PARENT Roger

Par Laurent Aucher, Danielle Champion

Né le 3 mars 1911 à Quincy (Cher), mort le 10 mai 2006 à Vierzon (Cher) ; ouvrier métallurgiste ; militant cégétiste et communiste ; président ou vice-président du Conseil de Prud’hommes de Vierzon.

Au moment de la naissance de Louis Roger Parent, son père travaille comme chef de culture dans une grande ferme, le domaine des Rosiers, appartenant à monsieur Ponroy. Sa mère, dès cette époque, fut atteinte d’une maladie qui la laissa progressivement paralysée. Le père ayant refusé, à cause de l’état de santé de sa femme, la proposition de son patron de prendre la ferme en locature, la famille s’installa à Vierzon.
Ouvrier dans le machinisme agricole, embauché à la Vierzonnaise qu’il quitta pour l’usine Merlin, le père effectua un travail de force, à la forge, en chaudronnerie. Il ne milita pas, surchargé de travail par la maladie de sa femme.
Roger fréquenta l’école des Forges, quartier où il passa toute sa vie. Il obtint son Certificat d’études primaires (CEP) à douze ans et, trop jeune pour entrer en apprentissage, il passa six mois dans la petite Alimentation générale-épicerie de son frère à Paris.
Présenté chez Merlin par son père en 1924, il y commença un apprentissage d’ajusteur. En 1926, on l’embaucha comme ouvrier professionnel jusqu’en 1943, date à laquelle les Allemands le déplacèrent à la Précision Moderne, entreprise où, à la Libération, il choisit de rester pour des raisons financières.
Comme il l’indique lors d’une interview réalisée en 1996, il participa pendant les années 1940 au mouvement du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France créé par le PCF.
À la Précision Moderne, très jeune, Roger Parent montra un tempérament revendicatif et exprima des exigences sur la reconnaissance des compétences professionnelles et l’adéquation des salaires. Dès février 1945, il milita à la CGT. Il fut élu délégué du personnel et trésorier de la section locale. En 1948, une commission exécutive le désigna comme secrétaire du Syndicat vierzonnais des métaux. Il le resta une vingtaine d’années. Pendant un temps relativement long, de 1960 à 2000, il occupa également le siège de président de l’Union locale CGT de Vierzon.
Lors de la grande grève de février 1950 déclenchée à la Société Française, grève de la métallurgie qui s’étendit à la porcelainerie, c’est lui, alors représentant du Syndicat des Métaux, qui annonça aux manifestants que trois patrons avaient accepté l’augmentation de 3.000 francs par mois que les ouvriers revendiquaient. La grève se termina le 14 mars.
Parallèlement à son engagement syndical, Roger Parent milita au PCF dans la cellule Lenoir-Delisle de la Précision Moderne. À partir de 1953, il fut membre du Comité fédéral communiste, sa femme Andrée également qui devint élue municipale en 1962.
Tout au long de sa carrière, il manifesta des qualités relationnelles remarquables et le goût du collectif. Ainsi, on lit dans le catalogue de l’exposition de 1979 Vierzon célèbre le bicentenaire de son industrialisation : « Y’avait de la fraternité... Une grande solidarité... Celui qui était bon ouvrier se défendait... Ça camaradait... » Il montrait aussi une grande disponibilité de militant et de formateur et exerça une influence importante sur de nombreuses personnes qui, pour certaines, comme le futur maire de Bourges Jacques Rimbault, assumèrent des responsabilités syndicales et politiques. Par ailleurs, il sut faire partager son expérience et se prêta à plusieurs interviews à des fins de recherche historique et sociologique.
La défense des droits des salariés et le respect de la justice l’amènèrent à représenter la CGT au Conseil de Prud’hommes de Vierzon. Il en fut alternativement président ou vice-président pendant une trentaine d’années.
Après sa retraite qu’il prit à soixante-deux ans, et jusqu’en 1996, il fut secrétaire du Syndicat CGT retraités multipro de Vierzon qu’il avait lui-même créé.
De son propre aveu, Roger Parent fut, tout au long de leur vie commune, soutenu par sa femme, Andrée Rapaud, qu’il avait épousée le 26 août 1933 à Vierzon-Villages.
Il mourut le 10 mai 2006 et fut inhumé, avec Andrée, au cimetière des Forges.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article240805, notice PARENT Roger par Laurent Aucher, Danielle Champion, version mise en ligne le 6 juin 2021, dernière modification le 6 juin 2021.

Par Laurent Aucher, Danielle Champion

SOURCES : Laurent Aucher, « Mémoire de fer à Vierzon », Berry magazine, n°41, printemps 1997, p. 48-53. — Laurent Aucher, Danielle Champion, Récits d’anciens métallos (Vierzon, 1996), Paris, L’Harmattan (coll. « Logiques sociales »), 2021. — Jacques Blondeau (coord.), « Ils ont tracé le chemin de la Précision moderne à Denison Hydraulics, aujourd’hui Parker », Cahiers d’histoire sociale, IHS-CGT de région Centre, novembre 2017. — Marcel Cherrier, Michel Pigenet, Combattants de la liberté. La résistance dans le Cher, Paris, Éditions sociales, 1976. — Jean Kiras, avec les textes de Marcel Tavé et les photographies de Daniel Haddad, Vierzon célèbre le bicentenaire de son industrialisation, plaquette de l’exposition « Paysages des hommes et de leur travail », Ville de Vierzon, 1979. — Henri Letourneau, L’Industrie du machinisme agricole à Vierzon, Paris, Guénégaud, 2003. — Michel Pigenet,Les Ouvriers du Cher (fin XVIIIe siècle-1914). Travail, espace et conscience sociale, Paris, IHS-CCEES CGT, 1990.

ICONOGRAPHIE Les deux photographies représentent Roger Parent à une vingtaine d’années d’intervalle. La première a été prise par Daniel Haddad pour l’exposition « Paysages des hommes et de leur travail » qui s’est tenue à Vierzon du 25 octobre au 21 novembre 1979. La seconde a été réalisée par Rachida Saaf pour illustrer un article de Laurent Aucher, « Mémoire de fer à Vierzon », paru au printemps 1997 dans Berry magazine.

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