors que la direction et le secrétariat de la fédération traversaient une période de fortes turbulences internes. Le jour de son élection, le 16 décembre 1992, elle déclara : « Nous avons besoin d’un Parti qui ait son regard, son activité, son rayonnement moins replié sur lui donc plus tourné vers les gens de la Loire, tels qu’ils sont à 7 ans de l’an 2000… d’une démarche complètement tournée vers l’avenir et complètement imprégnée de l’expérience des communistes de notre département » (Marc Bruyère, Et si c’était à refaire, 2007). Par la suite, Françoise Gamper affirma qu’il ne fallait « laisser nulle part du terrain libre aux forces du Capital, ne pas se résigner à une politique néfaste, fut-elle menée par le gouvernement actuel [second mandat de Mitterrand] ou par la droite ». Son secrétariat fédéral était composé de Daniel Linossier, Roger Dubien et Alain Pecel. Marc Bruyère présenta cette décision le 17 décembre : « Il s’agit d’une innovation au moins sur deux questions. Une femme, une jeune femme de 36 ans devient première secrétaire de la Loire du PC. C’est la première fois dans l’histoire de la fédération et ce n’est pas commun en politique où la place des femmes est toujours une bataille ».

Françoise Gamper fut élue au Conseil national (CN) du PCF le 29 janvier 1995 lors du 28e congrès, à Saint-Ouen. Elle fut partie prenante des réflexions sur les nouvelles orientations du PCF, même si elle consacra l’essentiel de son activité au département de la Loire. Elle déclarait : « on se bat sur le terrain et pas ailleurs ». Au sein du CN, elle prit la responsabilité de déléguée spéciale pour les relations avec les républiques de l’ex-Yougoslavie. Durant ses mandats, elle entretint une franche amitié avec Alain Bocquet, membre de la direction nationale du PCF (responsable aux cadres), sûrement favorisé par les similitudes de son département d’origine (Nord) tel que le vécu industriel et minier qui facilita d’emblée le dialogue.

En 1989, Françoise Gamper figura en deuxième place sur la liste « Un maire pour tous : Joseph Sanguedolce » : elle fut élue conseillère municipale d’opposition (groupe communiste) de la ville de Saint-Étienne jusqu’en 1995. La liste arriva en deuxième position aux élections municipales : au second tour, Dubanchet obtint 42,72% et Joseph Sanguedolce 38,33%. Françoise Gamper fut réélue conseillère municipale d’opposition (groupe communiste) en 1995, également placée en deuxième sur la liste, ainsi que dans la liste de fusion PS/PCF au second tour. Le PCF recueillit 13,33% des voix et le PS 15,83% au premier tour. L’union de la gauche se fit au second tour avec Gérard Lindeperg (PS) comme tête de liste et Françoise Gamper en seconde place. Le maire sortant Michel Thiolliere récolta 47% des voix et Lindeperg 41,85%. Françoise Gamper se présenta aux élections législatives des 5 et 12 juin 1988 dans la deuxième circonscription de la Loire où elle obtint 10,12 % des suffrages. Elle fut également candidate le 23 septembre 1992 aux élections sénatoriales. Pour finir, elle fut candidate en 1994 aux élections européennes à la 74e place sur la liste PCF conduite par Francis Wurtz.

Elle mena de nombreuses campagnes pour soutenir les listes communistes lors des différentes élections et participa et anima de nombreux meetings, notamment pour les élections européennes, au Palais des spectacles devant 2 500 personnes, ainsi que pour les élections présidentielles le 8 avril 1995 lors de la campagne du candidat PCF, Robert Hue.

Comme conseillère municipale, Françoise Gamper porta de nombreux dossiers, notamment contre la privatisation de l’eau à Saint-Étienne et la défense des services publics. Le jeudi 9 septembre 1992, le conseil municipal dut se tenir à huis clos face à la forte mobilisation de 500 manifestants, salariés et usagers du service de l’eau de la ville de Saint-Étienne. Sous l’impulsion du PCF, Françoise Gamper relaya avec Roger Dubien la revendication des manifestants : renoncer au projet de privatisation du service des eaux municipales de la ville. Lors de ce conseil municipal, Françoise Gamper dénonça la précipitation et l’autoritarisme du maire François Dubanchet. Avec elle, les élus communistes exigèrent la tenue d’un référendum local. Le 21 avril 1994, le maire Dubanchet annonça sa démission suite à l’annulation par la justice de plusieurs décisions du conseil municipal relatives aux contrats d’affermage du service de l’eau et de l’assainissement. Françoise Gamper saisit à plusieurs reprises, avec les élus d’opposition de gauche, le tribunal administratif, ainsi que le Conseil d’État qui en 1996 reconnut le bien fondé de sa requête.

Françoise Gamper mit également en avant la thématique de l’emploi : du recensement au contrôle des fonds publics en passant par la lutte contre les licenciements, le sens que l’on donne au travail, les rapports patronat-salariat, la réduction du temps de travail. Pour elle, il s’agissait de « travailler à une alternative de changement avec tous ceux et toutes celles qui le souhaitent. C’est dans l’échange le plus large et le plus libre que nous pourrons avancer ensemble pour que la vie soit moins dure et l’avenir moins sombre. Le Parti est en situation d’impulser une telle dynamique. Pas de perspectives aux luttes et pas de débouchés politiques aux luttes sans conscience d’une autre perspective. » Le fil conducteur de son mandat de secrétaire fédérale fut l’emploi au cœur de la Loire. Ainsi, attachée au mouvement syndical, elle s’impliqua fortement dans les grandes grèves de 1995 où elle entretint des liens étroits avec les syndicats CGT d’EDF, de la SNCF (lutte contre les réformes Juppé) et de GIAT Industries où elle intervint à de nombreuses reprises au foyer civique (le cercle républicain de la Manufacture d’Armes de Saint-Étienne).

Elle devint présidente de la radio associative TSF (Loire FM puis RLF) qu’elle parvint à pérenniser durablement avec son conjoint, Lauris Gentes, qui monta l’essentiel des premières infrastructures radiophoniques. Elle fut également adhérente du Mouvement de la Paix sans y exercer de responsabilité, au comité local de Rive-de-Gier.

Françoise Gamper fut reconnue par tous pour être une militante passionnée parfois au point de s’oublier. Elle fut célébrée par ses camarades pour sa gentillesse, son courage et son intelligence, valeurs qu’elle porta dans tous ses combats. La pratique de l’écoute fut un des ses traits marquants. Quand elle parlait de communisme elle l’identifiait à d’autres mots : solidarité, communion, partage, refus de l’égoïsme et de l’exclusion, émancipation ou encore libération. Malgré un fort engagement, elle resta très présente pour sa famille. Françoise Gamper ne fut pas sectaire et eut beaucoup d’amitiés qui différaient de ses idées.

Françoise Gamper mourut à 39 ans d’un cancer du poumon foudroyant et d’une tumeur cérébrale. Jusqu’au dernier moment, elle reçut des militants dans sa chambre d’hôpital, pour donner ses ultimes instructions. 2 000 personnes se réunirent pour lui rendre un dernier hommage à la Bourse du Travail de Saint-Étienne. À cette occasion, Alain Bocquet, président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, lui rendit hommage : « La vie d’un homme, d’un homme ou d’une femme, dit-on, ne se mesure pas à sa durée mais à sa plénitude. Françoise a, pour sa part, vécu intensément et passionnément. Sa vie trop courte fut jusqu’à son dernier souffle vouée à la plus noble des causes, aux plus fiers des combats : construire une société plus juste, plus humaine, plus heureuse... Françoise était authentique, elle exécrait la politique politicienne... elle accomplissait son importante tâche avec modestie et humilité... Elle nous fait mesurer que finalement, dans le monde, ce qui est le plus important, notre plus grande richesse, le plus grand bonheur, c’est l’être humain... C’est tout le sens que Françoise avait donné à sa vie en décidant de devenir communiste ». Les personnes présentes déposèrent un œillet rouge sur son cercueil pour saluer une dernière fois son engagement. Le 10 novembre 1996, ses cendres furent dispersées dans l’intimité au Mont Mouchet, lieu de résistance des maquisards FTP, au jardin du souvenir, conformément à ses volontés : « l’argent ça va à la vie, pas à la mort ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article239597, notice GAMPER Françoise par Nathalie Forissier, Bastien Gentes, Lucas Winiarski, version mise en ligne le 30 mars 2021, dernière modification le 30 mars 2021.

Par Nathalie Forissier, Bastien Gentes, Lucas Winiarski

Françoise Gamper en 1995
Françoise Gamper en 1995
Françoise Gamper première secrétaire
Françoise Gamper première secrétaire
Dans son bureau au siège de la Fédération PCF de la Loire, 37 rue Camélinat à Saint-Étienne
Campagne électorale municipale de 1995
Campagne électorale municipale de 1995
De gauche à droite : Roger Dubien, Françoise Gamper, Christophe Faverjon, Joseph Sanguedolce, Nathalie Forissier, Alain Pecel, Georges Gunther.
Une délégation communiste dépose à la préfecture une pétition contre la privatisation du service des eaux
Une délégation communiste dépose à la préfecture une pétition contre la privatisation du service des eaux
Christophe Faverjon, Patrick (?), Florent Roman, Roger Dubien, inconnue, Françoise Gamper, Georges Gunther, Daniel Linossier, Alain Pecel.
Au Conseil municipal en 1995
Au Conseil municipal en 1995
Françoise Gamper entourée de Joseph Sanguedolce, à gauche, et Paul Chomat

SOURCES : Renseignements communiqués par la famille de Françoise Gamper : son conjoint Lauris Gentes, ses frères et sœurs, Alain, Pierre, Marie-Claire et Christian ainsi que son fils, Bastien Gentes. — Centre d’Études et de Documentation sur l’histoire, la culture et la mémoire du mouvement ouvrier dans la Loire (CEDMO-42), Annuaire photographique historique de militants communistes ligériens 1940-2000, 2020 — « L’hommage à Françoise Gamper », L’Humanité, 27 février 1996. — Conseil d’État, Société stéphanoise des eaux et ville de Saint-Etienne, 30 septembre 1996. — Regard sur la Loire, hebdomadaire de la Fédération communiste de la Loire, Saint-Étienne : 2 octobre 1985 ; n°807 (17 mai au 2 juin 1992) ; n°830 (23 - 29 décembre 1992). Marc Bruyère, Et si c’était à refaire, 2007. — Alain Bocquet, Un Marx et ça repart ! Portraits et entretiens, Cherche Midi, 2009.

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