WITZ Pierre, Xavier

Par Madeleine Singer

Né le 6 septembre 1919 à Schiltighem (Bas-Rhin), mort le 25 mars 1997 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; PEG sciences ; secrétaire pour l’académie de Strasbourg (1947-1976) du Syndicat national des centres publics d’apprentissage (SNCPA), qui devint SNCET, puis s’intégra en 1962 dans le Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN).

Pierre Witz était le deuxième des trois fils de Georges Witz qui tenait avec sa femme, née Hedwige Gabel, un commerce de droguerie-épicerie ; celui-ci avait créé un syndicat de commerçants dont son fils ne put préciser l’appellation. P. Witz fit ses études au collège épiscopal de Strasbourg jusqu’en Troisième, puis fréquenta l’école de l’Ill où il obtint en 1938 le brevet élémentaire primaire supérieur qui lui permettait d’être nommé instituteur. Il enseigna quelques mois, fut mobilisé de septembre 1939 à avril 1940, puis aida ses parents dans leur commerce car il ne voulait pas aller en Allemagne, vu que les instituteurs alsaciens devaient alors enseigner outre-Rhin et étaient remplacés dans leurs classes par des instituteurs allemands. Incorporé de force dans l’armée allemande en 1942, il ne revint en France qu’en mai 1945.

Après avoir travaillé au bureau de l’Enseignement technique, il obtint en 1946 un poste de PEG dans le centre d’apprentissage des métiers du bâtiment à Strasbourg. Il prit sa retraite en 1978 dans cet établissement devenu CET en 1959. Il avait épousé en juillet 1948 Léontine Schmitt, secrétaire, qui faisait partie des guides de France et qui cessa alors d’exercer son métier. Lui-même fut scout jusqu’à son mariage. Ils fréquentèrent ensemble le groupe « Vie nouvelle ». Ils eurent trois enfants qui furent l’une employée, l’autre ergothérapeute, le troisième agent commercial.

En 1946 P. Witz qui avait vécu douloureusement l’annexion de sa province et l’incorporation de force, se nourrissait aux sources du Personnalisme d’Emmanuel Mounier. Dans l’Enseignement technique il trouva une CGT et un PC puissants, mais il fit partie d’une poignée de militants qui décidèrent de choisir la CFTC, vu qu’au plan national le SNCPA s’était constitué. Il fut aussitôt secrétaire adjoint pour l’académie de Strasbourg et devint secrétaire l’année suivante. Il fut donc de toutes les batailles relatives au statut des établissements, acquis en 1949, puis au statut du personnel. L’intégration de celui-ci dans la Fonction publique fut l’objet de bien des discussions malgré les avantages matériels offerts car, pour ce personnel qui venait du secteur privé, devenir fonctionnaire, c’était se couper de la classe ouvrière et entrer dans un monde inconnu, l’Education nationale. Finalement le statut de fonctionnaire fut acquis en 1953. P. Witz dut en même temps organiser cette académie qui comptait alors trois départements car la Moselle en fit partie jusqu’à la rentrée de 1972. Or en qualité de PEG, il devait assurer 25 heures de cours ; l’administration n’accorda que quatre heures de décharge hebdomadaire par syndicat pour un seul militant de l’académie. N’ayant pas de local syndical, P. Witz recevait chez lui les adhérents qui avaient des problèmes à résoudre. Comme le SNCPA était un syndicat général, il devait s’occuper non seulement des enseignants, mais aussi du personnel de direction, de surveillance, d’intendance, de service et des assistants(tes) médico-sociaux.

L’académie compta vite de grosses sections syndicales : le SNCPA, majoritaire sur le plan local, était en tête de toutes les sections académiques au plan national. En qualité de secrétaire régional, P. Witz fut membre du comité national du SNCPA-SNCET jusqu’à ce que celui-ci disparaisse lors de l’entrée au SGEN. Il devait donc aller à Paris pour le comité national (rythme trimestriel) et le congrès national (rythme annuel) qui avaient lieu l’un et l’autre pendant les vacances scolaires. Il fut également membre du bureau national qui se réunissait le dimanche une fois par mois. Or, à cette époque, le trajet vers la capitale durait de sept à onze heures selon la nature du train. Or la participation au bureau national n’était pas une sinécure : lorsqu’en 1956, après dix ans d’effort, le SNCPA obtint la création d’une commission chargée d’examiner les cas du personnel des centres qui étaient des victimes de guerre, c’est Pierre Witz qui y représenta le syndicat. Le rapport du secrétaire national du SNCPA, Pierre Dupont* pour le congrès de 1958 déclarait que c’étaient « la qualification et la ténacité de P. Witz qui ont été à la base des résultats obtenus bien que les décisions de la commission n’aient pas encore été modifiées aux intéressés ». Outre ses charges nationales, P. Witz devait encore assurer sur place les réunions du secrétariat académique qui avaient lieu le soir, la préparation des congrès académiques, la rédaction des circulaires d’information, les audiences à l’Inspection de l’Enseignement technique.
P. Witz exerça pendant trente ans sa fonction de secrétaire académique à travers toutes les mutations de l’organisation qui s’appela SNCET quand, par la réforme Berthoin, les centres d’apprentissage devinrent CET en 1959. Lorsque le SNCET s’intégra dans le SGEN, ce fut une période difficile : il fallait régler les questions matérielles (taux des cotisations notamment), prévoir un autre mode de fonctionnement car les CET constituaient désormais au sein du SGEN une section nationale, parallèle aux autres sections nationales (Premier degré, lycées techniques, etc.), d’où une diminution des moyens matériels dont disposait alors le SNCET. Sur le principe même, il y avait des divergences : certains regrettaient le « sabordage » du SNCET, d’autres redoutaient les exigences du SGEN qui affirmait une laïcité intransigeante car après avoir condamné en 1951 les lois Marie et Barangé, il faisait campagne contre la loi Debré qui, depuis 1959, favorisait le développement de l’enseignement privé. P. Witz pensait avec d’autres encore qu’il fallait faire le pas et rejoindre dans le SGEN confédéré la grande famille des enseignants. Le congrès extraordinaire SNCET des 17 au 18 février 1961 vota cette intégration qui devint effective au congrès SGEN de 1962. P. Witz qui s’effaça alors des organismes nationaux, fut toutefois membre du comité national de 1962 à 1966, bien qu’avec les années, la charge de secrétaire académique CET devenait de plus en plus lourde.

À peine réglée cette grande transformation, la CFTC fut secouée par un débat qui durait depuis quelques années, mais était de plus en plus vif, entre les Anciens qui voulaient garder la Centrale syndicale axée sur l’enseignement des Encycliques, et les Modernes qui préparaient une laïcisation de la Centrale pour en faire une organisation ouverte à tous. Bien entendu l’Alsace et la Moselle se sentaient particulièrement concernées. Il y eut en février 1962 à Obernai (Bas-Rhin) des journées d’études sur « la modification des statuts et le changement de titre de la CFTC ». Organisées par le secrétaire académique G. Hentz*, elles rassemblèrent une cinquantaine de militants de toute l’académie autour de P. Vignaux et de C. Pinoteau (voir ces noms). A l’issue de trois jours de débats serrés, le choix de la déconfessionnalisation fut fait. Des départs suivirent le congrès confédéral de 1964. P. Witz dut, avec les membres de l’équipe académique, gérer tout cela, répondre à ceux qui jugeaient non-fondé « l’abandon de la doctrine sociale de l’Eglise ».

Puis ce furent les événements de Mai 68 qui amenèrent un bouillonnement de revendications et donc de nombreuses réunions. Quand le SGEN se donna en 1972 une nouvelle direction, P. Witz ne quitta pas son poste, d’autant plus que la section des CET garda jusqu’en 1977 le même secrétaire national, Jules Béneton*. Il prit seulement en 1976 une retraite syndicale bien méritée, suivie de près par sa retraite d’enseignant. Mais il continua à participer activement aux réunions du bureau départemental général et devint trésorier de la section académique des CET qui s’appelèrent ensuite LEP. Il s’acquitta de cette fonction jusqu’à ce que le SGEN s’informatisât et centralisât alors sa trésorerie régionale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24018, notice WITZ Pierre, Xavier par Madeleine Singer, version mise en ligne le 28 décembre 2008, dernière modification le 27 juin 2009.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Histoire du SGEN, 1987, PUL ; Le SGEN des origines à nos jours, 1993, Le Cerf. — Syndicalisme universitaire, 21 octobre 1964). — Lettre de P. Witz à M. Singer, juin 1995. — Lettres de Madame Witz à M. Singer, 7 février 1997, 23 février 1997. — Lettres de Marie-Thérèse Lina (qui fut secrétaire adjointe CET de l’académie de Strasbourg) à M. Singer, 15 avril 1997, 13 mai 1997, 29 mai 1997 (AP).

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