SERRIER Monique, née PÉRARD

Par Bernard Thiéry

Née le 3 juin 1933 à Sermaize-les-Bains (arr. de Vitry-le- François, Marne) ; aide-soignante à l’hôpital de Bar-le-Duc ; secrétaire CGT des hospitaliers, militante du PCF, présidente du Secours populaire meusien, représentante de la CGT au Conseil d’administration de la CPAM de la Meuse.

Monique Serrier et son fils Philippe Serrier.

Le père de Monique Serrier, Charles Julien Pérard, né le 12 avril 1912 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), salarié à la raffinerie de sucre à Sermaize-les-Bains (Marne), fut prisonnier de guerre à Linz (Autriche) de 1940 à 1945 ; il était sympathisant socialiste. Germaine, mère de Monique Serrier, née Colbac le 20 juillet 1909 à Landres (Meurthe-et-Moselle), était, elle-aussi, salariée à la raffinerie à Sermaize-les-Bains. Monique Serrier aimait à rappeler que son grand-père maternel, Pierre Colbac avait adhéré au Parti communiste (SFIC puis PCF) dès sa fondation lors du Congrès de Tours en 1920, et qu’il était un fervent lecteur de l’Humanité.

Monique Serrier fut élevée dans une famille modeste. Elle se maria le 11 novembre 1953 à Sermaize-les-Bains avec Bernard Serrier. N’ayant pas encore la majorité légale de l’époque, elle dut, pour cela, obtenir le consentement de ses parents. Elle a été employée à l’hôpital de Bar-le-Duc (Meuse) comme personnel soignant en maternité et, ne disposant pas de ressources suffisantes pour louer une chambre, logea dans une chambre de l’hôpital. De 1954 à 1965, ils ont habité dans un très modeste appartement, puis en juillet 1965 emménagèrent dans un pavillon d’un quartier populaire de la commune. En mars 1966 ils eurent un troisième enfant. Elle adhéra à la CGT à l’âge de vingt-trois ans et fut secrétaire de la section syndicale de l’hôpital. Elle a été membre au Conseil d’Administration la CPAM au titre de la CGT au cours des années 1980 à 1992.

En mars 1969, elle rejoignit le PCF lors d’un meeting tenu à Bar-le-Duc (Meuse) avec René Andrieu. En même temps que Bernard Serrier, elle s’impliqua rapidement dans les instances locales du PCF, devint membre du comité de section de Bar-le-Duc et membre du Comité Fédéral de la Meuse. Son mari était le secrétaire de la section du PCF de Bar-le-Duc. C’était alors le début de l’investissement des femmes dans la vie politique meusienne ; elle a été membre de l’Union des Femmes Françaises (UFF). Philippe, son fils qui était le secrétaire de la section, démissionna du PCF en 2000, ce qui provoqua la disparition de celle-ci. Monique Serrier en démissionna elle aussi pour cette raison et par lassitude, après avoir milité pendant de nombreuses années et notamment avoir chaque semaine diffusé l’Huma-dimanche dans la ville
Elle participait à l’organisation et au déroulement des diverses manifestations locales notamment celles contre la fermeture du dépôt SNCF de la gare de Bar-le-Duc, celle contre la fermeture de l’entreprise des fonderies Durenne et aux nombreuses initiatives nationales. Elle fut aussi de tous les combats internationalistes et pour la défense des libertés tels que ceux pour la libération d’Angela Davis, de Nelson Mandela et pour le soutien au peuple chilien.

En janvier 1977, elle reçut la visite de l’institut de sondage Sofres. Il enquêtait en prévision de l’émission politique d’Antenne 2 « Les dossiers de l’écran », à l’époque sans équivalent et à très forte audience, produite pendant vingt-quatre ans. L’invité d’honneur était Giscard d’Estaing, président de la République de 1974 à 1981. La Sofres recherchait une femme d’ouvrier de quarante à cinquante ans, mère de famille et salariée, représentant un courant politique et qui puisse lui poser une question sur le plateau de télévision. Monique Serrier entrait dans ce profil. L’institut de sondage lui avait remis le livre de Giscard d’Estaing Démocratie française et sur cette base, il fallait qu’elle exprime son avis critique. Sélectionnée, elle participa à cette émission diffusée en direct depuis le Palais de l’Élysée le 1er février 1977. Pour elle, ce fut un moment de militantisme important au cours duquel elle essaya, par ses questions au Président, de faire passer ses valeurs de gauche auprès des Françaises et des Français, notamment sur les luttes contre le chômage, la désindustrialisation du département de la Meuse, la délocalisation des entreprises Rhône-Poulenc-textile en Thaïlande. Elle avait alors quarante-quatre ans et n’était pas du genre à se laisser impressionner par celui qui, selon elle, n’était que le fidèle serviteur de la haute bourgeoisie et aucunement celui de la République telle qu’elle la concevait. Après l’émission, elle reçut des félicitations de toute sa famille, de ses collègues et camarades de la CGT et du PCF ; de nombreux courriers lui furent adressés à l’hôpital de Bar-le-Duc venant par exemple, de Carpentras, d’Arbois, de l’adjoint au maire de Sartrouville, de Daniel Mayer, conseiller général et maire de Bouligny (Meuse). Elle reçut aussi deux courriers d’insultes qui n’entamèrent nullement sa détermination à poursuivre son action pour la justice sociale.

En 1973, elle séjourna en URSS avec les diffuseurs du quotidien communiste l’Humanité. Ce voyage se situait dans le cadre d’un échange avec la Pravda, publication du Parti communiste soviétique. Ce fut, pour elle, un immense honneur de partager ce voyage avec Henri Alleg.
En juillet 1976 pendant 15 jours, avec sa famille et une autre famille de cheminots meusiens elle se rendit en RDA sur la grande île de Rügen, sur la mer Baltique. Ils étaient sept français parmi d’autres familles allemandes de travailleurs de la sidérurgie, elles aussi en vacances. La famille Serrier logea dans une maison de maître, propriété du syndicat de la sidérurgie Allemande. Ces vacances étaient organisées par le Comité Régional de la CGT dans le cadre des relations et échanges avec le syndicat FDGB qui disposait d’un service de vacances pour les salariés subventionnées par l’État.
Elle se rendit à nouveau en Russie en 2000 avec son fils Laurent. Ils furent choqués par les bouleversements intervenus depuis l’écroulement du bloc soviétique. Ils constatèrent l’approfondissement des inégalités sociales qu’ils attribuèrent à l’introduction de la politique économique libérale au début des années 1990 et à la libéralisation des prix.

Son militantisme était dirigé aussi vers d’autres activités de la vie sociale du département de la Meuse. Les 14 et 15 août 1972, le Naveton, petit ruisseau, connut une crue exceptionnelle qui provoqua la mort de deux personnes. La gare SNCF de Bar-le-Duc qui, à l’époque, avait un rôle économique et social majeurs pour la région, fut inondée et le trafic ferroviaire interrompu. Bar-le-Duc et les villages voisins furent lourdement affectés par cette catastrophe où de nombreux riverains perdirent quasiment tous leurs biens. C’est à partir de cet évènement que le Secours Populaire Français (SPF) est venu pour la première fois en aide aux sinistrés meusiens. En 1973 dans la continuité de cette intervention de plusieurs mois, l’antenne barisienne fut créée. Au départ elle fonctionna avec trois bénévoles ; Monique Serrier en fut la trésorière puis elle devint présidente du SPF de la Meuse de 1973 à 2003. Elle participa aux congrès nationaux du SPF, sous le mandat de son président Julien Lauprêtre.
De 1973 et jusqu’à l’obtention d’un local par la Ville en 1985, c’est dans sa propre maison qu’étaient stockées les marchandises et les équipements et que se tenaient la permanence et les distributions. Monique Serrier pendant ces trente années a assuré, avec d’autres bénévoles, l’aide de première nécessité aux plus démunis du département. Elle participait aussi à la mise en place d’actions ponctuelles telles que « Pour que l’été n’oublie personne » ou « Les oubliés des vacances » destinées aux jeunes de six à douze ans. Ces initiatives comportaient des sorties aux parcs d’attractions, des colonies de vacances, le placement en famille d’accueil. À partir de 1976, elle organisait lors du « Père Noël vert », les distributions alimentaires et vestimentaires. Monique Serrier pensait alors que l’action du SPF serait temporaire, qu’un changement profond surviendrait et que la misère et les injustices allaient s’estomper. Elle constata, affligée, que la pauvreté non seulement persistait mais s’approfondissait et affectait de plus en plus de meusiens en ces années de désindustrialisation du département, d’explosion du chômage et d’impuissance des politiques sociales publiques. C’est ainsi que, dans cette ville qui comptait alors moins de 18 000 habitants, le nombre de personnes aidées de tous âges, seules ou en famille, vivant avec moins de 45 francs par jour, est passé de 253 pendant la saison 1988-1989 à 386 à la saison suivante, suivant la progression des suppressions d’emplois dans le secteur. Elle mit aussi en place en 1999, un « Libre service de la solidarité », distribution hebdomadaires de denrées alimentaires avec une participation des bénéficiaires modeste et proportionnelle à leurs revenus.

Elle prit sa retraite professionnelle en 1982. À l’âge de 88 ans, en 2021, nullement désabusée, combative, elle restait attentive à la vie politique et participait aux manifestations syndicales dans son département. Elle aimait se retrouver avec ses trois garçons Philippe, Christian et Laurent et ses deux petits-enfants.

Monique Serrier eut deux sœurs et un frère, Michelle, Félicie, née en 1935 décédée en 1937, Michèle Henriette Madeleine née en 1946, infirmière et Francis, né en 1954, contrôleur à la SNCF et membre de la CGT.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article241712, notice SERRIER Monique, née PÉRARD par Bernard Thiéry, version mise en ligne le 25 juillet 2021, dernière modification le 25 juillet 2021.

Par Bernard Thiéry

Monique Serrier et son fils Philippe Serrier.

SOURCES  : Entretiens avec Monique Serrier, 2020-2021.

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