FABREGA Joseph, Jean, Jacques, dit « Manall »

Par André Balent

Né le 8 avril 1893 à Bages (Pyrénées-Orientales), mort le 17 décembre 1958 à Bages ; agriculteur à Bages, wattman aux tramways de Toulouse (Haute-Garonne) pendant quelques années ; syndicaliste et militant socialiste SFIO puis communiste des Pyrénées-Orientales ; conseiller municipal (1936-1953) et maire (1936-décembre 1940 ou janvier 1941, 1945-1949) de Bages.

Le père de Joseph Fabrega, également prénommé Joseph, cultivateur, et sa mère, Louise Gauze, étaient originaires de Bages, important village viticole de la plaine du Roussillon, au sud de Perpignan.

Mobilisé pendant la Grande Guerre, Joseph Fabrega fut décoré de la médaille militaire. À son retour de l’armée, il s’installa pendant quelque temps à Bages. Il épousa Marie Ministrol, une Catalane de nationalité espagnole, originaire de l’Ampourdan, région voisine du Roussillon mais située de l’autre côté de la frontière. Le mariage fut célébré le 26 décembre 1919 à Vilacolum (province de Gérone), village d’où était originaire Marie Ministrol. Les époux Fabrega s’établirent à Bages. De leur union naquit une fille.

Dans les années 1920, Joseph Fabrega quitta Bages pour s’installer à Toulouse (Haute-Garonne). En 1926, il fut embauché en qualité de wattman par la compagnie des tramways de cette ville (TCRT). Ce fut à Toulouse qu’il fit ses premières armes de militant syndicaliste. Joseph Fabrega relata son séjour à Toulouse dans une brève autobiographie qu’il rédigea à l’occasion d’une polémique publique avec un radical, Michel Malé, et que publia Le Socialiste des Pyrénées-Orientales du 16 septembre 1937. Lui-même écrivit qu’il fut, comme militant syndicaliste « victime du patronat » (la TCRT). D’après Adrien Rubirola*, militant de la commune voisine de Villeneuve-de-la-Raho, Joseph Fabrega a « appris beaucoup à Toulouse » lorsqu’il militait au syndicat des TCRT. Alors que sa famille était de droite et que lui-même, pendant son enfance, avait été très marqué par ces idées, il devint un militant du mouvement ouvrier. Ce fut également lors de son séjour toulousain que Joseph Fabrega devint l’orateur apprécié que l’on connut par la suite en Roussillon. Sa famille lui fut hostile. Elle lui reprocha constamment ses engagements politiques et syndicaux et ses activités publiques. Toujours d’après Adrien Rubirola*, Joseph Fabrega, devenu maire de Bages, fut agressé publiquement par un membre de sa parenté. Alors qu’il prononçait un discours public, ce dernier lança une pierre et il eut à peine le temps d’esquiver le projectile.

Dans les années 1930, Joseph Fabrega était à nouveau établi à Bages. Propriétaire viticulteur, il se souvenait de son passé de militant syndicaliste : en 1937, il n’hésita pas à reconstituer le syndicat CGT des ouvriers agricoles de Bages dont il devint l’un des animateurs (voir Jean Gazeilles*).

Joseph Fabrega milita d’abord au Parti socialiste SFIO. Fin 1933, il écrivait dans les colonnes de l’hebdomadaire départemental de ce parti, Le Cri socialiste. Dès 1935, il avait, d’après Marcel Mayneris*, ancien secrétaire fédéral administratif de la SFIO, des sympathies pour le PC. À la fin de 1936, il était secrétaire de la cellule communiste de Bages.

Le conseil municipal de Bages, élu en mai 1935, fut dissous un an après. Joseph Fabrega fut élu conseiller municipal à l’occasion des élections municipales de juin 1936. Le 21 juin 1936, il fut élu maire de Bages (obtenant 15 voix sur 15 votants).

Pendant les grèves d’ouvriers agricoles qui se développèrent dans la plaine du Roussillon pendant l’été 1937 et au printemps de 1938, Joseph Fabrega prit nettement parti en faveur des grévistes. Le 14 août 1937, il notait que « la situation [était] très tendue entre les ouvriers agricoles de [s]a commune, d’une part, et Messieurs les propriétaires d’autre part, tension due à l’intransigeance de ces derniers qui se refusent même à étudier le projet de contrat collectif élaboré par les ouvriers ». En mai 1938, pendant la grève des ouvriers agricoles, le drapeau rouge flotta sur la mairie de Bages.

La signature du Pacte germano-soviétique l’amena à rompre avec éclat avec son parti. Il apporta au quotidien perpignanais L’Indépendant un communiqué dans lequel il condamnait sans ambiguïté la signature du Pacte entre l’Allemagne et l’URSS. Dans son numéro du 1er septembre 1939, l’hebdomadaire fédéral de la SFIO, Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, relatait en ces termes la rupture de Joseph Fabrega avec les dirigeants de son parti : « Fabrega Joseph, maire de Bages, ancien combattant, médaillé militaire, ancien compagnon d’André Marty*, déclare qu’il désapprouve la conduite de l’URSS, nation de laquelle nous attendions tout pour l’action antihitlérienne, et demande aux dirigeants du Parti communiste de stigmatiser la criminelle entente germano-russe. Fidèle à la classe ouvrière qu’il ne trahira pas, il déclare ne plus pouvoir collaborer avec ceux qui approuveraient la conduite antidémocratique prohitlérienne des Soviets. »

Toutefois, à l’occasion de la dissolution du Parti communiste, Joseph Fabrega fut inscrit sur la liste des « suspects du point de vue national » (novembre 1939) avec la mention : « ex-chef de cellule. A abandonné le parti ». Ayant rompu avec le Parti communiste, il ne fut pas, comme les autres élus communistes, déchu de son mandat de maire par le gouvernement Daladier.

De septembre à décembre 1940, Joseph Fabrega continua d’exercer sa charge de premier magistrat de la commune de Bages. Le 17 février 1941, cependant, fonctionnait une délégation spéciale. Entre-temps, le conseil municipal de Bages avait été dissous par Vichy.

Joseph Fabrega ne fut pas membre de la commission municipale de Bages, mise en place à la Libération et qui se réunit pour la première fois le 10 octobre 1944. Sans doute les communistes avaient-ils fait pression afin qu’il en fût écarté.

Joseph Fabrega se représenta aux élections municipales de mai 1945 et fut élu. À l’issue de ce scrutin, il fut élu (18 mai 1945) maire de Bages par 15 voix sur 15 votants. De la Libération à sa mort, il demeura, d’après le secrétaire de mairie de Bages (en fonctions sans discontinuité de 1945 jusqu’à 1983 au moins), un homme « très à gauche » sur le plan politique. Toutefois les communistes de Bages ne cessèrent de stigmatiser son attitude face au Pacte germano-soviétique, en août-septembre 1939. Pour eux, Joseph Fabrega était un « traître », un « renégat ». Comme, après la Seconde Guerre mondiale, les communistes étaient très influents à Bages, notamment parmi les ouvriers agricoles, Joseph Fabrega fut une personnalité très controversée dans sa commune. D’après son secrétaire de mairie, il fut un maire « très actif » et « dynamique » qui se rendait souvent à la préfecture afin de résoudre les problèmes de sa commune.

Le 31 octobre 1947, il fut réélu maire de Bages, par 14 suffrages sur 16 votants. Son adjoint Robert Bassède sympathisait plutôt avec la droite. Bientôt la mésentente s’installa entre les deux hommes. D’après le secrétaire de mairie de Bages, le climat social qui régnait alors dans le village serait le principal élément d’explication de la rupture qui devait bientôt intervenir entre Joseph Fabrega et son adjoint. En effet, la tension était vive entre les ouvriers agricoles et les propriétaires viticulteurs : elle devait aboutir, en 1950, à une première grève ouvrière qui montra l’intransigeance des deux parties. Par conviction, Joseph Fabrega se rangea aux côtés des ouvriers, en dépit du fait que leurs dirigeants militaient dans les rangs du PCF et l’accablaient d’injures pour son « attitude » en 1939.

Démissionnaire de ses fonctions de premier magistrat, Joseph Fabrega ne se rendit pas à la séance du conseil municipal du 6 février 1949. Ce même jour, l’adjoint, Robert Bassède, fut élu maire par 15 voix sur 15 votants. Joseph Fabrega s’abstint d’assister aux séances du conseil municipal (il demeurait conseiller municipal) mais prit soin de se faire excuser à chaque convocation. Il n’assista à nouveau aux réunions du conseil municipal qu’à partir de juin 1950.

Voir aussi Jean Payrart et Victor Saris.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24137, notice FABREGA Joseph, Jean, Jacques, dit « Manall » par André Balent, version mise en ligne le 2 janvier 2009, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, versement du cabinet du préfet (13 septembre 1951), liasse 169 (dissolution du Parti communiste), liste des « suspects du point de vue national » ; 2 M 5/315, 3 M 1/197. — Arch. Mun. Bages (registres de l’état civil et des délibérations du conseil municipal). — Le Cri socialiste, hebdomadaire de la fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales, 23 décembre 1933. — Le Socialiste des Pyrénées-Orientales, hebdomadaire de la fédération socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales, 16 septembre 1937. — Le Travailleur catalan, hebdomadaire de la région catalane du Parti communiste, 14 novembre 1936. — Georges Sentis, Les Communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales, tome I : février 1939-novembre 1942, Éditions Marxisme, Régions (IRM), Perpignan 1983 : propos de Léopold Roques à propos de Joseph Fabrega d’après le témoignage de Raoul Vignettes cité par G. Sentis, p. 51. — Interviews de Jean Sabiol, militant du PCF, originaire de Bages (27 octobre 1974), Marcel Mayneris, ancien secrétaire administratif de la SFIO (10 juillet 1983), Adrien Rubirola, ouvrier agricole retraité, militant syndicaliste et socialiste SFIO, ancien maire de Villeneuve-de-la-Raho (15 septembre 1983). — Témoignages de Jean-Paul Giné et Georges Figuerola, instituteurs originaires de Bages (1977), et du secrétaire de mairie de Bages (28 septembre 1983).

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