GAILLARD Fernande, Simone, Marie Louise

Par Michel Thébault

Née le 7 août 1919 à Nice (Alpes-Maritimes), exécutée sommairement par la résistance le 17 juillet 1944 à Millac (Vienne) ; surveillante auxiliaire de police au corps urbain de Poitiers, détachée au service des Renseignements Généraux ; résistante réseau Éleuthère.

Fernande Gaillard était la fille d’Eugène, Louis, André Gaillard militaire de carrière, sous-officier des troupes coloniales, et de Louise, Clémentine Mihiel comptable, domiciliés à Nice. Son père né le 22 mai 1891 à Avignon (Vaucluse) s’était engagé en 1910 dans l’armée, incorporé dans les troupes coloniales. Il fit le premier conflit mondial, devenant caporal puis sergent en 1915, engagé aux Dardanelles de mai 1915 à mai 1916. C’est lors d’un de ses séjours en métropole qu’il épousa le 28 décembre 1916 à Nice, Louise Mihiel (née le 5 décembre 1898 à Puget-Théniers, Alpes-Maritimes) ; il était alors sergent au 73ème bataillon de Tirailleurs Sénégalais. Il repartit ensuite en Orient puis en Algérie. Réengagé en 1920 comme maréchal des logis il fut affecté au Dahomey (actuel Bénin) de 1922 à 1924. Rentré à Marseille il fut affecté à l’Intendance militaire en août 1925. Les parents de Fernande Gaillard divorcèrent le 13 novembre 1925, par un jugement du Tribunal civil de Marseille. Sa mère se remaria le 30 décembre 1926 à Marseille avec Paul, Auguste Bulot dont elle eut une fille, demi-sœur de Fernande.

Au début des années 1940, Fernande Gaillard fut d’abord domiciliée dans l’Ain, où elle eut un fils Jean-Paul, François, Pierre né le 31 mai 1942 à Bourg-en-Bresse (son père Georges, Marcel, Charles Jenny ne reconnut l’enfant qu’à la fin de l’année 1945). Elle trouva ensuite un emploi à Poitiers (Vienne) comme surveillante auxiliaire de police au corps urbain de Poitiers, détachée au service des Renseignements Généraux ; elle demeurait avec son fils 12, boulevard du Pont Joubert. Sous l’autorité de l’intendant de police Lemoine, collaborateur des forces d’occupation dans la répression de la résistance, se constitua néanmoins dans le service des renseignements généraux une cellule résistante. Dirigée par les inspecteurs Jean Guibert et Antoine Cantin, elle comprenait plusieurs membres du personnel dont Fernande Gaillard. Affiliés au réseau Eleuthère, réseau de renseignements rattaché à Libération-Nord, ces résistants constituèrent un petit groupe nommé « Espérance ». En liaison avec les chefs de la Résistance locale, le personnel résistant jouait un double-jeu, repérant les maquis sur ordre mais aussi démasquant les agents de la collaboration et les délateurs, ne communiquant qu’avec retard à l’intendant de police les informations et prévenant les maquis des opérations à venir. Fernande Gaillard parvint même à rédiger de faux rapports pour ralentir l’action de l’intendant de police.

Les autorités allemandes lancèrent dans le mois de juillet et au début du mois d’août, de nombreuses opérations de ratissage dans le but d’anéantir les maquis de la Vienne. Le 17 juillet 1944, une colonne allemande (SS de la section rapide n° 608 rattachée au 80e corps d’armée de la Wehrmacht) renforcée par des miliciens partit de Poitiers à l’aube pour se diriger vers les communes de Moussac et l’Isle-Jourdain afin d’arrêter sur dénonciation, des résistants à la ferme de la Reue (commune de Moussac) et à la gendarmerie de l’Isle-Jourdain. Envoyés sur place par l’intendant de police, Fernande Gaillard fut arrêtée dès le 15 juillet et Antoine Cantin le 17 juillet vers 17 heures à l’Isle-Jourdain (Vienne) sans avoir pu prévenir la gendarmerie locale de l’intervention imminente des forces d’occupation. Conduit dans la commune proche du Vigeant, Antoine Cantin y retrouva Fernande Gaillard. Le commandant local de la Résistance, le capitaine Blondel alias « Michel » de l’AS, organisa sur le champ une cour martiale expéditive, les fit condamner à mort pour espionnage et sans chercher à contacter ses supérieurs pour vérifier leurs dires sur leur appartenance à la résistance, les fit exécuter le soir même vers 23 heures. Le corps de Fernande Gaillard ne fut retrouvé que le 23 juillet 1944 (date de sa mort sur l’acte de décès) au lieu-dit « Les Roches » commune de Millac, le registre de décès décrivant une « femme inconnue dont l’identité n’a pu être établie et l’état de putréfaction n’a pas permis de fixer la date du décès... ». Inhumé dans le cimetière de Millac, vraisemblablement dans la fosse commune, son corps n’a jamais pu être retrouvé. Un jugement déclaratif de décès du tribunal civil de première instance de Poitiers rendu le 4 juin 1945 établit son identité officielle.

Pour Antoine Cantin l’action conjuguée de ses anciens collègues, de ses camarades d’Espérance et d’Eleuthère, de ses parents, puis du journal régional Le Républicain Lorrain, permirent une réhabilitation rapide dès 1949. Les juridictions saisies estimèrent toutes que « les charges relevées contre Cantin s’avèrent inexistantes » et considèrent la condamnation et l’exécution totalement infondées, quoique couvertes par l’amnistie, pointant les multiples dysfonctionnements. Les diverses enquêtes ultérieures conclurent de même. En 1947, le ministre de l’Intérieur parlait même de « la tragique incurie du colonel Blondel ». Par contre il fallut attendre plus de 70 ans pour que Fernande Gaillard soit réhabilitée dans son honneur. Ce n’est qu’en 2017 que la mention « Mort pour la France » lui fut enfin accordée. Demandée dès 1962 par l’ancien inspecteur Guibert, elle ne put être accordée en raison de l’opposition de celui qui était devenu le lieutenant-colonel Blondel de l’Armée française pour qui une telle reconnaissance aurait établi son erreur.

Le dimanche 29 juillet 2018 eut lieu à Millac, la cérémonie d’inauguration d’une plaque à la mémoire de Fernande Gaillard, sur le monument aux morts. Il fut alors remis remis, à l’arrière-petite-fille de Fernande Gaillard, et pour cette dernière, à titre posthume, la médaille d’honneur de la police nationale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article240276, notice GAILLARD Fernande, Simone, Marie Louise par Michel Thébault, version mise en ligne le 30 avril 2021, dernière modification le 1er mai 2021.

Par Michel Thébault

SOURCES : Arch. Dép. Alpes-Maritimes et Vaucluse (état civil, registre matricule). — Luc Rudolph, Policiers contre policiers Éditions SPE, 2015. — Site de la ville de Montamisé (Vienne), article de Jean-François Liandier, août 2018. — Journal La Nouvelle République articles août 2018. — Mémoire des Hommes.

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