PINEU-NOGUEIRA Manuel

Par Andre Delestre

Né le 30 Mai 1945 à Penacova (Portugal) ; journalier, maçon puis plombier ; progressiste et démocrate ; responsable Association Culturelle et de Loisirs des Portugais de l’Agglomération de Rouen ; conseiller municipal de Petit-Quevilly (Seine-Maritime)(2001-2020) ; CCAS ; Association Départementale des Elus Communistes et Républicains

Le père de Manuel Pineu-Nogueira était entrepreneur en bâtiment et sa mère s’occupait de la maison. Cadet de la fratrie, il eut une sœur et deux frères. En 1956, après son certificat d’études, dès l’âge de onze ans, il travailla à de multiples tâches dans une entreprise qui, jamais ne le déclara. La misère fut omniprésente. Le Portugal, dirigé par le dictateur Salazar, était engagé dans des guerres coloniales meurtrières en Angola, Mozambique, Guinée-Bissau. En 1964, à l’âge de 18 ans, il décida de quitter le Portugal pour ne pas faire les 4 ans de service militaire et d’opérations. Ses frères, avant lui, s’étaient exilés au Brésil. Avec trois camarades de Penacova, district de Coimbra, ils partirent en taxi. Puis, avec un passeur payé, franchirent la frontière espagnole à pied par des chemins de traverse. Marchant de nuit, se reposant le jour dans les bois, ou voyageant en fourgon à tôle ondulée, véhicule épicerie avec cachette, ils franchirent la frontière française. Sur les chemins, Manuel Pineu croisa dans les Pyrénées près de 140 jeunes, comme lui, fuyant l’enrôlement et la faim.

En juillet 1964, quelques dix jours après avoir quitté la famille, la filière les mena à Champigny-sur-Marne (Val de Marne), dans un bidonville. Il y logea dans une carcasse de voiture. Là, des compatriotes, qu’il fallut payer, lui proposèrent en emploi dans une brasserie à Nancy (Meurthe et Moselle). Après 1 mois de travail, Manuel ne fut jamais payé. Après un retour chaotique à Champigny, il fut orienté vers un bureau d’accueil et de placement à Elbeuf (Seine-Maritime), et hébergé dans un grenier. Fin 1964, il fut embauché dans l’entreprise de bâtiment et travaux publics Moréno à Grand-Quevilly (Seine-Maritime). Il eut un contrat de travail, payé 3,07 franc de l’heure. Il fut hébergé dans la cité Moreno, rue de l’Avenir. Lors d’une visite à la médecine du travail, une tâche au poumon fut détectée. Sur conseil du docteur, en 1966, il engagea une formation de plombier-chauffagiste à l’Agence de Formation Professionnelle pour Adultes située à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). CAP en poche, il fut embauché successivement comme plombier chez l’entreprise Courtois à Elbeuf. En 1969, ce fut l’entreprise Bouquet à Rouen. En 1973, avec l’entreprise Zell située à Déville-Lès-Rouen (Seine-Maritime), il participa à l’aménagement de la caserne des Essarts. En 1981, il fut embauché chez Fluide Français à Sotteville-Lès-Rouen (Seine-Maritime). En 1998, les salariés furent licenciés. Il retourna à l’école pour créer son entreprise. En 2005, il prit sa retraite.

En 1969, il retourna clandestinement au Portugal pour revoir son amour de jeunesse, Natalia Batista, née le 20 juillet 1945 à Penacova. Elle travaillait dans la ferme familiale. Il échappa de peu à la Pide — Police internationale et de défense de l’état—, la police politique redoutée de la dictature. Il y retourna en 1970, toujours clandestinement, la frontière étant franchie à pied. En 1971, il y retourna et se maria en secret le 22 août. Le couple rejoignit la France et eurent deux garçons, Victor-Manuel en 1972 et Louis-Antonio en 1973. La même année, ils achetèrent une maison à Petit-Quevilly (Seine-Maritime). Natalia s’occupa de la maison, et fut femme de ménage occasionnelle.

Le 25 avril 1974, la Révolution des Œillets éclata au Portugal. « Cela fit de nous des femmes et des hommes libres » déclara Manuel Pineu-Nogueira.

En 1969, autour du foot, il participa à la création d’une association qui permit, autour des entraînements au terrain des Hauts-Fourneaux de Rouen, de s’aider pour l’emploi, le logement, les démarches juridiques… En 1969, Henri Levillain, maire communiste de Petit-Quevilly, leur loua un local municipal, rue des frères Séhy. Fin 1970, l’association s’installa dans l’ancien Casino Rouennais, 5-7 rue Maurice Mailleau à Petit-Quevilly, propriété d’un compatriote et haut lieu des fêtes à la Belle époque. Les locaux devinrent le lieu d’accueil, d’entraide, de soutien, de formation et d’apprentissage de la langue et des lois françaises, de la fête, du folklore, du fado… La salle fut baptisée salle du 1er mai.

En 1975, avec Manuel Revez, le 1er président de l’association qui habita à Grand-Couronne, Rimundo Curtinha menuisier chez Morion à Petit-Quevilly, M. De Almeida de Saint-Étienne-du-Rouvray, Mario Montero qui travailla aux Chantiers de Normandie, Julio Gomez qui travailla chez Moréno, Manuel Da Silva soudeur puis employé à l’agence quevillaise de la Banque Centrale Portugaise, la famille Lagarto et Joaquim Janeiro de Barentin, ils fondèrent l’ACLPAR, Association culturelle et de loisirs des portugais de l’agglomération rouennaise. Ils furent rejoints par Carlos Rafael Marecos, professeur de portugais à l’Université de Rouen, militant communiste. L’association eut des centaines d’adhérents. Chaque fin de semaine, les familles s’y réunirent.

Chaque année, une fête fut organisée dans les installations d’Oissel et Tourville-La-Rivière. Elle commémora la Révolution des Œillets, chaque 25 avril avec la présence du consul et des élus locaux, députés et maires tel Pierre Bourguignon, Michel Grandpierre, Hubert Wulfranc, Robert Pagès, Frédéric Sanchez, Françoise Duquenne. Manuel Pineu veilla constamment à la bonne marche de l’association. Il témoigna que les municipalités communistes furent toujours accueillante à notre diaspora. Sollicité dans les fêtes populaires municipales ou les fêtes de solidarité et multiculturelle de l’Association de Solidarité des Travailleurs Immigrés, l’ACLPAR répondit présente. Le vieillissement de la première génération émigrée, des retours au pays effectués à l’arrivée de la démocratie et de la retraite, les centres d’intérêts évoluant avec la génération nouvelle, la pression immobilière, rendirent difficile la gestion locative par l’association de la salle des fêtes et des locaux. En 2012, avec l’aide de la municipalité, les locaux de l’ACLPAR furent transférés dans l’ancienne caserne des pompiers, boulevard Charles-de-Gaulle, propriété communale. Le nom de "1er mai" fut préservé.

En 2001, Manuel Pineu-Nogueira fut élu conseiller municipal de Petit-Quevilly. Lors de ces élections municipales, avec Fernanda Pina à Grand-Quevilly, ils furent les premiers élus dans l’agglomération rouennaise avec la citoyenneté de l’Union Européenne. Il rejoignit le groupe communiste de Petit-Quevilly et l’Association départementale des élus communistes et républicains. Il fut membre de la commission permanente du CCAS. L’organisation et la tenue des bureaux de vote, aussi bien au consulat que sur Petit-Quevilly, étaient sacrées. Il plaçait en haut des priorités le droit de choisir, la démocratie, en homme libre. Il sera réélu en 2008 puis en 2014.

En 2006, il demanda et obtint la nationalité française, décret signé par le ministre de l’intérieur Hortefeux. En 2020, il se retira de la vie politique et associative pour se consacrer à une retraite en alternance en France, ou les enfants sont durablement installés, et au Portugal dans la maison construite au village natal.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article240069, notice PINEU-NOGUEIRA Manuel par Andre Delestre, version mise en ligne le 29 avril 2021, dernière modification le 30 avril 2021.

Par Andre Delestre

SOURCES : Entretien avec l’auteur. — Archives ACLPAR (Association culturelle et de loisirs des portugais de l’agglomération rouennaise). — Archives municipales. — Journal Paris-Normandie

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