GODARD Raymond

Par Emeric Tellier

Né le 17 octobre 1923 à Saint-Hilaire Saint-Florent (Maine-et-Loire), mort le 15 mars 2011 à l’hôpital Bretonneau à Paris (XVIIIe arr.) ; dessinateur-projeteur, puis chef de groupe à l’Alsthom Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis) ; militant de la CGT ; militant des Jeunesses communistes (JC), puis du Parti communiste français (PCF) ; résistant au Front national (FN) et à Libération-Nord ; conseiller municipal communiste à Saint-Ouen (1965-1983).

Claude Godard
Claude Godard
© coll. privée

Son père, Auguste Godard était goûteur de vins de Loire, avant d’être embauché comme ouvrier spécialisé à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis). Sa mère était femme de ménage, avant d’être ouvrière spécialisée à l’usine Citroën de Saint-Ouen.
Raymond Godard a obtenu son brevet d’enseignement primaire supérieur. La déclaration de guerre, en septembre 1939, l’a contraint à abandonner sa préparation pour intégrer l’École nationale supérieure des Arts et Métiers. Il est alors entré à l’école professionnelle de l’Alsthom à Saint-Ouen, où il a suivi les enseignements de dessinateur-projeteur. Diplômé, il est embauché à l’Alsthom en avril 1940, durant la « drôle de guerre ». En juin, à l’arrivée des troupes allemandes à Paris, la direction de l’Alsthom a fermé l’usine et donné pour consigne aux ouvriers de se replier à Brive (Corrèze). Il n’y est jamais parvenu, dans ce contexte de débâcle et d’exode.
De retour en région parisienne, il a fréquenté « Les Lycéens de Paris », une organisation proche du parti radical, avant de rejoindre les Jeunesses Communistes (JC) du XVIIe arrondissement, aux côtés de Guy Môquet et Georges Abbachie, à l’occasion de la manifestation du 11 novembre 1940, place de l’Étoile à Paris. Il a participé à des distributions de tracts, ainsi qu’à ses premiers actes de sabotage, en décembre 1940, contre une officine de propagande pétainiste. Il est rappelé à l’usine en février 1941, qui travaille désormais pour l’occupant. En parallèle, il a suivi le cours de sous-ingénieur mécanicien de la librairie Eyrolles. Il a noué des liens avec l’organisation de résistance du Front national, avant que son contact, extérieur à l’usine, ne soit perdu. Il s’est rendu à des campings des Jeunesses Communistes en forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), ce qui permettait d’organiser de manière discrète des réunions. En 1943, il a profité d’une période de convalescence après une opération du doigt pour quitter l’entreprise durant quelques mois et rejoindre son père, réfractaire au Service du Travail Obligatoire (STO) comme lui.
De retour à Saint-Ouen, il s’est rapproché fin 1943, début 1944 d’un groupe de résistance appartenant à Libération-Nord, qui entreposait des armes dans les sous-sols du château de Saint-Ouen, qui servait de local à l’école professionnelle de l’Alsthom. Lors des combats de la Libération, il participe aux groupes armés qui attaquent les camions allemands au pont de Saint-Ouen, avant d’aller au contact avec l’ennemi au barrage de Saint-Denis. Responsable des Jeunesses Communistes dans le XVIIe arrondissement, il est désigné à la Libération membre du comité local de Libération du même arrondissement.
Il s’est syndiqué à la section CGT de l’usine en 1944, avant d’effectuer son service militaire. Peu après son retour, il a été élu délégué du personnel suppléant en 1947. Il a ensuite été délégué du personnel titulaire, membre du comité d’établissement, tout en étant membre du secrétariat du syndicat CGT de l’usine et membre du comité exécutif de l’Union des syndicats des travailleurs de la métallurgie de la Seine. Pendant quelques années, il a également été le secrétaire de la section communiste de l’usine.
Il participa activement aux grèves de l’été 1947, durant lesquelles les débrayages furent importants à l’Alsthom Saint-Ouen. En décembre 1947, il assista à une formation de cadres communistes de quinze jours au moment où se déclenchait une grève massive avec occupation. Il retrouva l’usine cinq jours après le début de ce mouvement qui a duré cinq semaines. L’un des temps forts évoqués par Raymond Godard dans son entretien sont les heurts violents qui ont alors eu lieu avec les forces de police qui tentaient de réinvestir l’établissement.
En 1950, il tint un piquet de grève lors de l’occupation d’une semaine de l’usine, avant que celle-ci ne soit évacuée par la police. Il se souvient ainsi : « On passait entre les rangs des flics qui étaient de chaque côté de la porte, […], j’aime autant te dire qu’on n’était pas réjouis. Non pas qu’on ait eu peur, mais – on en a vu d’autres quand même – dans ces cas-là, on en a gros sur la patate, quoi… » La grève s’est poursuivie pendant encore quatre semaines, avec la tenue d’assemblées générales chaque jour, dans un gymnase. Parmi le personnel administratif des bureaux – les « mensuels » –, la grève s’est effritée plus rapidement que parmi les ouvriers, et celle-ci s’achève par une défaite, l’augmentation des salaires n’ayant pas été obtenue.
En 1956, il fut tenté de changer d’entreprise, pour rejoindre un emploi de technicien chargé de créer un bureau d’études au sein d’une entreprise produisant des petits transformateurs électriques. Il y renonça, pour assurer les responsabilités politiques et syndicales qui lui avaient été confiées.
En 1958, alors qu’il était membre du comité central d’entreprise, une grève fut déclenchée parmi les « mensuels » pour obtenir le rétablissement des primes individuelles. Une délégation, groupant une cinquantaine de mensuels accompagnée par une centaine d’ouvriers des ateliers de transformateurs se rendit au siège de l’Alsthom, avenue Kléber à Paris (XVIe arr.) et fut reçue par le comité central d’entreprise.
Durant la décennie 1960, de nombreuses grèves tournantes furent organisées dans les ateliers de l’usine, pour obtenir des augmentations de salaires. Les chaudronniers défilaient dans les ateliers, cagoulés, en martelant des bidons de peinture ou en jouant de la sirène en branchant des bouteilles d’air comprimé sur des tubes d’acier. Un autre atelier organisait des défilés de cercueils en bois. À l’entrée en grève des usines de la métallurgie de la région parisienne, en mai 1968, la direction de l’Alsthom Saint-Ouen avait anticipé les mécontentements, en mettant sur pied une consultation de l’ensemble du personnel, espérant ainsi opposer les votes des « mensuels » des bureaux à ceux des ouvriers des ateliers. Ses espoirs furent déçus, la grève totale avec occupation fut votée à une très forte majorité. Des mesures furent mises immédiatement en place, avec la création d’un comité de grève, la fermeture des portes avec occupation de l’usine, l’organisation des tours de garde, la mise en sécurité de l’outil de production. Membre du comité de grève, Raymond Godard s’était notamment chargé, avec Pierre-Louis Marger, de convaincre les ingénieurs, cadres et techniciens de participer à la grève, en particulier lors d’une assemblée générale organisée à la Bourse du Travail de Saint-Ouen, rue Ambroise-Croizat, puis en organisant des réunions de travail par catégories professionnelles. Plusieurs ingénieurs et cadres se sont syndiqués à la suite de ces discussions, parmi lesquels François Blumental et Raymond Roux.
Au bout de quatre semaines de grève, une nouvelle consultation fut mise en œuvre, à la Bourse du Travail. Une courte majorité se prononça pour la poursuite de la grève. À la fin de la cinquième semaine, après 35 jours de grève, décision fut prise de reprendre le travail, sous la forme d’un cortège de salariés entrant dans l’usine, drapeaux syndicaux en tête. Cette grève fut très éprouvante pour Raymond Godard, qui a dormi à l’usine tout au long du conflit et s’ investit sans compter, au point de déclencher un ulcère à l’estomac.
En 1979, il participa durant quatre semaines à l’occupation de l’usine, lancée à la suite de celle du site de l’Alsthom à Belfort (Territoire de Belfort), dont l’objectif principal était l’obtention d’un treizième mois de salaire. En dépit de l’aboutissement finalement favorable de ce conflit, il porta – rétrospectivement et à titre personnel – un regard critique sur le déclenchement et le déroulement de ce conflit, qui avait notamment conduit à la création d’un syndicat Force ouvrière dans l’entreprise.
Secrétaire de la section communiste « Centre » de Saint-Ouen, il fut de 1965 à 1983 conseiller municipal de la ville. Il siégea, en particulier aux commissions de la santé et de l’action sociale, puis du logement et de l’urbanisme et de la commission locale de la formation professionnelle.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241422, notice GODARD Raymond par Emeric Tellier, version mise en ligne le 6 juillet 2021, dernière modification le 6 juillet 2021.

Par Emeric Tellier

Claude Godard
Claude Godard
© coll. privée

SOURCES : Entretien réalisé par Claudine Beau avec l’intéressé (1984). — Bulletin municipal de Saint-Ouen (décembre 1971, janvier 1978, août 1982). — Jean-Pierre Thorn, Le Dos au mur, 1981.

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