VERDAGUER Gaudérique, Joseph, Jean [“Galdric” en catalan]

Par Jérôme Quaretti

Né le 15 septembre 1842 à Bouleternère (Pyrénées-Orientales) ; mort fusillé le 22 février 1872 au camp de Satory à Versailles (Seine-et-Oise / Yvelines) ; soldat puis cheminot (PLM) à Toulon (Var) ; sergent au 88e régiment d’Infanterie de ligne (1870-1871) ; commandant du 91e bataillon de la Garde nationale pendant la Commune de Paris.

Gaudérique [Galdric] Verdaguer (1842-1872), photographié par Appert (1871 ou 1872)

Fils de Louis Verdaguer, tisserand âgé de vingt-neuf ans et de Marie-Thérèse Bernis âgée de vingt-et-un ans, Gaudérique, Joseph, Jean Verdaguer Bernis avait quatre sœurs. Sur son acte de naissance, l’officier d’état-civil mentionne selon la tradition catalane les deux patronymes de ses parents en plus de ses trois prénoms. Certains biographes ont mentionné d’autres prénoms secondaires : Ernest ou Frédéric. Ont-ils été relevés dans le dossier de son procès militaire ? Etaient-ils des prénoms d’usage ? En outre, l’utilisation écrite de la version catalane de son préom ("Galdric") est récente et remonte aux années 1990, celles de sa "redéouverte". Mais, à coup sûr, c’est celle que l’on utilisait dans sa famille et son village durant son enfance.

Les revenus de ses parents étant assez modestes, Gaudérique Verdaguer décida en 1859 de devancer l’appel et de s’engager dans l’armée. Il participa alors en Algérie aux « luttes de pacification » contre les rebelles des oasis du sud. Il ne réintègra la vie civile qu’en 1866 et s’installa alors à Toulon (Var) où il travailla à la gare comme homme d’équipe de la Compagnie de chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée. Fervent catholique, il devint sacristain d’une église de la ville. Le 29 avril 1869, il épousa Louise, Joséphine Bazin qui lui donna un fils, Edmond, qui naquit le 15 avril 1870.

Survint la déclaration de guerre à la Prusse, le 19 juillet 1870. Il s’engagea alors dans les francs-tireurs du Var avant d’être nommé sergent au 88e de ligne. Son comportement au feu fut apparemment héroïque puisqu’à l’occasion d’une permission à Toulon, il fut accueilli triomphalement par le maire de la ville, le préfet du Var et une partie de la population. Il eut droit à la fanfare et on organisa un banquet en son honneur où il conta ses exploits…

Après l’armistice de janvier 1871, il resta mobilisé en région parisienne. Dans la nuit du 17 au 18 mars 1871 son régiment reçut l’ordre (d’après les instructions données par Adolphe Thiers) d’aller confisquer à la Garde nationale parisienne ses canons de Montmartre…

Le samedi 18 mars 1871, Gaudérique Verdaguer se dirigea donc avec 4000 autres soldats vers les hauteurs de Montmartre. Le sommet de la butte fut sous leur contrôle à 7 h30. Ce qui se passa ensuite est célèbre : les attelages destinés à emporter les canons n’en finirent pas d’arriver ; le petit peuple se réveilla ulcéré en lisant les affiches provocatrices de Thiers et, croyant à l’imminence d’une restauration monarchiste, les femmes, les enfants de Montmartre puis, enfin, les gardes nationaux encerclèrent les troupes qui contrôlaient toujours les canons. Rapidement le général Lecomte ordonna à ses troupes de tirer sur la foule. Malgré trois ordres successifs, ses soldats s’y refusèrent : « ils ne veulent pas tirer sur des femmes et des enfants, ni sur leurs frères de Paris » (W.Serman). Le désordre et la confusion qui règnaient alors dans les esprits atteignirent alors leur paroxysme. Tout à coup, un cri sortit des rangs : « Camarades, arme à terre ! Crosse en l’air ! ». Aussitôt une voix issue de la foule lui répondit : « Vive l’armée ! Vive la ligne ! ». La troupe fraternisa avec la foule. Le général Lecomte fut fusillé dans les heures qui suivirent avec le général Clément Thomas. C’était le début de la Commune…

Quel soldat lança l’ordre de fraterniser avec les émeutiers parisiens ? Nul ne le sait avec certitude, mais un grand nombre d’historiens l’attribue avec de fortes présomptions à Gaudérique Verdaguer. De même, on ne sait guère ce qu’il fit suite à la fraternisation des soldats avec la foule de Montmartre. Après la Commune, il déclara au moment de son procès qu’un adjudant de son régiment lui avait ordonné de garder les armes et les munitions des baraques de Courcelles. Dans la débandade vers Versailles, on l’oublia et il resta à cet endroit jusqu’au 22 mars. Ce jour-là, les troupes fédérées vinrent chercher toutes les munitions qu’il gardait. Il prétendit ensuite avoir cru devoir céder la garde des baraques à la Garde nationale de Paris puis d’avoir tenté, mais en vain, de sortir de Paris pour rejoindre son régiment. C’est peu probable. A l’inverse, Marc-André Fabre note qu’il se mit à diriger des gardes nationaux dès le 18 mars au matin…Qu’en fut-il vraiment ?
Quoiqu’il en soit, il rejoignit très rapidement la Commune.
Son grade de sergent, ses états de service en Afrique et en France, et, enfin, son aura « justifiée ou non » du 18 mars (T. Montané) furent autant d’éléments qui durent jouer dans son élection à la fonction de commandant du 91e bataillon de la Garde sédentaire. Pendant la Commune, il logea en compagnie de la couturière Françoise Dagasse (originaire comme lui des Pyrénées-Orientales et qu’il venait de rencontrer…) dans la résidence du général Ambert qui avait fui à Versailles. Il s’habillait souvent avec les vêtements du général et arborait même son pistolet lorsqu’il portait sa tenue de commandant. Ce désir de paraître « après tout bien légitime quand on a combattu en Afrique, contre les Prussiens en ayant toujours le rude labeur et rarement les honneurs qui ne sont que pour les chefs » (T. Montané) ne fut à l’époque pas isolé et se retrouva chez de nombreux autres officiers élus sous la Commune.

Cependant, Gaudérique Verdaguer fut aussi un chef militaire consciencieux et rempli d’abnégation. Ainsi, quand il dut combattre avec son bataillon au moment d’une attaque fédérée à la Porte d’Asnières, il emmèna avec courage seulement 15 hommes qui n’eurent pas peur de le suivre. Mais cette tentative suicide tourna court et les quelques hommes durent rapidement se replier derrière les remparts de Paris où le reste du bataillon était prudemment resté…Sans doute à la suite de cet événement peu glorieux, les membres de la Commune envisagèrent de désarmer son bataillon, mais le commandant Verdaguer s’y opposa dans un courrier qu’il leur adressa le 22 avril 1871 et où il leur rappellait qu’il était leur « serviteur dévoué, au nom de la république et de la Commune, et défenseur jusqu’à la mort ». En effet, il resta fidèle à son engagement puisqu’il combattit pendant la Semaine sanglante (21-28 mai 1871) à la tête de ses hommes pour défendre la rue Legendre. Les combats terminés, il se cacha chez Françoise Dagasse pendant trois jours. Se croyant en danger, il changea d’endroit et se fit arrêter le 3 juin, boulevard Malesherbes, après avoir été dénoncé par un certain Olagnier.

Il fut déféré au mois de novembre 1871 devant le 6e Conseil de Guerre qui le condamna à mort non pas pour avoir crié à la désobéissance le 18 mars (ce qui ne put être prouvé), mais pour avoir commandé l’exécution des généraux Lecomte et Clément Thomas… Ce qu’il ne fit vraisemblablement pas. La sentence n’étant pas appliquée immédiatement, sa santé se dégrada et il tomba très malade. Il fut finalement fusillé le 22 février 1872 à Satory en compagnie de Lagrange et de Herpin-Lacroix et fut tué sur le coup après avoir reçu presque toute la décharge dans la figure.
Huit ans et demi après, sa sœur Angélique n’était toujours pas informée de son décès puisqu’elle demanda au ministre des Colonies si Gaudérique Verdaguer faisait partie des déportés rapatriés de Nouvelle-Calédonie.
Dans le village de Bouleternère, une plaque est aujourd’hui apposée sur la façade de sa maison natale dans le carrer [rue] Galdric Verdaguer (aussi appelée “carrer de la Coma”). En 1996 le Comité roussillonnais des Amis de la Commune lui rendit hommage devant sa maison natale à Bouleternère.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article239895, notice VERDAGUER Gaudérique, Joseph, Jean [“Galdric” en catalan] par Jérôme Quaretti, version mise en ligne le 8 avril 2021, dernière modification le 12 avril 2021.

Par Jérôme Quaretti

Gaudérique [Galdric] Verdaguer (1842-1872), photographié par Appert (1871 ou 1872)
Bouleternère (Pyrénées-Orientales), rue [« carrer » en catalan] Galdric Verdaguer, photographie L‘Indépendant, 18 mars 2021
Bouleternère (Pyrénées-Orientales), plaque commémorative sur la maison natale de Gadric Verdaguer, photographie, L’Indépendant, 18 mars 2021
Bouleternère (Pyrénées-Orientales), manifestation du Comité Roussillonnais des Amis de la Commune, 1996 ; hommage à Galdric Verdaguer. Photographie du comité.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/731 et H colonies 263 : sa sœur Angélique Cassoly, de Port-Vendres (Pyrénées-Orientales), demanda des nouvelles le 6 septembre 1880 et on lui répondit que « Gaudérique Verdagué » est inconnu à la Nouvelle-Calédonie. — Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 122 EDT 74 ; 2 E 378, acte de naissance, Bouleternère. — Le Petit Marseillais, 10 juin 1871 (Arch. Dép. Bouches-du-Rhône). — La Gazette des tribunaux, 4 novembre 1871, p. 713. — L’Indépendant (Perpignan), 27 février 1872 et 18 mars 2021. — Toni Montané, recherches inédites sur G. Verdaguer. — Jean Bruhat, Jean Dautry, Émile Tersen, La Commune de 1871, Paris, Éditions sociales, paris, 2e édition, 1971, p. 109. — Michel Cordillot (coord.), La Commune de Paris. Les acteurs, les événements, les lieux, Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, 2021, 1438 p. [p. 1315]. — Marc-André Fabre, Les drames de la Commune, Paris, Hachette, 1937, 256 p. [p.10, 12, 242]. — Prosper-Olivier Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, La Découverte, réédition 1996, 528 p. [p.112 et 416]. — Bernard Michal, La Commune, t. 3, Genève, Éditions de la Crémille, p. 291. — Jean Maitron (dir.), DBMOF, notice “Verdaguer”, Tome IX, 2e partie (1864-1871), Paris, Éditions ouvrières, 1971, p. 291. — Jérôme Quaretti, Le mouvement communaliste et le Roussillon (1871-1880), mémoire de maîtrise d’Histoire, dir. Michel Cadé, Université de Perpignan, 1997, 289 p. [p.118 à 128]. — William Serman, La Commune de Paris, Fayard, 1993, 621 p. [p. 205].

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