JARRY Moricette, Lucienne

Par Louis Allard

Née le 14 décembre 1943 à Marcé (Maine-et-Loire) ; sténodactylo, assistante sociale puis directrice du service Vie des quartiers de la ville d’Angers ; syndicaliste CFDT, membre du conseil de l’union des syndicats CFDT de la Santé de Maine-et-Loire, membre du conseil de la Fédération CFDT de la Santé (1970 – 1975), membre du conseil puis du bureau de l’Union régionale interprofessionnelle CFDT des Pays-de- la-Loire (1971-1987), secrétaire générale de l’Union départementale CFDT de Maine-et-Loire (1977-1987), membre du Conseil national (1977-1987) puis du Bureau national de la CFDT (1982-1985) ; membre du Conseil économique et social régional des Pays de la Loire (1980-1990).

Moricette Jarry en 1987
Moricette Jarry en 1987

Son père, Marcel Jarry fut ouvrier agricole « journalier » puis ouvrier aux Tanneries Angevines de Seiches-sur-le-Loir (Maine-et-Loire) et enfin cantonnier communal à Marcé. Sa mère, Lucienne Savarre, fut employée de maison chez des familles bourgeoises de Jarzé (Maine-et-Loire) puis mère au foyer. Moricette Jarry était la seconde d’une fratrie de quatre filles. Son père était non croyant et adhérent à la CGT. Il votait pour le Parti communiste jusqu’à la seconde élection de François Mitterrand en 1988 où il choisit le Parti socialiste. Issue d’une famille catholique, sa mère était pratiquante occasionnelle. Elle n’avait pas d’engagement et votait pour le Parti socialiste.

Scolarisée dès l’âge de deux ans à l’école primaire publique de Marcé, puis à l’école primaire de Seiches-sur-le-Loir, Moricette Jarry y obtint son Certificat d’études primaires en 1957. Elle entra ensuite au collège Prébaudelle, aujourd’hui collège Chevreul, à Angers (Maine-et-Loire), puis au lycée professionnel Chevrollier, à Angers également, où elle obtint en 1960 son Certificat d’aptitude professionnelle de sténodactylo et son Brevet d’études commerciales, et en 1961 son Brevet Supérieur d’études commerciales. En 1962, elle travailla une année comme secrétaire au lycée Chevrollier.

De 1963 à 1965, Moricette Jarry reprit des études d’assistante sociale à l’École normale sociale de l’ouest (ENSO) à Angers, grâce à une bourse d’études de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS). En 1966, elle obtint son diplôme d’assistante sociale. Pendant ses études, elle fut adhérente à l’UNEF. Pour rembourser sa bourse d’études, elle dut rester pendant cinq ans à la disposition de la DDASS qui la nomma assistante sociale à l’hôpital psychiatrique départemental de Sainte-Gemmes-sur-Loire. De 1970 à 1975, elle assura en même temps le suivi des personnes en postcure sur le territoire de Segré (Maine-et-Loire).

Dès son entrée à l’hôpital de Sainte-Gemmes en 1966, Moricette Jarry adhéra à la CFDT. En 1967, elle devint membre du conseil du syndicat de la Santé d’Angers, puis en 1968 membre du conseil de l’union des syndicats de la Santé de Maine-et-Loire. En 1970, elle devint membre du conseil de la Fédération CFDT de la Santé. La Fédération décida alors que chaque union de syndicats devait réaliser un rapport sur la situation des équipements sanitaires et sociaux de son département (équipements, personnels, services rendus aux usagers). Moricette Jarry s’attaqua à cette tâche pendant une année, aidée en cela par les équipes syndicales CFDT bien implantées dans les établissements. Ce rapport destiné aux autorités départementales, à la Sécurité Sociale, aux responsables d’établissements fut présenté publiquement en 1971, en présence de Jean Monnier, secrétaire général de l’Union départementale CFDT. Il mettait au grand jour les problèmes des personnels et des usagers, les insuffisances et les injustices criantes dans les financements, notamment par rapport aux cliniques privées. Il fit grand bruit et aida au développement de l’action syndicale dans les différents secteurs de la santé.

Dès 1971, Moricette Jarry devint membre du conseil de l’Union régionale interprofessionnelle CFDT des Pays-de-la-Loire et responsable régionale Santé-Conditions de travail. Le 8 mai 1971, elle organisa à Nantes avec 250 militantes et militants la première conférence régionale Santé, sous la responsabilité de Gilbert Declercq, secrétaire régional. Trois rapports y furent présentés : sur la Sécurité Sociale, sur la santé dans l’entreprise, sur le problème des équipements sanitaires. Suite à cette conférence, le conseil régional CFDT décidait de réaliser des interviews sur les conditions de travail dans l’ensemble des secteurs professionnels, non par des enquêteurs mais par des militants CFDT. Moricette Jarry fut responsable de ce chantier. Elle y consacra une année de militantisme pour impulser et coordonner l’opération qui mobilisa 200 militants.

Ce travail, concrétisé dans un livre de 180 pages sous le titre Santé à vendre édité en 10 000 exemplaires. Le livre fut présenté publiquement le 10 mars 1973 en présence d’Edmond Maire ainsi que lors du congrès confédéral de juin 1973 à Nantes (Loire-Atlantique). Il montra la forte implication de la CFDT sur la santé au travail et eut notamment un grand retentissement parmi les médecins du travail de la région. Ceux-ci réaffirmèrent la nécessité de relancer le « tiers temps dans les ateliers » pour analyser sur le terrain les causes des problèmes. Il permit aussi de remobiliser l’action des équipes syndicales sur les conditions de travail.

Moricette Jarry participa en 1975 pour la Fédération de la Santé à un voyage d’études à Berlin-Est sur la médecine du travail. Elle participa également aux congrès fédéraux en 1971 et 1974. En avril 1975, dans le cadre du droit syndical de la Fonction publique, elle fut détachée à l’Union départementale CFDT de Maine-et-Loire et en devint secrétaire adjointe.

D’autres conférences régionales « Santé » suivirent : en 1975 sur les conditions de travail, la médecine du travail, les centres de santé ; en 1976 sur la Sécurité Sociale avec une dizaine d’organisations ; en 1977 sur la santé au travail sur le thème « ne plus perdre sa vie à la gagner ». A chaque fois Moricette Jarry y prit une part prépondérante. Ce n’était donc pas un hasard si fut créée en 1984 dans les Pays-de-la-Loire l’Association régionale pour l’amélioration des conditions de travail (ARACT).

En 1977, Moricette Jarry devint secrétaire générale de l’Union départementale CFDT de Maine et Loire, succédant à Louis Allard. À ce titre, elle siégea au Conseil national confédéral de 1977 à 1987. Elle participa également aux assemblées du Comité d’expansion économique du Maine et Loire.

En 1979, lors de la discussion parlementaire sur le suivi de la Loi Veil de 1974 sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), Moricette Jarry convainquit les Unions départementales CGT et FEN de diffuser dans les entreprises un tract commun avec la CFDT revendiquant que la loi soit maintenue et améliorée et qu’une action en ce sens soit menée auprès des députés. En 1980 elle organisa l’assemblée régionale « Travailleuses » où 250 militantes et militants firent le point sur la situation des travailleuses et les discriminations multiples dont elles étaient l’objet.

En 1980, Moricette Jarry et l’Union départementale apportèrent leur soutien au conflit qui opposait les salariés de la Surveillance de l’Ouest à leur direction au sujet du droit de grève. Douze convoyeurs de fonds de cette entreprise avaient été licenciés après avoir fait grève pour soutenir un camarade licencié. Une soirée de solidarité avec le chanteur Gilles Servat fut organisée ainsi qu’un meeting avec Edmond Maire qui rassembla 600 personnes à Angers afin de défendre « le droit de grève, une liberté fondamentale ». Ce conflit se termina par une avancée juridique importante car la justice ordonna la réintégration des salariés grévistes.

En 1984, Moricette Jarry eut la grande joie d’accueillir 2500 personnes pour l’inauguration de la nouvelle Bourse du Travail d’Angers, dont la construction avait été initiée par Jean Monnier, devenu maire de la ville, en présence du ministre du Travail Michel Delebarre et d’Edmond Maire.

Moricette Jarry siégea au Conseil économique et social (CESR) des Pays de la Loire de janvier 1980 à décembre 1990. En 1981, elle y présenta un rapport sur le coût social du chômage dans la région.

Dans les années 1970-1980, la Confédération connut d’intenses débats sur la mixité de ses instances et adopta le principe des quotas, le Bureau national passant de 31 à 37 membres, dont six femmes. Moricette Jarry, sollicitée par Edmond Maire à partir de 1977 pour intégrer la commission exécutive confédérale, refusa cette proposition. En revanche, elle accepta en juin 1981 d’être chargée de mission à mi-temps auprès de la confédération jusqu’au congrès suivant et d’y assumer la responsabilité de la commission nationale Travailleuses. Lors du congrès de Metz (Moselle) de juin 1982, l’Union régionale des Pays-de-la-Loire présenta deux candidats au Bureau national, le secrétaire régional Louis Allard et Moricette Jarry. Tous les deux furent élus et elle siégea ainsi au Bureau national CFDT jusqu’en 1985.

Pendant toutes ces années de responsabilités syndicales, Moricette Jarry anima de nombreux débats sur la conception de la santé, la sécurité sociale, les équipements de santé, la politique familiale, la protection sociale. Elle participa activement à la réflexion générale sur les centres de soins, sur les équipements de la petite enfance afin d’allier maternité et activité professionnelle. Elle contribua à la mise en place d’une carte régionale Tiers-Payant (précurseur de la carte Vitale) et invita les adhérents CFDT des Pays-de-la-Loire à présenter cette carte aux pharmaciens.

Moricette Jarry ne manquait pas de joie de vivre. Avec le secrétaire régional, Louis Allard, elle organisa pendant le week-end de la Pentecôte 1985 le « congrès gastronomique » des élus régionaux au Bureau national au château de la Guerche à Savennières (Maine-et-Loire), au cœur du vignoble des Coteaux-du-Layon. Cette initiative conviviale fut renouvelée les années suivantes dans d’autres régions.

En 1987, Moricette Jarry mit fin à son mandat départemental CFDT. Jean-Luc Rotureau lui succéda. Elle fut embauchée en septembre 1987 par la mairie d’Angers comme animatrice du Conseil communal de prévention de la délinquance. Elle devint en 1989 chef de projet du Développement social des quartiers, puis directrice du service Vie des quartiers de 1994 à 2002. Pour cela, elle suivit différentes formations et obtint au Centre national de formation des personnels territoriaux (CNFPT) à Angers le diplôme d’attachée de la fonction publique en 1998. Elle prit sa retraite en novembre 2002 et participa aux activités des retraités CFDT.

Entre 1982 et 1989, elle suivit une formation de professeur de yoga, ce qui lui permit par la suite de donner des cours bénévolement à des personnes en difficultés. Elle fut adhérente du Parti socialiste à partir de 2000. En 2007, Moricette Jarry contribua à la création d’une association sur l’environnement et le cadre de vie dans sa commune des Ponts-de-Cé (Maine-et-Loire). Elle en devint présidente en 2011. Elle demeura célibataire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241701, notice JARRY Moricette, Lucienne par Louis Allard, version mise en ligne le 26 juillet 2021, dernière modification le 25 juillet 2021.

Par Louis Allard

Moricette Jarry en 1987
Moricette Jarry en 1987

OEUVRE :
Coordination Mauricette Jarry, Santé à vendre, supplément à CFDT Action, avril 1973. — Contributions de Jean Monnier, Pierre Evain et Moricette Jarry au livre de Alain Besson et Jacques Julliard, Gilbert Declercq, Syndicaliste en liberté, Seuil, 1974.

SOURCES :
Arch. Union départementale CFDT de Maine-et-Loire, CFDT-Action, journal de l’UD, 1973-1987. — Arch. Union régionale CFDT des pays de Loire. — Arch. personnelles de Moricette Jarry et de Louis Allard. — Entretiens avec Moricette Jarry les 22 mars, 30 mars, 16 avril, 14 mai 2021.

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