LALLIER Michel

Par François Daniellou, Marie Ghis Malfilatre

Né le 18 juin 1952 à Paris (XIIIe arr.) technicien EDF en radiochimie ; membre du PCF (1971-1998) ; syndicaliste CGT, secrétaire du CHSCT de la centrale nucléaire de Chinon (1985-2007), lanceur d’alerte sur la sous-traitance dans le nucléaire, représentant de la CGT au Haut comité pour la transparence de la sécurité nucléaire (2008-2021).

Michel Lallier en 2007, photographie de G. Monico, Mutualité française. Cliché transmis par F. Daniellou.

Fils d’André Lallier, ancien réfractaire au STO et résistant FFI à Paris, ouvrier chez Renault à Paris et syndicaliste de la métallurgie parisienne CGT, et de Jacqueline Eisemann, femme de ménage, Michel Lallier était le dernier né d’une famille de trois enfants. Il était également le neveu de Daniel Lallier. Études secondaires au Lycée Raspail à Paris. Il entra à l’école des métiers EDF de Gurcy-le-Châtel (Seine-et-Marne), où il obtint un diplôme d’agent de maîtrise technique.

Pour son premier emploi, Michel Lallier fut affecté en 1971 comme technicien d’exploitation à la centrale thermique de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), où il s’engagea à la CGT et au PCF, et fut rapidement élu secrétaire de la cellule qui portait le nom de Victor Recourat où militait François Duteil, et où Marcel Paul, demeurant à L’Île-Saint-Denis face à la centrale, participait de temps à autres aux réunions. En 1976, il fut muté sur le site nucléaire de Chinon, où s’achevait la vie des réacteurs graphite-gaz. Il fut affecté à l’atelier des matériaux irradiés (AMI), et participa à l’élaboration de méthodes de décontamination radioactive pour les futurs réacteurs à eau pressurisée (REP). En 1979, après une formation en physique et chimie nucléaires, il fut affecté au laboratoire de la toute nouvelle centrale REP, alors en début de construction. Le syndicat le chargea d’être l’interlocuteur de la direction pour les recrutements.

En 1985, les sections syndicales des installations nucléaires, jusque-là rattachées à des syndicats du secteur thermique, obtinrent la possibilité de devenir des syndicats indépendants. Michel Lallier fut élu secrétaire général du syndicat CGT du site de Chinon et secrétaire du comité de coordination des CHSCT, et il devint permanent en 1986. À partir de là, il collabora de façon privilégiée avec la militante CGT Frédérique Guillon*, secrétaire du CHSCT de la Sous-unité technique (SUT, maintenance), et Dominique Huez*, médecin du travail, ainsi qu’avec de nombreux chercheurs en santé au travail tels qu’Annie Thébaud-Mony*, Guy Jobert, Jacques Duraffourg, Philippe Davezies, Ghislaine Doniol-Shaw*, sur les questions de sous-traitance et de santé au travail. Le recours à des entreprises sous-traitantes pour réaliser les opérations de maintenance, en particulier à l’occasion des arrêts de tranche, connut au cours des années 1980 un essor important et devint motif d’inquiétude. L’accident de Tchernobyl en 1986 démontra des liens forts entre conditions de travail et sûreté nucléaire. De plus, entre 1988 et 1993, plusieurs enquêtes lancées depuis Chinon révélèrent le niveau d’exposition aux rayonnements ionisants beaucoup plus élevé des salariés sous-traitants par rapport aux salariés d’EDF. En 1990, les élus de la SUT et le médecin du travail obtinrent une intervention sur le site de l’équipe de Christophe Dejours, chercheur en psychodynamique du travail au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). L’étude mit en évidence de graves problèmes de souffrance psychique au travail chez les agents statutaires, et fut brutalement rejetée par la direction d’EDF. Plusieurs suicides d’agents EDF et de sous-traitants eurent lieu en 1994 et 1995.

Le congrès du syndicat du site en 1992 révéla des tensions fortes entre Michel Lallier, qui s’était engagé dans la défense des conditions de travail des sous-traitants, et des militants qui considéraient que la priorité devait rester la défense du statut et des salariés EDF. En 1995, il publia La sous-traitance, le cas du nucléaire, où il proposait notamment la création d’une convention collective unique pour tous les sous-traitants du nucléaire, mais qui ne fit pas l’objet d’un soutien de la Fédération nationale de l’Énergie (FNE). Il contribua à la création sur le site du journal Le Lien, où purent s’exprimer des sous-traitants, et à la création de syndicats dans les entreprises sous-traitantes. Au regard de ces expériences syndicales, la FNE prit en charge la publication du Lien au plan national, mais cette diffusion sur tous les sites nucléaires ne dura que deux numéros, et se poursuivit à l’échelle locale. Michel Lallier quitta le PCF en 1998, après avoir été membre du comité fédéral de la fédération d’Indre-et-Loire de 1982 à 1992.

Le 18 juin 1997, Michel Lallier participa à l’émission La Marche du siècle diffusée sur France 3, qui constitua la première mise en discussion publique des conditions de travail dans la sous-traitance nucléaire et donna lieu avant, pendant et après à des réactions véhémentes d’EDF. Quelques années plus tard, il fut, avec Olivier Frachon, la cheville ouvrière du colloque Le nucléaire et l’homme, organisé les 9 et 10 octobre 2002 par l’ensemble des organisations syndicales du comité central d’entreprise d’EDF, et qui rassembla plus de 300 participants, syndicalistes d’EDF et sous-traitants, membres de la direction et de l’encadrement d’EDF, et de nombreux chercheurs dans le champ du travail et de la santé. Le débat, introduit par des films de René Baratta tournés sur quatre sites, permit pour la première fois une discussion au sein de l’entreprise de multiples questions relatives à l’organisation du travail des agents EDF et des salariés sous-traitants, et des échanges argumentés entre les différents acteurs.

Cette manifestation conduisit la CGT à identifier Michel Lallier comme un expert syndical incontournable sur les questions du nucléaire. Il fut chargé en 2002 de représenter la confédération au Conseil supérieur de la sûreté et de l’information nucléaire (CSSIN) et participa aux travaux préparatoires à la loi sur la transparence et la sûreté du nucléaire, promulguée le 13 juin 2006. À partir de 2008, il devint le représentant de la CGT au Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) – qui succéda au CSSIN –, où il fut rapporteur sur les questions de transparence et secrets dans le domaine nucléaire. En 2013, il participa à l’ouvrage de la Fédération nationale Mines-Énergie (FNME) Les salariés, acteurs d’un nucléaire sûr et transparent, qui exposait la position de la fédération quant aux évaluations complémentaires de sûreté qui suivirent l’accident de Fukushima et qui mettait l’accent sur l’importance des facteurs sociaux, organisationnels et humains – dénomination reprise à son compte par l’ASN. En 2014, il participa à la rédaction d’un « projet d’accord collectif pour les salariés du nucléaire intervenant sur ou pour les installations nucléaires », aboutissement de sa proposition de 1995.

Outre ses activités spécifiquement liées au nucléaire, de 1988 à 2007, Michel Lallier fut, au bureau de l’Union départementale CGT d’Indre-et-Loire, chargé des questions de santé au travail et de formation des membres des CHSCT. Il fut membre du Conseil économique et social de la région Centre de 1995 à 2004, président de l’ARACT Centre (action régionale de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) de 2002 à 2004, et de son comité d’orientation de 2004 à 2006.

Il prit sa retraite d’EDF en 2007, en conservant le mandat au HCTISN, celui d’expert syndical à la commission des risques pour la santé au travail du Conseil national d’orientation des conditions de travail (1997-2020) – où il réclama notamment l’abaissement de la limite réglementaire d’exposition aux rayonnements ionisants pour les travailleurs, après la publication d’une étude du Centre International de recherche sur le cancer démontrant un excès de cancers chez les travailleurs du nucléaire exposés à de faibles doses. Il fut nommé de 2011 à 2017 membre du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques. En 2011, avec la FNME, le syndicat britannique GMB, l’EPSU (fédération des syndicats des services publics de la Confédération européenne des syndicats) et Gazelco (syndicat belge des gaziers et électriciens), il organisa les 22 et 23 juin 2011 un colloque syndical européen sur la sûreté nucléaire, sous l’égide de la Commission européenne, auquel participèrent 22 organisations syndicales de 15 pays dont la Russie. À partir de 2015, il représenta la CGT au conseil d’administration de l’Institut pour une culture de sécurité industrielle. En 2015, il participa à la rédaction du Livre blanc sur la surveillance radiologique des travailleurs, publié par l’ASN, l’IRSN et le ministère du Travail. Il continua à assurer la formation des membres des CHSCT du CEA, d’Areva-Orano, d’EDf et des hospitaliers au sein du cabinet d’experts Emergences jusqu’en 2020.

Michel Lallier s’engagea de 2008 à 2012 dans le comité de rédaction de la revue Santé et travail. En 2008, il cofonda, avec Frédérique Guillon et Dominique Huez, l’Association d’aide aux victimes et aux organisations confrontées aux suicides et aux dépressions professionnels (ASD-pro). L’association se porta notamment partie civile dans le procès des ex-dirigeants de France-Telecom.

Michel Lallier se maria en 1974 avec Danielle Beaudoux, infirmière. Ils eurent deux enfants : Aurélie, née en 1974, professeure de Français langue étrangère et Thomas, né en 1978, développeur Web.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article239733, notice LALLIER Michel par François Daniellou, Marie Ghis Malfilatre , version mise en ligne le 2 avril 2021, dernière modification le 3 avril 2021.

Par François Daniellou, Marie Ghis Malfilatre

Michel Lallier en 2007, photographie de G. Monico, Mutualité française. Cliché transmis par F. Daniellou.

ŒUVRE : La sous-traitance, le cas du nucléaire, 1995, édition Syndicat CGT du CNPE. — Sous-traitance et industries à risques, 1997, Rencontre APST-APRIT, Université d’Aix en Provence. — Souffrance, subjectivité et action syndicale, 1997, pp. 213-220, Colloque international de psychopathologie et psychodynamique du travail, CNAM Paris. — Sous-Traitance, éclatement des collectifs de travail et stratégies syndicales dans les centrales nucléaires, 1997, pp. 425-434, programme de recherche IRESCO, CNRS, INSERM , Paris — La qualité, chiche ! Septembre 1998, Syndicats CGT et CGT-GNC du CNPE Chinon. — Approches pluridisciplinaires de prévention en santé-travail, 2001, Rencontre APST-APRIT Université d’Aix en Provence. — Avec René Baratta (réalisateur), film Le nucléaire et l’homme, 2003, Comité central d’entreprise EdF, en ligne — Avec Jean Barra, « Le nucléaire en Europe ne relève pas simplement d’enjeux économiques et techniques », 2010, Revue Contrôle n° 189. — Transparence et secrets dans le domaine nucléaire, rapport et recommandations, 2011, HCTISN. — co-auteur de Les salariés, acteurs d’un nucléaire sûr et transparent, analyse et propositions de la CGT, 2013, FNME-CGT. — Accord collectif interentreprises pour les salariés du nucléaire intervenant sur ou pour les installations nucléaires de base en France : projet CGT, FNME-CGT Rivet presse édition, 2014. — Statut des données dosimétriques, rapport de l’atelier 4, pp. 163-185, in Surveillance radiologique des expositions des travailleurs, Livre blanc, ASN, DGT, IRSN, 2015. — Recommandations du Haut comité relatives à l’articulation entre transparence et secrets en matière nucléaire, avis n°15, HCTISN, 2021.

SOURCES : Union départementale CGT du Cher, Le travail de la CGT sur l’énergie au Comité économique, social et environnemental régional, 2011. — Les entretiens européens, Nuclear revival, nuclear safety : challenges for the European Union, 2008, INIS. — Le dialogue social au service de la sécurité nucléaire : FNME, GMB, EPSU, GAZELCO, UPF-UIL, in European commission accounting, S12, 577075. Juin 2011. — E. Cardis et coll. Risk of cancer after low doses of ionising radiation : retrospective cohort study in 15 countries, 2005. BMJ (Clinical research ed.)331(7508), 77. — Marie Ghis Malfilatre, Santé sous-traitée, ethnographier les mobilisations contre les risques du travail dans l’industrie nucléaire en France (1968-2018), Thèse de doctorat de sociologie, 2018, Université Paris Sciences et Lettres.

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