GRAU Sennen, Antoine, François

Né le 11 février 1841 à Palalda [Amélie-les Bains – Palalda depuis 1942] (Pyrénées-Orientales), mort le 11 octobre 1898 à Palalda ; facteur des Postes ; militant républicain de gauche, auteur de chansons politiques en catalan ; emprisonné sous le gouvernement d’Ordre moral

Le père de Sennen Grau, prénommé Joseph, était âgé de 38 ans en 1841. Il exerçait la profession de maçon dans sa commune de résidence, Palalda, un village du moyen Vallespir (vallée du Tech), proche de la station balnéaire déjà très réputée au XIXe siècle, Amélie-les-Bains. Sa mère, Agnès Barboteu, était également âgée de 38 ans à la m^me date. Sennen Grau épousa Marie Fite, âgée de vingt-cinq ans en en 1871.

En 1871, Sennen Grau était qualifié de "brassier". On peut penser qu’il intégra l’Administration des Postes et Télégraphe après la consolidation des institutions républicaines, en "récompense" aux services rendus à la cause républicaine en 1870-1871 et en compensation à son arrestation et à sa condamnation en 1874.

Sennen Grau fut un ardent militant républicain sous le Second Empire. À cette époque Palalda était comme beaucoup de villages catalans partagé entre deux « clans » antagonistes : les « Qui » (de « Carlins », mot catalan issu de « carliste » et qui, dans les Pyrénées-Orientales, désignait les royalistes) et le « Ca » (du catalan « republicà », républicain).

Sennen Grau fut mêlé à l’"affaire de Palalda" (4-septembre 1870 — 24-27 novembre 1874) pendant laquelle les Rouges de Palalda s’opposèrent au curé du village, l’abbé Joseph Calfort, qu’ils séquestrèrent pendant la nuit du 4 au 5 septembre 1870, juste après la proclamation de la République. Ils le libérèrent après quelques heures de détention non sans avoir proféré à son égard des menaces de mort. Quatre ans plus tard, en pleine période d’"Ordre moral", ils furent arrêtés pour ces faits et condamnés par un conseil de guerre qui siégea à Perpignan (Pyrénées-Orientales) du 24 au 25 décembre 1874. Des vingt-et-un prévenus, neuf le furent par contumace, deux étant morts entre temps. Parmi les douze prévenus qui comparurent devant le conseil de Guerre, deux furent acquittés, et dix furent condamnés à des peines allant de cinq ans à quinze jours de prison. Pour sa part, sennen Grau fut condamné à trois ans de prison.

Cette affaire fut immortalisée par une chanson en langue catalane. Cette complainte, considérée comme une oeuvre collective fut en fait principalement composée en prison par Sennen Grau. Il la fit parvenir à Palalda dans une boule de pain qu’il destinait à sa famille demeurée au village sans ressources. Arrivée à destination, elle commença une longue carrière locale. Sennen Grau était déjà l’auteur d’une autre chanson, la Cançó de l’Aragó [Aragó preniu pacièni(a). aisni que l’affirme Fernand Villacèque qui appuie ses dires sur des recherches postérieures à celles d’Horace Chauvet qui attribuait cette chanson à Jean Camboliu, l’un des principaux protagonistes, avec Sennen Grau, de l’affaire de Palalda, décédé lors du conseil de guerre de 1874.

Fernand Villacèque qui recueillit la tradition orale avait conservé le souvenir de la "complainte" de l’affaire de Palalda, a révélé qu’elle fut, sans doute à partir de 1877 jusqu’en 1936, chantée dans le village à l’occasion des fêtes, en particulier le 14 juillet, étant devenue le symbole de ralliement des Rouges de la localité et d’affirmation de leur identité face aux carlins [ catalan pour "carlistes" = royalistes légitimistes] Il en publia la version recueillie en orthographe normalisée catalane en 1978. Elle de meure , avec Aragó preniu paciència, un exemple significatif de la littérature populaire politique en langue catalane de la Catalogne du Nord [française].

Un de ses fils prénommé aussi Sennen Sennen Grau, fils fut également facteur des Postes. Il milita dans les rangs du Parti socialiste SFIO. Il ne semble pas avoir de liens de parenté avec Jean Grau (voir ce nom), autre militant socialiste de Palalda.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article240311, notice GRAU Sennen, Antoine, François, version mise en ligne le 3 mai 2021, dernière modification le 3 mai 2021.

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 5 Mi 9, état civil de Palalda (1841, 1871). — Arch. com. Amélie-les-Bains – Palalda, état civil (1898). — André Balent, "Grau Sennen et Grau Émile", DBMOMS, tome XXX, 1987, p. 263. — Jean-Jacques Caillis, ’Mon village dans le siècle (Amélie-les-Bains-Palalda), 1880-1999, Amémie-les-Bains, Créatch, 2000, 302 p. — Horace Chauvet, Histoire du parti républicain dans les Pyrénées-Orientales , 1830-1877], Perpignan, Imprimerie de l’L’Indépendant, 1909, 295 p. — Fernand Villacèque, "L’affaire de Palalda (4-5 septembre 1870 – 24-28 septembre 1874 Massana, , 36, 1978, p. 78-90." — Réponse écrite à un questionnaire par Jacques Grau, domicilié à Palalda, professeur au collège « Madame de Sévigné » à Perpignan (14 février 1986).

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