RICARD Louis-Xavier de

Par Rose Blin-Mioch, Jean Sagnes

Né le 26 janvier 1843 à Fontenay-sous-Bois (Seine, Val-de-Marne), mort le 2 juillet 1911 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; journaliste, écrivain ; républicain puis socialiste ; fédéraliste ; communard ; félibre

Louis-Xavier de Ricard (1843-1911), oeuvre de Marsal, graveur montpelliérain, publiée à l’occasion de l’inauguration de son cénotaphe dans En memoria de Louis-Savié de Ricard, Montpellier, Mari-Lavit, 1932.

Né à Fontenay-sous-Bois de Joseph Barthélémy, 55 ans, colonel d’infanterie - lui-même né à Cette (Sète) en 1787, mort à Paris en 1867 et d’Eugénie Françoise Éléonore Pauthier, 21 ans, sans profession. Il s’agit du deuxième mariage de son père, celui-ci ayant épousé en premières noces Claire Asténie de Perpigna dont il avait eu une fille née à la Martinique en 1822 et décédée à Azay-le-Rideau en 1908. Son père était marquis, général de Napoléon et aide de camp du prince Jérôme Bonaparte. Son grand-père était royaliste, commissaire de la marine à Sète. La famille, apparentée aux Bonaparte, était originaire de Provence.
Louis-Xavier de Ricard fut reçu à 14 ans dans la loge maçonnique des Émules d’Hiram dont Alexandre Massol (Béziers, 1803-1875) était le vénérable. Cette loge était l’atelier le plus laborieux de propagande contre les institutions impériales ce qui permit à Ricard d’entrer en contact avec les différents groupes républicains et socialistes sous l’Empire. Il collabora aux journaux La Cloche, Le Rappel et fonda L’Art en 1865. Il écrivait aussi au Figaro.
Il s’engagea en politique avec un fascicule La résurrection de la Pologne (Paris, Marpon, 16 pages) et surtout à partir de mars 1863 avec la création de La Revue du Progrès clairement annoncée comme "rationalisteʺ et ses rédacteurs ʺ matérialistes, panthéistes, athées ʺ. Ricard y publiait une lettre de l’historien philosophe Edgard Quinet, alors en exil en Suisse, qu’il considérait comme son Maître. Après la saisie de la revue en mars 1864 pour ʺ outrage à la morale religieuse ʺ et la publication d’articles traitant de politique économique et sociale sans autorisation, Louis-Xavier de Ricard fit de son procès un procès politique. Il fut défendu par Léon Gambetta et Clément Laurier, le secrétaire de Crémieux. Il écopa de trois mois de prison et d’une amende. Il entra à Sainte-Pélagie en octobre 1864. Il y côtoya Charles Longuet, Raoul Rigaut, Gustave Flourens
En 1870, il participa au Catéchisme populaire républicain, chez Lemerre avant de créer le journal Le Patriote français dont les trois numéros (7, 11 et 25 juillet) se positionnaient contre la guerre, ce qui l’obligea à un premier exil en Suisse. Il en revint après la défaite de Sedan et la proclamation de la République s’engageant dans le 69ème bataillon de la garde nationale commandé par Blanqui puis dans les mobiles de la Seine. Fidèle à ses idées, il participa à la Commune de Paris avec son ami Charles Longuet. Il écrivit deux articles révolutionnaires et fédéralistes signés de son nom dans le Journal officiel : ʺUne révolution populaire" (7 avril) et ʺ Tradition unitaire (24 avril).
Il fut, avec son autre ami Maillé, sous-délégué au Muséum du Jardin des plantes. Lors de la Semaine sanglante, il réussit à s’enfuir par miracle et s’exila une nouvelle fois en Suisse à Vevey où il devint professeur dans une pension de jeunes Britanniques. Il rentra à Paris début 1872, aidé par Edgard Quinet.
Après son mariage civil à Authouillet (aujourd’hui dans les Yvelines) avec Lydie Wilson, amie d’enfance née à Paris en 1850, d’origine écossaise par son père et flamande par sa mère, le couple s’installa à Castelnau-le-Lez près de Montpellier à partir de 1873.
C’était l’époque où Napoléon Peyrat, pasteur protestant et auteur d’une Histoire des Albigeois, parue en 1870, acheva de le gagner aux idées du fédéralisme languedocien. Lydie Wilson partageait les idées de son mari. Louis-Xavier de Ricard ne pouvait écrire dans la presse des articles politiques en raison de la loi du 14 mars 1872 interdisant de publier des textes ʺ visant à changer l’état de la société ʺ et de la menace de poursuites pour sa participation à la Commune, l’amnistie n’intervenant qu’en 1880. Il collabora alors au journal La République du Midi avec des articles littéraires. Il correspondit avec Mistral qu’il admirait en tant que poète mais auquel il s’opposait du point de vue des idées.
En Xavier de Ricard se rejoignaient les idées de la République démocratique et sociale, de l’anticléricalisme, d’un socialisme soucieux de l’émancipation du prolétariat et du fédéralisme. Dès le début de son séjour montpelliérain, il écrivit l’essai Le Fédéralisme qui n’a été édité à Paris chez Fischbacher qu’en 1877. En 1876, débutèrent De l’amitié du couple avec Auguste Fourès et la correspondance de Ricard avec le pasteur protestant Napoléon Peyrat qui avait publié en 1870 l’Histoire des Albigeois, et pour lequel il eut une très grande admiration et qui acheva de le gagner aux idées du fédéralisme languedocien. Il vivait alors à Saint-Germain-en-Laye. À Paris, Ricard fonda l’association ʺLa Cigale ʺ avec Lydie Wilson de Ricard, Maurice Faure et Eugène Baudouin. Suite au changement des statuts du Félibrige, Louis-Xavier de Ricard, Lydie Wilson de Ricard et Fourès s’y associèrent et créèrent l’almanach des félibres républicains La Lauseta (L’Alouette) dans lequel Ricard développait ses idées fédéralistes. Il regroupait les félibres républicains languedociens mais aussi provençaux ainsi que des auteurs de langues latines très hostiles aux félibres avignonnais conservateurs. Ils participaient également à la Ligue Républicaine. Ce groupe publiait des écrits bilingues en faveur d’une république décentralisatrice.
Les Fêtes Latines de Montpellier, à l’initiative de la Société des langues romanes (du 22 au 27 mai 1878), furent présidées par Mistral tandis que, parallèlement les félibres de l’Alouette organisaient un banquet salle du café de la Paix au faubourg Figuerolles, sous la présidence d’honneur de Victor Hugo. Des sociétés fédéralistes de L’Alliance Latine (L’Alouette) se développaient alors à Paris et à Toulouse. L’année 1879 vit la parution du troisième numéro de La Lauseta, le dernier de cette série. Un numéro parut en 1885 à la demande de L-X de Ricard alors en Amérique latine, sous la responsabilité de Fourès. Louis-Xavier de Ricard avait traduit de l’espagnol Les Nationalités du catalan Py i Margal qui avait été élu président de la République espagnole en janvier 1873.
Le 13 février 1879, ce fut le lancement à Montpellier le bihebdomadaire Commune Libre, journal socialiste fédéraliste et organe des travailleurs, auquel participaient notamment Ernest Jourdan et Ernest Ferroul le futur maire de Narbonne. Dans ce journal les auteurs prenaient position pour les droits des femmes.
L. X. de Ricard publiait également des ouvrages en français tel le roman anticlérical Théodore Pradon, conversion d’une bourgeoise.
Lydie Wilson de Ricard mourut à Paris, chez sa mère, le 16 septembre 1880. L’enterrement civil eut lieu à Montpellier au Cimetière St Lazare. Les discours furent prononcés par Ernest Jourdan et Antide Boyer, ce dernier au nom des socialistes de Marseille.
En politique, de Ricard était un socialiste de la tendance du Montpelliérain Paul Brousse, c’est dire qu’il était très proche des radicaux. En janvier 1881, à Montpellier, lors des élections municipales, il fut tête de liste radicale et obtint plus de 2 000 voix. C’est alors qu’il publia de nombreux articles dans le quotidien républicain de Montpellier Le Petit éclaireur. Il joua aussi un rôle important dans la fondation des chambres syndicales de Montpellier. Aux élections législatives de 1881, candidat socialiste dans la 2e circonscription de Montpellier, il obtenait 5 492 voix, soit 21,3 % des inscrits, contre 8 121 voix au républicain et 3 692 au légitimiste. Son programme faisait une large place à l’autonomie communale. Mais, malgré le succès de cette candidature, tandis que son ami Paul Brousse, candidat dans la 1ère de Montpellier n’obtenait que 8,1 % des inscrits, X. de Ricard ne poursuivit pas son activité politique avec la même intensité.
En 1882, il partit pour l’Amérique latine, d’abord en Argentine, puis au Paraguay enfin au Brésil. Malgré sa présence au delà de l’océan, aux élections législatives de 1885, il figura encore sur une ʺ liste radicale-socialiste de protestation ʺ (radical-socialiste signifiant dans l’Hérault, à cette époque, que la liste comportait des radicaux et des socialistes). Il s’agissait pour les divers comités socialistes et radicaux du département de pro-tester contre le titre de Radicaux qu’auraient usurpé les sept candidats opportunistes. Mais l’échec des protestataires fut complet. Leur liste n’obtint que 3 % des inscrits (4 154 voix de moyenne et X. de Ricard 3 175 seulement). Pendant ce séjour en Amérique latine dont il revint en 1885 ou 1886, il participa et dirigea divers journaux dont L’Union Française, Le Rio Paraguay et Le Sud Américain. Ses articles politiques étaient porteurs des idées fédéralistes et socialistes et, en ce qui concerne le Brésil, d’une campagne contre l’esclavage qui continuait alors à sévir dans ce pays. Il militait pour une alliance latine incluant l’Amérique latine.
De retour en France, il publia dans Le Journal des Voyages (Paris) du 22 août 1886 un article intitulé ʺLes esclaves au Brésil". En 1886 et 1887, il fut secrétaire de la section française de l’Université de Barcelone. En 1890, le ministère des Colonies lui confia une mission à Java où il resta un an. Après un séjour à Paris, puis à Toulouse, il resta ensuite cinq ans à Montpellier avant de repartir pour Paris. En 1893 il publia un autre essai L’esprit politique de la réforme (Éditions Fischbacher). Dès lors, de Ricard se consacra essenttiellement à son activité de journaliste, créant et dirigeant des journaux et des revues souvent éphémères : tel Le Languedoc à Montpellier en 1886. Il écrivit dans La Dépêche de Toulouse, et, en 1896, il était responsable de son édition de Montpellier. En 1902, toujours très attaché à l’Amérique latine, il traduisit Les fils du Soleil de José de Alencar. De 1901 à 1903, sa signature fut présente dans La Nouvelle revue, Le Mouvement catalaniste, Le Panlatinisme, La Renaissance latine, La Revue contemporaine ; Le Monde moderne ; La Revue des revues, Le Mouvement latin
Dans tous ces journaux, il mena campagne pour l’idée fédéraliste, de même à l’intérieur du Félibrige. Ainsi, en 1892, il fut signataire du manifeste fédéraliste des jeunes félibres aux côtés de Charles Maurras et Frédéric Amouretti provençaux monarchisants. Dans les années 1900-1906, il écrivit dans le supplément littéraire du Figaro. Il était alors président d’honneur de la Fédération régionaliste de France. Cependant son travail de journaliste ne lui permettant pas d’être à l’abri du besoin, en 1908 il réussissait à être nommé conservateur du château d’Azay-le-Rideau récemment acquis par l’État.
Mais il ne put y rester. Il finit sa vie malade et pauvre. Il avait bénéficié d’une souscription des lecteurs du Figaro et avait été accueilli à Bandol, près de Toulon, avec son fils né à Montpellier en 1896 de sa deuxième épouse, Louise Kirchner, une Champenoise épousée en Amérique latine. Il mourut à Marseille le 2 juillet 1911 alors qu’il voulait rejoindre Montpellier en train. Au cimetière, il fut enterré dans le secteur des indigents.
Un cénotaphe fut érigé à sa mémoire en 1932 au cimetière Saint-Lazare de Montpellier (Architecte Marcel Bernard, sculpteur Louis Guigues) et remis à la municipalité par le Félibrige. En 1998, les restes de Lydie et Jeanne Wilson (cette drnière morte en 1877 a été l’amoureuse et l’inspiratrice du poète Fourès) furent transférés près de ce monument.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article239928, notice RICARD Louis-Xavier de par Rose Blin-Mioch, Jean Sagnes, version mise en ligne le 12 avril 2021, dernière modification le 14 avril 2021.

Par Rose Blin-Mioch, Jean Sagnes

Louis-Xavier de Ricard (1843-1911), oeuvre de Marsal, graveur montpelliérain, publiée à l’occasion de l’inauguration de son cénotaphe dans En memoria de Louis-Savié de Ricard, Montpellier, Mari-Lavit, 1932.

SOURCES : Arch. Dép. Hérault, 15 M 34, 35 et 38. — L’Union républicaine, août 1881 et septembre 1885. — F. Saladin, Les élections législatives dans l’Hérault de 1881 à 1885, Montpellier, DES, 1965. — J. Salvat, La vie tourmentée de L.-X. de Ricard (1843-1911), Toulouse, 1943. — R. Lafont et C. Anatole, Nouvelle histoire de la littérature occitane, PUF, 1970, t. 2, p. 670-671. — Stéphane Moulin , "L-X de Ricard socialiste et félibre", Arts et traditions rurales, Montpellier, 2011. In Memoria de Louvis-Savié de Ricard (1843-1911), Montpellier, Mari-Lavit, 1932, 56 p. [recueil des discours de Pierre Azéma, Benjamin Milhaud, Jean Fournel et René Chapoullié]. — Jean-Marie Carbasse, Louis-Xavier de Ricard, Félibre rouge, Éd. Mireille Lacave, 1977, 211 p. — Josette Anatole, « Échos brésiliens dans quelques lettres de Louis-Xavier de Ricard » in Littératures, numéro spécial 1,1979. Mélanges offerts à Monsieur le Professeur André Monchoux. pp. 35 45 ;https://doi.org/10.3406/litts.1979.1123;https://www.persee.fr/doc/litts_05639751_1979_hos_1_1_1123 — Jean Sagnes, Le Midi Rouge. Mythe et réalité. Études d’histoire occitane, Éditions Anthropos, 1982. — Rose Blin-Mioch, Édition critique de la correspondance de Lydie Wilson de Ricard (1850-1880), thèse sous la direction de Philippe Martel, Université Paul Valéry- Montpellier III, occitan ED 58, 2010 ; "Les Communes idées" de Lous-Xavuer de Ricard et Lydie Wilson de Rcard à leur arrivée à Montpellier, Études héraultaises, 41, 2011, p. 139-146 ; "Louis-Xavier de Ricard et son "Maître" Edgard Quinet" in Murphy Steve (dir.), Le chemin des correspondances et le champ poétisue. À la mémoire de Michael Pakenham, Paris, Classiques Garnier, p. 127-139. — Georges Peyronnat Un fédéraliste méridional du XIXe siècle, Louis-Xavier de Ricard (1843-1911), Nîmes, Lacour, 1997 — Lydie de Ricard, Aux Bords du Lez, présentation Jean-Claude Richard, Nîmes, Lacour, Revivia 1995, préface L-X de Ricard). — Général de Ricard, Autour de Bonaparte, Fragments de Mémoires publiés par Louis Xa-vier de Ricard, Paris, Savine, 1891 — Fernand Clerguet, « Louis-Xavier de Ricard », La Revue Littéraire, 1905 et La Jeune Champagne, revue mensuelle littéraire, artistique et philosophique, juillet 1905, sur Gallica.fr

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