BLASCO Sofia, Angela, Rosa, dite La Madrecita

Par Gilles Pichavant

Née le 1er avril 1882 à Biarritz (France), morte au Mexique ; journaliste, écrivaine espagnole ; féministe ; militante catholique, républicaine espagnole.

Sofia Blasco, dans La Petite Gironde, le 15 octobre 1927
Sofia Blasco, dans La Petite Gironde, le 15 octobre 1927

Sofia Blasco naquit à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) le 1er avril 1882. Elle était la plus jeune fille du journaliste, poète et dramaturge Espagnol Usebio Blasco Soler et de Mariana Panyagua. Son père fut pendant une vingtaine d’année le correspondant en Espagne du Figaro, qui y signait ses Lettres d’Espagne sous le pseudonyme de Mondragon. Bourgeoise francophone, en 1925 elle était la belle-sœur du consul d’Espagne à Bordeaux.

À partir de 1909, elle collabora comme journaliste à des magazines tels que Femina, qui paraissait tous les mois en Espagne. Écrivaine, elle écrivit des pièces de théâtre. Ses pièces étaient des comédies légères et ne visaient qu’à distraire. Elle acquit une certaine renommée en Espagne aux côtés d’auteurs tels que la comtesse de San Luis, Pilar Millán Astray et Magda Donato, entre autres.

En 1925, en même temps qu’elle fondait et dirigeait la revue luxueuse Revista Azul (Le magazine Bleu), elle créait sa première œuvre dramatique à Saint-Sébastien, Rayo de luz, une comédie en trois actes. Elle soutint un temps la dictature de Primo De Rivera pour avoir fait rentrer des femmes au parlement et pour avoir fait la paix au Maroc. En 1926, sa pièce La Marquesa de Arnold fut créée au Victoria Eugenia Theatre, aucune des deux œuvres ne fut publiée. Un an plus tard, à Santander, elle créa la comédie La Posada del Reloj, adaptation d’une pièce de théâtre de son père. Revista Azul était revue trimestrielle illustrée qui parut entre 1925 et 1929. En 1929, à l’occasion de l’Exposition ibéro-américaine de Séville, ce magazine lui consacra un numéro extraordinaire.

Le 17 janvier 1929, son mari mourut, la laissant avec son fils âgé seulement de 8 ans. Sofia Blasco collabora au magazine Mujer, publié entre le 6 juin, jusqu’à peu après la proclamation de la République, le 15 décembre 1931. Mujer était un magazine auquel collaboraient un groupe varié et prestigieux de collaborateurs, où en plus de Sofía on retrouvait des militantes féminines telles que Halma Angélico, Rosa Arciniega, Josefina Calvert, Magda Donato (Carmen Nelken), Concha Espina y Tagle, Sara Insúa, Margarita Nelken, etc. Républicaines, socialistes, communistes, anarchistes, la plupart trouvèrent dans cet hebdomadaire un moyen d’exprimer leurs différentes positions en faveur du monde féminin et, surtout, leur alignement clair en faveur de la République et du vote des femmes.

En 1930, sa pièce Hacia la vida fut créée. L’année suivante, en 1931, elle créa au Teatro de la Zarzuela la pièce Un après-midi à la mode, dans laquelle elle joua un rôle. Sa dernière pièce de théâtre connue fut Redención, créé en 1933. Cette œuvre fut décrite par la critique comme une comédie social-chrétienne. Elle ne fut pas été très bien accueillie par les critiques conservateurs en raison de son intrigue non conforme à la « féminité » de son auteur.

Membre de l’Association nationale des femmes espagnoles, Sofia Blasco participa à de multiples hommages, à Halma Angélico et Palacio Valdés, entre autres, en 1935 et 1936. Toujours en 1936, elle participa à l’hommage qui a eu lieu au Círculo de Bellas Artes de Madrid aux auteurs d’histoires pour enfants Magda Donato, Elena Fortún, Antoniorrobles et Salvador Bartolozzi. L’une des dernières occasions de rencontre d’intellectuels et d’artistes avant la guerre civile fut en hommage au poète sévillan Luis Cernuda pour la première édition de sa poésie livre Reality and Desire.

Mais le 18 juillet 1936, avec la révolte des généraux fascistes, tout changea radicalement pour elle. Sofia Blasco écrivit dans son livre Pueblo de España, Diario de guerra de la Madrecita qu’elle rencontra pour la première fois la guerre au front, le 23 juillet 1936, lorsqu’elle visita la ville de Buitrago, à 70 km au nord de Madrid, avec ses camarades du Socorro Rojo Internacional — Secours Rouge International (SRI) —. A la suite de la surprise du coup d’État fasciste, en ces premières heures de guerre, un certain degré de désorganisation dans les milices antifascistes était compréhensible, et surtout dans le ravitaillement. À cette cette raison, Sofia organisa une cuisine de campagne et, avec l’aide de ses camarades, prépara une soupe puissante pour deux mille miliciens qui l’ont terminée avec une avidité typique de ceux qui mangeaient des sardines depuis plusieurs jours. Ce voyage fut pour elle crucial et révélateur.

De retour à Madrid, avec son fils Jaime, 15 ans, Sofia Blasco conçut un plan pour revenir au front et être utile à la cause de la liberté : ils décidèrent d’installer une cantine itinérante au pied du col de Somosierra au nord de Madrid. Après avoir demandé un entretien avec Luis Castelló, ministre de la Guerre, et lui avoir expliqué le projet, ce dernier, bien que n’y étant pas favorable au début, en raison du risque sérieux que cela impliquait, finit par accepter, voyant la ferme détermination de Sofía. Et quelques jours plus tard, mère et fils, s’installèrent à La Cabrera à 35 kilomètres au sud de Somosierra, à quelques kilomètres de la bataille.

Concernant la participation de son fils adolescent à cette expérience, elle écrivit dans son premier article dans El Liberal : « Mon fils est avec nous, qui avec ses quinze ans est fier de cet après-midi inoubliable pour lui… ». Sofía déclara que chaque fois qu’ils lui demandaient pourquoi elle était allée dans la zone de guerre, elle répondait de la même manière : elle considérait que c’était un devoir, elle voulait apporter quelque chose aux combattants républicains et la seule chose qu’elle pouvait leur donner quand elle avait environ 60 ans était sa sensibilité féminine et sa sollicitude maternelle. Et elle a si bien fait son travail que, sur les fronts où elle était, les miliciens et les miliciens le connaissaient sous le nom de « La Madrecita ».

Pendant plusieurs années, et jusqu’à l’évacuation de Madrid en novembre 1938, elle fut la rédactrice en chef du journal El Liberal (Madrid) et publia également des collaborations à La Libertad (Madrid), signant toujours dans les deux cas sous le pseudonyme « Libertad Castilla ». Au début de 1937, elle s’installa à Alicante.

En 1937, Sofia Blasco fut envoyée à Paris pour représenter le gouvernement républicain à la conférence organisée par le Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme pour aider le peuple espagnol. Le 16 janvier, elle participa à la Conférence internationale pour l’aide à l’Espagne républicaine, présidée par Victor Basch. Le comité mondial des femmes organisa pour elle une tournée de conférences partout en France et jusqu’en Suisse une tournée. Au milieu de l’année 1938, rejoignit le personnel de la Délégation de propagande de la République espagnole à Paris, et continua sa tournée de conférencière. « Parlant le français avec une rare distinction » [d’après le journal socialiste Suisse La Sentinelle], elle tint environ 250 conférences dans tout le pays ainsi qu’en Suisse, ne se contentant pas des grandes villes, mais se déplaçant jusque dans des petites bourgades ouvrières comme le 1er juillet 1937 à Blangy-sur-Bresle (Seine-Inférieure, Seine-Maritime). Elle écrivit des articles pour la presse, soutenant la cause républicaine, et fut à l’origine d’un portrait de militants, signé par Maria Rabaté dans le numéro spécial de Femmes en février 1937. Pour ce travail, mais aussi pour les conférences qu’elle donna, elle fut très surveillée par la police française. Dans un rapport, elle est décrite comme une amie de Margarita Nelken, militante socialiste espagnole. En 1938, elle publia un livre sur son Peuple d’Espagne : Pueblo de España, Diario de guerra de la Madrecita, traduit en français par Henriette Souret, sous le titre Peuple d’Espagne, Journal de guerre de la « Madrecita », et publié aux éditions de la Nouvelle Critique en 1938.

Après la fin de la guerre, le 13 juillet 1939 dans le port de Bordeaux, Sofia Blasco et son fils s’embarquèrent pour l’exil à bord du paquebot Mexique, avec 2200 républicaines et républicains. Elle arriva dans la ville mexicaine de Veracruz le 27 mai. 22 juillet, elle s’installa à Mexico et, là, elle exclut désormais de continuer à exercer la profession d’écrivain ou de journaliste. Elle ouvrit une chapellerie pour femmes. Elle vivait toujours en 1949. La date de sa mort est inconnue.

Sofia Blasco s’était mariée le 1er octobre 1899 avec Jaime Munoz y Baena, fonctionnaire au ministère des travaux public espagnol, et avocat. Ils eurent un fils, Jaime, né vers 1921.

En décembre 2020, le journaliste et écrivain Fernando Olmeda a publié le roman Mexique, dans laquelle il publie sa dernière chronique de juillet 1939, dans laquelle elle sauve sa biographie et l’histoire de son voyage avec deux mille exilés républicains. .

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article240223, notice BLASCO Sofia, Angela, Rosa, dite La Madrecita par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 26 avril 2021, dernière modification le 26 avril 2021.

Par Gilles Pichavant

Sofia Blasco, dans La Petite Gironde, le 15 octobre 1927
Sofia Blasco, dans La Petite Gironde, le 15 octobre 1927
Sofia Blasco et son fils Jaime, vers 1938.
Sofia Blasco et son fils Jaime, vers 1938.
Paul Langevin, madame Duchesbe et Sofia Blasco, le 16 janvier 1937, lors de la Conférence internationale pour l'aide à l'Espagne républicaine.. — L'Humanité, 17 janvier 1937.
Paul Langevin, madame Duchesbe et Sofia Blasco, le 16 janvier 1937, lors de la Conférence internationale pour l’aide à l’Espagne républicaine.. — L’Humanité, 17 janvier 1937.

Sofia Blasco, Peuple d’Espagne, Journal de guerre de la Madrecita, traduction française d’Henriette Souret, Paris, Ed. de la Nouvelle Critique (1938).

SOURCES : Site web kaosenlared.net, article Conocí a Sofía Blasco, la « santa laica », en el frente de Somosierra… — Site Wikipedia (en espagnol), biographie de Sofía Blasco. — L’Avenir Normand, 4 juin 1937, 1er juillet 1937 . — Le Ménestrel, 13 octobre 1933. — L’Humanité, 17 janvier 1937. — La Dépèche (Toulouse), 28 novembre 1937. — Combat, 22 novembre 1949. — La Petite Gironde, 15 octobre 1927En vigie : bulletin de la Section française de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (Gallica.fr), 1er janvier 1937. — El Imparcial (Madrid), 29 juillet 1899. — La Nacion, 13 septembre 1933. — La sentinelle, journal socialiste de Lausanne (Suisse), 6 mai 1938, 10 mai 1938, etc. — État civil (Biarritz).

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