COLFAVRU Jean-Claude

Par Notice de R. Skoutelsky revue et complétée par P.-J. Derainne et François Gaudin

Né le 1er décembre 1820 à Lyon, mort à Paris le 18 mai 1891  ; avocat, journaliste  ; représentant du peuple sous la Seconde République  ; socialiste.

Colfavru et sa famille

Son père, cordonnier, le plaça fort jeune comme domestique dans un collège de la ville. Il obtint ensuite des chefs d’établissement une bourse qui lui permit de continuer ses études à Grenoble (Isère) ; il y fut reçu avocat en mars 1845. Il décida ensuite de monter à Paris. Arrivé dans la capitale le 25 août 1845, il plaida sa première affaire politique, en défendant dans le « procès des bombes », Papa Vitou, fondateur avec Casimir Henricy et vicomte de Valory de la société secrète républicaine La Némésis. Son existence fut décrite par la police comme précaire.

À la suite de la révolution de 1848, il s’investit activement dans les activités politiques. Lieutenant dans la garde nationale, 4e légion, il se porta candidat à l’Assemblée constituante. Il ne confirma pas la thèse policière d’une participation à la manifestation du 15 mai 1848. Président du Club des hommes libres, il fut surtout connu comme rédacteur en chef du Père Duchêne, où il était le collaborateur d’Émile Thuillier. Ce Père Duchêne de la « Nouvelle République », eut un succès de public : le tirage total dépassa 80 000 en août. C’est au titre de rédacteur qu’il participa le 9 juin à une assemblée du club de la Révolution à propos du projet de « banquet du peuple, fraternisation des travailleurs », organisé sous les auspices de son journal. Il fut arrêté le 21 juillet, puis transporté le 1er septembre 1848 sur l’Uranie dans la rade de Brest. Le 13 février 1849, on le transféra à Belle-Île-en-Mer (Morbihan). Le 12 avril, il partit pour Paris, avec le vicomte de la Charbonnerie, agent légitimiste présumé, et Christian Pitois, agent bonapartiste qui mettra plus tard en doute les convictions de gauche de son camarade. Tous trois devaient passer devant le conseil de guerre, afin d’être entendus comme témoins. On l’envoya ensuite à Sainte-Pélagie puis de nouveau à Belle-Île-en-Mer. D’après Gustave Lefrançais, Colfavru se serait fait délivrer une attestation des officiers de la compagnie de gardes nationaux à laquelle il avait appartenu, certifiant que le rédacteur du Père Duchêne avait combattu « pour l’ordre » contre les insurgés dans les rangs de sa compagnie et fut gracié le 3 décembre 1849. On l’arrêta encore le 21 décembre de la même année dans une affaire, selon la police, "d’extorsion" de signatures apposées sur une pétition en faveur des transportés, mais on le relâcha faute de preuves. Colfavru expliqua son arrestation par un de ses articles paru dans La Réforme du 15 décembre. Libéré le 5 février 1850 après six semaines de prévention, il écrivit dans La Voix du peuple, et fut nommé délégué du comité socialiste du quatrième arrondissement (ancien).

Il fut aussi l’un des rédacteurs des Veillées du peuple. Journal mensuel de la Démocratie socialiste, auxquelles L.-A. Blanqui contribua, et qui n’eut que deux numéros, parus en novembre 1849 et mars 1850. Il prétendit avoir appris le 21 avril, que le comité électoral de Saône-et-Loire l’avait choisi comme candidat pour une élection législative complémentaire sur la liste « rouge » de Saône-et-Loire, en remplacement, selon les sources, du candidat Buvignier, condamné dans l’affaire de la Solidarité républicaine, ou d’Ernest Coeurderoy, exilé en Suisse.

Colfavru fut élu député 6e et dernier par 71 290 voix (120 162 votants, 154 015 inscrits). Il prit place à la Montagne. Le 30 septembre 1850, il participa à Mâcon à une conférence en compagnie de l’avocat d’Avignon Gent et de Michel de Bourges, Baune, Joignaux, Baudin. Il appartint au Comité central de résistance, de Greppo, mais il était loin de faire l’unanimité dans le camp socialiste et il fut l’objet de nombreuses attaques de journaux et de militants. On lui reprochait notamment d’avoir favorisé la nomination de Montalembert par son absence plus ou moins volontaire lors d’un vote au 1er bureau de l’assemblée nationale. Dupont l’attaqua durement sur ce sujet dans La Voix du proscrit du 14 juin 1851. Selon la police, on le soupçonnait même d’être un agent du parti légitimiste, ce qui l’avait obligé à s’éloigner un temps, avant son élection, de la vie politique pour habiter Boulogne, où il vécut de l’aide de sa tante. Une fois élu, il décida de répondre à ces critiques en rédigeant Deux mots au public. Prétexte et vérité, où il offrit plusieurs éléments autobiographiques. Pour prouver sa bonne foi socialiste, il citait les conclusions d’ une "commission d’enquête" menée sur son cas par 27 personnes pour la plupart habitant le Faubourg Saint-Antoine, qui réfutaient les accusations dont il était victime.

Il mit en chantier une Histoire de la République française, en 1851, pour Maurice Lachâtre mais sa parution fut interrompue. Il fut expulsé de France après le coup d’État.

À Londres, en 1853, il faisait partie de la « Commune révolutionnaire » de Félix Pyat et Marc Caussidière. Voir Joseph Avril, Jean-Baptiste Boichot *, Raoul Bravard, Colfavru Jean-Claude*, Poirier, Villière*. Il écrivit des articles dans L’Homme, journal de la démocratie universelle. Le 11 janvier 1854, il s’exprimait notamment ainsi : « Il faut déchristianiser la Révolution. Le christianisme était la raison d’être de l’autorité ; déchristianiser la Révolution, c’est lui donner pour arme et pour drapeau le contraire de l’autorité, la liberté. » Déjà, le 29 avril 1853, à l’occasion de l’anniversaire de la révolution en Pologne, il avait affirmé : « La véritable indépendance n’est pas celle de la foi politique ou nationale, mais celle du travail. ». Le 26 juillet 1853, il suivit, avec Victor Hugo et de nombreux réfugiés, l’enterrement de Louise Julien, dans le cimetière réservé aux proscrits. En 1854, à Jersey, il fonda avec Louis Avril, Caussidière et Pyat, selon les dires de Boichot, la Commune Révolutionnaire, société de proscrits affichant des idées communistes en même temps qu’elle se recommandait de Blanqui, dont il était délégué avec Eugène Alavoine et François Vallière et où l’on retrouvait également Bianchi, Coingt, Poirie, Rouget, Vallière.

En 1862, de retour à Paris, il fut reçu maçon à la loge « La Clémente amitié » où avait été initié Félix Pyat. À la toute fin de l’Empire, il prenait part aux réunions des radicaux, retrouvant Eugène Alavoine, Boichot, Félix Pyat, Félix Mathé, Louis Lacambre, Arthur Ranc au Club de Blanqui. C’est sans doute lui qui prit la parole au cours du premier banquet des associations ouvrières, qui se tint le dimanche 19 septembre 1869, avenue de Saint-Mandé. Il prit également la parole devant la loge Bonaparte. Il fut poursuivi pour tenue d’une réunion privée au printemps 1870. Juge de paix de 1870 à 1872, il fut reçu chevalier de la légion d’honneur le 24 août 1871, en qualité de chef du 85e bataillon de la garde nationale puis s’établit au Caire comme homme de loi. Il résida à l’étranger du 1er octobre 1874 au 18 juin 1877.

Rentré à Paris, il s’engagea contre le boulangisme, s’opposant, avec Dide, autre dignitaire franc-maçon, à Victor Prost dont il dénoncèrent les supposées sympathies pour le « général Revanche ».

Franc-maçon à la longue carrière, il était membre, en décembre 1869, de la loge « Bonaparte » et aux « Amis de la patrie » en 1884. Il résidait alors au 62, rue Placide. Il fut président du Conseil de l’ordre du Grand Orient de France (1885-1887), il prononçait encore une planche, le 16 juillet 1889. Il fonda, en 1881, avec Henri Dide et Étienne Charavay, la revue La Révolution française.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241319, notice COLFAVRU Jean-Claude par Notice de R. Skoutelsky revue et complétée par P.-J. Derainne et François Gaudin, version mise en ligne le 28 juin 2021, dernière modification le 28 juin 2021.

Par Notice de R. Skoutelsky revue et complétée par P.-J. Derainne et François Gaudin

Colfavru et sa famille

SOURCES : Arch. Nat. BB 18 1465 (A 2), lettre du préfet de police au Ministre de l’intérieur du 20 mars 1850. – Bnf, fonds Bossu. – Arch. Nat., Fonds Léonore – Arch. PPo., A a/429. – Arch. Dép. Cher, Fonds Michel de Bourges, Deux mots au public. Prétexte et vérité par le citoyen Colfavru, représentant du peuple, 1851. – La Marseillaise, 2 avril 1870. – Étienne Charavay, « Jean-Claude Colfavru », La Révolution française, 10e année, n° 12, pp. 481-493. – Gustave Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire, Bibl. des « Temps nouveaux », n° 27, Bruxelles, 1902 ( rééd. Paris, SEF/Tête de Feuilles, 1972). – J.-B. Boichot, Souvenirs d’un prisonnier d’État du Second Empire (1854-1859), Bruxelles, 1867, p. 108. – A. Robert, E. Bourleton, G. Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1789-1889, Paris, Borl, 1891. – I. Tchernoff, Le Parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire, Paris, Pedone, 1901. – Suzanne Wassermann, Les Clubs de Barbès et de Blanqui en 1848, Paris, Cornély et Cie, 1913 (réimpression Genève, Mégariotis Reprints, 1978). – Georges Weil, Histoire du Parti Républicain en France (1814-1870), Paris, Félix Alcan, 1928. – M. Vuilleumier, « Trois lettres inédites d’Ernest Cœurderoy », International Review of Social History, vol. XI (1966), Part 2. – Les Révolutions du XIXe siècle. 1848 (catalogue), Paris, EDHIS, s. d. – A. Dalotel et alii, Aux origines de la Commune. Le mouvement des réunions publiques à Paris 1868-1870, Paris, François Maspero, 1980, 374 p. – François Gaudin, Maurice Lachâtre (1814-1900), éditeur socialiste, Limoges, éd. Lambert-Lucas, 2014. – Louis Amiable et J.-C. Colfavru, La Franc-Maçonnerie en France depuis 1725, Nlle éd. augm., Paris, éd. de L’Acacia, 1927, 72 p.

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