SERWY Victor. Pseudonyme : Zéo.

Par Julien Dohet - Jean Puissant

Saint-Josse-ten-Noode (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 1864 – Saint-Gilles (Bruxelles), 1946. Instituteur, militant socialiste, dirigeant et propagandiste de la coopération socialiste belge et internationale, auteur de très nombreux écrits, père de Willy Serwy et frère (probablement) de Grégoire Serwy.

Instituteur à la ville de Bruxelles de 1884 à 1900, Victor Serwy qui est le frère (probable) de Grégoire Serwy, est membre de la Ligue ouvrière d’Ixelles et donc du Parti ouvrier belge (POB) dès la création de celui-ci en 1885. Il est secrétaire de la Ligue locale avant d’être celui de la Fédération bruxelloise de 1889 à 1895. À ce titre, il est l’organisateur de la campagne électorale législative de 1894. Il publie des textes dans les journaux et revues sous le pseudonyme de « Zéo », nom qu’il utilisera également après sa sortie de la fonction publique de la capitale.

En 1888, Victor Serwy devient administrateur de la coopérative, La Maison du peuple de Bruxelles, et est chargé d’un rapport sur la réorganisation de la société. Il se prend de passion pour la coopération au moment où, sous la direction de Jean Volders, la coopérative bruxelloise se transforme, se modernise et se développe (1889). Partisan infatigable de la centralisation, notamment des achats, Il plaide en ce sens dans l’organe Les coopérateurs belges dès 1894. Il en devient l’un des principaux rédacteurs comme de son pendant flamand De Belgische samenwerking.
Au Congrès du POB de Verviers (pr. Liège, arr. Verviers) de 1891, Victor Serwy défend un rapport, écouté, favorable à la création d’une Fédération nationale des coopératives socialistes, projet déjà évoqué à plusieurs reprises, mais jamais réalisé, avec pour objectif, la création d’une centrale d’achats et la responsabilité de la propagande coopérative. Une commission est créée, dont il est le secrétaire. Elle jette les bases de cette Fédération fondée définitivement en 1900. Serwy en devient le secrétaire-gérant, après avoir démissionné de son poste d’instituteur. Louis Bertrand en est le président, Romain Van Loo, le trésorier. En 1902, 189 coopératives y adhèrent. Elle « est le plus important épicier coopératif du pays », proclame le rapport annuel. De 1900 à 1919, Serwy en est le principal dirigeant et le principal « voyageur de commerce ». En 1910, les deux missions sont séparées par la création de l’Office coopératif belge (OCB), chargé de la propagande, et le magasin de gros qui a son siège à Anvers (Antwerpen, pr. et arr. Anvers).

En 1919, Victor Serwy prend la tête de l’OCB. Au Congrès coopératif de 1901, il est défendu l’idée de la création d’une caisse d’épargne centrale au sein de la Fédération. On peut légitiment penser que, partisan de la centralisation, Serwy y soit favorable. Mais les coopératives locales sont jalouses de leur éventuelle caisse qui donne un volant financier supplémentaire à leurs activités.
Victor Serwy participe à la création de la SA Banque belge du travail (BBT) à Gand (Gent, pr. Flandre orientale, arr. Gand) en 1913 par Edouard Anseele. Il devient administrateur, tout comme de la SA Filature et Tissage réunis. Guy Van Themsche (voir SOURCES) souligne la contradiction inhérente à cette situation, refusée formellement par la Fédération des sociétés coopératives belges (FSC), qu’il dirige. En fait, Serwy semble vouloir trouver une solution interne au mouvement socialiste, sous forme coopérative qu’il défend fortement, d’un organisme central de crédit des travailleurs. La FSC lui donne mandat de trouver une solution avec la BBT qui, de son côté, cherche à étendre son réseau de collecte de capitaux. Serwy défend l’adhésion de la BBT au POB et l’ouverture de son conseil d’administration à des représentants des organisations ouvrières, syndicales et coopératives.

Durant la Première Guerre mondiale, en 1916, Victor Serwy développe ses arguments en faveur de la création d’une société coopérative nationale de Banque, Épargne et Assurances dont le siège serait à Bruxelles, qui réunirait la BBT et la Prévoyance sociale (PS), fondée en 1907, et dont les caisses d’épargne coopératives locales constitueraient les agences. Dans l’après-guerre, une formule de compromis, mais qui ne règle pas les contradictions soulevées, est mise en place. Elle conduit à la création à Gand – Serwy et Joseph Chèvremont sont partisans de cette localisation dans l’espoir d’une illusoire fusion ultérieure –, d’un « Comptoir de dépôts et de prêts » en juin 1920, dont le CA est constitué de dirigeants syndicaux et de coopératives et deux administrateurs de la BBT. Serwy défend donc une option politique rationnelle de centralisation financière aux services des organisations socialistes, mais qui n’a pas de poids face à la force financière des institutions gantoises autour de la BBT. C’est pourtant cette dernière qui fera faillite en 1934 ; elle est à l’origine de Coop-Dépôts en 1935. Le POB, confédération d’organisations, n’a pas eu la force de trancher entre les deux hypothèses en présence, c’est l’annonce de son affaiblissement structurel et de sa disparition en 1940. Serwy a manqué certainement de compétences financières et de poids politique pour orienter les choses dans la direction qu’il privilégiait.

Victor Serwy est présent dans les congrès internationaux de la coopération dès 1900. Il devient membre du Comité central de l’Alliance coopérative internationale en 1902, puis du Comité exécutif en 1921. Il y présente plusieurs rapports remarqués sur les magasins de gros, les relations entre coopératives et syndicats… Il collabore à divers organes nationaux de la coopération : L’Action coopérative, Le Coopérateur de France (Paris), la Coopération suisse (Bâle), Year-book (Manchester). En 1924, il est l’organisateur de l’Exposition internationale de la coopération et des œuvres sociales réunissant des participants de 28 pays à Gand. Il préside les Propagateurs de la coopération à sa fondation en 1925 et est à l’initiative de la création de la Chaire d’enseignement sur la coopération à l’Université libre de Bruxelles (ULB). Il est professeur à l’École ouvrière supérieure (EOS) dès 1921, après avoir été actif à la Centrale d’éducation ouvrière (CEO).

Victor Serwy est membre de la société rationaliste Les Solidaires (1890), de la Libre pensée, et participe à la gestion de l’Orphelinat rationaliste de Forest (Bruxelles). Il collabore à La Raison. De 1900 à 1904, il est également secrétaire de l’Internationale socialiste dont le bureau est fixé à Bruxelles. Il est rédacteur en chef de L’Avenir social, mensuel du POB (1904-1911). Il collabore également au journal Le Peuple (1888-1940).

Propagateur infatigable de l’idée coopérative, de la coopération socialiste en particulier, il multiplie les articles, brochures et ouvrages, dont la volumineuse La Coopération en Belgique (4 volumes), qui comprend un dictionnaire biographique particulièrement précieux, terminé par son fils Willy.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241571, notice SERWY Victor. Pseudonyme : Zéo. par Julien Dohet - Jean Puissant, version mise en ligne le 16 juillet 2021, dernière modification le 16 juillet 2021.

Par Julien Dohet - Jean Puissant

ŒUVRE : voir sa bibliographie complète dans La coopération en Belgique, t. IV : La vie coopérative - Dictionnaire biographique, Bruxelles, 1952 – Sous le pseudonyme de ZÉO, La Fédération des sociétés coopératives socialistes, Bruxelles, 1898 – Le centenaire des Équitables pionniers de Rochdale. Un siècle de coopération, Bruxelles, 1946 – Avec SERWY W. La coopération en Belgique, 4 t., 6 vol., Bruxelles, 1940-1952.

SOURCES : SERWY V., La coopération en Belgique, t. IV : La vie coopérative - Dictionnaire biographique, Bruxelles, 1952 (bibliographie de Victor Serwy) – VAN THEMSCHE G, « Des caisses d’épargne régionales à Coop-Dépôts », dans DE WITTE E., DE PRETER R. (dir.), Histoire de l’épargne sociale, à travers l’évolution de la banque d’épargne Codep et de ses prédécesseurs, Bruxelles, 1989, p. 171-249 – DOHET J., La coopération à Verviers, une économie solidaire de la révolution industrielle à nos jours, Verviers, IDEES, 2000 – « Serwy Victor », dans DEFOSSE P. (dir.), Dictionnaire historique de la laïcité en Belgique, Bruxelles, 2005, p. 197.

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