FRANÇOIS Raoul, Pierre, Henri

Par Henri Manceau, Laurent Thiery

Né le 2 février 1899 à Nice (Alpes-Maritimes), fusillé par condamnation le 5 avril 1944 à Arras (Pas-de-Calais) ; professeur ; militant syndicaliste de la FGE-CGT ; résistant dans l’Organisation civile et militaire (OCM).

Raoul François était le fils naturel d’Elisabeth Françoise, domestique ; il fut reconnu par son père Eugène François, dépositaire de journaux, et sa mère, lors de leur mariage le 8 août 1902 à Nice. Devenu orphelin de père et de mère à l’âge de sept ans, l’Assistance publique le prit en charge et le confia à des familles successives de fermiers, dans l’Yonne, et finalement à un cultivateur d’Aubigny (commune de Taingy, Yonne) dont l’épouse, fort instruite, encouragea le jeune pupille à lire et à étudier. Après le certificat d’études primaires, l’Assistance publique orienta le jeune homme vers l’EPS de Toucy (Yonne), puis vers celle de Saint-Sauveur-en-Puisaye (le Saint-Sauveur de Colette, qu’il a bien connue).

Élève-maître à l’École normale d’instituteurs d’Auxerre en 1915, Raoul François fut mobilisé en avril 1918, à peine âgé de dix-neuf ans. Démobilisé en 1921, il exerça comme instituteur et, en 1923, il fut reçu au concours d’entrée à l’ENS de Saint-Cloud, section Physique-Chimie-Sciences naturelles. À sa sortie, il fut nommé professeur-économe à l’École normale de Laon. Ce poste ayant été supprimé en 1927, il fut muté à l’école primaire supérieure de Mézières (Ardennes).

Raoul François épousa Cécile Pheuplin, directrice d’École normale, le 21 septembre 1926 à Paris (XVIIe arr.).

Ce fut à Mézières qu’entre 1927 et 1939, Raoul François déploya, outre ses initiatives professionnelles et parascolaires (direction d’une chorale), une grande activité syndicale dans le cadre de la Fédération des fonctionnaires puis de la section ardennaise de la Fédération générale l’enseignement CGT.

Avant 1936, des projets ministériels menaçaient les écoles normales. Raoul François, qui connaissait bien ces établissements, d’autant que son épouse était directrice de l’École normale d’institutrices de Charleville, lutta dans maintes réunions pour que soit admis un contre-projet sur une culture professionnelle plus poussée dans les écoles normales qu’il fallait maintenir. En 1934, il participa aux instances départementales de la CGT, où il soutint les instituteurs n’ayant pas fait grève le 12 février (après critique de Delcourt).

Son ardeur en faveur d’un syndicalisme chargé de détruire ou d’atténuer l’égoïsme des intérêts, de rationaliser l’économie (il voulait que le syndicalisme fût apolitique) le fit porter au secrétariat de la Fédération ardennaise de l’enseignement. Après la réunification syndicale de 1936, l’Union départementale CGT des Ardennes lui confia la direction de son organe, Les Ardennes syndicales. Il écrivit beaucoup et prit souvent la parole dans maints meetings ouvriers – toujours très théoriquement – à l’époque du Front populaire.

Il intervint au congrès national du Syndicat national des EPS de 1938 comme délégué départemental des Ardennes, pour défendre la création d’un cadre unique. Il fut également rapporteur de la motion sur la guerre et la paix dans laquelle le congrès affirmait « son idéal pacifiste et son attachement inébranlable à la liberté et à la paix ».

Par ailleurs, il militait dans la Fédération des officiers de réserve républicains. Mobilisé en août 1939, Raoul François commanda une compagnie d’engins d’accompagnement au 291e régiment d’infanterie sur le plateau de Rocroi, ensuite en Lorraine. Épris d’ordre, dur avec lui-même et avec les autres, patriote, il combattit, même témérairement, avec son unité, dans les actions retardataires de juin 1940.

Fait prisonnier, envoyé à l’oflag XVII A en Moravie, il s’y instruisit encore, défendit aussi son idéal laïque, républicain, patriotique, contre les officiers passés à la collaboration et qui allèrent jusqu’à le dénoncer aux autorités allemandes. M. Franck, futur inspecteur d’académie, en captivité dans le même camp que François, devait écrire que ce dernier fut le seul du camp à se mêler aux officiers juifs. Raoul François connut ensuite la forteresse de Goerlitz. Rentré en France en 1941, il fut nommé professeur au collège moderne d’Arras.

Plus que jamais, il souffrait de la défaite et de l’asservissement du pays. Le séjour à Goerlitz l’avait confirmé dans sa volonté de résistance. D’avoir vécu avec « les durs » de la forteresse, il savait que d’autres avaient la même volonté que lui. À Arras, il poursuivit d’abord, chaque jour, une propagande anti-allemande. Il fut tenté de rejoindre le général de Gaulle à Londres. Mais quand l’OCM s’étendit en province au cours de l’été 1942, il devint le responsable de cette organisation pour le Pas-de-Calais. Il prospecta le département, mit toute l’organisation sur pied, chercha des armes. En mars 1943, il fut affecté, en qualité de lieutenant-colonel, au 2e bureau du centre régional de l’OCM.

Le 12 octobre 1943, il fut arrêté sur son lieu de travail par la GFP d’Arras, la police militaire allemande, et écroué à la prison Saint-Nicaise de la ville. Le 28 décembre 1943, il était transféré à la prison de Loos-lès-Lille. Entre-temps, l’affaire OCM du Nord-Pas-de-Calais avait été reprise par un appareil de répression secret envoyé dans le Nord de la France à la fin de 1943. Composé d’un service de contre-espionnage de l’Abwehr, d’une police militaire propre et surtout d’un tribunal spécial, celui-ci avait pour unique mission la protection des sites d’armes secrètes de Hitler, les V1 et V2, en France. En conséquence, Raoul François allait être confronté avec les autres résistants arrêtés et notamment Roland Farjon à l’hôtel du Commerce d’Arras, le siège de « l’ange gardien des V1 ». D’après le témoignage d’André Velut, c’est vraisemblablement le 5 avril 1944 que Raoul François et onze autres grandes figures de la résistance nationale comme Alfred Touny et Jean Cavaillès ont été condamnés à mort par le tribunal du 65e corps d’armée allemand qui siégeait alors à la caserne Schramm d’Arras. Le jour même, les douze hommes furent fusillés dans le plus grand secret dans les fossés de la citadelle d’Arras. Leurs corps ont ensuite été inhumés dans une fosse soigneusement dissimulée, à l’écart des autres. On ignore la date précise de sa mort.

On retrouva son corps le 19 octobre 1944, à la suite de sondages, dans les fossés de la citadelle d’Arras. Son corps, en 1946, fut choisi pour reposer dans la crypte de la Sorbonne, sur proposition de la Fédération de l’Éducation nationale. Il fut homologué interné résistant, membre des FFC et FFI.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23987, notice FRANÇOIS Raoul, Pierre, Henri par Henri Manceau, Laurent Thiery, version mise en ligne le 27 décembre 2008, dernière modification le 18 mai 2021.

Par Henri Manceau, Laurent Thiery

SOURCES : Arc. Dép. Alpes-Maritimes, état civil. — Amicale de Saint-Cloud, Notes de guerre mai 1944-mai 1945. — Biographie de Raoul François écrite pour le Deuxième Livre d’or de Saint-Cloud par René Camo, inspecteur d’académie des Ardennes, compagnon de Raoul François à Saint-Cloud. — Notes complémentaires adressées à Henri Manceau par Cécile François en 1974. — Textes des allocutions prononcées lors des cérémonies commémoratives, dont celle du délégué de l’OCM (1944). — Arch. IRHSES, Bulletins du SNEPS et du SNCM. — Fonds « André Velut » (La Coupole). — SHD, Vincennes, GR P 6/233456, et GR 28 P 11 42 ; SHD, Caen, AC 21 P/608692. — Laurent Thiery, La répression allemande dans le Nord de la France (1940-1944), Lille, Presses du Septentrion, 2013, p. 239-256. — Notes d’Alain Dalançon.

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