BELIGAT Roger alias Alain Derval

Par Eric Panthou

Né le 19 janvier 1915 à Culhat (Puy-de-Dôme), mort le 22 juin 1984 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; membre du Parti communiste (PCF) ; résistant au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP).

Portrait de Roger Beligat

Fils de François Beligat et d’Hélène Lavaure, Roger Beligat -souvent orthographié Belligat, y compris par lui-même- eut trois frères. Il épousa plus tard Marie.
Appelé pour la relève en Allemagne le 10 février 1943, il dut rejoindre la clandestinité en travaillant dans une ferme pendant un temps assez long. Il affirme avoir été sollicité à plusieurs reprises alors pour rejoindre les Mouvements unis de la Résistances (MUR) mais préféra attendre d’être en liaison avec les FTP pour s’engager. Il était donc probablement membre du Parti communiste dès l’avant-guerre.
Quand il eut le contact, il rejoignit le détachement Klébert de la 1ère Compagnie FTP de Clermont-Ferrand. Le Poste de commandement était installé à Pont-du-Château (Puy-de-Dôme), à une dizaine de kilomètres à l’est de Clermont-Ferrand. Arrivé avec quelques réfractaires qu’il avait regroupé auparavant, il fut nommé chef de groupes et peu de temps après Commissaire aux effectifs (CE) du détachement afin d’assurer le recrutement d’un groupe initialement très réduit. Le groupe mena d’abord un travail de propagande et de sabotages.
Le 20 mai 1944, plusieurs responsables et agents de liaison de la 1ère Compagnie furent arrêtés à Clermont-Ferrand ce qui entraîna une rupture immédiate des liaisons entre le Poste de commandement (PC) de la Compagnie et ses détachements. Le 24 mai, après une nouvelle arrestation d’un homme du détachement, il rejoint la montagne avec 12 de ses hommes. C’est à partir de cette date qu’il quitte la vie de sédentaire et rejoint le maquis. Il s’attèle alors à renforcer son groupe en hommes et matériel dans le secteur de Lezoux-Pont-de-Dore. On lui propose alors de créer la 8mée Compagnie en prenant en charge une cinquantaine de nouveaux volontaires à récupérer en camion à proximité de Clermont-Ferrand. Il déplace son camp pour aller dans le bois de Coisse dans les environs de saint-Germain-l’Herm. Il est en contact avec la 6éme Compagnie stationnée au bois de Mauchet, près d’Echandelys. L’armement est très restreint. C’est la raison pour laquelle début juin, sa compagnie et la 6éme vont désarmer des gendarmeries environnantes mais le butin fut maigre.

Quelques jours après, il déplace son camp pour l’installer entre Echandelys et Fournols, dans ce qu’on a appelé le maquis de Puy-Hautier, près de la 6éme Compagnie. L’annonce du débarquement entraîne un afflux de volontaires ; la compagnie aurait alors atteint 210 hommes selon le récit fait par Roger Beligat ; la 6ème compagnie ayant des effectifs similaires. L’armement étant trop restreint, il est décidé de former une nouvelle compagnie avec les excédents d’hommes : la 10ème. Celle-ci, formera le Bataillon B avec la 3éme compagnie, placé sous les ordres de l’ex Commissaire aux opérations de la 6éme Compagnie : Emile Guyonnet, alias Bicot.
Le 10 juin, son groupe réussit un voldans des bureaux de l’aérodrome d’Aulnat.
Le 15 juin, son groupe est attaqué à Courpière par un détachement allemand doté de deux blindés. L’engagement armé eut lieu alors que Beligat s’appuya seulement sur 5 hommes, préférant laisser les plus jeunes, non aguerris, à l’abri.
Sa compagnie est déplacée autour de Valcivières tandis que la 6ème compagnie s’installe à Olmet puis au Brugeron.

La 8éme Compagnie a organisé l’opération de récupération d’armes et matériel à la caserne des GMR de l’Oradou le 24 juin 1944, opération spectaculaire en plein centre de Clermont-Ferrand. La 8e Compagnie est devenue de la 104e Bataillon FTPF .
La compagnie oeuvra ensuite dans le secteur d’Ambert, réalisant notamment des opérations de contrôle du ravitaillement et du marché noir.
Le 27 juillet, avec 30 de ses hommes il participa à une expédition à Boën-sur-Lignon (Loire) afin de réquisitionner des véhicules et réglementer les prix un jour de foire. Le groupe, aidé d’un autre issu de la Loire, attaqua un convoi ferroviaire allemand passant en gare. Les Allemands auraient eu plusieurs victimes tandis que les FTP perdaient trois hommes.
Les FTP prirent l’initiative de convoquer les représentants patronaux pour imposer une hausse des salaires des ouvriers d’Ambert, début août 1944. Cette région était particulièrement en retard au niveau des salaires, le mouvement ouvrier y étant très mal implanté historiquement. Beligat s’entendit avec Alexis Duvert, représentant des Syndicats ouvriers du Puy-de-Dôme mais aussi membre des Mouvements unis de la Résistance, pour imposer une hausse équivalent à 30% pour un ouvrier.
Le Bataillon B devient sous-secteur B et comprend deux Bataillons : le 103ème et le 104ème. Beligat se voit confié le commandement du 104éme Bataillon.
La 8ème Compagnie ayant des hommes en surnombre sera divisée en deux et formera les 111ème et 1112ème Compagnies. Pour compléter son bataillon, on lui adjoint la 1110ème compagnie (ex 3ème compagnie).
Ces compagnies furent placées sous le commandement d’anciens Commissaires aux opérations de détachement. Lieutenant Belhoule dit Lebrun pour la 1110ème Compagnie ; lieutenant Louis Arlaud alias Laurent pour la 111ème Compagnie et le lieutenant Roland Beligat alias Raoul pour la 1112ème Compagnie. au niveau des cols du béal et du col de la Croix de l’Homme Mort.
Roger Beligat a à ses côtés un commissaire aux effectifs, Gilbert Tibier alias Thibert, et un adjoint au effectifs, Jean besson, alias Petit-Jean.
Avec ses trois compagnies, il doit contrôler l’extrémité sud-est du Puy-de-Dôme.
Les 20-21 et 22 août, ses compagnies participèrent aux combats d’Estivareilles contre la garnison allemande du Puy qui se repliait. Tous les Allemands ont été faits prisonniers à l’issue des combats qui virent plusieurs unités FTP et MUR unirent leurs forces.
Son unité fut impliquée dans les combats pour la libération de la ville de Thiers, le 25 août 1944. Il était à son PC d’Ambert quand il prit la décision de rejoindre Thiers. A la libération de Thiers il commande des éléments du 104 bataillon appelés en renfort du 103 bataillon de Rossignol alias Pigeon. Dans une correspondance en 1980 avec Philomen Mioch, qui était en train d’écrire un livre de souvenirs évoquant ces combats, Roger Beligat estima que des erreurs avaient été commises. Néanmoins, il jugea nécessaire l’attaque par les FTP pour empêcher la menace de destruction de la ville que faisait peser la garnison allemande. Il regretta que la direction militaire n’ai pas fait appel à ses renforts les plus proches, en l’occurrence le 104ème Bataillon dont il était le Commissaire aux opérations. Il ne fut prévenu de l’attaque que le 25 août aux alentours de midi et arriva sur place vers 16 heures.
Il estima également anormal que ce soit le Commissaire aux effectifs (CE) qui mène l’opération militaire alors que ce rôle est dévolu en principe au commissaire aux opérations (CO). Selon lui, Rossignol, alias Pigeon, n’avait pas l’étoffe d’un chef militaire.
Il regrette enfin la façon dont le cessez le feu a été négocié avec les Allemands. Le manque de fermeté des représentants de la Résistance pour parlementer ne permit pas d’obtenir une réédition immédiate et sans condition. Cette erreur coûta la vie au jeune Pierre Bernardi alias Fortip, tué le 26 août suite au retour d’une colonne allemande qui affronta la 1112ème Compagnie. Beligat regretta à ce propos que cette ultime phase de la Libération de Thiers soit régulièrement passée sous silence.

Il reçut ensuite l’ordre de déplacer son bataillon dans un secteur compris entre l’aéroport d’Aulnat à l’est de Clermont-Ferrand, et Thiers. Il installa son PC à Lezoux. Il écrivit plus tard avoir alors regretté ce départ du maquis et des montagnes. Il dit être parti avec 13 hommes quelques mois auparavant et revenir dans ce secteur de Pont-du-Château Lezoux avec 500 hommes en ce début septembre 1944 où après le départ des Allemands il y aurait encore eu quelques escarmouches avec des miliciens à Lezoux et Vertaizon.
C’est au cours de cette période qu’au cours d’une prise d’armes, Beligat et ses hommes apprirent la dissolution des FTP et leur intégration aux FFI. Puis, en octobre 1944, il intégra la caserne de Clermont-Ferrand et l’armée nouvelle qui "hélas" écrit il, était "loin d’être à l’image de l’armée du peuple comme nous l’aurions voulue.

Il a été reconnu FFI avec durée des services homologués du 1er mai au 28 août 1944. Il a reçu la Croix de guerre, la médaille de la Résistance (JO du 20 octobre 1945), la Croix du combattant volontaire de la guerre 1939-1945. Son frère Roland fut chef de la 1109éme Compagnie du Camp Guy-Moquet.

En 1980, après que plusieurs anciens FTP aient créé une Association des anciens FTP du Puy-de-Dôme, une vive polémique s’instaura au sein de l’ANACR. La direction départementale fit appel à d’importantes figures parmi les FTP pour condamner cette création présentée comme une opération de division. Philomen Mioch lui-même, ami de Beligat, participa à cette condamnation. Beligat lui reprocha cette prise de position sur un sujet qu’il ne pouvait pas connaître puisque habitant loin du département. "Les problèmes qui nous opposent à la direction de l’ANACR sont spécifiques à notre département" écrit-il. "A ma connaissance, il n’y a que dans le Puy-de-Dôme que certains dirigeants, anciens des MUR et de l’AS fassent preuve de discrimination et de sectarisme vis-à-vis des FTP. Il est à remarquer que ce n’est que depuis que l’association FTP a été créée, qu’ils daignent faire paraître dans leur journal, quelques rares articles concernant nos camarades."

Roger Beligat était encore membre du Parti communiste en 1973 et habitait16 rue de la Marine à Pont-du-Château.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article240881, notice BELIGAT Roger alias Alain Derval par Eric Panthou, version mise en ligne le 9 juin 2021, dernière modification le 9 juin 2021.

Par Eric Panthou

Portrait de Roger Beligat

Capitaine Beligat Roger dit "Alain Derval, Naissance et vie d’un bataillon de Francs-tireurs et partisans français : Récits des différentes opérations militaires effectuées par : 1° la 8ème compagnie du Bataillon B : 2° le 10ème Bataillon [mai-1er Sept. 1944] , Pont-du-Château, 1er juin 1945, 15 p., dactyl.

SOURCES : SHD Vincennes GR 16 P 44353, dossier résistant pour Roger Beligat (nc). — SHD Vincennes, 19 P 63/7. — SHD Vincennes, 19P 63/6 : bilan des différentes opérations militaires effectuées par la 8e Compagnie du Bataillon B FTPF, la 104e Bataillon comprenant les 1110e, 1111e , 1112e Compagnie. Signé Roger Belligat (sic) alias Alain Derval, ex commandant de la 8e compagnie et du 104e Bataillon FTP, le 15 novembre 1951, Pont-du-Château. — "Roger Beligat", Résistance d’Auvergne, n°56, octobre 1984.Lettre de Roger Béligat alias Alain à Philomen Mioch, 2 juillet 1973. — Lettres de Pierre Pissavin à Philomen Mioch, fin 1973 et le 26 mai 1980, copies transmises par Rose Blin-Mioch. — Jean Parot, Auvergne. En Livradois 1936-1945. De la liberté à l’oppression, Nonette, Édicentre, 1987, p. 267. — Serge Combret, 1997, J’écris ton nom, Résistance. — Résistance d’Auvergne, n°107 octobre 1997. — courriel de Patrice Provenchère à Eric Panthou, le 23/11/2018/. — Généanet.

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