SANSA Esteban

Par Richard Vassakos

Né le 9 septembre 1886 à Vilanova (Espagne, sans doute en Catalogne), abattu dans la nuit du 7 au 8 février 1944 à Vendres (Hérault) ; victime civile

Esteban Sansa était un berger d’origine espagnole, fils de Michel Sansa et de Catherine Béranger. Il s’occupait d’un troupeau venu de Cerdagne (Pyrénées-Orientales), en hivernage près du littoral héraultais. Après l’invasion de la zone non occupée en novembre 1942, les côtes languedociennes furent mises en état de défense avec la construction du Südwall. (Mur de la Méditerranée ou mur du Sud). Au sud de Béziers, le village de Vendres fut occupé par de nombreuses troupes chargées d’empêcher un éventuel débarquement anglo-saxon. Une batterie d’artillerie fut implantée au nord du village avec pour objectif de battre les plages. Un fossé antichar fut creusé près de l’embouchure de l’Aude et le littoral et les vignes le bordant furent minés. Des ouvrages bétonnés dont quelques-uns subsistent furent également construits. Ces fortifications étaient tenues par des unités d’infanterie, au moins deux compagnies, qui étaient stationnées dans le bourg et dans les domaines de la commune. À l’automne 1943 arrivent dans le secteur du sud de Béziers des troupes recrutées parmi les prisonniers de l’Armée rouge que les Allemands nomment les troupes de l’Est (Osttruppen). Ces soldats étaient surnommés les Hiwis (abréviation de hilfswillige qui signifie auxiliaire volontaire) par les Allemands, et appelés les « Mongols » par les populations occupées. Comme le montre Alain Alquier dans sa thèse, ces troupes mal approvisionnées s’illustrent par une série de rapines et d’exactions qui poussent les maires des communes de Sérignan, Sauvian ou Vendres à protester auprès du sous-préfet de Béziers. À Vendres, les propriétaires côtiers comme Antonin Palazy du domaine des Sablières ou celui du domaine de la Yole se plaignent des vols qui touchent leurs biens. C’est dans ce contexte que des hommes appartenant probablement à l’Ost-Bataillon.666, stationné dans le secteur, s‘en prennent à des civils afin de leur extorquer des subsistances. Dès la fin du moins de janvier plusieurs vols avaient été commis au domaine de la Yole. Dans la nuit du 7 au 8 février 1944. Esteban Sansa, surprit des soldats en train d’essayer de lui dérober des moutons. Le troupeau de 300 têtes, appartenant à un propriétaire de Latour-de-Carol (Pyrénées-Orientales), hivernait au domaine. D’après la presse, l’homme aurait été alerté par des bruits venus de la bergerie et aurait essayé d’intervenir. Une rafale d’arme automatique le toucha en pleine poitrine et il fut tué sur le coup. L’évènement eut un retentissement important à Vendres et dans les communes voisines où des violences avaient eu lieu dans les jours précédents. Alain Alquier relève que la population réclama que des mesures de sécurité d’urgence soient prises. D’ailleurs, la presse régionale fit état du fait divers mais avec une ambiguïté savamment entretenue. En effet, le journal royaliste L’Éclair publia un article relatant le méfait d’une « bande organisée qui terrorise la région et a voulu s’emparer des moutons », mais l’information fut insérée dans une rubrique plus large en première page évoquant la répression du banditisme et du terrorisme. La propagande du régime de Vichy dans sa phase milicienne faisait ainsi état du fait divers tout en suggérant que le crime aurait pu être commis par la Résistance, puisqu’il était placé à côté d’un article sur le maintien de l’ordre en Savoie ou bien encore sur la blessure d’un milicien ou la répression du terrorisme. La propagande du régime dissimulait ainsi un crime de l’armée d’occupation tout en essayant de discréditer la Résistance par un amalgame fallacieux.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article239987, notice SANSA Esteban par Richard Vassakos, version mise en ligne le 12 avril 2021, dernière modification le 12 avril 2021.

Par Richard Vassakos

SOURCES : Arch. Dép. Hérault, 3 E 340/32, Vendres, Naissances, mariages, décès 1933-1952 ; Arch. dép. Hérault, 1000 W 296. — L’Éclair, 9 février 1944. — Alain Alquier, L’occupation allemande dans le département de l’Hérault : 11 novembre 1942-23 août 1944, thèse de Doctorat, Université de Montpellier III soutenue en 2020 sous la direction de Jean-François Muracciole, p. 134-135. — Alain Chazette, L’armée allemande sur la côte méditerranéenne - AOK 19 Mittelmeerküstenfront, Paris, Éditions Histoire et Fortifications, 2004, p. 31 et 40.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément