BEL Jean-Pierre

Par Jean-Paul Salles

Né le 30 décembre 1951 à Lavaur (Tarn) ; juriste ; militant de la LCR à Toulouse de 1968 à 1978 ; militant et dirigeant du PS ; élu maire de Mijanès (Ariège) en 1983, conseiller régional de Midi-Pyrénées, conseiller général de l’Ariège, sénateur en 1998, maire de Lavelanet (Ariège), président du Sénat (2011-2014).

Né à Lavaur (Tarn), Jean-Pierre Bel est le fils de Jacques Bel, cadre commercial et de Raymonde Vignes, employée des PTT. Il fut scolarisé à l’école élémentaire publique André Daste à Toulouse (quartier Empalot), fit ses études secondaires au lycée d’enseignement général et technologique Marcelin Berthelot, puis ses études supérieures à la Faculté de Droit-Sciences sociales de Toulouse où il obtint une Maîtrise puis un DEA de Droit public. Il appartient à une famille communiste et résistante : son père était un ancien des FTP et son oncle chef de réseau. Quant à sa tante « Nanou », elle était officier des FFI. Militant à la LCR toulousaine pendant ses études, tout naturellement au début des années 1970, il participa aux actions de solidarité avec les militants de la LCR espagnole en lutte contre la dictature franquiste : accueil de militants obligés de se réfugier en France, convoyage de brochures ou de tracts de l’autre côté des Pyrénées, ce qui lui valut un bref séjour en prison en Espagne. Au lendemain de son élection à la présidence du Sénat, il confiait à Patrick Roger, journaliste au Monde que son passage à la LCR, une organisation où le débat était permanent, disait-il, avait contribué à sa formation politique : « C’était tout sauf de l’endoctrinement, plutôt une sorte de romantisme révolutionnaire, l’internationalisme, la culture, la musique » (Le Monde, 2-3 octobre 2011).

Mais assez brutalement, en 1978, il démissionna de la LCR, quitta Toulouse et la faculté des Sciences sociales – où il fut un moment chargé de cours – pour devenir responsable d’un centre de vacances à Font-Romeu (Pyrénées-Orientales). Bientôt installé à Mijanès (Ariège), le village de sa femme Christiane Naudi, secrétaire, il créa une pisciculture, creusant trois petits lacs à 1300 mètres d’altitude : « On a vécu très chichement, en faisant pousser des patates et des tomates », disait-il à Sophie Huet (Le Figaro, 13 août 2012). En 1983, il fut élu maire de ce très petit village de montagne de 80 habitants tout en adhérant au PS. Il fut l’homme à tout faire pour les habitants vieillissants, n’hésitant pas à réparer une fuite d’eau ou participant à la coupe de bois de chauffage pour les anciens. Il fut soutenu par son beau-père Robert Naudi, ancien professeur puis directeur de collège, conseiller général PS du canton, important dirigeant socialiste de l’Ariège, mitterrandiste. Devenu président du conseil général de l’Ariège, Naudi fit venir son gendre à ses côtés, comme membre de son cabinet. Puis Bel fut élu en 1992 conseiller régional de Midi-Pyrénées. Il fit la connaissance de Lionel Jospin, conseiller général du canton de Cintegabelle (Haute-Garonne), son voisin. Jospin l’avait pris comme directeur de campagne pour les élections régionales de 1992. Il entra au Conseil national du PS en 1993, puis au Bureau national. Il avait également la confiance de François Hollande. Il fut bientôt secrétaire national aux Fédérations (1994-1997), puis aux élections (1997-1998), il était depuis 1997 conseiller technique dans le cabinet du Ministre des relations avec le Parlement, Daniel Vaillant. Ne rechignant pas au combat électoral, en 1998 il se présenta aux élections cantonales à Lavelanet (Ariège), une ville et un canton (le pays d’Olmes) traumatisés par la fermeture des usines textiles et la flambée du chômage. Il se lança à corps perdu dans la campagne, visitant chaque village, allant de maison en maison. Il exposa son programme dans une brochure de 90 pages intitulée « Nous n’avons pas de temps à perdre », réussissant à obtenir la neutralité bienveillante de certains chefs d’entreprise et le soutien d’anciennes gloires locales du rugby avec lesquels il partageait cette passion. Au premier tour, avec 33,27 % des voix, il était derrière le maire et conseiller général sortant, Bernard Marty, divers droite (37,94%). Mais au second tour, il fut élu avec 86 voix d’avance (50,63 %). Peu après, le 27 septembre 1998, il se faisait élire au Sénat puis devenait maire de Lavelanet en 2001. De 2001 à 2012, il présida l’Association des maires et élus de l’Ariège et fut membre du bureau de l’Association des Maires de France (AMF) de 2001 à 2006. Ce passionné de randonnées en montagne fut également membre du Conseil national de la montagne (1998-2001).

Membre de la Commission des Affaires économiques et du Plan du Sénat, il accomplit son travail avec beaucoup de sérieux, multipliant questions écrites, rapports, propositions de loi ou de résolutions. Ainsi, le 23 novembre 2006, il s’intéressa au statut des personnes travaillant sur des sites d’enfouissement de déchets et en 2013 il faisait une proposition de loi visant à mieux protéger la santé des travailleurs et à lutter contre les risques psychosociaux d’origine professionnelle. Les questions sociétales ne lui étaient pas étrangères : il signa une proposition de loi autorisant l’adoption pour les couples pacsés et se battit contre « le délit de solidarité » qui frappait les personnes aidant les migrants en situation irrégulière. Avec l’ensemble de son groupe, il s’opposa à l’exploitation des gaz de schistes. De même, il relaya l’inquiétude du Centre d’études occitanes de l’université de Toulouse en posant une question écrite, le 2 juin 2011, sur la fermeture du CAPES d’Occitan-langue d’oc pour la session 2012. Autre exemple de son activité : à la suite d’une mission d’information en Roumanie et en Bulgarie du 18 au 25 avril 2004, peu avant l’entrée de ces pays dans l’Union européenne, il écrivit un rapport (voir le site du Sénat). En 2004, Claude Estier quittant la présidence du groupe socialiste et apparentés au Sénat, Bel lui succéda à ce poste. Comme président du groupe principal, il fut candidat à la présidence du Sénat à deux reprises, en 2004 puis 2008, de manière infructueuse. Il fut élu à la troisième tentative, le 1er octobre 2011, dès le premier tour, à la majorité absolue, obtenant 179 voix contre 134 voix à Gérard Larcher (UMP) et 29 voix à Valérie Létard (centriste). Ségolène Royal se félicita de « la victoire d’un homme de consensus et d’un élu de la France rurale proche du terrain et des citoyens ». Jean-Pierre Bel fut le premier socialiste à être élu Président du Sénat sous la Ve République. Il resta l’hôte de l’hôtel de Lassay – la plus belle résidence officielle de la Ve République, dit-on - jusqu’au 30 septembre 2014.

Il ne se représenta pas à cette fonction et annonça soudainement dans une tribune publiée par le journal Le Monde qu’il quittait la vie politique, à l’âge de 63 ans, après plus de quarante ans de vie politique intense, sans rien regretter, « en toute lucidité, en toute sérénité ». Après avoir divorcé de sa première épouse, Christiane Naudi, avec laquelle ils eurent deux filles, il s’était remarié le 17 juillet 2009 à Iriadne Pla Godinez, une mannequin cubaine, avec laquelle il eut une fille. En janvier 2015, le Président de la République François Hollande le nomma « envoyé personnel » pour l’Amérique latine et la Caraïbe. D’après certains organes de presse, il connaissait bien Raúl Castro, Il contribua aussi au rapprochement entre le Panama et la France après le scandale des Panama Papers.

Au terme d’un parcours politique riche et atypique, il faisait sienne cette phrase de Jean Jaurès : « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent et une confiance inébranlable pour l’avenir. » (Tribune du Monde, 5 mars 2014).
Jean-Pierre Bel est Chevalier de la Légion d’Honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241454, notice BEL Jean-Pierre par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 8 juillet 2021, dernière modification le 8 juillet 2021.

Par Jean-Paul Salles

Jean-Pierre Bel en campagne électorale à Lavelanet

SOURCES : Fiche biographique Jean-Pierre Bel dans le Who’s Who, consultée le 6 juillet 2021 ; -Site du Sénat consulté début juillet 2021. — Nombreux articles dans la presse nationale et régionale, surtout après son élection à la présidence du Sénat : Le Nouvel Observateur, La Dépêche, L’Opinion, Paris-Match, Le Parisien, Le Monde, Le Figaro, L’Indépendant. — Sa Tribune annonçant son retrait de la vie politique est parue dans Le Monde du 5 mars 2014.

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