MICHEL Elie

Par Richard Croucher et Didier Michel

Né le 26 juillet 1936 à Rose-Hill (Ile Maurice) ; décédé le 21 juillet 2014 à Quatre-Bornes (Ile Maurice) ; Co-fondateur et co-responsable de l’Organisation fraternelle/Les Verts fraternels ; culturiste professionnel.

Élie Michel est né le 26 juillet 1936 à Rose-Hill, République de Maurice, le quatrième enfant d’Anne et de Raoul Michel. Il a épousé Maggie Gaspard en 1964. De cette union est née cinq enfants dont trois garçons et deux filles. Il est décédé le 21 juillet 2014 à l’âge de 77 ans à l’hôpital Victoria à Quatre-Bornes.

Élie Michel était l’un des dirigeants de L’Organisation Fraternelle (OF) qui devient en 1989 les Verts-Fraternels (VF). L’OF/VF a milité pour la reconnaissance des droits et l’avancement des intérêts des Créoles, personnes d’origine africaine descendante des esclaves, à l’île Maurice. Les Créoles restent à l’écart de la vie politique, dominée par la majorité indienne depuis l’indépendance.

Les émeutes raciales de Janvier 1968 opposant la communauté musulmane aux créoles ont fait beaucoup de sinistrés et victimes au sein de la communauté créole. Avec d’autres personnes, Élie Michel a créé un mouvement social destiné à venir en aide aux familles des sinistrés et victimes trouvant refuge au Line Barracks à Port-Louis. À l’époque, Élie était déjà bien enraciné dans la société civile, en tant que footballeur amateur et culturiste professionnel. Il était le fondateur du club culturiste qui existe toujours, Le Club Fraternel. L’appel à donation lancé en début du mois d’avril 1968 fut un tel succès que plusieurs personnes décidèrent de créer une organisation destinée à regrouper les créoles en un seul mouvement : L’OF.

De mai 1968 à février 1969, Élie Michel, accompagné de Sylvio Michel, Pierre Fantaisie, Jean Labonté et Armand Duval parcoururent l’île afin d’impliquer le plus de Créoles possibles dans le mouvement. Le 13 avril 1969, les membres de l’Organisation Fraternelle se réunissaient à la plage publique de Mont Choisy pour célébrer la première année de l’existence de l’organisation. Élie Michel était le Président du Comité Organisateur de cet évènement et plus de 10 000 personnes y ont assisté. C’était la première fois depuis la célébration de l’indépendance de l’île du 12 mars 1968 (toujours sous l’État d’urgence) qu’un tel rassemblement pouvait se tenir sans incident et sans arrestation. Le 22 mai 1968, l’OF avec à sa tête Élie Michel organisa une marche pacifique à la Résidence Barkly [banlieue des villes de Beau-Bassin-Rose-Hill] pour soutenir les familles expulsées des logements sociaux par le Ministre des Terres et Logement, Sir Abdool Razaack Mohamed. Au cours de cette marche, Élie demanda aux chefs de famille dont les meubles avaient été jetés sur le pavé de casser les scellés et de reprendre possession de leurs maisons saisies. À la suite de cette marche, Élie Michel avec Sylvio Michel, et d’autres activistes de l’OF mirent sur pied des cellules de regroupement à travers l’île avec le but d’avoir une unité mieux organisée au sein de la communauté créole. Le 12 avril 1970, ils organisèrent une marche pacifique contre l’état d’urgence, la misère, le chômage et à propos des questions de logement à Rose-Hill. 28 résolutions furent adoptées. Ce rassemblement de l’OF réunit plus de 8,000 personnes.

L’Organisation Fraternelle devenue par la suite les Verts-Fraternels ont à leur actif plusieurs acquis, fruits d’une lutte dont Elie Michel a été un des principaux acteurs. Les OF/VFs ont adopté une politique d’alliance, tout en conservant une indépendance dont Elie Michel était fier. En premier lieu, du 1e février 1973 jusqu’au 1e février 2000, VF a toujours pris l’initiative de commémorer de l’abolition de l’esclavage. La campagne menée pour l’instauration d’un jour férié officiel commémorant l’abolition de l’esclavage à Maurice a été possible grâce à un accord électoral passé entre VF et le Mouvement Socialiste Militant en juillet 2000.

Les VFs ont milité pour les habitants des Chagos, expulsés de leur île natale de 1965 à 1970 et réfugiés à Maurice. La lutte de l’OF en faveur des Chagossiens a commencé après les élections générales de 1976. Élie Michel avait rencontré des familles « Iloises » entassées dans des cases en tôle dans les faubourgs insalubres de la capitale, Port Louis. Il avait mis en place de petits comités de base dans la plupart des endroits où les Chagossiens avaient élu domicile après leur déportation. Les réunions tenues ont donné lieu à un Comité Ilois/OF avec à sa tête Élie Michel. Une manifestation fut organisée au Jardin de la Compagnie, le dimanche 11 décembre 1977 pour réclamer une compensation au gouvernement britannique. Ce fut une longue bataille. Le Comité Ilois/OF et Élie Michel entamèrent plusieurs actions de 1977 à 1983 notamment des grèves de la faim, des marches pacifiques pour réclamer une compensation financière. Le gouvernement de Margaret Thatcher accorda en effet une compensation financière aux Chagossiens en décembre 1983 après la visite d’Élie Michel en Angleterre. Enfin, Élie Michel et son frère Sylvio Michel entamèrent en 1993 une action en justice devant la Cour Suprême, couronnée de succès contre le Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) pour obtenir des programmes en langue Kréol à la radio et télévision. Et il lutta pour que le Kréol Morisien soit enseigné au niveau primaire, secondaire et universitaire. Ce qui fut effectivement acquit en janvier 2012.

L’institution de la Commission Vérité et Justice était chargée d’évaluer les séquelles de l’esclavage et l’engagisme dans la République de Maurice de l’ère coloniale jusqu’en 2011 a aussi été possible à la suite d’un accord électoral conclu entre VF et le Parti-Travailliste en 2005. VF avait revendiqué l’instauration d’une telle commission très longtemps, pour pouvoir faire avancer les demandes de réparations en faveur des descendants d’esclaves de Maurice. La Commission a mené des travaux approfondis, et a finalement soumis 290 recommandations (pour la plupart dans la sphère culturelle/symbolique) au gouvernement pour améliorer la condition des Créoles. Mais la Commission n’a pas recommandé des réparations financières. Le 06 octobre 2013 Élie Michel, Sylvio Michel, Rosynet Édouard, Olivard Azi, Yolland Cabot, Edwige Rigobert et Bruno Fantaisie entamèrent une grève de la faim, pour demander au gouvernement mauricien de mettre en œuvre les recommandations de la Commission et d’attribuer des réparations financières aux descendants d’esclaves par l’intermédiaire d’une fondation. Les VFs avaient proposé que cette fondation soit composée de représentants du secteur privé, public, des anciens pays colonisateurs et par des membres choisis des VFs pour mener à bien les mesures réparatrices. Élie Michel dut cesser la grève de la faim pour des raisons de santé. Mais la grève aboutit à un accord conclu entre les Verts-Fraternels et le gouvernement de l’époque. Le gouvernement s’aligna sur la proposition de Paul Bérenger alors Chef de l’Opposition à l’Assemblée Nationale plutôt que créer une fondation. Il s’agissait de revoir le statut du Centre Nelson Mandela pour la Culture Africaine, pour que le centre puisse mettre en œuvre les recommandations de la Commission Vérité de Justice. Le Centre serait responsable du financement des projets au profit des descendants d’esclaves, et aurait pour charge des campagnes de collecte de fonds, localement et internationalement, à cet effet. Il devrait mener des campagnes de sensibilisation pour inciter les parties prenantes concernées, aux niveaux local et international, à prendre des initiatives en vue de la réalisation des objectifs des recommandations de la Commission Vérité et Justice. L’Assemblée nationale a acté les nouveaux pouvoirs du centre par la loi de décembre 2013 relative aux mesures économiques et financières de décembre 2013. Cependant ces nouveaux pouvoirs du centre n’ont aucune force légale car ils n’ont jamais été proclamés.

C’est ainsi que l’histoire d’une commission, qui fut importante tant au plan national qu’international et fut initiée par Elie et les VFs s’est conclus de manière décevante. Ce fut le dernier chapitre de la carrière politique d’Elie.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241468, notice MICHEL Elie par Richard Croucher et Didier Michel, version mise en ligne le 9 juillet 2021, dernière modification le 9 juillet 2021.

Par Richard Croucher et Didier Michel

Bibliographie :
Croucher, Richard ; Houssart, Mark ; Michel, Didier (2017), The Mauritian Truth and Justice Commission : Legitimacy, Political Negotiation and the Consequences of Slavery African, Journal of International and Comparative Law, 25(3). DOI : 10.3366/ajicl.2017.0198
Michel, Sylvio, (1998), L’Organisation Fraternelle. Noir sur Blanc, Swan Press, Île Maurice
.
Michel, Sylvio, (2017), Combats Fraternels. Premiers Pas d’une Diaspora Africaine vers Les Réparations (1968 – 1981), Ile Maurice, Éditions Dir Eko Rose-Hill, Swan Printing, GRNW.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément