FAURÉ Marthe [FAURÉ Jeanne, Alexandrine, Marthe, Marie]

Par Alain Dalançon

Née le 27 décembre 1885 à Toulouse (Haute-Garonne), morte le 19 janvier 1966 à Paris (IXe arr.) ; professeure agrégée des lettres ; militante féministe de la Ligue des droits de la femme ; militante syndicaliste « cégétiste » du Syndicat national des professeurs de lycée et de l’enseignement secondaire féminin, secrétaire générale adjointe du SPES (1938-1940), résistante du FNU, secrétaire générale adjointe du SNES (1945-1947).

Fille d’Etienne Fauré, négociant, et de Marie Azéma, sans profession, Marthe Fauré, après avoir obtenu le brevet élémentaire et le diplôme de fin d’études secondaires à Toulouse en 1901, entra à l’École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres (lettres) en 1904. Titulaire du certificat d’aptitude à l’enseignement littéraire (1906), admissible à l’agrégation des lettres en 1907, elle fut reçue au concours en 1909 et fut nommée professeure aux lycées de jeunes filles de Lons-le-Saunier (Jura) en 1909, puis de Saint-Quentin (Aisne) en 1910. Au début de la guerre, le lycée étant fermé, elle fut affectée au Secours national pendant l’année scolaire 1914-1915. L’année suivante, réfugiée, elle exerça au collège de jeunes filles de Chartres (Eure-et-Loir), puis fut mutée à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), d’abord au lycée de garçons Pierre Corneille où elle resta deux années puis au lycée de jeunes filles Jeanne-d’Arc. Elle y demeura jusqu’en 1923 et commença l’année scolaire 1923-1924 au lycée Jules Ferry à Paris où elle habitait seule depuis un an, puis avec sa mère veuve. Elle prit sa retraite en 1947 et avait conservé son accent toulousain.

Militante du Syndicat national des professeurs de lycée et du personnel d’enseignement secondaire féminin, connu sous le sigle S3, au côté de Victor Cope puis d’Edmond Lackenbacher, et en même temps du Syndicat confédéré des professeurs de lycée, elle fit partie de la première commission administrative de la Fédération générale de l’enseignement (CGT) en 1929 et militait pour le passage du S3 à la CGT. Elle fut une des principales intervenantes en faveur de cette affiliation lors du congrès du S3 de Pâques 1937 : elle annonça qu’en tout état de cause, les « cégétistes » resteraient à la CGT. Elle fut ainsi une des fondatrices du Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire : membre de sa commission exécutive constitutive en 1937-1938, elle en était la secrétaire générale adjointe en 1938-1939 et la secrétaire corporative en 1939-1940.

Militante antifasciste et antiraciste, Marthe Fauré s’employait à lutter contre les doctrines xénophobes et racistes. Lors de l’Assemblée générale de la Société des agrégées de 1933, elle fit voter une dénonciation de l’arrivée au pouvoir d’Hitler, ainsi que des lois xénophobes votées en France depuis 1932. Elle signa en 1936 la « Déclaration des intellectuels républicains au sujet des événements d’Espagne » publiée dans Commune. Retenue dans le Gers dans l’été 1940, alors qu’elle aidait sa sœur exploitante agricole, elle se mit à la disposition du rectorat de Toulouse. Elle regagna par la suite son poste à Paris, manifesta son opposition au régime de Vichy et participa à la Résistance dans le cadre du Front national universitaire.

À la Libération, elle participa activement à la fondation du nouveau Syndicat national de l’enseignement secondaire, en étant secrétaire adjointe du bureau national provisoire en 1944, puis membre de la commission exécutive et du bureau national élus. Elle assuma ensuite la fonction de secrétaire générale adjointe de 1945 à 1948. Membre suppléante du Conseil supérieur d’enquête d’épuration et de révision et membre du Comité consultatif provisoire en 1945 qui eut à examiner tous les retards d’avancement et préjudices de carrière de 1940 à 1944, elle joua un rôle important dans la reconstruction de l’Université.

Tout au long de sa carrière syndicale, Marthe Fauré défendit notamment les intérêts des enseignements dits « féminins », en réclamant une complète égalité des jeunes filles avec les garçons dans l’enseignement secondaire, et des enseignantes avec leurs collègues masculins. Dans la Société des agrégées, dont elle était une des responsables, elle s’investit dans la défense du travail féminin, à l’image d’organisations comme la Ligue des droits de la femme, à laquelle elle appartenait. En 1938, elle contribua à écarter la création d’une agrégation féminine de grammaire. À la Libération, elle dut s’employer à nouveau pour combattre les « survivances » d’un système où des catégories d’enseignantes restaient très désavantagées. Mais elle ne s’enferma jamais dans la défense de ses collègues femmes ; elle ne séparait en effet pas le combat pour l’égalité des droits des femmes, de la lutte des travailleurs pour une société plus juste, et prit toujours une part importante dans la définition des revendications et de la politique générale du syndicat.

Ainsi fut-elle rapporteur sur les questions du recrutement et de l’avancement des professeurs au premier congrès national du SNES en mars 1945. Elle manifesta constamment une grande compétence dans le large domaine corporatif qui était au cœur de la bataille syndicale. En l’absence du secrétaire général Robert Guitton, malade, elle présenta le rapport à la CE du SNES du 22 décembre 1947, défendant la décision de grève corporative du SNES et de la FEN du 5 au 9 décembre et ses premiers résultats sur le reclassement, le cadre unique et les heures supplémentaires. Auparavant, lors des réunions du BN de novembre, elle s’était fermement opposée au secrétaire de la section académique (S3) de Paris, Louis Guilbert, lui reprochant d’avoir entraîné la section académiqule (S2) dans la grève aux côtés des instituteurs de la Seine contre l’avis de la majorité des syndiqués. Lors de cette CE de décembre 1947, elle proposa la publication d’un rapport sur l’orientation syndicale et la tenue d’un congrès extraordinaire du SNES avant celui de la FEN, pour le choix de l’affiliation.

Après sa prise de retraite, Marthe Fauré poursuivit son militantisme. La scission de la CGT en 1947-1948 l’avait peinée et elle fut favorable avant tout au maintien de l’unité du syndicat dans l’autonomie. Elle fut associée au BN du SNES pour suivre les problèmes des retraité(e)s de 1949 à 1955 et milita en même temps au Groupement des retraités de l’enseignement secondaire créé en 1950, qui ne devint une section du SNES qu’en 1955. Au congrès de 1951, elle fit adopter la revendication de l’abaissement de l’âge de la retraite de 63 à 60 ans. À la Société des agrégés, unifiée en 1948, elle fut chargée de la liaison avec la Confédération des travailleurs intellectuels de 1948 à 1951, avec Raphaël Barquisseau et André Sainte-Laguë.

Après son décès, un hommage fut rendu à cette militante à la « grande générosité naturelle », la « vigueur chaleureuse » et la « spirituelle bonne humeur » dans L’Université Syndicaliste par Maurice Janets, son cadet, ancien secrétaire général de la FGE, du SPES et du SNES qui l’avait accompagné durant la majeure partie de sa carrière syndicale. Elle avait reçu la Légion d’honneur au lycée Jules Ferry en juin 1947.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article24170, notice FAURÉ Marthe [FAURÉ Jeanne, Alexandrine, Marthe, Marie] par Alain Dalançon, version mise en ligne le 7 mars 2009, dernière modification le 9 janvier 2022.

Par Alain Dalançon

SOURCES : Arch. Nat., F17/17820, 25209. — Arch. IRHSES (S3, SPES, SNES, ca, congrès, L’Université syndicaliste). — Danielle Pouzache, « La FEN de la Libération à 1947 », Points de Repères, n° 20, janvier 1999. — Jean-François Sirinelli, Intellectuels et passions françaises : Manifestes et pétitions au XXe siècle, Fayard, 1990. — Yves Verneuil, « La Société des agrégées, entre féminisme et esprit de catégorie (1920-1948) », Carrefour de l’Education, n° 115-116, 2010, p. 195-224. — Notes de J. Girault.

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