SILBERSTEIN Patrick, Lazare dit Caligari, Pierre d’Argent, Marcel Le Chamborrand.

Par Bernard Thièry, Jean-Paul Salles

Né le 4 août 1949 à Paris (XIXe arr.), médecin, militant au FSI, au MLAC, à l’AMR, au PSU, au CCA, à IDS, à la FGA, à la LCR, au comité de soutien à la lutte du peuple corse, co-initiateur de l’appel des médecins contre le FN, membre fondateur de Ras l’Front, de ECCO, de l’Association pour l’autogestion, de la revue Fractures et des éditions Syllepse.

Le père de Patrick Silberstein a été technicien du textile puis artisan. Sa mère était « sans profession » ; « enfant cachée » à Monthléry (Essonne) dans une famille italienne, elle a échappé aux plans d’extermination des nazis. Les parents de Patrick Silberstein étaient nés en France. Le père de Patrick avait été pivertiste en 1936. Les grands-parents paternels de Patrick Silberstein étaient des Juifs polonais arrivés en France en 1907. Ses grands-parents maternels étaient des Juifs de Kichinev en Bessarabie (aujourd’hui territoire partagé entre la Moldavie et l’Ukraine), réfugiés en France après l’annexion par la Roumanie en 1923. Le grand-père paternel était tailleur. Illettré, engagé volontaire en 1914 pour « devenir français », il déserta. La famille juive sans pratique religieuse, laïque, plutôt à gauche, comprenait quelques anciens militants du Bund (Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie) et du Parti communiste français (PCF). On y parlait le yiddish avec les grands-parents. L’ambiance familiale ressentie par Patrick Silberstein pourrait être résumée par la formule : « On a échappé aux pogroms et à la solution finale alors mange ce que tu as dans ton assiette et ne te fais pas remarquer ! ». Patrick Silberstein a un frère, Sylvain, né en 1955, instituteur, militant du SGEN-CFDT puis de SUD-Éducation et éditeur aux éditions Syllepse.
De 1955 à 1968, Patrick Silberstein a fréquenté à Paris l’école primaire de Belleville (XIe arr.), puis le lycée Voltaire (XIe arr.). Il a participé au mouvement de Mai 68 dans son lycée. Étudiant en médecine de 1968 à 1976, il milita au Front de solidarité Indochine (FSI), à divers mouvements étudiants et au Mouvement de libération de l’avortement et de la contraception (MLAC). Il effectua son service militaire de septembre 1976 à novembre 1977, qu’il termina au « trou » après 2 mois de « rab » disciplinaire. Membre d’Information pour les droits du soldat (IDS), il milita alors dans les comités de soldats du 2e régiment de hussards d’Orléans (Loiret) et dans celui de l’École d’application du train à Tours (Indre-et-Loire). Arrêté par la Sécurité militaire, il fut incarcéré pendant 45 jours dans son régiment.
En 1970, il adhéra à l’Alliance marxiste révolutionnaire (AMR), où il côtoya notamment Maurice Najman, Jean Grobla et Michel Fiant. En 1975, il milita au PSU après l’entrée de l’AMR dans ce parti. Il y participa à la commission santé. Appartenant à la tendance B du PSU, il le quitta et participa à la création des Comités Communistes pour l’Autogestion (CCA).
Il fit un séjour au Portugal, en 1974, pendant la révolution dite des œillets. En 1976, il fut l’un des membres fondateurs de la revue Fractures (santé, critique-pratique, autogestion). Il rejoignit ensuite la Fédération de la gauche alternative (FGA), puis les comités qui, lors de la campagne à l’élection présidentielle de 1988, soutinrent la candidature de Pierre Juquin, ancien membre dirigeant du PCF. Il fut ensuite membre de l’Alternative rouge et verte et enfin de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) qu’il quitta en 1990. Au cours de cette période, il prit divers pseudonymes : Caligari, Pierre d’Argent, Marcel Le Chamborrand.
Pendant les deux années suivant son service militaire, il eut diverses occupations avant d’exercer la médecine dans un cabinet médical de groupe parisien de 1979 à 2014, date de sa retraite. Il a participé en 1978 à la Boutique de santé du Xe arr. En 1979, il fut, au titre d’IDS, l’un des membres fondateurs de l’European Conference of Conscripts Organisations (ECCO), avec le VVDM (le syndicat des appelés néerlandais) et plusieurs organisations (légales et clandestines) d’appelés. Créée à Malmö (Suède), ECCO organisa sa 3e conférence en région parisienne en 1981. Il fut membre du comité d’animation d’ECCO jusqu’en 1982 où il fut remplacé par Patrick Le Tréhondat.
Il milita ensuite au Comité de soutien à la lutte de libération du peuple corse (CSLPC) où il côtoya Dumé Ghisoni, Yves Stella et Léo Battesti. Le CSLPC soutenait la lutte pour le droit à l’autodétermination du peuple corse. Il fut en 1987 co-initiateur de l’appel de médecins contre les médecins du Front national intitulé : « Sida’venture le docteur Bachelot n’était pas notre chère confrère » qui dénonçait la campagne du Front national contre les « sidaïques » et pour l’ouverture de « sidatoriums ». (Il s’agit du Dr François Bachelot, député du FN en 1988.) Il contribua aussi à la création, en 1990, du mouvement Ras l’Front et à son animation ; parmi ses fondateurs et animateurs se trouvaient Anne Tristan, Gilles Perrault, Didier Daeninckx, Maurice Rajsfus, René Monzat, Jean Bigot, Rémy Barroux, Patrick Le Tréhondat. En 1987, à Lyon (Rhône), il fut co-organisateur du colloque « Ces îles que l’on dit françaises », réunissant des militants et des chercheurs de Corse, des Antilles et de Kanaky, dont les actes ont été publiés aux éditions L’Harmattan. Membre fondateur de l’Association pour l’autogestion, association proche du syndicat Sud-Solidaire, il est l’un des coordonnateurs de l’Encyclopédie internationale de l’autogestion publiée aux éditions Syllepse, qu’il a contribué à créer en 1989 et auxquelles il participe toujours.
Il se définit comme « Français par hasard, Juif parce qu’on s’est chargé de le lui rappeler, cosmopolite par capillarité et autogestionnaire et internationaliste par choix ». Il partage sa vie avec Claudine ; ils ont un fils et deux petits-enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241259, notice SILBERSTEIN Patrick, Lazare dit Caligari, Pierre d'Argent, Marcel Le Chamborrand. par Bernard Thièry, Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 25 juin 2021, dernière modification le 25 juin 2021.

Par Bernard Thièry, Jean-Paul Salles

ŒUVRE :
Nombreux articles dont :
La gratuité a un prix, surtout pour un éditeur engagé et indépendant, L’anticapitaliste, 3 juillet 2020 ; - Entretien avec Patrick Silberstein, Danactu-résistance, 26 juillet 2020. — Le fascisme est une hydre-caméléon qui est de retour, (avec Robi Morder), L’Anticapitaliste 10 mars 2021. — Covid-19 : un virus très politique, Cerises, la coopérative, 26 mars 2020. — A la recherche du big bang perdu, Cerises, la coopérative, 14 juin 2019. — Nous, melons, bamboulas, ritals espingouins, portos, niakoués, polaks, youpins, romanos, métèques…(avec Didier Epsztajn), paru le 18 février 2017 sur le blog Entre les lignes et les mots, repris par le site de l’Union juive française pour la paix (UJFP) le 20 février 2017.
Plusieurs ouvrages dont :
L’Ouragan Katrina, le désastre annoncé (avec Patrick le Tréhondat), Éd. Syllepse, 2005. — Vive la discrimination positive : plaidoyer pour une république des égaux (avec Patrick Le Tréhondat), Éd. Syllepse, 2004 . — Guide du Paris colonial et des banlieues (avec Didier Epsztajn), Éd. Syllepse, 2018. — Crises et surprises dans l’institution militaire (avec Patrick Le Tréhondat et Jean-Jacques Ughetto), Éd. Syllepse, 1990. — Petit manuel à l’usage de ceux qui vont attraper la grippe (et des autres) (avec Gérard Chaouat), Éd. Syllepse, 2009.
Coordination d’ouvrages et préfaces aux Éditions Syllepse :
La France des années 68 (avec Antoine Artous et Didier Epsztajn), 2008. — Léon Trotsky, Contre le fascisme-1922-1940 (avec Patrick Le Tréhondat, Robi Morder, Irène Paillard), 2015. — Léon Trotsky, Question juive, question noire (avec Danielle Obono), 2011. — C. L. R. James, Sur la question noire (avec Emmanuel Delgado Hoch, Patrick Le Tréhondat, Richard Poulin), 2012. — Un des coordonnateurs de l’Encyclopédie internationale de l’autogestion (10 volumes parus), 2021.
Traductions aux Éditions Syllepse : Manning Marable, Malcolm X, une vie de réinvention (avec Emmanuel Delgado Hoch et Patrick Le Tréhondat), 2014. — Susan Weissman, Dissident dans la révolution : Victor Serge une biographie politique (avec Patrick Le Tréhondat), 2006.

SOURCES : documents fournis par Patrick Silberstein.

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