GRIZARD Jean-Baptiste

Par Michaël Boudard

Né le 13 février 1819 à Saint-Saulge (Nièvre) et mort le 9 février 1891 à Paris (XIIe arrondissement) ; meunier à Saxi-Bourdon (Nièvre) et maire de Saxi-Bourdon (1848-1850) ; proscrit du coup d’État de 1851 ; marchand épicier à Saint-Saulge puis employé à Paris.

Propriétaire-meunier installé à Saxi-Bourdon (Nièvre), Jean-Baptiste Grizard en fut élu pour la première fois conseiller municipal en juillet 1848 : le 24 août, il fut élu maire de cette petite commune du Nivernais central. Il fit partie de ces hommes qui se jetèrent dans le combat pour la République.
Dans un manuscrit, Pierre Malardier raconte qu’à la veille des élections législatives de mai 1849 il est parti se « réfugier » chez son « ami » Grizard et qu’il y est resté huit jours. Puis, une fois les élections passées, Malardier quitta Saxi-Bourdon pour se rendre à Nevers afin d’entendre la proclamation des résultats et apprendre son élection comme représentant du peuple.
L’activisme de Jean-Baptiste Grizard le fit remarquer de l’administration préfectorale qui, prétextant sa condamnation pour « vol de poisson dans un étang » le suspendit en février 1850 puis le révoqua en avril de ses fonctions de maire (son adjoint, non concerné par cette condamnation, subit également les mêmes sanctions).
Le 27 octobre 1851, alors que le département de la Nièvre est mis en état de siège depuis six jours, Jean-Baptiste Grizard est l’un des nombreux républicains de l’arrondissement de Nevers arrêté et emmené à la prison de la préfecture, sous l’accusation de « prévenu d’avoir fait partie de sociétés secrètes ». Condamné à l’Algérie plus, il est transporté en Algérie : sa peine est commuée en celle de la surveillance le 2 décembre 1852. Installé à Nevers, il fut dénoncé pour avoir tenu des propos défavorables « au gouvernement de sa Majesté » et le préfet de la Nièvre obtint son déplacement à Bastia en mai 1853. Finalement, Jean-Baptiste Grizard fut autorisé à rentrer à Nevers au début de l’année 1854 puis à s’établir à Saint-Saulge pour y exercer la profession de marchand épicier. En 1856, il demanda la grâce entière à l’Empereur, reconnaissant ses erreurs passées et déclarant se soumettre loyalement au gouvernement.
Durant la décennie 1860, il quitta la Nièvre et partit s’installer à Paris avec sa famille. Lors de la guerre de 1870-1871, il était capitaine dans la Légion auxiliaire du génie. C’est à la suite de cet engagement militaire qu’il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur (au titre de la défense nationale).
Dans le Cri du Peuple daté du 9 mai 1871, on trouve son nom (mal orthographié, comme c’est souvent le cas, avec un « s » ou lieu du « z ») parmi les membres d’un comité constitué de « citoyens de la Nièvre » avec MM. Petit, Chabanne, Aristide Miot (fils de Jules, ancien représentant du peuple, 145545) et Jean Chandioux (55005).
Installé au 212 rue du faubourg Saint-Antoine (XIIe arrondissement), Jean-Baptiste Grizard était noté architecte lors du décès de son épouse en décembre 1874.
En juillet 1881, lorsque le gouvernement de la République décida se verser des dédommagements aux victimes du 2 décembre 1851, des comités dans chaque département nommèrent des délégués pour les représenter au sein de la commission chargée de faire la répartition de l’indemnité : J.-B. Grizard fut l’un des trois délégués pour la Nièvre avec MM. Aton et Gannier. Lui-même reçut une pension de 900 francs. Et, par la suite, Jean-Baptiste Grizard ne cessa pas de poursuivre son combat en faveur des proscrits de 1851 en étant le président d’une commission des proscrits de décembre 1851 qui œuvra, notamment avec l’aide de députés, pour inclure les ayants droits exclus par la loi de 1881.
C’est au milieu de la décennie 1880 qu’il se rallia au socialisme et adhéra à la Fédération des travailleurs socialistes de la Nièvre. Il s’engagea ainsi lors des élections municipales de 1884 pour le XIIe arrondissement, quartier de Picpus, en étant présent à des réunions électorales pour choisir le candidat.
En 1885, il faisait partie des militants présents à la fête organisée à Paris à l’occasion du troisième anniversaire de l’élection de Ferdinand Gambon comme député de la Nièvre. Et, il fit également partie du comité de souscription pour aider à la diffusion des Cahiers du Peuple de Félix Pyat. Au sein de ce comité, J.-B. Grizard côtoyait Jules Caumeau, le secrétaire de Ferdinand Gambon. Un an plus tard, en octobre 1886, l’une de ses filles, Zoé Émilie dite Léontine, née en 1861 à Saint-Saulge, institutrice, se maria civilement à Jules Caumeau. Parmi les témoins de cette union figurèrent Gambon et Pyat ainsi qu’Adolphe Robert, beau-frère de Caumeau.
Lors de l’élection cantonale partielle de Cosne de novembre 1887 consécutive à la mort de Ferdinand Gambon, J.-B. Grizard était l’un des membres du Cercle des Nivernais socialistes de Paris avec Pyat, Caumeau et Aimé Lavy qui soutint la candidature de Philippe Desmergès.
Au moment du boulangisme, J.-B. Grizard fut un adversaire résolu du général et des républicains qui l’avaient rejoint. De Paris, avec ses amis socialistes, ils condamnèrent le banquet organisé le 2 décembre 1888 à Nevers en l’honneur du général Boulanger et appelèrent les Nivernais à ne pas suivre les « renégats ». Il fit également partie de la Ligue républicaine anti-plébiscitaire et était le président de la Fédération républicaine antiboulangiste du XIIe arrondissement. Il soutint activement en janvier 1889 la candidature du radical-socialiste Édouard Jacques face à Boulanger à Paris.
Lors de son décès le 9 février 1891, Jean-Baptiste Grizard exerçait la profession de piqueur municipal ; ses obsèques furent civiles.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241438, notice GRIZARD Jean-Baptiste par Michaël Boudard, version mise en ligne le 7 juillet 2021, dernière modification le 7 juillet 2021.

Par Michaël Boudard

SOURCES : Arch. Dép. Nièvre : état civil de Saint-Saulge et de Saxi-Bourdon ; 148 J : fonds de la Société académique du Nivernais, manuscrit de Pierre Malardier (carton 3, inventaire en cours) ; M 716 : élections municipales de Saxi-Bourdon ; M 1678 : dossier individuel de Grizard, condamné de 1851 ; 2 Y 177 : maison d’arrêt de Nevers ; journaux Le Patriote du Centre et La Tribune républicaine.
Arch. de Paris : état civil du 12e arrondissement.
Sites Internet : Leonore (dossier de sa Légion d’honneur constitué d’une seule page) et Gallica (journaux Le Cri du Peuple et Le Rappel).

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