VOLKOFF Serge, André

Par François Daniellou

Né le 10 décembre 1946 à Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine) ; polytechnicien, statisticien ; co-concepteur du système statistique français sur les conditions de travail, co-fondateur du Centre de recherche sur l’expérience, l’âge et les populations au travail (CREAPT), membre du Conseil d’orientation des retraites ; syndicaliste CGT des Affaires sociales ; militant Europe Ecologie Les Verts ; conseiller municipal (2008-2020) du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis).

Second d’une famille de deux enfants, Serge Volkoff était le fils de Pierre Volkoff, natif de Russie, cadre commercial, et de Liza Grodzenski, née en Pologne, codirectrice de colonies de vacances. Après les classes préparatoires au lycée Janson-de-Sailly à Paris (XVIe arr.), il fut admis à l’Ecole polytechnique en 1964. À sa sortie en 1967, il choisit comme école d’application l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (ENSAE), et devint en 1969 statisticien, administrateur de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE).

Il travailla à temps partiel en 1969-1970 à la Clinique de La Borde (Loir-et-Cher) animée par Jean Oury et Félix Guattari selon les orientations de la psychothérapie institutionnelle, et participa dans les années suivantes au comité de rédaction des Cahiers pour la folie.

Il se syndiqua à la CGT dès son recrutement à l’INSEE et participa à l’intense activité syndicale qui y suivit mai-juin 1968. Ses premières fonctions professionnelles concernaient les statistiques sur les salaires et la masse salariale.

Dans le contexte du gouvernement de Jacques Chaban-Delmas, les conditions de travail devinrent un sujet d’intérêt (l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, ANACT, fut ainsi fondée en 1973). En 1972, le Conseil national de la statistique créa un groupe de travail sur les conditions de travail, dont la présidence fut confiée à Alain Wisner. En 1975, dans ses conclusions, ce groupe constata la faiblesse des statistiques françaises sur le sujet, et prôna la création d’une équipe ad hoc au sein du Service des études et de la statistique (SES), qui devint plus tard la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) du ministère du Travail. Serge Volkoff en fut nommé responsable en 1976 et fit équipe avec Anne-Françoise Molinié*, démographe. Pour créer un système statistique compatible à la fois avec la demande sociale, avec les connaissances sur le travail et avec l’appareil d’enquête existant, ils multiplièrent les contacts avec les syndicalistes (notamment Lucien Chavrot à la CGT et Michel Le Tron à la CFDT), des médecins du travail, des chercheurs en ergonomie (Catherine Teiger, Antoine Laville, Jacques Duraffourg, François Guérin). Ils suivirent une formation d’analyse du travail au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).

La première enquête nationale sur les conditions de travail, qui interrogea 20 000 salariés sur leurs horaires et sur les contraintes et nuisances qu’ils percevaient dans leur travail, eut lieu en 1978, couplée à l’enquête à domicile périodique de l’INSEE sur l’emploi. Elle fut renouvelée en 1984 puis régulièrement, la huitième ayant eu lieu en 2019. En 1987 fut mise en place l’enquête SUMER (surveillance médicale des risques) réalisée par des médecins du travail. Le système statistique français sur les conditions de travail devint peu à peu l’un des plus développés au monde. Mais, à l’époque des résultats de la première enquête de 1978, l’intérêt politique avait faibli. Ce n’est qu’au moment des lois Auroux (1982) que l’importance et la richesse de ses résultats furent davantage reconnues.

Au ministère du Travail, Serge Volkoff assura jusqu’en 1987 des mandats syndicaux dans les commissions exécutives de la fédération CGT des Affaires sociales et de l’Union des fonctionnaires de Paris. Partisan d’un débat syndical unitaire et citoyen, il participa, au début des années 1980 au comité de rédaction de Résister, revue de débat syndical, puis, de 1987 à 1994 à la revue Collectif. Avec ses animateurs, et notamment Claire Villiers*, il participa en 1993 au lancement du mouvement AC ! (Agir ensemble contre le chômage).

En 1987, il obtint son affectation à l’unité de recherche de l’INSEE et son détachement au laboratoire d’ergonomie du Conservatoire nationale des Arts et métiers (CNAM), dans l’équipe d’Antoine Laville. Il fut remplacé au ministère du Travail par Michel Gollac. Il compléta sa formation en ergonomie, et participa à des recherches sur le vieillissement au travail, notamment avec Michel Sailly* chez Renault.

En septembre 1991, Serge Volkoff fonda avec Antoine Laville le Centre de recherche et d’études sur l’expérience, l’âge et les populations au travail (CREAPT), d’abord sous forme de groupement d’intérêt public (GIP), puis, en 2001, de groupement d’intérêt scientifique (GIS). Il en fut directeur jusqu’en 2012, avec le statut de directeur de recherche au Centre d’études de l’emploi à partir de 2001. Le CREAPT se structura avec de nombreux partenaires suivant les périodes : Renault, l’Aérospatiale, Usinor-Sacilor, le CNAM, l’EPHE, le CNRS, les ministères de la Recherche et du Travail, l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail ; puis, outre les précédents, EDF, La Poste, Air France, Safran, de nombreuses universités, etc. Les recherches du CREAPT visaient à analyser conjointement les évolutions démographiques des populations au travail (dans leur diversité), les transformations qui s’opèrent dans les entreprises, et celles qui affectent les parcours professionnels, pour favoriser des actions anticipatrices dans ces domaines. Il y collabora notamment avec Anne-Françoise Molinié, Michel Millanvoye, Corinne Gaudart.

Serge Volkoff participa au comité de rédaction de la revue Santé et travail, dès sa création en 1991. Il passa une habilitation à diriger des recherches en ergonomie en 2002, ce qui lui permit de diriger huit thèses de doctorat. Il devint une référence en matière de relations entre âge et travail, et fut nommé, à sa création en 2000, membre du Conseil d’orientation des retraites, où il siégeait encore en 2021.

Il s’impliqua dans la mise en circulation des connaissances sur la santé au travail dans les débats politiques et syndicaux, à travers une présence dans les médias et l’écriture de plusieurs ouvrages, visant non seulement les chercheurs mais aussi les citoyens engagés. Il participa en 1997-2000 au groupe de travail de l’Institut d’études et de recherches économiques et sociales (ISERES – CGT) sur l’intensité et l’intensification du travail, avec Serge Dufour*.

Serge Volkoff fut membre en 2011 du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, présidé par Michel Gollac, mis en place à l’initiative du ministère du Travail, et contribua à l’écriture de son rapport.

Il prit formellement sa retraite en 2012, mais continua à travailler comme chercheur associé au CREAPT. En 2015, il fut l’un des codirecteurs de Les risques du travail, pour ne pas perdre sa vie à la gagner, qui reprenait trente ans plus tard le projet de la première édition dirigée notamment par Bernard Cassou : mettre à la disposition des militants l’essentiel des connaissances sur la santé au travail. En 2016-2017, avec Marie-Anne Dujarier, il conseilla scientifiquement la CFDT sur la mise en place de l’enquête Parlons travail, et fit de même en 2019 avec Annie Jolivet et Céline Mardon pour l’enquête Parlons retraites.

Membre de la Fondation Copernic (1998), militant écologiste (1999) puis Europe Ecologie Les Verts en 2010, il fut élu à partir de 2008 conseiller municipal de sa commune du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) et réélu jusqu’en 2020 sur des listes de gauche alternative.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article239909, notice VOLKOFF Serge, André par François Daniellou, version mise en ligne le 9 avril 2021, dernière modification le 13 avril 2021.

Par François Daniellou

ŒUVRE CHOISIE : avec Jean-Claude Marquié et Dominique Paumès (coord.), Le travail au fil de l’âge. Toulouse, Octarès Editions, 1995. – Avec Michel Gollac, « Citius, altius, fortius. L’intensification du travail », Actes de la recherche en sciences sociales, (n° 114) , 1996.p. 54-67. – Avec Anne-Françoise Molinié et Annie Jolivet, Efficaces à tout âge ? Vieillissement démographique et activités de travail, Centre d’Etudes de l’Emploi, Dossier 16, 2000, en ligne. – Avec Anne-Françoise Molinié, « Intensité du travail et santé dans un organisme administratif : une enquête statistique à l’Agence nationale pour l’emploi », Perspectives interdisciplinaires sur le travail et la santé, 2-1, 2000. – Avec Anne-Françoise Molinié, La démographie du travail pour anticiper le vieillissement, Lyon, ANACT, Coll. Outils et Méthodes, 2002. – L’ergonomie et les chiffres de la santé au travail : ressources tensions et pièges, Toulouse, Octarès Editions, 2005. – « ‘Montrer’ la pénibilité : le parcours professionnel des éboueurs », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 3, 163, 62-71, 2006. – « Le travail, en évolutions », in Anne-Françoise Molinié, Corinne Gaudart, Valérie Pueyo (coord.), La vie professionnelle : âge, expérience et santé à l’épreuve des conditions de travail, Toulouse, Octarès, Coll. « Travail et Activité humaine », 2012, p. 31-42. – Avec Michel Gollac, Les conditions de travail, Paris, La Découverte, Coll. Repères, n° 301, 2014. – Avec Annie Jolivet et Anne-Françoise Molinié, Le travail avant la retraite, Editions Liaisons, 2014. – Avec Annie Thébaud-Mony, Philippe Davezies, Laurent Vogel, Les risques du travail. Pour ne pas perdre sa vie à la gagner, La Découverte, « Hors collection Sciences Humaines », 2015. – Avec Valentine Hélardot et Corinne Gaudart, « La prise en compte des dimensions temporelles pour l’analyse des liens santé-travail : voyages en diachronie », Sciences sociales et santé, 2019/4 (Vol. 37), p. 73-97.

SOURCES : Philippe Mangeot, Jean-Philippe Renouard, « On veut aller où ? », rencontre avec Claire Villiers, Vacarme, 2000/2, 45-50. – Catherine Teiger, Entretien avec Antoine Laville, 2000, Commission histoire de la Société d’ergonomie de langue française. – Michel Pottier et Christian Lascaux, Entretien avec Jean Hodebourg, 2002, Commission histoire de la Société d’ergonomie de langue française. – Michel Gollac et Marceline Bodier, coordinateurs, Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser, Rapport du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, 2011. – Conseil économique, social et environnemental, Interview de Serge Volkoff, statisticien, 2015, en ligne – Amandine Cailhol, « Les cadres s’enferment de plus en plus », interview de Serge Volkoff, Libération, 16 mars 2017. – Alain Lancry, Entretien avec Serge Volkoff, 2018, Commission d’histoire de la Société d’ergonomie de langue française.

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