CHAPERON Jean-Michel

Par François Prigent

Né le 3 septembre 1879 à Laignelet (Ille-et-Vilaine) ; mort en 1944 ; syndicaliste verrier CFTC ; à l’origine du syndicat CFTC et de La Cristallerie Fougeraise (coopérative) suite au conflit de 1919-1920.

Charron, son père Jean-Marie Chaperon (1845-1879) décéda plusieurs mois avant sa naissance. Il s’était marié à Laignelet le 23 novembre 1967 avec Joséphine Simon, qui l’éleva seule.
Passé par les écoles privées, Jean-Marie Chaperon se maria le 9 juillet 1904 avec Amandine Jourdin (1886-1957), ouvrière laveuse puis couturière.
Chef de place à la Verrerie de Laignelet, il fit les frais des tensions sociales, à vif, découlant des relations tendues entre la communauté ouvrière de la verrerie et Henry Chupin, un patron imprégné d’un autoritarisme intransigeant certain et d’un paternalisme social avéré au vu de la multitude des œuvres sociales liées à l’usine.
A la tête d’une verrerie existant depuis 2 siècles, Henry Chupin, catholique conservateur, surnommé « le grand » par ses détracteurs ouvriers déclencha en effet un conflit social de grande ampleur en 1919. Ainsi, l’abbé Louis Bridel fit venir à Laignelet Jules Zirnheld (1876-1940), fondateur avec Gaston Tessier de la jeune CFTC, pour exposer les principes fondateurs, en matière d’engagements et de syndicalisme chrétien, de la doctrine sociale de l’Eglise forgée par Léon XIII. Cette réunion aboutit à la naissance d’un noyau CFTC, monté par Jean-Marie Chaperon, en lien direct avec l’abbé Bridel. Après des crispations portant sur les temps de travail (jours fériés et surtout le lundi de Pâques), 5 jours de grève achevèrent de convaincre Henri Chupin de finalement mettre en œuvre une répression antisyndicale implacable à l’encontre de Jean-Marie Chaperon,. Secrétaire de la CFTC, il fut licencié le 31 octobre 1920. En dépit d’une menace d’une grève des ouvriers de la verrerie de Laignelet (14 novembre 1920), l’escalade sociale se poursuivit et la grève éclata le 3 janvier 1921, suivie immédiatement d’un lock-out de Henri Chupin, avec par exemple pour conséquence la perte de logements de nombreux ouvriers pour qui l’encadrement total du paternalisme chrétien passait aussi par toute une série d’œuvres sociales dépendant du patron tout puissant.
Face à cette rupture sociale, consommée, l’abbé Bridel assuma ses responsabilités et, lors de l’assemblée générale du 3 juillet 1921, impulsa la naissance de la Cristallerie Fougeraise, forte de 116 associés coopérateurs. Sous la direction, tenace et bienveillante de l’abbé Bridel, le four fut opérationnel dès août et la production en verre débuta le 1er octobre 1921. En outre, un système de protection sociale, véritable laboratoire politique du christianisme social, ouvrier, syndical, associatif et coopératif, vit le jour : allocations familiales (1924), 6 jours de congés payés (1928), retraites (1931). Laboratoire militant, encore emblématiquement revendiqué par son directeur lors de son cinquantenaire (Jean Madelain, sénateur-maire de Fougères), la Cristallerie, qui perdura jusqu’au dépôt de bilan en 1977, transcrivait des pratiques au cœur de la figure de l’abbé Bridel, étudiée dans ses dimensions militantes, sociales et cultureles par Jacky Hamard ou Daniel Heudré dans la revue Le Pays de Fougères.
Affecté par le décès d’un de ses enfants (sa fille), Jean-Marie Chaperon refusa de prendre la direction de la coopérative sociale chrétienne, assumée par Gaston Jeantroux (1889-1944), l’autre dirigeant local de la CFTC. En 1937, ce fut toutefois lui, ami intime de l’abbé, qui prononça le premier discours au moment de l’inauguration, de la classe ouvrière reconnaissante, du monument à la mémoire de Louis Bridel.
Il était président de l’UL CFTC, notamment entre 1933 et 1936, selon le repérage effectué par Claude Geslin dans Entre Nous.
Née en 1919, sa fa fille, Simone Davy, chaussonnière, témoigna auprès des filières CFDT de l’engagement de son père, dont les documents personnels et familiaux furent détruits lors des bombardements du 6-9 juin 1944 à Fougères.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241440, notice CHAPERON Jean-Michel par François Prigent, version mise en ligne le 7 juillet 2021, dernière modification le 7 juillet 2021.

Par François Prigent

SOURCES : Arch. Dép. d’Ille-et-Vilaine.-Arch. Mun. de Fougères. — Arch. Diocésaines de Rennes.-Etat-civil Laignelet. — Fiche-Matricule. — Revue Le Pays de Fougères. – Presse Locale. — Notes de Claude Geslin.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément