BOURGOGNE André, Fernand

Par Daniel Grason

Né le 18 décembre 1907 à Paris (XXe arr.), mort le 24 décembre 1966 à Loisail arrondissement de Mortagne-au-Perche dans l’Orne ; commis laitier, vernisseur ; communiste ; résistant ; déporté.

Fils de Paul et d’Eugénie Francheville, il épousa Lucie, Zulma, Marie Bricout le 27 avril 1929 en mairie d’Asnières (Seine, Hauts-de-Seine). Le couple était sans enfant. De la classe 1927, il a été exempté pour maladie de cœur.
Le couple vivait dans un pavillon dont il était copropriétaire avec son beau-frère Fernand Bricout au 134 rue du Moulin de la Tour, chauffeur à la compagnie du gaz de Gennevilliers. Il exerça le métier de commis laitier aux Laiteries Modernes de Gennevilliers, puis il exerça la profession de vernisseur à la Maison S.E.M.I.S à Suresnes qui fabriquait des postes de télégraphie sans fil. Il gagnait 700 francs par quinzaine, sa femme ne travaillait pas.
Il adhéra au Parti communiste en 1937, était organisé à la cellule n° 74 des Grandes Maisons. Après la déclaration de guerre, il a été trois mois sans travail, ensuite il travailla aux Laiteries Modernes jusqu’en juin 1940.
En août 1940, il rencontra Raymond Colin qui lui demanda s’il voulait bien assumer la répartition des tracts de l’organisation clandestine, il accepta. Début septembre 1940, il le mettait en relation militante avec René Larchevêque. Il lui remettait des paquets de tracts ronéotypés. Il rencontra aussi Paul au pont de Neuilly qui lui a été présenté par Colin de l’organisation clandestine. Le 8 novembre 1940, toujours par l’intermédiaire de Colin il rencontra un autre militant, à qui il remettait des tracts.
Début novembre nouveau rendez-vous avec Paul un militant d’Asnières, il le rencontrait soit au Pont de Neuilly soit au Pont de Levallois-Perret en fin d’après-midi entre 18 heures et 18 heures 15. Paul lui présenta un militant dont le sobriquet été Dépôt, du fait qu’il avait en charge le dépôt des tracts et des brochures.
Le 7 décembre 1940 à 18 heures 30, André Bourgogne a été interpellé au moment où il se présentait au domicile de René Larchevêque au 31 rue Camille Pelletan à Levallois-Perret par deux policiers du commissariat de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine). Fouillé il détenait des tracts de l’organisation clandestine dans la poche droite de son veston.
Lors de la perquisition domiciliaire effectuée en sa présence les policiers saisissaient des publications anciennes : Regards, des numéros de L’Humanité du 18 juillet 1937 et du Travailleur de la Banlieue Ouest du 5 novembre 1937, dix-huit exemplaires de L’Humanité n° 86 du 31 octobre 1940, cinq tracts s’adressant à la délégation spéciale de Gennevilliers, quinze tracts intitulés « Aux militants communistes », quatre morceaux de papier sur lesquels figuraient écrit au crayon des lieux et heures de rendez-vous, une petite bande de papier type « inscription murale » avec la traduction en allemand et un tract intitulé « Peuple de France ».
Avant son interrogatoire, fouillé, il détenait un tract intitulé « Peuple de France » dans son portefeuille. Interrogé, il reconnaissait avoir reçu des tracts de Raymond [Colin] et d’un prénommé « Paul », tous les deux furent recherchés. Il donna ces tracts à René Larchevêque, ainsi qu’à trois autres militants chargés de les distribuer dans les localités d’Asnières, de Clichy-la-Garenne et de Gennevilliers.
Inculpé pour détention de tracts communistes, il a été emprisonné à la Santé et avait pour avocat Maître Antoine Hajje. Le 19 décembre 1940, il était entendu par un juge d’instruction. Il réitéra les déclarations faites à la police lors de son interpellation : « C’est le nommé Raymond [Colin] qui vers le mois d’août m’a demandé de participer à la répartition de tracts communistes. J’ai accepté. »
Raymond Colin lui avait demandé dès le mois d’août 1939 de participer à la répartition des tracts édités par l’organisation clandestine, il accepta. Il affirma le 19 décembre 1940 au juge d’instruction qu’il ignorait où il vivait. Il fut inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939. Il en a été de même des quatre autres militants impliqués : René Kourtz, René Larchevêque, Salagnac et Jouano.
Il ne connaissait que René Larchevêque, qui lui avait remis les tracts ronéotypés saisis à son domicile, ceux imprimés lui furent donnés par "Paul". Il devait affirma- t-il les donner à « un correspondant d’Asnières ». Quant à Raymond Colin, il affirma ne pas connaître son adresse.
René Larchevêque qui avait pour avocat Maître Hajje déclara : « J’ai aussi reçu des tracts de Bourgogne ».
Il affirma ne connaître que Raymond Colin, à l’issue de son audition ayant reconnu qu’il avait servi d’intermédiaire entre Colin et Larchevêque, il a été inculpé pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939.
André Bourgogne a été incarcéré à la Santé le 8 décembre 1940, puis à Fresnes le 30 mai 1941, interné ensuite à Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), jusqu’au 9 juillet 1942 où il a été transféré au camp de Voves.
Il était le 18 octobre 1943 dans un convoi de cinquante-deux hommes à destination de Mauthausen en Autriche. Eugène Jarny de Gennevilliers était dans le même transport, ils transitèrent par le camp de Neue-Bremm à Sarrebrück. Le 4 novembre 1943, il était dirigé sur le camp de Mauthausen en Autriche, il devint le matricule 38730. En janvier 1944 il fut envoyé à à Ebensee puis à Auschwitz en Pologne, à Gross Rosen, et enfin au camp de Dora et Nordhaunsen d’où il a été libéré le 11 avril 1945.
André Bourgogne rentra très affaibli par les épreuves de sa déportation. Il témoigna « des coups de triques » reçus au camp de Sarrebrück « où on nous fit faire le crapaud » et ce pendant six jours. Mauthausen où « les coups pleuvent pendant les formalités, douches, rasage. Je fus dépouillé de toutes mes affaires. » Le block que quarantaine où les détenus étaient « couchés en sardines. » Un droit commun allemand qui courait « sur les ventres » et qui « frappait » avec une « matraque en caoutchouc ». Quant à la nourriture « un litre de soupe, rutabagas, patates, 200 grammes de pain, avec un petit morceau de margarine ou une demi cuillère à soupe de marmelade, juste de quoi ne pas mourir de faim. »
Il demandait justice, saluait « la glorieuse Armée Rouge qui a tant contribuée à l’anéantissement du nazisme, je salue aussi les armées Américaines, Anglaises et Françaises », et exprimait sa confiance dans le Parti communiste.
André Bourgogne fut reconnu comme « déporté politique ». En 1955, il a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF).
Le couple Bourgogne se retira dans l’Orne, il y mourut à Loisail le 24 décembre 1970 à l’âge de cinquante-neuf ans. La Municipalité de Gennevilliers donna son nom à une rue de la ville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article240234, notice BOURGOGNE André, Fernand par Daniel Grason, version mise en ligne le 26 avril 2021, dernière modification le 5 mai 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. Nat. Z-4-71 dossier 501. – Arch. PPo. BA 2373, 77 W 3113-293378. – Arch. Mun. Gennevilliers, témoignage d’André Bourgogne recueilli par Pierre Appy. – SHD, Vincennes, GR 16 P 82390. – État civil Paris XXe arrondissement acte n° 4302.

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