JRAD Ali

Par Mariem Dabbad

Né le 9 janvier 1911 à Métouia, près de Gabès, dans le sud tunisien et mort le 27 juillet 1976 à Tunis. Destourien ; militant syndicaliste et communiste ; premier responsable du Parti communiste tunisien (PCT) de 1936 jusqu’à 1948.

Issu d’une famille paysanne défavorisée, Ali Jrad fréquenta le Koteb du village tout en travaillant, avant de quitter son village en 1922 à l’âge de quatorze ans à la recherche de travail.
Il fut tour à tour revendeur au marché central, portefaix, ciseleur sur cuivre et ouvrier métallurgiste tout en adhérant en parallèle à l’Université théologique de la Grande Mosquée de la Zitouna.
Il s’investit très vite dans la politique : « Nous étions quelques-uns, raconte-t-il, passionnés par l’expérience récente de la CGTT, nous connaissions les noms de Tahar el Haddad, Mohamed Ali, Mokhtar el Ayar, gens du sud comme nous, nous voulions l’indépendance et nous donnions le nom de destouriens révolutionnaires. »
Il milita au sein de la CGTU et fut arrêté pour la première fois le 7 décembre 1926 avec son camarade Hédi Gharbi pour distribution de tracts contre la guerre du Rif au Maroc. Il fut condamné à deux ans de prison et 2000 Fr d’amende.
En prison de la Rabta à Tunis, et grâce au militant communiste Robert Beck qui maitrisait la langue arabe, Ali Jrad connut le marxisme et adhéra au parti communiste le 18 septembre 1928, deux jours après sa sortie de prison. Il s’engagea dans le militantisme au sein du parti et rejoignit sa direction. En 1930, il reconstitue la section tunisienne du secours rouge international (SRI) avec son camarade Taieb Dabbab.
Il fut de nouveau arrêté en mai 1930 pour à avoir inciter à manifester contre l’organisation du Congrès eucharistique de Carthage. Il participa également à cette époque à la lutte anticoloniale au sein du groupe communiste avec Taieb Dabbab, Mokhtar El Kamel… et des syndicalistes, tel que Ahmed Dorai.
De 1931 à 1933, il fut envoyé à Moscou pour des études à l’Ecole de cadre de l’université des Peuples d’Orient où il côtoya un nombre de militants arabes, parmi eux le communiste syrien Khaled Bagdash.
De retour à Tunis, il rejoignit la direction du Parti aux côtés de Hassen Saadaoui, Taieb Dabbab, Mustapha Meddeb, Auguste Faure, Eugène Bessis, Georges Scemama, Lucien Valensi et d’autres.
Lors de la répression coloniale mise en place par le résident général Marcel Peyrouton envers les partis politiques et les mouvements anticolonialistes, il fut arrêté le soir du 30 avril-1 Mai 1935 et transféré à l’extrême Sud Tunisien, puis libéré en avril 1936. Dès le début de juin 1936, il fut promu à la tête de la première instance dirigeante du parti.
Pendant la période du Front populaire, bien qu’il ne milite plus dans le mouvement syndical, il invita les ouvriers tunisiens à consolider les syndicats et à soutenir la politique antifasciste du PCT au cours des meetings syndicaux.
Il publia au début de 1939 un ouvrage intitulé Les Peuples arabes ne se laissent pas tromper par le fascisme et le racisme, en langue arabe, dénonçant le fascisme auprès des peuples arabes et musulmans et rappelant la souffrance du peuple libyen suite à la colonisation Italienne en Libye.
Ali Jrad fut élu secrétaire général du PCT lors du premier Congrès de l’Ariana du 20 et 21 mai 1939.
En février 1940, il fut placé en résidence surveillé à Maktar. Il s’évada le 29 mars 1941, sur décision de la direction clandestine du parti. Et c’est Maurice Nizard qui organisa son évasion. Arrêté encore une fois, le 28 novembre 1941 au cours de la campagne d’arrestations organisé à l’encontre des communistes et condamné au mois de mars 1942 à 5 ans de prison. Il déclara à son procès : « Communiste, je reste fidèle à la classe ouvrière, fidèle à mon peuple, fidèle à mon parti ».
Au lendemain du débarquement des troupes de l’Axe en Tunisie, il fut libéré de la prison civile de Tunis avec les prisonniers communistes, le 14 novembre 1942. Durant l’occupation nazie, Ali Jrad fut membre de la direction clandestine du Parti.
Déporté de nouveau en septembre 1943 à El Guettar, puis libéré quelques jours après, en réponse à une vaste manifestation de protestation.
Il poursuivi par la suite ses activités politiques. Face à la réactivation du mouvement national et la marginalisation du PCT, Ali Jrad, le secrétaire général du parti, manifesta sa tendance nationaliste démarqué de la ligne politique du PCT. Il fut exclu du parti lors du 3e Congrès organisé le 13-14 et 15 mai 1948 à Ferry ville (Menzel Bourguiba actuellement).
Il exerça par la suite le métier d’infirmier.
Suite au 6e congrès du parti organisé en décembre 1957, Ali jrad réintégra le PCT sans occuper de fonctions dirigeantes.
Marié à Suzanne Meimoun à la fin de 1943, il mourut le 27 juillet 1976.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241258, notice JRAD Ali par Mariem Dabbad, version mise en ligne le 25 juin 2021, dernière modification le 25 juin 2021.

Par Mariem Dabbad

Dans un meeting en 1943.

SOURCES  : Bessis (Juliette), Les Fondateurs, Index Biographique des cadres syndicalistes de la Tunisie coloniale 1920-1956, Édition L’Harmattan, Paris 1985, p. 62,63. — -Romdhane (Habib), Biographies des militants du mouvement communiste en Tunisie pendant la période coloniale et les premières années de l’indépendance 1921-1963 (en arabe), Édition Med Ali, 2021, p. 95,96,97,98,99,100. — Kraiem (Mustapha), Le Parti Communiste Tunisien pendant la période coloniale, Université de Tunis I, 1997, p. 178, 251, 252.

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