SEVI Carmen née LÉON

Par Daniel Grason

Née le 18 novembre 1911 à Bordeaux (Gironde), morte le 5 août 2014 à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ; vendeuse, employée au centre médico-social de la ville de Gennevilliers ; communiste ; internée ; résistante.

Carmen Sevi avec {Fils du Peuple} lors de la venue de Maurice Thorez à Gennevilliers en 1948.
Carmen Sevi avec {Fils du Peuple} lors de la venue de Maurice Thorez à Gennevilliers en 1948.

Fille de José et de Manuela née Beltran, Carmen employée à la mairie de Gennevilliers épousa René Sevi, instituteur le 29 décembre 1934 en mairie du XVIIe arrondissement. Le couple eut trois filles Myriam en 1936 et deux jumelles Malvina et Carmen en 1938. La famille demeurait à Gennevilliers au 5 rue Marcellin-Berthelot dans la Cité jardins. René Sevi exerça son métier d’instituteur dans un groupe scolaire de Clichy-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine). Carmen Sevi était mère de trois filles nées à Gennevilliers Myriam, née le 29 janvier 1936, Malvina et Carmen nées le 20 janvier 1938.
Dès l’interdiction du Parti communiste, René Sevi devint clandestin. Le 28 décembre 1939, sur commission rogatoire des policiers se présentèrent au domicile des parents de Carmen au 51 avenue des Grésillons à Gennevilliers. Ses parents déclarèrent que leur fille se faisait parfois adresser des lettres chez eux, mais qu’elle vivait au 5, rue Marcellin Berthelot à Gennevilliers. À cette adresse les policiers saisissaient deux lettres de René Sevi à Carmen datées des 25 et 26 décembre 1939, ainsi que plusieurs brochures éditées par le Parti communiste « La grande famille communiste », « Le peuple de France aux côtés de l’Espagne républicaine », « La rénovation nationale », « La Sécurité française et l’Espagne », et deux exemplaires de La Voix populaire du 15 juillet 1938.
Interrogée par des inspecteurs elle déclara que son mari avait été membre du parti communiste, mais n’y avoir occupé aucune fonction. Elle n’était pas adhérente de l’organisation.
Du 27 août au 1er décembre 1942 :
Trois mois de filatures d’inspecteurs de la Brigade spéciale n° 1
« Au cours des surveillances effectuées à la Gare du Nord, notre attention a été attirée, certain jour par l’arrivée à cette gare, d’une femme connue de nous comme étant la nommée Sevi née Léon Carmen, le 18 novembre 1911 à Bordeaux (Gironde), femme du militant communo-terroriste Sevi René, André, Charles, arrêté le 27 août 1942 et déféré aux Autorités allemandes. »
« Arrivée le 27 août dernier, à la gare du Nord par le train de 8 h 47, la femme Sevi s’est rendue par le métro et l’autobus, à Vitry, où à 10 h, elle prend contact rue Eugène Pelletan avec un individu que nous nommerons X, qui n’a pu, jusqu’à ce jour, être identifié. Après avoir échangé des documents, ils se séparent. »
« La femme Sevi reprend le métro à la Porte de Choisy et change à Denfert-Rochereau. Par la ligne de Sceaux, elle descend à Arcueil-Cachan, demande plusieurs fois son chemin et attend une vingtaine de minutes devant les H.B.M. »
« Au bout de ce laps de temps, n’ayant pas eu de contact, elle reprend la direction de Paris et, à 12 h 45, elle rencontre à l’angle de la rue de Malte et de la rue du Faubourg du Temple, un individu répondant au signalement suivant : 1,66 m, cheveux châtains, âgé de 30 ans environ, nœud papillon, chemise blanche, costume gris, allure élégante, raie à gauche bien coiffé. Cet individu que nous surnommerons "République", est actuellement en fuite. Il est logé vers 14 h, 9, rue des Bluets. »
« Prise en filature, la femme Sevi regagne la gare du Nord dans la soirée, prend un train en direction de Pontoise, descend à Saint-Ouen l’Aumône et est logée 25 rue Haute Aumône. »
« Le 2 septembre, la femme Sevi arrive à Paris à 8 h 30. À 9 heures 50, elle rencontre à Charenton, à l’angle des rues de Paris et de l’Embarcadère, le nommé X. Après avoir échangé des documents, ils reprennent le métro Porte de Charenton, à l’angle des rues de Paris et de l’Embarcadère, le nommé X. Après avoir échangé des documents, ils reprennent le métro à la station Porte de Charenton. »
« À la suite de ce rendez-vous, la femme Sevi se rend à l’Opéra-Comique puis dans une agence de location, située dans le hall du Grand Hôtel, boulevard des Capucines. Elle se rend ensuite au Théâtre National de l’Opéra. Vers la fin de la matinée, elle reprend la direction de son domicile. »
« Le 6 septembre, la femme Sevi arrive à Paris à 8 h 11. À 10 h, elle rencontre rue Renault à Saint-Mandé, l’individu surnommé X. Ils échangent des documents. La femme Sevi est en possession d’un paquet enveloppé de papier grisâtre de 40 x 50 cm environ. Elle prend le métro seule et descend à la station Marcadet-Balagny. Elle se rend à pied 174 rue Ordener, dans un débit de boissons tenu par le nommé Parant René, né le 12 juin 1893 à Coulommiers (Seine-et-Marne), y demeurant. (Ce dernier était déjà connu pour activité communiste lors d’une précédente affaire. Faute de preuves, il n’avait pas été inquiété. »
« La femme Sevi sort de ce débit vers 11 h pour se rendre à la Gare Saint-Lazare où à 11 h 30, elle rencontre ses deux beaux-frères, les nommés Sevi Maurice, né le 7 décembre 1902 à Paris, demeurant à La Ciotat et Sevi Jean, né le 19 juin 1909 à Paris, demeurant à Toulouse. »
« Tous trois déjeunent au restaurant "Terminus", à la gare Saint-Lazare. À 14 h 10 ils se rendent aux Établissements Philippe, 11 rue de Rome. L’un des frères Sevi porte un poste-valise. »
« À 14 h 30, la femme Sevi et Sevi Jean se rendent par le métro, dans le parc de Sceaux où la femme Sevi doit vraisemblablement avoir rendez-vous. Après avoir attendu en vain, ils reprennent le même chemin qu’à l’aller et descendent à la gare du Nord. Là, la femme Sevi veut mettre ses paquets en consigne au café "Terminus-Denain", boulevard de Denain. Ensuite, tous deux vont rue d’Hauteville et devant la N° 87, le nommé Sevi parle quelques instants à une femme devant un salon de coiffure. »
« À 17 h 15, les deux Sevi se rendent à nouveau aux Établissements Philips, rue de Rome et, à 18 heures, tous deux s’asseyent à la terrasse du café "Mollard" rue Saint-Lazare où ils sont rejoints à 18 h 30 par Sevi Maurice. »
« À 19 h 15, tous trois se rendent au café "Biard" situé à l’angle de la rue Saint-Lazare et de la rue d’Amsterdam, ressortent et vont diner au restaurant "Le Lapin Blanc", 60 rue de l’Arcade. »
« À 20 h 50, la femme Sevi se rend à la gare du Nord. Elle est abandonnée. Les frères Sevi se rendent par le métro à la gare Saint-Lazare et à 21 h 20, pénètrent à nouveau au café "Biard", près de la gare Saint-Lazare. Ils en sortent quelques minutes plus tard, chargés de valises et d’une malle. Par le métro, ils se rendent à la station Bastille et à pied, 52, avenue Ledru-Rollin, à l’hôtel "Jules César", d’où ils doivent partir le lendemain pour une destination inconnue. »
« Le 7 septembre, la femme Sevi arrive gare du Nord à 9 h 30. Elle rencontre immédiatement son beau-frère Sevi Maurice et tous deux gagnent à pied la gare de l’Est où ils se séparent à 9 h 45. »
« La femme Sevi se rend par le métro et l’autobus 128 à Bagneux où, en courant, elle gagne l’avenue Aristide Briand. Là, elle rencontre à 10 h 40, la femme Pagnoux Louise, née le 5 décembre 1921 à Paris (13ème), demeurant 122, rue du Faubourg Saint-Martin, chez l’ami de sa mère, le nommé Delaporte Edmond, Ernest, né le 3 novembre 1885 à Saint-Quentin (Aisne). »
« La femme Pagnoux quitte sa compagne après avoir échangé avec elle divers papiers, et à pied, se dirige vers Malakoff où elle rencontre le nommé Delaporte. Tous deux se dirigent vers la Porte de Vanves où ils prennent le métro. »
« Descendus à la station Hôtel de Ville, ils se dirigent rue Elzévir où, au N° 14 où, au N° 14 travaille la femme Bizard, veuve Roy Marie, Joséphine, née le 12 février 1893 à Renancourt (Pas-de-Calais), amie de Delaporte et mère de la demoiselle Pagnoux. Tous trois vont déjeuner au restaurant situé 75 rue des Francs Bourgeois. »
« Vers 13 h 15, la femme Pagnoux prend le métro à l’Hôtel de Ville, change à Bastille et est perdue de vue dans les couloirs de correspondance. »
« Le 9 septembre, la femme Sevi arrive à la gare du Nord, à 8 h 30. Comme l’avant-veille, elle prend contact avec son beau-frère Maurice. Ils parcourent à pied une partie du boulevard Magenta et empruntent le boulevard de Strasbourg. Ils consomment dans un débit et se séparent. La femme Sevi prend alors le métro en direction de Charenton. À la station Bastille, l’alerte oblige à attendre. Elle en profite pour parcourir les couloirs de correspondance qui sont déserts et inscrire sur les murs, les slogans habituels de propagande soviétique. »
« À 11 heures 30, la femme Sevi prend contact rue du Sergent Bauchat, avec le surnommé "République". Au métro Charonne, ils se séparent. La femme Sevi prend le métro. Le dénommé République rentre à son domicile 9 rue des Bluets.
Le 13 septembre, la femme Sevi arrive à Paris à 9 h 30. Par le métro et l’autobus 125, elle descend à l’arrêt Route de Gravelle. Peu de temps après, elle prend contact avec le nommé Couesnon Yves, domicilié 16 rue Hoche à La Varenne. Ils sont rejoints par X. »
« Couesnon remet à la femme Sevi une presse à timbre sec, puis la quitte. Il monte en vélo, immatriculé sous le N° 5.095 R.J.5. X est perdu de vue. La femme Sevi, en possession de sa machine, prend contact à 10 h 30 avec l’homme "République", à qui elle remet son paquet. Ils se séparent quelques instants plus tard. L’homme "République" regagne son domicile. »
« Le 14 septembre, la femme Sevi arrive à Paris à 7 h 50. Rue Alibert à Paris elle rencontre l’homme "République" et après avoir parcouru diverses voies désertes, ils se séparent à 8 h 45. La femme Sevi est abandonnée. »
« À pied l’homme République regagne son domicile, 9, rue des Bluets. Il est ressort à 10 h 30 et un quart d’heure plus tard, se rend 56 rue de la Folie Regnault, chez le nommé Delrieux, Albert, Richard, né le 11 octobre 1887 à Paris (3ème arr.), graveur, demeurant 9 rue de la Croix-Faubin. »
« L’homme "République" rejoint ensuite son domicile. »
« Le 15 septembre, la femme Sevi arrive à Paris-Nord, à 9 h 15. Par le métro et à pied ensuite, elle gagne la rue Jean Goujon où elle pénètre au N° 30. »
« À 10 h 30, elle sort de cet immeuble et se rend rue du Printemps où, à 11 h 10, elle pénètre au N° 24. Elle n’est pas vue ressortir. »
« Le 17 septembre, la femme Sevi arrive à la Gare du Nord à 7 h 50. À 8 h 20, elle gagne le quai Jemmapes où elle rencontre l’homme "République". La femme Sevi lui remet un paquet. »
« L’homme "République" prend le métro à la station Belleville et après changement, descend à Daumesnil. À pied, il se rend rue Dugommier où il pénètre au 11. Il ressort à 10 h 15, sans son paquet, puis regagne son domicile par le métro. »
« La femme Sevi arrive à Paris-Nord à 8 h 57. »
« Par le métro, elle se rend à Saint-Mandé où elle rencontre rue de la République, le surnommé X qui est accompagné de la femme Couesnon. Après avoir parcouru différentes voies, la femme Couesnon quitte ses compagnons et rentre à son domicile, 16, rue Hoche à La Varenne. »
« La femme Sevi quitte X au métro Saint-Mandé Tourelles, reprend le métro et descend Gare du Nord. À pied, elle se rend 4, square Maubeuge et en sort environ 30 minutes plus tard. »
« Elle effectue quelques emplettes à la pharmacie Bailly et à 12 h 10, pénètre au restaurant "Le Lapin Blanc" rue de l’Arcade. Elle en ressort à 12 h 40 avec son beau-frère Maurice qui est accompagné de sa maitresse. »
« Tous trois vont consommer à la Brasserie Weber rue Royale, et remontent ensuite les Grands Boulevards. »
« À 14 h 15, la femme Sevi prend le métro à Saint-Lazare, emprunte ensuite la ligne de Sceaux et descend à La Croix de Berny. Elle monte vers le parc de Sceaux et attend une liaison qui ne viendra pas. Elle reprend alors le métro à la station Bourg-la-Reine, change à Denfert-Rochereau, direction Porte d’Orléans, emprunte l’autobus 125 et descend à l’arrêt Raspail à Gentilly. À 17 h 45, elle prend contact avec la nommé Pagnoux. »
« Elles reviennent toutes deux vers la mairie de Gentilly, reprennent le 125, descendent à la Porte d’Orléans et gagnent le métro. À la station Saint-Michel la femme Sevi descend. Elle est lâchée. »
« La femme Pagnoux descend à Gare du Nord et prend contact avec sa mère, boulevard de Magenta. Toutes deux, après avoir diné dans un restaurant, se rendent au cinéma "La Scala" et réintègrent leur domicile vers 23 heures. »
« Le 22 septembre, le surnommé "République" quitte son domicile à 10 heures pour se rendre 56, rue de la Folie Regnault (Cité Vacheron) chez Delrieux. Il y reste quelques minutes et à pied, se rend rue Dugommier, où il pénètre dans l’immeuble portant le n° 11. Il réintègre ensuite son domicile. »
« Le 23 septembre, la femme Sevi arrive à Paris-Nord à 7 h 50. Par le métro et l’autobus 104 et à l’arrêt "Rue Paul Bert" prend contact avec X. Il est 10 h 15. Ensemble, ils vont prendre le métro à Charenton-Écoles. X descend à Daumesnil. »
« La femme Sevi va effectuer quelques emplettes dans Paris, mange rapidement des sandwiches aux Halles et de rend à l’hôpital Vuillemin, d’où elle sort à 14 h 15. Elle se rend ensuite au cinéma Les Portiques, avenue des Champs-Elysées et après le spectacle, prend contact rue de Bercy avec le surnommé "République". Ils se séparent à 19 h 20 dans les couloirs de la station "Gare de Lyon". Tous deux regagnent leur domicile respectif. »

« Le 24 septembre, "République" quitte son domicile à 9 h 40. À pied, il se rend 56, rue de la Folie-Regnault chez le graveur Delrieux, y reste environ vingt minutes et regagne son domicile en prenant beaucoup de précautions. »
« Le 25 septembre, la femme Sevi arrive à Paris-Nord à 8 h 30. »
« Après avoir effectué quelques achats, rue des Récollets, et à la Gare de l’Est, descend à la station "Porte d’Italie", emprunte l’autobus 85 et descend à l’arrêt "Rue du Mont". »
« À 10 h 15, elle prend contact avec un cycliste monté sur la bicyclette immatriculée N° 3.099 R-M (il s’agit du militant Le Joliff Roger, actuellement en fuite. Tous deux discutent longuement dans la rue et se séparent vers 11 heures. »
« Le Joliff enfourche sa machine et disparait en direction de Choisy-le-Roi. La femme Sevi regagne Saint-Ouen-l’Aumône. »
« Le 27 septembre, le nommé Pagnoux quitte le domicile de ses parents 122, rue du Faubourg Saint-Martin vers 12 h 30. Elle achète du pain, puis prend le métro à la Gare de l’Est. Après avoir changé à Denfert-Rochereau, elle prend la ligne de Sceaux et descend à Arcueil-Cachan. Dans cette localité, elle se rend 31, avenue Laplace où habite sa sœur, la nommée Maertens, née Roy Lucienne, le 13 avril 1913 à Paris (14ème) . »
« À 13 h 45, elle quitte Arcueil et revient à son domicile. (À noter que la nommée Maertens a quitté son domicile légal, il y a environ un an, bien que continuant à régler le montant du loyer. Il est probable que cette dernière milite dans les rangs du P.C. clandestin. »
« Le 30 septembre, la femme Sevi arrive à Paris-Nord à 8 h 30. À 9 h 30, elle prend contact avec "X", rue de la Terrasse à la Porte de Charenton. Après s’être entretenu une dizaine de minutes, ils se séparent. La femme Sevi reprend le métro, descend à la Gare de l’Est et se rend rue des Récollets dans une boucherie. »
« Elle reprend le métro et se rend 95, avenue Victor Hugo où habite son beau-frère Maurice, sous le nom de Mercier. Elle quitte ce dernier vers 14 heures, reprend le métro à 14 h 30, prend contact avec "République" qui lui remet une presse à timbre sec. Ils se séparent à la station Bastille. »
« La femme Sevi va prendre le train à 15 h 09, gare d’Austerlitz et descend à Villeneuve-le-Roi. Sur le chemin qui borde la ligne de chemin de fer, elle prend contact avec Le Joliff à qui elle remet la presse. Ils se séparent à 16 heures. Le Joliff disparait sur sa machine alors que la femme Sevi reprend le chemin de son domicile. »
« Le 1er octobre la femme Pagnoux quitte son domicile à 16 h 45. Par le métro et l’autobus 83, elle se rend à la mairie de Vitry. À pied elle se dirige rue du Pont et prend contact dans cette voie avec la nommée Decker Ginette, née le 8 novembre 1923 à Paris (15ème), demeurant 74 rue J.J. Rousseau à Issy-les-Moulineaux. »
« Toutes deux sont perdues de vue quelques minutes plus tard, la filature ayant dû être exercée de très loin. »
« L’arrestation le 8 octobre, de la femme Sevi jette l’émoi dans le cercle de militants qu’elle fréquente bien que ces derniers n’aient pas quitté leur domicile, leur méfiance est alors plus grande que de coutume. »
« Le 11 octobre, Couesnon se rend à bicyclette à un rendez-vous à l’église de Créteil, mais ce dernier est manqué. »
« Le même jour, la femme Pagnoux manque également son rendez-vous qui devait avoir lieu rue Malmaison à Bagnolet. »
« Jusqu’au 19 octobre, le contact n’est pas repris entre les divers militants de cette affaire. »
« Le 20 octobre un militant est aperçu par les inspecteurs opérant à Charenton. Il est pris en filature. Rue de la Liberté, il rencontre le nommé Le Joliff. Ce dernier, très méfiant, entraîne son camarade dans diverses rues désertes. Ils se quittent Boulevard Masséna à Paris où Le Joliff prend le train P.O. et descend à Savigny-sur-Orge où il a été perdu de vue. »
« Le 28 octobre, la femme Pagnoux sort de son domicile à 7 heures 30. Elle est extrêmement méfiante. Par le métro et l’autobus 121, elle gagne Rosny-sous-Bois et, rue de Fontenay, dans cette localité, elle prend contact avec la militante Decker Ginette. Après avoir discuté assez longuement, elles continuent leur chemin, empruntant les voies désertes. Au surplus, un brouillard épais nous empêche de mener à bien notre mission. Aussi, les deux femmes sont perdues de vue et il a été impossible de continuer la filature avec efficacité. »
« Le 30 Octobre, la femme Pagnoux quitte son domicile 127 Faubourg Saint-Martin, à 7 h 25. Par le métro et l’autobus 118, elle se rend à Fontenay-sous-Bois où, à 8 h 30, elle prend contact rue É. Zola avec la militante Decker. Toutes deux échangent des documents et se séparent. La femme Pagnoux se dirige vers Rosny-sous-Bois, mais elle est perdue de vue en cours de route. La femme Decker rentre à son domicile. »
« Le 3 novembre, la femme Decker quitte son domicile 74 rue J.J. Rousseau à Issy-les-Moulineaux à 6 h 50. Par le métro et le train, elle e rend à Créteil Saint-Maur, gare desservie par la ligne Paris-Bastille. À 9 heures, elle prend contact avec la femme Pagnoux, rue d’Alsace-Lorraine à Saint-Maur. Elles se séparent à 9 h 15. Par l’autobus et le métro, la femme Decker regagne son domicile. »
« La femme Pagnoux, de son côté, regagne le 122, Faubourg Saint-Martin. »
« Le 4 novembre, la femme Decker quitte son domicile à 7 heures 30. Par le métro, elle gagne la Porte de Choisy. À pied, elle se rend à Ivry-sur-Seine et à 9 heures, elle rencontre dans cette localité, une femme que nous surnommerons "Femme Ivry" et qui répond au signalement suivant : 33 ans, 1 m 55, cheveux châtains à mèches blondes, figure mince, lunettes à monture incolore ; manteau gris foncé à martingale, souliers cuir noir. Cette femme qui a été logée primitivement 15-17 ou 17 bis, rue Trézel à Levallois, n’a jamais plus été aperçue dans les liaisons. Les surveillances effectuées pendant plusieurs jours rue Trézel n’ont pas permis d’y constater sa présence. »
« La femme "Ivry" et la nommée Decker discutent pendant environ dix minutes puis reprennent le métro et finalement se séparent à 9 h 35. »
« La femme "Ivry" est logée dans un des trois immeubles les N° 15-17 et 17 bis, rue Trézel à Levallois. »
« Le 9 novembre, la femme Decker prend le métro à Mairie d’Ivry à 7 h 10. À 8 h 15, elle descend à la station Croix-de-Chavaux à Montreuil. Peu de temps après, elle prend contact avec un individu que nous surnommerons "Jeune blond" et qui répond au signalement suivant : 25 ans, 1m 68, visage ovale, cheveux blonds rejetés en arrière, vêtu d’un pardessus, bleu marine à martingale, 2 boutons, pantalon gris rayé, au cou un foulard sombre, à la main des gants cuir marron fourrés. »
« Après avoir échangé des documents, tous deux reprennent le métro à la station "Croix-de-Chavaux". À la station Daumesnil, la femme Decker quitte son compagnon. Elle est lâchée. »
« À la station Porte-d’Italie, le "jeune blond" descend. Avec d’infinies précautions, il gagne la sortie, dévisageant toutes les personnes qui sont descendues avec lui. À 9 h 50, il descend à l’arrêt "Rue du Ricardo" à Arcueil, demande son chemin au contrôleur de l’autobus. Quelques minutes plus tard, après s’être retourné plusieurs fois pour s’assurer de n’être pas suivi, il pénètre dans un pavillon situé à l’entrée de la rue de la Villageoise à Arcueil. (Il n’a pas été possible de voir exactement cet individu a pénétré). »
« À 10 h 45, le "jeune blond" descend à pied en direction de Paris, mais prend à nouveau l’autobus NQ en cours de route. Descendu "Porte d’Italie", il gagne la station de métro et descend à la station Saint-Mandé Tourelle. Il est 11 h 40.
Lentement l’individu emprunte la rue de la République. Il profite des glaces de magasin pour voir le va-et-vient de la rue. À 11 h 50, le "jeune blond" fait mine d’attendre l’autobus 125, mais vers 12 heures, il quitte brusquement cette place et emprunte la rue du Lac à Saint-Mandé. (Cette rue étant déserte, la surveillance doit être effectuée de très loin. L’individu tourne à gauche la rue du Lac et s’engage rue de la Chaussée de l’Étang. Il fait le va-et-vient et semble attendre quelqu’un. (Étant donné la disposition des lieux, nous sommes obligés d’exercer les surveillances du Bois de Vincennes). À un moment donné, le "jeune blond" disparaît complètement de notre vue. Malgré les recherches entreprises aussitôt, il n’a pas été possible de retrouver sa trace. »
« Le 12 novembre, la femme Decker quitte son domicile à 12 h 15. Par le métro et l’autobus 110, elle gagne Joinville-le-Pont. Elle déambule pendant environ une demi-heure dans cette localité notamment sur les berges de la Marne et prend contact avec, le "jeune blond". Tous deux, très méfiants, s’engagent dans le Bois de Vincennes. Nous les perdons de vue vers 14 h 15. À 14 h 30, le "jeune blond" est retrouvé dans la salle d’attente de la gare de Joinville où il est seul. (Notre arrivée parait la contrarier). Il prend un billet simple pour Paris et attend l’arrivée du train qui passe à 15 h 33. Nous allons prendre le train à la gare précédente, soit "Saint-Maur Créteil", mais lorsque nous arrivons à la gare de Joinville le "jeune blond" n’est pas vu sur le quai. La surveillance exercée à la Gare de Paris-Bastille ne donne aucun résultat. »
« Le 13 novembre, la femme Decker quitte son domicile à 8 h 25. Par le métro et l’autobus 104, elle descend au terminus Mairie de Bonneuil. Elle va consommer dans un débit, rue Lacroix et regarde le mouvement de la rue. »
« À 9 h 45, sous une pluie battante, elle se dirige vers Brévannes et monte jusqu’au cimetière de Bonneuil. Elle rentre chez un marbrier et y reste environ dix minutes. En sortant, elle fait le chemin inverse et vers 10 heures, elle prend contact avec la femme Pagnoux. Toutes deux descendent vers l’église de Bonneuil et remontent ensuite à l’arrêt du 104. Elles prennent place dans une voiture et descendent au terminus. Ensuite, par le métro, elles regagnent leur domicile respectif. »
« Dans les jours qui suivent et jusqu’au 17 novembre, aucun contact n’a lieu entre les divers militants cités au cours de cette affaire. À cette dernière date, la femme Decker quitte son domicile à 8 h 20. Par le métro et l’autobus, elle se rend à Nogent-sur-Marne où à 10 h 10, elle prend contact avenue Ledru-Rollin avec la femme Pagnoux. À 10 h 30, elles se séparent au Pont de Mulhouse. La femme Decker est abandonnée. »
« La femme Pagnoux circule jusqu’à 12 heures dans le Perreux et prend contact avec une femme que nous surnommerons "Plaisance" et qui répond au signalement suivant : 35 ans, 1,50 m, cheveux châtain foncé, longs, … en soie couleur prune, bas beige clair, allure assez fatiguée. Toutes deux se dirigent vers la Maltournée et à 12 h 15, avenue des Peupliers, elles rencontrent "République", puis 50 mètres plus loin, elles et lui prennent contact avec la femme Couesnon. »
« Ils se séparent comme suit : "République" et femme Couesnon, - femme "Plaisance" et femme Couesnon. »
« Les deux groupes déambules dans différentes voies désertes et de retournent fréquemment. La surveillance doit être prise de très loin. À 13 heures, par suite de circonstances indépendantes de notre volonté, les deux groupes sont perdus. »
« Une deuxième fois, il semble que le contact est perdu entre les différents éléments de cette affaire. »
« Les surveillances effectuées tant à proximité du domicile de la nommée Decker qu’au domicile de la femme Pagnoux ne donnent aucun résultat. D’autre part, celles exercées 9, rue des Bluets, domicile présumé du dénommé "République", ne peuvent être menées à bien tant ce dernier est méfiant. Il en est de même pour Couesnon, domicilié 16, rue Hoche à La Varenne-Saint-Hilaire. L’endroit étant complètement désert, il est impossible de tenir dans cette voie sans attirer l’attention. »
« Le déclenchement de cette affaire a eu lieu prématurément par l’arrestation, le 1er décembre, de la nommée Decker Ginette, qui a été trouvée en compagnie d’une nommée Bunel chez cette dernière, 8, rue Vasco de Gama à Paris. »
« La femme Decker était en possession de nombreux documents de propagande communiste. »
« Par ailleurs, les investigations auxquelles il a été procédé au cours de cette affaire, concernent plus particulièrement le surnommé "République", il résulte que ce militant n’est autre que le nommé Pluchart Lucien, Adolphe, né le 11 février 1911 à Lorient (Morbihan) ayant demeuré 98, rue des Pyrénées (20ème) et à Montreuil 4 rue des Pavillons. »
« Pluchart est bien connu de la Direction Générale des Renseignements Généraux pour avoir milité au sein de la section de Montreuil de la Région Paris-Est du Parti communiste. »
Carmen Sevi a été interpellée le 19 novembre 1943 par des inspecteurs de la BS1 des Renseignements généraux. Douze militants impliqués dans l’affaire Léon Clédat furent arrêtés. Conduite à la prison de Fresnes, elle fut mise à la disposition des inspecteurs des Brigades spéciales. Interrogée, elle reconnaissait militer depuis six mois comme agent de liaison de l’appareil technique.
Elle fut condamnée le 8 juin 1943 par la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris à un an de prison et 1.200 francs d’amende pour « activité communiste ». Elle fut internée le 9 octobre 1943 à la caserne des Tourelles à Paris (XXe arr.)
Les policiers des Brigades spéciales interpellèrent les militants de l’appareil technique qui imprimaient tracts et journaux dirigé par Arthur Tintelin, puis les militants et militantes en relations avec Pierre Brossard La chute de Léon Clédat, de Carmen Sevi et de leurs camarades était la troisième opération d’envergure des policiers des Brigades spéciales pour porter un coup d’arrêt à l’impression et à la diffusion de la propagande communiste.
Carmen Gérard ex. Sevi a été homologuée combattante des Forces françaises de l’intérieur (FFI), et Internée résistante.
Elle épousa en secondes noces René Gérard, conseiller municipal le 6 novembre 1948 en mairie de Gennevilliers. Le couple eut un garçon prénommé Roland.
Carmen Gérard employée au centre Médico-social de la ville de Gennevilliers fut membre de la cellule Pierre Rouquès du Parti communiste et membre de la section locale de la Fédération nationale des déportés internés résistants (FNDIRP). Chaque année, les anciens internés et déportés qui survécurent aux épreuves de l’internement et de la déportation se retrouvaient à la Maison du combattant le jour de l’Epiphanie pour une galette Républicaine. S’y retrouvaient notamment : Adèle Ribon, Joséphine Galli, Eulalie Nicolas, Eugénie Lucain, ex. épouse Labuxière, Charles Coubard, Roger Lucain, Jacqueline Timbaud fille de Jean-Pierre, Georges Abbachi
Carmen Gérard mourut à l’âge de 102 ans le 5 août 2014 à Gennevilliers, un hommage lui fut rendu par la Municipalité lors de ses obsèques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241238, notice SEVI Carmen née LÉON par Daniel Grason, version mise en ligne le 24 juin 2021, dernière modification le 25 juin 2021.

Par Daniel Grason

Carmen Sevi avec {Fils du Peuple} lors de la venue de Maurice Thorez à Gennevilliers en 1948.
Carmen Sevi avec {Fils du Peuple} lors de la venue de Maurice Thorez à Gennevilliers en 1948.

SOURCES : Arch. PPo. Rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 20 décembre 1943, 1 W 836-35752, GB 81. – SHD, Vincennes, Bureau Résistance GR 16 P 362831 Léon épouse Gérard ex. Sevi Carmen.

Photographie : AM Gennevilliers.

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