ZAPPI Laurent, Henri, Albert dit Guindé

Par Bernard Thièry

Né le 14 août 1956 à Neuilly-sur-Seine (Seine/Hauts-de-Seine) ; instituteur puis professeur des écoles ; militant lycéen de la LC puis dirigeant étudiant de la LCR, des JCR, de l’UNEF-ID et de la MNEF ; militant syndicaliste enseignant, responsable de la tendance École émancipée, membre du conseil syndical et du bureau de la section départementale du Val d’Oise du SNI-PEGC, secrétaire général adjoint du SNUipp-FSU, secrétaire national de la FSU ; militant politique du NPA, GA, Ensemble, Ensemble-insoumis.

Son père, Ugo Zappi, de nationalité italienne, était ingénieur conseil, diplômé de Polytechnique à Turin. Plutôt engagé à gauche, il avait participé à la résistance italienne entre 1943 et 1945 dans un mouvement catholique et s’installa en France en 1956, après son mariage. Sa mère, née Simone Chapron, sans profession, était la fille d’Henri Chapron, le célèbre carrossier automobile, et avait des opinions plutôt de droite. Sa grand-mère maternelle et son grand-père paternel étaient instituteurs. Sa tante italienne, enseignante, qu’il voyait régulièrement, était clairement engagée à gauche. Sylvia, sa sœur, devint journaliste au quotidien Le Monde, et milita à la LCR puis chez Les Verts. Quant à son frère, Nicolas, il travailla dans le milieu du cinéma.

Laurent Zappi fréquenta l’école primaire de la rue de la Bienfaisance à Paris (VIIIe arr.) puis, dans le même arrondissement, le lycée Chaptal, à partir de 1967. Adolescent, il fit un passage rapide à l’UNCAL (Union nationale des comités d’action lycéens), puis se rapprocha ensuite de l’extrême gauche, lors de la mobilisation de novembre 1971 contre la « note confidentielle » du ministre de l’Éducation nationale, Olivier Guichard, invitant chefs d’établissement et recteurs à sanctionner les élèves participant à des AG pendant les heures de cours. Un temps attiré par la Gauche Prolétarienne, très présente dans son lycée, Laurent Zappi s’en éloigna à la suite de l’enlèvement d’un cadre de Renault, Roger Nogrette, en représailles à l’assassinat de Pierre Overney.

Il fut recruté par Christophe Aguiton* au cercle rouge du lycée Chaptal et, en septembre 1972, adhéra à la Ligue communiste (LC) avec le pseudonyme de Guindé. Il était principalement motivé par le rejet du monde patronal, de la guerre du Vietnam et des injustices. En mars et avril 1973, il participa dans son lycée au mouvement contre la loi Debré supprimant les sursis militaires pour les étudiants n’ayant pas commencé un cycle d’études supérieures au 1er janvier 1972. Il fut délégué du lycée à des « coordinations » lycéennes parisiennes et nationales et assista à la réunion nationale des Cercles rouges lycéens en février 1973. Il militait dans la cellule de la Ligue communiste (LC puis LCR) « Carnot Chaptal », puis « Carnot Mallarmé ». Il participa au service d’ordre de la LC lors de la manifestation qu’elle organisa le 21 juin 1973, contre le meeting du mouvement d’extrême-droite Ordre nouveau à la Mutualité à Paris, donnant lieu à des affrontements qui entraînèrent la dissolution de la LC et d’Ordre nouveau. Il faillit être interpellé le lendemain, en allant récupérer sa mobylette devant le local de l’organisation au 10, impasse Guéménée (IVe arr.), mais il fut prévenu par le patron du café voisin très fréquenté par les dirigeants de la Ligue.

Il participa au fonctionnement clandestin de la LC, autour de l’hebdomadaire Rouge, pendant les semaines suivant la dissolution, tout en étant obligé de « donner des gages » à ses parents, après son exclusion du lycée en fin de classe de première, en 1973, pour « affrontements violents à la sortie du lycée » avec un groupe sioniste. Ainsi, il passa ses deux mois de vacances scolaires à des compétitions de voile avec son père. Dans la LC, ce moment de « relâchement », en ces temps où la révolution était supposée imminente, lui valut un « blâme ».
En septembre 1973, Laurent Zappi intégra le secrétariat lycéen national de la LC et fut scolarisé dans un établissement privé. Avec une trentaine de dirigeants de l’ancienne LC, il participa à la fondation du Front communiste révolutionnaire (FCR) en avril 1974, à Saint- Gratien (Val d’Oise). Il était délégué de la « tendance 3 » animée notamment par Michel Lequenne et Catherine Samary.

Il échoua au baccalauréat en juillet 1974, car il s’était fortement impliqué dans la campagne présidentielle d’Alain Krivine. En septembre 1974, il intégra la classe terminale du lycée public Mallarmé (Paris, XVIIe arr.) et il réussit son bac en juin 1975. Il y impulsa la mobilisation contre la réforme Haby, néanmoins votée en juillet 1975, et participa à toutes les coordinations parisiennes et nationales. Le 26 avril 1975, à la faculté de Paris VIII-Vincennes, lors du rassemblement final de cette mobilisation, il présenta publiquement la « nouvelle ligne » du secteur lycéen de la LCR. Cette nouvelle orientation consistait en la construction d’un mouvement permanent et non plus limité comme précédemment aux mobilisations ponctuelles ; il s’agissait de construire sur la durée des comités lycéens, et ainsi de rompre avec l’orientation traditionnelle de la LCR privilégiant l’organisation de ses propres sympathisant.es, combinée à l’impulsion de comités de masse ponctuels. C’était un premier pas vers la construction d’un syndicalisme dans la jeunesse scolarisée.
Laurent Zappi partageait avec Robi Morder, Julien Dray, Michel Field et une bonne partie du secteur lycéen parisien de la LCR, une orientation « orjiste », c’est-à-dire qu’ils défendaient le principe de la création par la LCR d’une organisation révolutionnaire de la jeunesse (ORJ) disposant d’une certaine autonomie, ce que refusait alors la direction nationale.

Après la création de la Ligue communiste révolutionnaire en décembre 1974, il y exerça à Paris diverses responsabilités, dont la direction de la section du XVIIe arrondissement.

Laurent Zappi, bachelier en 1975, effectua une année d’études en sciences économiques à l’université Paris 13-Villetaneuse, où il vécut la puissante mobilisation étudiante de 1976 contre la loi Saunier-Séité, mais sans vraiment y prendre part. Il ne militait alors pas dans le secteur étudiant, mais toujours dans le secteur lycéen de la LCR, en tant qu’encadrant de cercles rouges.
Il fréquenta ensuite l’université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), de 1976 à 1980, où il acquit une licence d’histoire, en effectuant divers petits boulots pour financer ses études.

Militant alors à la faculté de Tolbiac (XIIIe arr.), il intégra le secrétariat étudiant national de la LCR en septembre 1976 et y resta jusqu’en juin 1984. Il y côtoya souvent François Sabado. De 1976 à 1979, il fut membre de la direction du service d’ordre de la LCR, dénommée la Commission technique (la « CT ») qui assurait la protection de l’organisation et de ses apparitions. Il participa activement à la création des Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR) et fut membre de son bureau national de 1979 à 1984. Il devint permanent politique du secteur jeunes de la LCR en 1980 puis des Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR) jusqu’en 1984. En tant que représentant des JCR, il participa aux réunions du bureau politique et à celles du comité central de la LCR. Parmi les dirigeants, il fut particulièrement impressionné par la grande culture et les capacités d’élaboration théoriques de Daniel Bensaïd Après son passage par la tendance 3, minoritaire en 1974, il se situa plutôt sur la ligne politique développée par la tendance majoritaire de l’organisation, avec Daniel Bensaïd, François Sabado, Charles Michaloux. Dans une délégation des JCR, il fut invité par les Jeunesses sandinistes au Nicaragua en juillet 1984, pour visiter et soutenir le pays en pleine révolution.

Laurent Zappi contribua au « tournant syndical » du secteur étudiant de la LCR après le mouvement de 1976. Avec de nombreux militants, notamment Julien Dray, Christophe Castaing, Isabelle Arnaud, Laurence Rossignol, Dominique Tallon, Jean de Chambrun, il entra au Mouvement d’action syndicale (MAS), à sa création en 1976 par des étudiants très proches et soutenus par la CFDT. Au congrès du MAS de 1977 à Grenoble (Isère), une majorité de militants de la LCR en prit la direction, si bien que la CFDT cessa de le soutenir. Laurent Zappi, élu au bureau national, fut l’un des principaux artisans de l’évolution du MAS vers la fusion avec l’UNEF-US, notamment lors du congrès de fondation de l’UNEF-ID à Nanterre en mai 1980. À ce congrès, il fit lecture de la déclaration de fondation de la tendance « Luttes étudiantes action syndicale » (LEAS), entra au bureau national et y resta jusqu’en 1982. Avec Julien Dray, avant que celui-ci ne rejoigne le PS en 1982, il fut responsable de la « LEAS », tendance proche de la LCR, en opposition à la majorité « lambertiste », dirigée par Jean-Christophe Cambadélis puis Marc Rozenblat, et à la minorité socialiste proche de la MNEF.

À l’UNEF-ID, il anima notamment la mobilisation pour la défense des étudiants et des étudiantes étrangers et étrangères. Il siégea au conseil d’administration de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF) de 1979 à 1982, au titre du MAS puis de l’UNEF-ID.

Laurent Zappi commença à enseigner comme instituteur dans le Val d’Oise en 1984, à la faveur d’un recrutement exceptionnel d’instituteurs dans ce département, puis devint professeur des écoles en 2008. Il adhéra au SNI-PEGC (FEN) en novembre 1984. En janvier 1985, au titre de la tendance École émancipée (Éé), il fut élu au conseil syndical de la section départementale du Val d’Oise dirigée par la tendance Unité et Action, et fut de ceux qui impulsèrent la mobilisation dans le département en 1986-1987, contre le projet du ministre Monory de « maîtres directeurs », en organisant la réunion régulière d’assemblées générales, ce qui était nouveau dans ce milieu professionnel, et contribua à la mise en place de coordinations. En 1989, il en alla de même, au moment de l’élaboration de la loi d’orientation Jospin : les mobilisations dans les écoles portèrent non seulement sur les objectifs de la loi, mais surtout sur la conception du nouveau corps des professeurs des écoles et les conditions de son accès par les instituteurs. Cette année-là, Laurent Zappi devint membre du bureau de la section départementale du SNI-PEGC et co-responsable de son bulletin, travaillant avec Marcel Deboeuf, secrétaire de la section, successeur de Yolande Magois.

Refusant la création en 1992 du Syndicat des enseignants par la direction du SNI-PEGC, comme un très grand nombre de syndiqués et de militant-es UA et de l’Éé, il décida de participer à la création du SNUipp et de la FSU et fut délégué de son département au congrès de fondation de la nouvelle fédération à Mâcon (Saône-et-Loire) en 1994. Il intégra l’équipe nationale de direction du SNUipp en juin 1994, au titre de l’Éé, avec une décharge syndicale de trois-quarts temps, en assumant notamment la responsabilité de la lettre d’informations internes. Ce choix de participer à l’exécutif d’un des deux plus importants syndicats nationaux de la FSU en construction, contribua beaucoup à l’acceptation par la tendance Éé de le faire également dans d’autres syndicats et au niveau fédéral, en dépit du refus d’une minorité qui constitua la nouvelle tendance « Émancipation » en 2002-2003.
Laurent Zappi devint ainsi en 1996 membre du secrétariat national du SNUipp-FSU, puis secrétaire général adjoint de 1998 à 2004, aux côtés des secrétaire généraux et adjoints successifs : Daniel Le Bret*, Nicole Geneix*, Laurent Quintard*, Bernadette Groison*. À ce titre, il siégea au Conseil supérieur de l’Éducation, de 2000 à 2004.
Durant cette période, il s’investit dans les mobilisations des grands mouvement sociaux : à celle de novembre-décembre 1995 sur les retraites, en particulier dans les assemblées générales locales d’enseignant-es, puis à celle du printemps 2003, où il prit une part importante dans l’engagement national du SNUipp pour la reconduction de la grève au quotidien.

À la même époque, à la LCR, il participa à la commission de « suivi du PS » de 1984 à 1994 avec notamment Jacques Kergoat. Il s’agissait de maintenir le contact et la discussion avec des militants du PS. En 1988, lors de la campagne présidentielle de Pierre Juquin, ancien membre du comité central et du bureau politique du PCF, exclu en 1987, personnalité du mouvement des Rénovateurs communistes, candidat soutenu par différentes organisations dont principalement la LCR, il s’occupa, avec d’autres, de la centralisation des parrainages d’élus. Il fut membre du secrétariat national enseignant de la LCR de 1985 à 1996, où il côtoya tout particulièrement Laurent Batsch*. Il quitta ses responsabilités nationales en 1996, tout en continuant à intervenir au sein de la commission s’occupant du suivi des syndicats.

Laurent Zappi participa à tous les congrès nationaux de la FSU depuis le premier de 1994, au cours desquels il fut co-rapporteur sur les thèmes consacrés à « L’avenir du syndicalisme » et à la vie interne de la fédération. Au cours de ses années de responsabilités à la FSU, il côtoya beaucoup Danielle Czalczynsky* et François Castaing* représentant l’Éé. Il siégea au bureau délibératif fédéral national (BDFN) de la FSU à partir de 1998 avec notamment Michel Deschamps*, Monique Vuaillat, François Castaing, Pierre Duharcourt*, Gérard Aschieri*, Jean-Michel Drevon.

À partir de 2004, il devint co-responsable des questions d’organisation puis membre du secrétariat national de la FSU, de 2010 à 2016 (avec Bernadette Groison, Isabelle Sargeni*, Frédérique Rolet* et d’autres). Durant toute cette période, il anima aussi, avec Véronique Ponvert*, la tendance École émancipée (20 % des votes dans la FSU) et devint responsable de sa revue bimestielle.

Au titre de la délégation FSU, il participa, avec notamment Sophie Zafari* aux Forums sociaux européens de Florence en 2002, Paris-Saint-Denis en 2003, Londres en 2004, Athènes en 2006 et au Forum social mondial de Porto Alegre en 2003.
À partir de 2006, il fit partie régulièrement des délégations de la FSU dans les réunions intersyndicales nationales (CGT, CFDT, FO, Solidaires, FSU), rencontrant ainsi les dirigeants de ces syndicats pour discuter des initiatives unitaires. Ses mandats syndicaux à la direction nationale s’achevèrent en 2016. Il s’occupa ensuite de formation syndicale au sein du Centre de formation de la FSU.

Laurent Zappi adhéra au NPA à sa création en février 2009 et fut webmestre de son site national. Il le quitta en juin 2012 avec la Gauche anticapitaliste (GA). Il adhéra à Ensemble ! à partir de 2014 et fut aussi webmestre de son site. Il rejoignit la France insoumise en 2017, et participa à la création d’Ensemble-insoumis.

En 1991, avec Catherine Coroyer, institutrice, il eut un fils, Lucas, devenu cardiologue. Catherine Martin, professeure des écoles et déléguée du personnel SNUipp-FSU dans le Val d’Oise, est devenue ensuite sa compagne : ils ont une fille, Thelma, née en 2011.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article239723, notice ZAPPI Laurent, Henri, Albert dit Guindé par Bernard Thièry, version mise en ligne le 17 avril 2021, dernière modification le 18 avril 2021.

Par Bernard Thièry

Bernadette Groison et Laurent Zappi

ŒUVRE : Nombreux articles dans la revue L’École Émancipée.

SOURCES : Arch. SNUipp, et FSU. — Presse syndicale : Fenêtre sur cours, POUR, L’École émancipée. — Renseignements et documents fournis par Laurent Zappi. — Robi Morder, « Un quart de siècle de mouvements étudiants : permanences et mutations », Agora débats/jeunesse, n° 86, 2020/3. — Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire 1968-1981. Instrument du Grand soir ou lieu d’apprentissage  ?, Rennes, PUR, 2005. — Hélène Adam et François Coustal, C’était la Ligue, Syllepse et Arcane 17, 2018. — François Coustal, L’incroyable histoire du Nouveau parti anticapitaliste, Demopolis, 2009. — Jean Mourot, La plume au poing (1967-2003) : une contribution à l’histoire de l’École émancipée, TheBookEdi-tion, Atelier du Scorpion brun, 2014. — La naissance de la FSU, Syllepse et Nouveaux Regards, 2008. — Alain Dalançon, Josiane Dragoni et Jean-Michel Drevon (coord), Histoire de la FSU T.2, Dans la cour des grands, Syllepse, 2019. — Notes d’Alain Dalançon.

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