FRAUD Joseph, Marie, Victor, Emmanuel. Pseudonymes dans la clandestinité : DUHART, VICTOR

Par Guy Haudebourg

Né le 21 février 1921 à Saint-Vincent-des-Landes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), mort le 25 février 1969 à Gonesse (Val-d’Oise) ; instituteur ; militant communiste et militant pédagogique de Loire-Inférieure ; résistant, déporté à Buchenwald.

Joseph Fraud était le premier enfant de Joseph Fraud, couvreur-zingueur devenu employé des chemins de fer (compagnie de l’État) et d’Irma Pétard, couturière travaillant comme employée de maison qui arrêta toute activité dès son mariage. Sa première sœur, Gisèle, née en 1923, devint employée d’assurances et la seconde, Juliette, née en 1926, fut institutrice. Bien que ses parents fussent des catholiques convaincus et pratiquants, Joseph Fraud fut envoyé à l’école publique au gré des déplacements de son père : d’abord à Domfront (Orne) en 1927-1929, puis au Mans (Sarthe) en 1930-31, enfin à Blain (Loire-Inférieure) en 1932 lorsque son père fut nommé chef de gare à Treillières (Loire-Inférieure). Il fut reçu premier au certificat d’études primaires dans son canton et réussit le concours des bourses nationales. Il suivit alors le cours complémentaire de Blain où il devint pensionnaire. Après le brevet élémentaire, il fut reçu quatrième au concours d’entrée à l’École normale de Savenay en 1938.

Au moment de la débâcle de l’armée française de juin 1940, craignant d’être embrigadé par les Allemands, Joseph Fraud et sa sœur fuirent à bicyclette dans le Limousin d’où ils revinrent par le train après l’armistice du 22 juin 1940. En octobre 1941, il occupa son premier poste d’instituteur à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Inférieure), petite commune située au nord-ouest de Nantes. L’année suivante, il fut nommé à La Montagne, au sud-ouest de Nantes mais, en avril 1943, afin d’échapper au Service du travail obligatoire (STO), il devint manutentionnaire à la SNCF où il commit quelques sabotages individuels. Membre de la défense passive, il fut très actif dans l’aide aux blessés lors des bombardements de Nantes en septembre 1943 (ce qui lui valut une médaille en 1949).

En octobre 1943, Joseph Fraud fit la connaissance de Libertaire Rutigliano* – responsable départemental du Front national et organisateur du Comité départemental de Libération nouvellement créé – et participa alors activement à l’action résistante (fabrication et diffusion de journaux, recrutement, sabotages). Devenu clandestin sous le nom de Duhart, il s’impliqua toujours plus dans l’action résistante, devenant, sous le pseudonyme de Victor, membre des FTP (Francs-tireurs et partisans) en février 1944, les réorganisant en Loire-Inférieure et remplaçant Rutigliano* appelé à des tâches plus importantes. Cependant, sentant que sa situation n’était plus sûre, Joseph Fraud partit pour la Vienne. Fin mars-début avril 1944, tous les responsables du Front national de Loire-Inférieure furent arrêtés. Gisèle, sa sœur qui lui servait d’agent de liaison, le fut le 3 avril ; torturée à la prison La Fayette de Nantes où elle retrouva Marcelle Baron, elle fut ensuite envoyée au fort de Romainville (27 avril 1944) puis déportée à Ravensbrück (Allemagne) en mai d’où elle ne revint que le 26 mai 1945 (elle reçut la Légion d’honneur pour son action résistante en 1997).

Joseph Fraud échappa à une première arrestation le 8 avril. Fin avril, il fut nommé capitaine FTP et commissaire aux effectifs pour les départements de Vienne, Vendée, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres et Loire-Inférieure (9e interrégion). Après le 6 juin 1944, il organisa l’évasion collective des résistants emprisonnés à Rouillé (Vienne) et fut à l’origine de l’action de harcèlement systématique des troupes allemandes. Il continua les liaisons avec les responsables départementaux de son secteur, mais l’arrestation de celui du Maine-et-Loire entraîna la sienne le 21 juin 1944. Après plusieurs interrogatoires musclés, il fut envoyé à Compiègne (Oise), puis déporté à Buchenwald (Allemagne) où il arriva le 21 août 1944. De là, il fut envoyé au camp de travail des usines AGW de Witten-Annen (Ruhr), évacué par les Allemands en mars 1945, puis libéré par les Américains le 1er avril. Le 25 avril 1945, il était de retour à Treillières.

En septembre 1945, Joseph Fraud épousa Lydie Caradec, monitrice d’éducation physique devenue institutrice qu’il avait connue à Notre-Dame-des-Landes en 1942. Tous deux enseignèrent à Port-Saint-Père (Loire-Inférieure) avant de rejoindre, en octobre 1946, l’établissement de La Turmelière que venait d’ouvrir la Fédération des amicales laïques à Liré (Maine-et-Loire) pour les enfants victimes de la guerre puis pour les « cas sociaux ». Le directeur de l’établissement, M. Pigeon, adepte convaincu de la méthode Freinet, influença fortement ses collègues qui étaient aussi influencés par le pédagogue soviétique Makarenko et œuvraient à l’application du plan Langevin-Wallon. Ils restèrent toute leur vie militants pour la rénovation du système éducatif. Joseph Fraud enseigna ensuite au château d’Aux (commune de La Montagne, en Loire-Inférieure) alors que sa femme était nommée à Saint-Jean-de-Boiseau (Loire-Inférieure) où ils occupèrent le logement de fonction.

Ayant adhéré au Parti communiste français à son retour de captivité, Joseph Fraud fut un militant très actif, principalement lorsqu’il fut nommé à La Montagne. Les rapports de police de l’époque notaient que son arrivée dans cette commune avait entraîné une forte hausse du nombre d’adhérents (100 en 1953 pour Saint-Jean-de-Boiseau et La Montagne) et qu’il était un propagandiste acharné du PCF dans cette région, vendant sa presse et créant France-URSS à La Montagne en 1952.

Joseph Fraud fut candidat au conseil général de Loire-Inférieure en 1958 et 1964, dans le canton du Pellerin, récoltant 11 % des voix les deux fois. Il fut aussi candidat aux élections législatives dans la 8e circonscription de Loire-Inférieure en 1958 (4,3 % des voix) et en 1962 (7,3 %).

En 1967, avec sa femme et ses deux enfants, il quitta le département pour prendre la direction de la Maison d’enfants « La Villette aux Aulnes » à Mitry-Mory (Seine-et-Marne). Il fut tué dans un accident d’automobile, non loin de là, le 25 février 1969.

Joseph Fraud fut aussi membre de la FAL (Fédération des amicales laïques) de Loire-Inférieure, animant un groupe théâtral à Saint-Jean-de-Boiseau. Militant des CEMEA jusqu’à son départ pour la région parisienne, il dirigea chaque année des centres de vacances de la municipalité de Trélazé (Maine-et-Loire), puis du comité central d’entreprise de la SNECMA en Andorre. Il était aussi militant syndical du Syndicat national des instituteurs (tendance Unité et Action). Militant pour la paix, il fut adhérent du Mouvement de la paix. Il était aussi adhérent de la Fédération nationale des déportés, internés et résistants patriotes (FNDIRP) et de l’Amicale de Buchenwald. Il fut décoré de la médaille de la Résistance le 10 janvier 1947.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23989, notice FRAUD Joseph, Marie, Victor, Emmanuel. Pseudonymes dans la clandestinité : DUHART, VICTOR par Guy Haudebourg, version mise en ligne le 27 décembre 2008, dernière modification le 2 juillet 2009.

Par Guy Haudebourg

SOURCES : Arch. Dép Loire-Atlantique, 213W112, 244W101, 270W485. — La Résistance de l’Ouest, 12-13 mai 1945, 24 novembre 1958. — Ouest-France, 22 avril 1958, 9 mars 1964. — Presse-Océan, 19 novembre 1962. — Juliette Hervé-Fraud, Jo, notre frère, instituteur, résistant, Nantes, Éditions du Petit Véhicule, 1994. — Renseignements fournis par Jean-Louis, Gisèle et Lydie Fraud.

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