SABLÉ Marie, épouse LOUBET

Par André Balent

Née le 14 septembre 1887 au Port (Ariège), massacrée le 7 septembre 1943 au Port (Ariège) par les forces d’occupation lors de l’assaut contre le maquis de l’Armée secrète (AS) d’Èzes ; cultivatrice ; victime civile.

Dans ses notes manuscrites, Claude Delpla, historien de la Seconde Guerre mondiale dans l’Ariège, évoque la mort tragique de « Marie Loubet » lors de la destruction du maquis (AS) établi à proximité du hameau d’Ézes, dans la vaste commune forestière et montagnarde du Port, près du bourg de Massat, dans une vallée affluente du Salat, celle de l’Arac, en Couserans. Claude Delpla a écrit que Marie Loubet avait été exécutée dans la commune de Massat, mais, dans son livre posthume (op. cit., p. 428) il explique qu’elle a été tuée lors de l’attaque du maquis du Port.

Marie était la fille naturelle de Marguerite Piquemal Concarrou âgée de trente-deux ans. L’acte de naissance indique qu’elle était de père inconnu. Enregistrée sous le nom de Piquemal Marie, elle fut légitimée à l’occasion du mariage, le 30 mai 1889 au Port, entre Vincent Sablé Teychéné et Marguerite Piquemal Concarrou. Elle se maria le 16 décembre 1909 au Port avec Joseph Loubet. Le couple eut quatre enfants : Jean-Marie, Louis, Camille et Édouard âgés respectivement de vingt-trois, vingt-et-un, quinze et treize ans en 1936. En 1936, le hameau d’Ézes où résidait la famille groupait huit maisons. Les 25 habitants du hameau était répartis entre huit familles. Six des habitants du hameau appartenaient au ménage dont Marie Loubet était la mère de famille.

Un maquis de l’AS fut organisé à l’été de 1943 dans un des hameaux reculés de la commune du Port, Ézes. Son responsable militaire, Georges Galy-Gasparrou (1896-1979), magistrat (qui refusa de prêter serment à Pétain) était un notable en vue de la commune voisine, Massat. Il en était le maire depuis 1923. Conseiller général du canton de Massat, il fut député de l’Ariège de 1928 à 1936. Membre du parti radical, il retrouva ces sièges à partir de 1944, auréolé par sa participation à la Résistance. Membre du mouvement Combat puis des Mouvement unis de la Résistance et de l’AS, il entreprit de regrouper les réfractaires au STO dans les bois de la commune du Port. Son maquis, infiltré par des agents de la Sipo-SD subit l’assaut des forces d’occupation le 7 septembre 1944 et fut anéanti. Vingt-deux maquisards furent arrêtés, dix furent déportés en Allemagne où trois périrent. Le 14 septembre 1944, Georges Galy-Gasparrou fut arrêté à Massat puis transféré à la prison Saint-Michel de Toulouse où un tribunal militaire allemand le condamna à mort. Il ne dut son salut qu’à l’intervention du député socialiste de l’Ariège rallié à Vichy, Alexandre Rauzy (1903-1977). Il put sortir de sa prison toulousaine lors de la libération du chef-lieu de la Haute-Garonne.

Marie Sablé-Loubet fut finalement la seule personne qui trouva la mort à l’occasion de ce coup de force allemand contre ce maquis couseranais. Son acte de décès révèle que son corps fut retrouvé le 10 septembre 1943 à 11 heures près de son domicile à Èzes sur déclaration de Jean-Pierre Sablé, cultivateur de cinquante-neuf ans. L’acte de décès indique que sa mort paraissait « remonter à vingt-quatre heures ». De fait, elle périt par balles le 7 septembre lors de l’attaque du maquis. Victime civile, elle ne reçut pas la mention « morte pour la France ». Son nom ne figure sur aucun monument. Un de ses fils, membre du maquis d’Èzes fut arrêté lors de l’attaque du 7 septembre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article240210, notice SABLÉ Marie, épouse LOUBET par André Balent, version mise en ligne le 24 avril 2021, dernière modification le 1er mai 2021.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Ariège, 4 E 6371, état civil du Port, acte de décès de Marie Sablé épouse Loubet ; 5 Mi 911, état civil du Port numérisé, naissances 1884-1897, acte de naissance de Marie Piquemal et mentions marginales ; 10 M 4/25, recensement des habitants de la commune du Port (1936). — Arch. Dép. Ariège, 64 J 23, fonds Claude Depla, notes manuscrites de Claude Delpla. — Claude Delpla, La Libération de l’Ariège, Toulouse, Le pas d’oiseau, 2019, 514 p. [p. 428].

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